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Chichi wa Eiyuu, Haha wa Seirei, Musume no Watashi wa Tenseisha.

Chapitre 87

Chichi wa Eiyuu, Haha wa Seirei, Musume no Watashi wa Tenseisha.Chichi wa Eiyuu, Haha wa Seirei, Musume no Watashi wa Tenseisha.
Chapitre 87

Chapitre 87

Chapitre 87/10087%~9 min de lecture1 709 mots

Dans une pièce du château royal de Helgner, l'atmosphère était encore imprégnée des rémanences de l'entretien magique qui venait de s'achever avec le roi de Tenbar.

Dans le bureau royal, seul le roi Duran, son aide de camp Olgas et le chancelier étaient restés pour poursuivre la discussion.

Duran, comme si cette réunion n'avait aucune importance, fit signe à son aide d'apporter du vin.

À trente-cinq ans, cet aide était un homme taciturne au visage rude. Servile envers Sa Majesté, il le suivait en silence en permanence.

La cicatrice qui barrait son menton, dit-on, provenait du fait d'armes qui lui avait valu d'être promu aide de camp par le roi lui-même, mais comme l'intéressé n'en parle jamais, nul ne connaît la vérité.

« Heu, Votre Majesté… que décidez-vous ? »

Le chancelier, le front perlé de sueur froide et le visage blême, venait tout juste de passer la cinquantaine, mais les épreuves l'avaient tant marqué qu'on l'aurait cru âgé de soixante ans.

Duran, assis en tailleur sur sa chaise, affichait une aisance déconcertante.

C'est alors qu'Olgas, sans un mot, lui tendit un verre et y versa le vin.

Le glouglou de la bouteille et l'arôme riche emplirent la pièce, mais le chancelier songea qu'il fallait un sacré culot pour boire dans une telle situation.

Duran savourait en silence le bouquet, puis porta le vin à ses lèvres, sans doute encore imprégné de l'amusement que lui avait procuré l'entretien précédent.

L'aide et le chancelier attendirent en silence que le roi daigne s'exprimer.

« Ne trouvez-vous pas cela drôle ? Cette femme nous a trahis, et c'est elle qui s'est fait retourner la trahison. Vraiment, cette famille est de ces choses qui vous font rire. »

De son rire guttural « kukkukku », le chancelier ne put réprimer un soupir.

L'origine de l'affaire remontait à un foyer latent entre les deux nations.

Pour briser l'impasse du face-à-face, le roi de Tenbar avait proposé un échange d'étudiants.

Du point de vue de Helgner, envoyer un maudit relevait de la plaisanterie. Tandis que des voix s'élevaient pour exiger qu'on le tue en exemple, Duran s'était montré intrigué par cette soi-disant malédiction des esprits.

« Attendez. Cette femelle pourrait nous être utile. »

Devant le rictus du roi, l'entourage pâlit.

Duran avait ainsi, par moments, ce sourire de gamin qui vient de trouver un jouet amusant.

Une fois cet avis émis, nul argument ne pouvait prévaloir. Tous se turent, et certains éprouvèrent même une once de pitié pour la femme.

« Avant de la tuer, il nous faut comprendre en quoi consiste cette malédiction des esprits. »

À ces mots, des voix s'élevèrent pour demander ce qu'il entendait par là.

« N'avez-vous pas curiosité de savoir ce que cette malédiction leur apporte ? »

« … Cela voudrait dire… »

« Se servir de la femme pour divulguer largement l'existence de la malédiction, c'est l'occasion rêvée. »

« Quoi… ? »

Les méfaits de l'ancienne famille royale de Tenbar ne sont connus que par la tradition orale, les preuves et les documents faisant défaut.

Récemment, on a commencé à dire qu'ils sont maudits, mais ce ne sont que rumeurs.

Pourtant, il est insupportable que ce pays seul bénéficie des immenses faveurs des esprits.

Si l'on prouve sous leurs yeux que la famille royale de Tenbar a nui aux esprits bienfaiteurs, le peuple ne leur pardonnera pas. Cela fera aussi un casus belli parfait.

« M-mais… rien ne garantit que la malédiction ne retombera pas sur nous… »

« À quoi bon avoir peur ? Avec une telle attitude, vous ne parviendrez jamais à leur trancher la gorge. »

Devant le rire narquois de Duran, les ministres s'inclinèrent avec crainte. Ils acquiesçaient à ses paroles.

Pourtant, la femme qui se présenta appartenait bien à cette famille de traîtres.

Face aux informations et à la proposition qu'elle apporta, Duran rit, la trouvant fort à son goût.

« Et que comptez-vous faire de cette femme ? »

« Laissez-la pour l'instant. Ne bougez pas maladroitement. »

« … Pensez-vous que Tenbar va faire un mouvement ? »

« Ils ont probablement glissé un espion. Ils ont peut-être lancé ce défi pour voir si nous allions nous précipiter vers elle. »

« … »

Le chancelier revoyait la scène de l'entretien auquel il avait assisté.

Le roi de Tenbar s'était excusé platement, disant que c'était bien de sa faute.

« Amiel a entraîné vos serviteurs dans une sorte de promenade. Je m'en excuse sincèrement. »

« Quoi ? A-t-elle été retrouvée saine et sauve ? »

« On m'a signalé qu'elle était encore de votre côté. Je la ferai rentrer immédiatement. Pourriez-vous autoriser l'entrée de quelques chevaliers de notre côté pour la récupérer, le temps d'un koku ? »

« … Un koku ? Soit. »

Duran ricana devant la brièveté du délai accordé.

Il lança un regard provocateur qui disait : « Si vous pouvez la ramener en si peu de temps, essayez donc. »

Le roi de Tenbar le remercia en souriant pour cette permission.

On ne put s'empêcher de trouver cela inquiétant, mais l'intérêt l'emporta : comment la famille royale de Tenbar, incapable d'invoquer la puissance des esprits, allait-elle s'y prendre ?

« Cependant, laisser ces femmes en liberté dans notre pays… »

Le chancelier faisait grise mine. La présence imprévue d'êtres maudits le laissait perplexe et agacé.

« Certes, elle a fait son temps. La tuer serait un service rendu au monde… »

Mais songea-t-il qu'en agissant ainsi, on risquait de révéler la localisation d'Amiel et des siens, Duran fronça les sourcils, réalisant qu'il ne pouvait pas bouger imprudemment.

Il eut l'impression d'être soudain paralysé.

Il perçut une étrange dissonance, mais l'attribua à ses propres prévisions, et calma sa respiration pour ordonner sa pensée.

« … Que se passe-t-il, Sire ? »

L'œil vif, Olgas l'interrogea. Duran se contenta de répondre que ce n'était rien.

« Mince. J'aurais voulu lui dire qu'elle ne servait plus à rien. »

S'il avait su que sa machination était découverte et qu'on l'avait doublement trahie, il aurait peut-être pu voir son visage se tordre. Duran en éprouva un léger regret.

« Mais pas maintenant. Tenez-vous prêts. »

« … Entendu. »

Le chancelier et l'aide s'inclinèrent simultanément.

Le chancelier se retira, tandis qu'Olgas demeura en retrait, dans le champ de vision de Duran.

Ce dernier reprit son vin et commença à mettre de l'ordre dans ses pensées.

(Qu'est-ce que c'est ? Cette sensation de malaise…)

Duran eut l'impression d'être enveloppé par quelque chose d'indéfinissable.

Les paroles équivoques et incompréhensibles du roi de Tenbar.

Cette certitude selon laquelle le sauvetage de sa nièce tiendrait en un koku, cette parole qui accrochait l'esprit.

(… Pourquoi un koku ?)

Normalement, après les formalités d'entrée, il faut partir la chercher, et selon le lieu, le voyage en carrosse prend des mois. Lorsqu'on avait constitué une équipe d'enquête, on avait estimé le trajet à trois mois.

Duran baissa les yeux sur le verre qu'il serrait.

Il vida le peu qui restait d'une traite et posa la carafe sur la table avec un bruit sec.

« Votre Majesté désire-t-elle être resservie ? »

« Donne-moi. »

Olgas remplit le verre.

Tout en l'observant du coin de l'œil, Duran plissa le front et plongea dans ses réflexions.

***

Dans le ciel de Helgner, plusieurs puissances se firent sentir, et l'esprit qui résidait en ces lieux s'envola vers les cieux pour savoir ce qui se tramait.

« Qu-qu'est-ce qui se passe ? »

Devant la silhouette des grands esprits qui stationnaient en silence dans les airs, il perçut une anomalie.

Une telle chose n'était jamais arrivée. Pourquoi une telle multitude de grands esprits entouraient-ils ce pays ?

Réprimant son corps qui tremblait, l'esprit attendit la réponse.

« Qui es-tu ? »

Interpellé par l'un des grands esprits, l'esprit avala sa salive pour humecter sa gorge.

« Je suis l'esprit qui habite cette terre. »

« Cette terre, hein… Alors, tu ne saurais rien ? »

Renvoyé à sa propre question, l'esprit fut embarrassé. Quand il demanda de quoi il s'agissait, on lui répondit seulement : « Nous cherchons. »

« Qu-cherchez-vous… ? »

« Nous cherchons un maudit. Ne sais-tu rien ? »

« Un maudit… ? Ne serait-ce pas celui d'autrefois… ? »

« Exact. Le descendant de l'humain qui a violé l'interdit. Celui-ci trame quelque chose de néfaste et vise notre princesse. »

« Qu-quoi !? »

Il ne put retenir un cri. L'esprit s'excusa d'avoir manqué de respect en sa présence.

« Je pensais qu'en arpentant le sol, nous finirions par capter sa présence… mais si nous descendons sur terre, ce pays sera ravagé en un instant. La reine l'a interdit. Quelle impuissance rageante. »

Le grand esprit lança un regard méprisant vers le sol, et l'esprit trembla de tout son être.

« Pourquoi une telle existence se trouve-t-elle sur cette terre !? »

« Hum… comment dit-on déjà… ryū… ? Enfin, peu importe. Il paraît qu'ils ont échangé des humains. »

« Échangé des humains !? »

L'esprit écarquilla les yeux, tant les points à reprendre étaient nombreux, mais le grand esprit reprit d'une voix lasse :

Cet individu a trahi, s'est allié au roi de ce pays, et tente de perdre notre princesse.

En l'apprenant, l'esprit écarquilla les yeux.

« Qu-quelle horreur… »

Devant l'esprit qui tremblait de tout son corps, le grand esprit fit mine d'avoir une idée.

« Tu connais bien cette terre. Alors, prête-nous main-forte. »

À ces mots, l'esprit eut un sursaut.

Devant son air incrédule, le grand esprit sourit.

« Nous n'avons aucune envie de nous embêter avec de telles procédures. Nous voudrions raser cette terre sur-le-champ. »

Le grand esprit sourit gentiment, mais ses yeux ne riaient pas. L'esprit en conçut une terreur qui ne cessait de le faire trembler.

« Quiconque tente de s'emparer de notre trésor ne saurait être pardonné. »

On comprenait que chacun des grands esprits dispersés dans le ciel recelait une colère rentrée.

À ce rythme, ce pays serait effacé, humains et tout.

L'esprit fut saisi par le vertige.

Il revoyait un souvenir ancien.

Ce visage bienveillant qui, sans le craindre, caressait sa forme noire, si rare.

Il avait fait une promesse avec cette personne.

Toujours, toujours, je te protégerai.

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