Bi Hai serra fortement les trois morceaux de fourrure qu'il tenait en main. Un moment, il resta plongé dans ses pensées.
« Ces fourrures de bête ont une origine hors du commun. J'en ai autrefois trouvé un morceau dans un lieu secret, il y a de nombreuses années. Ce fut grâce à cette fourrure que je parvins à franchir le pas, de Maître Saint du Ciel à Souverain Saint. »
« Une fourrure possède un tel pouvoir ? Elle peut vraiment aider à percer jusqu'au royaume des puissants Souverains Saints ? » Jian Chen ne put s'empêcher de sursauter en demandant confirmation des paroles de Bi Hai.
Soupirant, Bi Hai répondit : « Cela paraît incroyable au premier abord, mais elles ont bel et bien cette capacité. »
« Patriarche, comment utiliser ce morceau de fourrure pour opérer cette percée ? » Jian Chen posa la question avec une certaine urgence, car il savait qu'il était impératif de connaître cette information. Avec elle, il pourrait percer jusqu'à la compréhension des mystères du monde et devenir un Souverain Saint.
Mais le patriarche secoua la tête, un air de regret sur le visage. « J'ignore ce qui s'est passé à l'époque où je possédais ces fourrures. À un moment donné, l'une d'elles se mit à dégager une aura divine, et les mystères du monde se mirent à évoluer autour de moi. Je saisis cette chance pour en absorber la connaissance et la comprendre, devenant ainsi un Souverain Saint. »
Jian Chen fut frappé de stupeur par cette révélation et ne put que fixer Bi Hai avec incrédulité. En son for intérieur, il savait que ce morceau de fourrure, en apparence si banal, était capable de libérer une énergie apte à aider quelqu'un à percer jusqu'au rang de Souverain Saint.
Après une brève pause, Bi Hai reprit : « Mais même si je suis devenu un Souverain Saint grâce à la fourrure, je n'ai jamais réussi à découvrir quelles conditions le rendaient possible. Même après d'innombrables expériences et recherches pour percer ses secrets, tout s'est soldé par un échec. C'est pourquoi j'y ai consacré deux cents ans, essayant maintes méthodes pour en forcer les secrets, mais en vain. Ne voyant plus aucune voie à suivre, je décidai de la transmettre au sein de la famille, dans l'espoir qu'un descendant chanceux parviendrait un jour à en percer le mystère.
« Hélas, je ne pensais pas que cette fourrure serait un objet si funeste. Ma famille s'est renforcée grâce à elle, mais c'est ce même objet qui a entraîné sa chute. » Bi Hai se lamenta avec douleur. Le mystère de la fourrure était une malédiction plutôt qu'une chance.
Jian Chen poussa également un soupir en voyant l'expression douloureuse de Bi Hai. Le sort qui avait frappé la famille Bi était tout simplement trop tragique.
« Patriarche, si quelqu'un est venu voler la fourrure, c'est qu'il connaît le mystère qui l'entoure. Hormis vous, combien d'autres personnes en sont informées ? Serait-ce elles les responsables ? » demanda Jian Chen.
Bi Hai se tourna lentement pour présenter son dos à la mère et au fils. Levant les yeux vers le ciel, il réfléchit un instant avant de se gratter la tête. « Aucun nom ne me vient à l'esprit. Je n'ai jamais parlé de la fourrure à quiconque, hormis aux membres de la lignée directe de la famille Bi. Même trente ans après le massacre, je n'ai glané aucune information qui m'aurait permis d'identifier les coupables. »
Mais son visage s'assombrit ensuite : « L'ennemi est d'une force redoutable. Il y a trente ans, j'étais de la Quatrième Couche Céleste, et celui qui me pourchassait était au minimum un Souverain Saint de la Sixième Couche Céleste. Je frôlai la mort avant de parvenir enfin à comprendre un art sacré qui me permit de m'enfuir. Grâce à cet art, j'échappai à la mort par un coup de chance.
« Si j'ai sauvé ma vie, je n'en suis pas sorti indemne. Mon énergie était extrêmement affaiblie, et c'est alors que le Souverain Saint de la Secte du Dragon et du Tigre me trouva. Il me donna des Pilules d'Esprit Radieux et m'aida à recouvrer mes forces, si bien que je lui dus une faveur. » Bi Hai secoua la tête en se remémorant le passé. « Mais je n'aurais jamais imaginé que cette faveur failli me coûter la vie de mon propre descendant. Heureusement que la situation n'en est pas arrivée là, sans quoi j'en aurais eu des remords pour l'éternité. »
« Patriarche, ce qui est passé est passé, n'en parlons plus. Tout va bien à présent, non ? » Jian Chen sourit avec ironie.
Bi Hai acquiesça en lui adressant un sourire reconnaissant. « Je vengerai le massacre de ma famille. C'est certain. Les ennemis des Bi peuvent être puissants, et ils peuvent même faire partie d'une force encore plus forte, mais avec un génie comme toi dans ma famille, j'ai la foi : venger les miens n'est pas une tâche impossible. »
Jian Chen devint grave aux mots de Bi Hai. « Patriarche, soyez tranquille. Je reprendrai à mon compte la dette de sang de la famille Bi. Quels que soient les ennemis, je veillerai à ce qu'ils paient le prix terrible, cent fois plus cher. »
« Très bien ! Si cela paraît un peu fou pour l'instant, tu as la force pour appuyer tes paroles. Cependant, j'ignore encore qui est notre mystérieux agresseur, donc parler de vengeance est encore prématuré. En attendant, tu devrais te concentrer sur l'augmentation de ta force. Tel que tu es maintenant, mon descendant, tu n'as pas le pouvoir de te venger. Même moi-même, je n'en ai pas encore la force. » dit Bi Hai.
Jian Chen acquiesça sincèrement.
Après avoir encore un moment considéré les trois morceaux de fourrure, Bi Hai les rendit à Jian Chen. « Mon enfant, tu es l'unique espoir qui reste à notre famille Bi. Je te confie ces trois pièces pour que tu les conserves. Peut-être verras-tu les mystères du monde évoluer et pourras-tu t'en servir pour te renforcer. »
Jian Chen hésita à accepter les fourrures, mais finit par céder au bout d'un moment. « Je crois qu'il y en a plus que ces trois pièces. Je me demande quel grand secret cachent ces fourrures. Elles ne peuvent pas être seulement un outil pour faire évoluer les mystères du monde. »
« Tu as raison. Depuis que j'ai vu ces trois fourrures, j'en suis arrivé à la même conclusion. Mais je ne peux pas en conjecturer davantage. Laissons-en là la discussion. Il serait vain d'essayer d'en dire plus sans rien savoir de plus. » Bi Hai parla. Se tournant vers Bi Yuntian, sa voix prit un ton plus doux. « Mon enfant, combien d'autres membres de notre famille sais-tu avoir survécu ? »
« Patriarche, y compris cette mère et ce fils ici présents, il en reste encore deux autres que je connaisse, soit quatre au total. » Bi Yuntian parla d'une voix sombre.
« Ai ! » Bi Hai soupira avec douleur. Son visage s'assombrit un instant avant de reprendre lentement sa couleur normale. « Très bien, n'en parlons plus. Il y a plein de gens qui vous attendent dehors, vous deux devriez finir ce que vous avez à faire avec eux. »
Sur ces mots, la barrière autour du jardin fut dissipée, faisant réapparaître à la vue de Jian Chen l'extérieur de la barrière ainsi qu'un groupe de personnes qui attendaient anxieusement hors de son rayon. Parmi elles se trouvait le chef de clan, Changyang Ba.
« Hahaha, Xiang'er, te voilà de retour ! La dernière fois que tu es rentré, ton cher père a malheureusement été trop lent pour te rencontrer. Cette fois, reste un moment, veux-tu ? » Changyang Ba éclata de rire en regardant son enfant avec fierté.
Se calmant, Jian Chen regarda son père avec un sourire. Mais la prise de conscience de quelque chose de nouveau dans la présence de son père fit soudain naître un sourire excité sur son visage. « Père, tu es devenu un Maître Saint de la Terre ! »
« Hahaha ! Je viens juste de percer il n'y a pas longtemps. Ton père a déjà la quarantaine, s'il n'avait pas pu percer pour devenir Maître Saint de la Terre, cela voudrait dire qu'il n'avait aucun talent. » Changyang Ba ricana. Mais lorsque son regard se posa sur la silhouette de Bi Hai, une expression respectueuse apparut immédiatement sur son visage. En voyant la barrière dressée autour du jardin, il comprit que cette personne en était responsable et qu'elle devait être un Souverain Saint.
« Xiang'er, qui pourrait être ce sénior ? » demanda Changyang Ba. Bien que sachant que son fils était un Souverain Saint, il n'osait pas négliger son étiquette envers un autre.