Le jour du Bal de printemps.
En y repensant maintenant, c'est un peu tard, mais j'ai été bien trop insouciant.
Les tailleurs impériaux ont fait irruption au palais Juliette à 9 heures et ont planté une tonne d'épingles dans des vêtements parfaitement intacts pour entamer leur processus d'essayage impitoyable.
J'ai eu l'impression d'assister à la scène sous mes yeux.
Je n'allais même pas au Bal……
« La phrase selon laquelle le visage d'une personne est des ailes s'applique probablement à une situation comme celle-ci. »
Je n'ai pu qu'esquisser un sourire maladroit, incapable de savoir si les cordes vocales de l'intendant avaient fait une faute de frappe ou s'il me faisait un compliment.
Les autres serviteurs qui m'aidaient à m'habiller se couvraient la bouche et pouffaient aussi.
Bon, tant que quelqu'un ici est content……
« Prince Jesse, pourriez-vous tendre les bras sur les côtés, s'il vous plaît ? »
J'ai tendu les bras sur la demande du chef du vestiaire, enfin, du tailleur impérial.
C'était ma première fois que je portais un uniforme d'évêque.
Le prince Jesse l'avait peut-être déjà porté avant que je ne transmigre dans son corps, mais pour moi, c'était une première.
« Tous les détails sont là et, heureusement, tout va parfaitement, malgré la précipitation qu'on a eue pour le confectionner. Et comme notre ami vient de le dire, Votre Altesse fait vraiment ressortir les vêtements. »
La chef a repoussé ses lunettes à monture fine avant d'ouvrir un épais livre de tenues formelles de l'Église du Dieu Tout-Puissant pour me le montrer.
Il n'y avait pas beaucoup de broderies sur la tenue d'évêque, mais elle était fort splendide parce que tout était de couleur or.
En gros, seuls les sous-vêtements étaient blancs.
« Si vous regardez la page suivante et celle d'après, le pourpre est réservé au seul Pape. »
« Je vois. »
Je le savais aussi.
« Mais puisque Votre Altesse a déjà des améthystes, il n'y a pas de plus grand symbole. C'est merveilleux ! »
Il m'a fallu environ trois secondes pour réaliser ce qu'elle voulait dire.
Elle voulait dire que mes yeux allaient bien avec les vêtements dorés parce qu'ils étaient violets, ce qui signifiait qu'ils « avaient reçu la bénédiction du Dieu Tout-Puissant ».
La chef a alors fait semblant de pleurer, disant que « c'était si difficile de se procurer du satin or de la plus haute qualité en cette saison. »
Elle semblait extrêmement amicale, malgré notre première rencontre.
– Toc toc.
« Entrez. »
C'est pour ça que j'ai répondu au coup de frappe plus vite que quiconque.
J'aurais pu perdre toute mon énergie avant même d'aller recevoir les confessions si je restais là à l'écouter.
« Votre Altesse, c'est l'heure du départ. »
C'était Benjamin qui venait me sauver.
La chef a dit que c'était vraiment la dernière chose et a posé une imposante mitre sur ma tête.
La mitre était l'opposé des vêtements, avec un fond blanc et des décorations dorées.
« Bien que Vous soyez probablement au courant, permettez-moi de Vous rappeler que l'habit formel du prêtre est imprégné de sorts. Les vêtements ne sont pas lourds et Vous n'aurez ni chaud ni froid. Ils peuvent aussi absorber les secousses de la voiture sur une route cahoteuse. Cette mitre ne tombera pas non plus de Votre tête tant que Vous ne l'enlèverez pas Vous-même. »
« Wahou, je ne savais pas ça. » J'ai ressenti un soulagement immense, car je ne voyais pas comment j'allais porter de si épais vêtements en plein mois d'avril.
« Malheureusement, je ne peux rien faire pour l'inconfort des vêtements eux-mêmes. Faites avec et faites semblant d'être devenu le meilleur porte-manteau du monde. »
Elle l'a dit sévèrement.
J'ai ressenti un petit pincement au cœur : ce matin, j'avais commencé en tant que personne, et j'étais à peu près un objet inanimé à partir de maintenant.
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J'avais proclamé que je n'assisterais pas au Bal de printemps et que je me concentrerais plutôt sur mes responsabilités de prêtre confesseur.
L'Impératrice et le Cardinal avaient accepté ma demande. C'est pour ça que je pensais que tout s'était bien passé.
Je pensais pouvoir profiter d'un peu de tranquillité pendant que la famille impériale et les nobles s'amuseraient.
Cependant……
« Je suppose que j'ai pris la situation trop à la légère. »
« Votre Altesse…… »
Ganael me regardait avec pitié.
Ils m'avaient lavé si souvent ce matin que l'odeur de mon shampoing embaumait toute la voiture qui tremblait.
Benjamin s'en voulait, disant que « c'est ma faute de ne pas Vous en avoir informé », mais en y repensant, c'était normal que ça finisse comme ça.
Bien que beaucoup de nobles arrivent au palais le soir pour le début du Bal, il y en avait une tonne qui avaient décidé de venir tôt pour profiter des fleurs au palais impérial et se confesser au prince du Royaume Saint.
L'Impératrice avait prévu tout ça et avait envoyé les tailleurs ce matin pour s'assurer que j'avais une tenue présentable.
« Les gens au pouvoir pensent vraiment différemment de tout le monde.
Moi, j'étais juste occupé à débattre de ce que j'allais manger pour le déjeuner aujourd'hui…… »
« Nous allons bientôt arriver au temple, Votre Altesse. »
« Mais je ne peux pas voir le temple aujourd'hui. »
J'ai répondu anxieusement.
Normalement, j'aurais pu voir les portes du temple à cette distance, mais il y avait tant de carrosses alignés que je distinguais à peine le sommet du bâtiment.
Les embouteillages étaient assez sérieux.
« Y a même un con qui s'est garé en épi…… »
J'ai entendu Ganael faire de son mieux pour retenir son rire après avoir entendu ma marmonnade.
Le cocher m'a aidé à descendre de la voiture et les chevaliers qui gardaient le temple m'ont salué un par un.
La lourde entrée principale du temple s'est ouverte. J'ai pris une grande inspiration silencieuse.
Les cent paires d'yeux à l'intérieur du temple se sont toutes tournées vers moi en même temps.
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« …… Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu aller au Bal ? Non, absolument pas. Reprends-toi. »
J'ai lentement levé la main et me suis giflé.
Peu importe à quel point j'étais fatigué, c'était mieux que d'être au même endroit que Christelle et le Prince impérial.
Souffrir une journée me permettrait d'éviter tous les deux, donc je ne pouvais pas avoir de telles pensées faibles juste parce que c'était un peu difficile.
« Ça va, Votre Altesse ? Je ferai en sorte que Vous puissiez prendre un bain dès notre retour au palais. »
« Vous avez bien travaillé, Votre Altesse. Reposez-Vous bien quand on rentrera. »
« Vous deux aussi, vous avez bien travaillé…… »
Ganael et Benjamin m'ont à peu près traîné hors du temple.
C'était en fait mon esprit qui était extrêmement fatigué, pas mon corps.
J'avais une migraine alors que j'avais passé plus de temps à écouter qu'à parler et que j'avais même fait deux pauses pour manger.
Ça devait être le stress, puisque je n'avais même pas utilisé beaucoup d'éther.
« Ganael, quelle heure est-il en ce moment ? »
« Il est 20 h 35. »
« Merci. »
L'heure convenue pour retrouver Lady Sarnez au palais Strauder, qui était à côté du temple, était 21 h.
Je pensais que je ne la rencontrerais même pas par hasard si je rentrais dans ma chambre vers 20 h 30 et j'étais soulagé que les choses se passent comme prévu.
« La prochaine fois, je devrais vraiment juste prétexter que je suis malade. »
« Oui, Votre Altesse, c'est probablement pour le mieux. »
Benjamin a acquiescé. J'ai pouffé et j'ai commencé à marcher vers la voiture.
Mon corps était raide parce que j'avais été tendu toute la journée, portant ces vêtements auxquels je n'étais pas habitué.
Les confessions des nobles n'étaient pas si différentes de celles des ouvriers au palais impérial.
Les seules différences étaient que les pénitents portaient des vêtements plus chics et utilisaient des mots plus stylés.
Mis à part le fait que les gens me fixaient droit dans les yeux et qu'ils semblaient se confesser à peu près sur les mêmes choses……
Le déroulement en lui-même était assez similaire.
« Y a eu quelqu'un vers la fin qui m'a demandé de l'aider à trouver un prénom. »
Leurs yeux à tous les deux se sont écarquillés.
« Il voulait que je donne un second prénom à sa fille. Il n'avait rien à confesser mais a dit qu'il était venu aujourd'hui juste pour que je donne un second prénom à sa fille. »
Ganael a secoué la tête de gauche à droite. Benjamin a juste soupiré.
Apparemment, la petite fille de quatre ans, « Sophie », adorait taper dans les ballons, donc je lui ai offert le second prénom de « Zinédine » pour qu'elle devienne douée.
Je trouvais que c'était un excellent choix puisque les gens de l'Empire utilisent des noms français.
« Je Vous raccompagnerai au palais Juliette, Votre Altesse. »
Le cocher impérial s'est approché et a ouvert la portière de la voiture pour moi. J'ai hoché la tête et j'ai posé le pied sur le marchepied……
Non, j'allais le faire.
« Benjamin, ça…… »
J'ai pointé quelque chose du doigt. Je me demandais si je voyais des choses parce que j'étais si fatigué.
C'est parce qu'il se passait quelque chose de l'autre côté de la rue qui semblait incroyable.
Les yeux de Benjamin se sont écarquillés quand son regard a suivi mon doigt.
Ganael semblait choqué lui aussi.
« …… La Divine Bête estimée ? »
Le jeune garçon a marmonné ces mots dans le vide.
De grosses lianes poussaient depuis le sol vers le balcon le plus à gauche du palais Strauder.
Elles avaient l'épaisseur de la taille d'hommes adultes.
J'entendais le bruit des lianes qui poussaient à travers l'herbe et les buissons depuis l'autre côté de la rue.
« …… »
« Bon, ce n'est pas une hallucination. C'est réel. »
Je suis monté dans la voiture sans hésiter.
Il y avait des torches rouges et des lumières magiques autour du palais Strauder puisque le Bal avait lieu, mais je pouvais faire semblant de ne rien avoir vu puisque la zone autour du temple était sombre.
Ce n'était pas mon problème si ce panda roux ne pouvait pas quitter le palais impérial ou s'il s'agissait d'une nouvelle bête divine qui apparaissait.
« On y va ? »
« Oui, oui, Votre Altesse. »
Tout le monde s'est mis à bouger vite après avoir entendu ma voix froide.
Ganael et Benjamin se sont assis et le cocher s'est rapidement déplacé pour fermer la portière.
C'est à ce moment-là.
– Pruuuuuuuuu……
« …… »
Nous avons tous entendu le cri de douleur du panda roux. J'ai serré les yeux.
J'avais passé toute la journée à souffrir en écoutant les confessions des nobles. J'avais bossé comme un fou toute la journée et j'avais à peine réussi à partir pour éviter d'aller à ce palais.
Si l'auteur avait ne serait-ce que la plus petite once de conscience, il ne peut pas me faire ça maintenant.
– Screeeeeeeech……
Ce n'était pas mon problème si le petit con mourait de faim ou était en douleur.
La famille impériale et les nobles à l'intérieur s'en occuperaient.
Ils ne le tueraient pas puisque c'est une bête divine et le mettraient probablement dans une cage pour en faire un spectacle un moment avant de l'envoyer dans un bel endroit.
« Allons-y. »
– Screech, screech, screeeech……
J'ai bondi de mon siège.
Si c'était un webnovel avec moi comme protagoniste, je commenterais probablement tout de suite que « le rythme est extrêmement lent. Je me tire. »
Malheureusement, le vrai moi descendait de la voiture. « Putain. »
─────
– Screeeeech
« Oui, c'est ton grand frère. Ça fait un moment, non ? »
Les lianes s'étaient étendues et étaient maintenant enroulées autour de la rambarde du balcon.
J'ai utilisé les grosses lianes comme marches et j'ai facilement atteint le lieu de l'incident.
Je ne suis venu ici que parce que c'était le balcon le plus à gauche du palais Strauder. J'aurais serré les dents et je serais parti si c'était le balcon le plus à droite que Lady Sarnez avait mentionné.
« Est-ce que Son Altesse va bien ? »
« Les bêtes divines ne sont pas des animaux ordinaires. Elles ne peuvent pas être apprivoisées par qui que ce soit sans éther. Vous, taisez-vous et allez informer Son Éminence de ça. Dépêchez-vous. »
Benjamin avait une conversation sérieuse avec les gardes du palais Strauder en bas.
Les soldats semblaient anxieux car il n'y avait pas de manuel pour « quand une bête divine apparaît dans le jardin. »
Ils ne m'auraient jamais laissé grimper si je ne leur avais pas dit que l'habit formel d'un prêtre peut absorber les secousses d'une voiture en mouvement.
« Grand frère n'a pas de nourriture pour l'instant. Tu viendras quand même avec moi ? »
J'ai tendu la main par-dessus la rambarde.
Heureusement, ce panda roux était celui dont je m'étais occupé avant.
Je m'en souvenais parce qu'une des rayures sur sa queue dodue était blanche.
Le panda roux m'a regardé et a incliné la tête, confus.
J'entendais de la belle musique et le bruit étouffé de gens qui parlaient à travers la porte du balcon entrouverte.
– Screech !
« Bien. Viens par ici. On va juste passer la nuit ensemble, ce grand frère et toi. »
Je comptais aller chercher le Cardinal Boutier avec ce type dès le réveil, demain matin.
Alors elle s'occuperait de tout.
J'ai tendu mon bras et libéré mon Domaine Sacré.
Le panda roux a senti le flot d'éther doré et a frémi des moustaches avant de frotter le bout de son nez rond sur ma paume.
J'ai enfin ri de soulagement. Ça devrait aller maintenant.
– Clic.
J'ai soudain vu le bout de chaussures noires de ville dans ma vision périphérique alors que mon attention était encore sur le panda roux.
J'ai lentement relevé la tête.
J'ai croisé le regard d'un homme inconnu.
Mais je n'avais d'autre choix que de le reconnaître.
« Qu'est-ce que vous faites par ici ? »
Sa voix grave qui me semblait familière m'a bizarrement rappelé une conversation que j'avais eue avec Eunse.
Elle sonnait incroyablement fraîche, comme si je l'entendais à travers un casque.
« Jung Eunse, pourquoi tu parles tout le temps du male lead alors que tu le détestes ? T'es sûre que tu ne l'aimes pas en fait ? »
« J'aime pas…… C'est à cause de sa putain de tronche ! Tronche, tronche, tronche ! »
Le visage de ma sœur à ce moment-là ressemblait à Mme Na Moon-hee qui crie « potiron patate douce ! » (Référence à un drama coréen. Voici la vidéo YouTube de la scène et le « regard » est vers 1 minute : https://youtu.be/vgyvy-Jhxjw)
Eunse vantait toujours le male lead de QNW mais gardait toujours une attitude cynique envers lui.
Il avait la tronche d'un dieu qui appartient au Louvre, mais sa personnalité c'est de la merde.
Je pouvais vivre ce dont elle parlait en face à face, là, maintenant.
« …… »
L'homme a légèrement froncé les sourcils après avoir regardé alternativement le panda roux et moi.
« …… J'imagine que la bête divine s'est réveillée. »
La façon dont son visage semblait mélanger beauté classique et moderne si parfaitement donnait l'impression qu'il appartenait à l'Orsay plutôt qu'au Louvre.
Ses cheveux noirs comme l'abîme et ses yeux qui semblaient avoir des grenats à la place des iris dominaient l'espace.
C'était la deuxième personne que je devais éviter à tout prix.
Le male lead de . C'était Cédric Riester.