– Screeeeech !
– Squeeeeee !
Les pandas roux excités couraient partout près du champ de fleurs.
Percy devait être parti jouer quelque part car je ne le voyais pas, Tithé n'étant pas au palais Juliette parce que Pierre l'avait emmené à la piscine d'eau de mer.
J'avertis les petits garnements d'un air sévère.
« Vous ne pouvez pas le déranger pendant qu'il travaille. Soyez sages. »
– Cruuu.
Demy roula par terre comme un panda et fit le fou.
Ça voulait dire qu'il allait faire ce qu'il voulait. Gerrit pendouillait à mon bras et pouffa.
Je ne pus m'empêcher de soupirer et de sourire en même temps.
Le jardin du palais Juliette était magnifique en automne.
Les jardiniers s'activaient, s'occupant des arbres et des plantes nouvellement poussées.
J'étais nul en noms de fleurs mais Benjamin était différent.
Gerrit et moi avions pu nous ressourcer grâce à ses explications pour apprendre plein de nouvelles plantes.
La fleur magenta là-bas est une anémone, celles-ci sont un joli bouquet de barbues. Au fond, il y a des rudbeckies.
Ce goûter en plein air avec des papillons et des libellules qui nous tenaient compagnie était merveilleux.
La météo était super, le ciel dégagé et avoir un invité pour la première fois depuis longtemps me rendait très heureux.
« C'est délicieux, hein ? J'en reprends ? »
Je demandai à Gerrit. Le petit garçon, qui mâchouillait son en-cas, plissa les yeux et acquiesça.
Cette tarte flambée, avec lardons, emmental et champignons pour coller à mes goûts, se rapprochait plus d'une pizza que d'une tarte.
Vu comme ce gamin l'appréciait aussi, le chef Laurence avait vraiment une cuisine qui vous happait.
« Ganael, trois assiettes de ça et des fouaces s'il te plaît. Pour les fouaces, prends celles au confit d'orange dedans. Gerrit les aime. »
« Oui, Votre Altesse ! »
Ganael, qui nous servait, avait l'air aux anges en s'éloignant.
Gerrit me regarda, choqué. Il semblait essayer de dire qu'il ne pourrait pas tout manger.
J'essuyai la sauce sur le menton de l'enfant et souris doucement.
« T'inquiète pas. Tonton t'aidera. »
Gerrit parut soulagé en entendant ça.
Maintenant que j'y repense, j'avais bien mangé la dernière fois qu'on était tous sortis ensemble. Sa première impression de moi a dû être marquante.
Je 확인 qu'il buvait du lait chaud avant de me tourner sur le côté.
Benjamin versait soigneusement du thé à la table d'à côté.
Il a dû sentir mon regard car il s'arrêta et me tendit le sac de Gerrit. 'Il est vachement observateur.'
« Merci beaucoup. Gerrit, je peux l'ouvrir ? »
Hoche hoche. Les cheveux blancs du petit Geens, exactement pareils à ceux de son père, flottaient dans le vent.
Sir Johann avait amené Gerrit à l'entrée puis était entré au palais Romero.
Peut-être qu'il regardait son fils par une fenêtre depuis tout à l'heure.
Le sac que Gerrit avait apporté était si grand qu'il lui couvrait tout le dos et il était bourré.
Je l'ouvris prudemment. Je se mis naturellement à sourire en voyant le contenu.
« Il est plein de lettres. Je parie que t'es facteur, Gerrit. »
L'enfant pouffa de joie.
Les médicaments de Gerrit et un livre pour qu'il lise étaient dedans aussi, mais le reste c'était des lettres de mes potes.
Je sortis les cartes et lettres colorées et croisa le regard du petit garçon.
« Merci infiniment. J'étais curieux de savoir comment allaient mes potes. C'était pas trop lourd à porter ? »
Secoue secoué.
« Tant mieux. »
Je vidai le sac et tendit lentement la main pour arranger les cheveux de Gerrit.
Le garçon sourit comme si ça lui faisait du bien.
Benjamin fut sympa et prit l'herbe au halo solaire de Gerrit pour lui préparer son thé.
J'avais entendu que le médicament était vachement amer mais le petit garçon balançait les jambes et l'attendait sans la moindre grimace.
Il était si sage et pur que je ne pus m'empêcher de plaindre sa situation.
« Voyons voir. »
Ce fut assez paisible après ça.
Je pris du plaisir à lire les lettres de Christelle, de la vice-capitaine Élisabeth, d'Eva, du marquis Duhem, de Sand, d'Agnès et de mes autres compagnons.
Il y en avait même une de Chantal, la chef de cabinet du château du seigneur de Sérénité.
C'était encore plus drôle parce que j'avais l'impression d'entendre les voix des expéditeurs en les lisant.
Gerrit me regardait lire avec intérêt.
'……Son Altesse ne cesse de franchir la ligne, Votre Altesse. Hier, j'ai failli demander un duel parce que je n'arrivais vraiment pas à lui faire entendre raison. Je suis en tout cas extrêmement soulagé d'apprendre que vous vous êtes réveillé sain et sauf, Votre Altesse. J'ai été tellement choqué d'entendre que vous aviez craché du sang que j'ai détruit mon lit. Ma mère a entendu le bruit et a accouru pieds nus.'
L'écriture de Christelle débordait de colère et d'énergie.
Eva, qui était apparemment à la capitale impériale, écrivit un compte rendu détaillé de ce qu'elle faisait ces temps-ci. Je fus soulagé de voir qu'elle ne semblait pas avoir de difficultés.
La vice-capitaine Élisabeth expliqua la situation hors du palais impérial d'un ton calme.
'La capitale impériale et tout l'Empire sont pas mal agités à ce sujet, Votre Altesse. Je suis sûr que vous l'avez lu dans le < Bihebdo Riester > mais la réaction est en fait bien plus chaude que ça. Le niveau d'alerte des soldats a été levé après une semaine mais les citoyens dans les rues parlent encore du ciel et des mouvements du golem. Il y a des gens qui disent des trucs funestes mais aussi beaucoup qui considèrent ça comme une bénédiction du Dieu Tout-Puissant.'
Je réfléchis à l'explication de la jeune comtesse.
Les mouvements du golem en eux-mêmes avaient été extrêmement dangereux, mais il y avait aussi des archives de l'Empire connaissant d'abondantes récoltes suite à l'apparition de golems tous les deux siècles.
C'était pas surprenant d'entendre qu'il y avait des réactions mitigées.
Les parents de la vice-capitaine Élisabeth, la marquise Caroline Moutet et son mari, avaient aussi envoyé une carte pour prendre de mes nouvelles.
Le message de Sir Michel était particulièrement long.
'Votre Altesse, les fleurs et arbres de notre serre poussent en pleine forme grâce à la pierre magique arroseuse que vous nous avez offerte l'été dernier. Je prie pour que vous travailliez aussi dur pour votre rétablissement.
(Omis)
J'ai aussi entendu que vous aviez demandé à Sa Majesté d'autoriser la culture de l'herbe au halo solaire au palais impérial. Ce fut une décision véritablement sage, Votre Altesse. Les phénoménales capacités de détoxication de l'herbe au halo solaire et son pouvoir régénérant sans fin sont un sujet de recherche extrêmement curieux pour un botaniste et médecin comme moi. Notre bienveillante Majesté m'a convoqué au palais impérial pour observer personnellement les racines et les feuilles et m'a permis de sécher les fleurs et de les stocker. J'enquête actuellement sur des choses liées au fils de Sir Geens, l'état de Gerrit……'
J'arrêtai de lire le message de Sir Michel et regardai Gerrit.
L'enfant, qui avait reçu la tasse de Benjamin, buvait le thé médicinal avec maturité.
J'avais entendu qu'il utilisait le même médicament depuis bébé mais le goût amer devait être dur à accepter car il fronçait les sourcils de temps en temps.
Je piquai un morceau de membrillo avec ma fourchette et attendis en silence.
'Je lui donne une fois qu'il a fini.'
Ce fut à ce moment-là.
« Hmm ? »
Les grands yeux de Gerrit clignotèrent plusieurs fois avant qu'il ne tende sa tasse vers moi.
Il restait environ deux gorgées. Je penchai la tête.
« T'as fini de le boire ? »
L'enfant secoua la tête à ma question. Puis il repoussa la tasse encore plus près de moi.
Je devins un peu anxieux.
« Tu essaies de me le donner ? »
Sa petite tête bougea de haut en bas.
Ganael, qui avait apporté le pain commandé et une tripotée de desserts, poussa un souffle de choc.
Benjamin parut mal à l'aise un instant aussi.
Mes deux confidents, ainsi que les gens autour de moi, se souvenaient clairement de la façon dont l'herbe au halo solaire et l'herbe au halo lunaire m'avaient affecté par le passé.
Sir Geens avait mis de l'extrait d'herbe au halo solaire dans ma tasse de thé puis m'avait fait boire du thé à l'herbe au halo lunaire pour me faire souffrir de trouble d'éther.
Il avait ensuite utilisé ça pour essayer de me tuer.
「…… Merci, Gerrit. Mais tonton n'est pas malade donc ça va. C'est ton médicament donc t'as pas à en garder pour moi. »
Je choisissai mes mots avec soin. Ses yeux couleur menthe tremblaient.
L'enfant ouvrait et fermait la bouche comme s'il voulait dire quelque chose mais aucun mot ne sortait.
Il a dû être contrarié car son air devint triste. 'Aïgoo.'
« Je le pense. Tonton va totalement bien. Donc bois tout, Gerrit. Je suis sûr que ton papa veut que tu fasses pareil. »
« Waa…… »
Un grognement proche d'un pleur sortit de sa bouche.
Je haletai et recouvris les mains de l'enfant, qui tenaient la tasse, avec la mienne.
Gerrit me regardait avec un regard désespéré.
« Votre Altesse, vous n'avez pas besoin de le boire. »
« Oui, monsieur. »
Benjamin conseilla calmement et je relevai immédiatement le menton.
Le thé sombre dégageait l'étrange parfum amer des tisanes médicinales.
La raison pour laquelle j'avais souffert de trouble d'éther était la combinaison d'extrait d'herbe au halo solaire et d'herbe au halo lunaire.
Mon cerveau savait que du thé fait d'herbe au halo solaire ne m'affecterait négativement en rien.
Ça expliquerait pourquoi le bâtard de prince héritier impérial avait autorisé cet enfant à apporter son médicament.
« …… »
La surface du thé tremblait légèrement.
Il me fallut longtemps pour réaliser que c'était parce que ma main tremblait.
'J'ai l'air d'avoir encore peur de ça.'
« Je suppose que tu as dû entendre que j'ai fait un malaise, Gerrit. C'est pour ça que tu me donnes ce médicament ? »
Heureusement, ma voix sonnait normal.
Le jeune garçon me regarda les yeux larmoyants et acquiesça.
Gerrit avait dix ans mais il était aussi petit qu'un gamin de sept ans et sa constitution était faible parce qu'il était chétif depuis la naissance.
Je souris en regardant l'enfant et……
« Votre Altesse ! »
Glou glou. Je bus le reste du thé à l'herbe au halo solaire.
Ganael avait l'air extrêmement anxieux comme si j'avais avalé du poison mais les doigts de Gerrit tressaillirent de joie et de soulagement.
L'enfant me fourra vite un morceau de membrillo dans la bouche dès que je posai la tasse vide sur la table.
Le goût doux et fondant se répandit dans ma bouche et effaça l'amertume.
Je ne pus m'empêcher de pouffer maintenant.
« On dirait que tonton va guérir grâce à toi, Gerrit. Peut-être que mon éther reviendra demain. »
Je mis un berlingot violet dans la bouche de Gerrit.
Mon petit facteur et docteur sourit radieusement et hocha la tête.
Il semblait approuver ma déclaration.
─────
Cette nuit-là……
« Dame Christelle de Sarnez, j'ai un immense respect pour vous. C'est un honneur extrême de vous rencontrer. Se battre contre un golem…… Vous êtes aussi courageuse que nos ancêtres. »
« Merci beaucoup. Je suis ravie de vous rencontrer aussi. »
Cette taverne chic du quartier Legault, le quartier central de la capitale impériale, était si pleine qu'il n'y avait pas de place pour bouger.
Christelle souriait radieusement tout en recevant les salutations de quelque jeune noble.
Le visage de la personne rougit et elle ne semblait pas savoir quoi faire avant de baiser le dos de la main de Christelle et de s'éloigner.
C'était déjà la cinquième fois qu'elle faisait face à ce genre de situation ce soir.
« C'est super que ma fille soit si populaire. »
« Oui, je suis d'accord, mère. »
Christelle répondit par un sourire au murmure d'Isabelle.
Le duo mère-fille, qui avaient en fait un âge assez proche, trinquèrent leurs verres l'un contre l'autre et kichèrent.
La jeune chevalière sainte faisait de son mieux pour ne pas se remémorer la vue de la Corée qu'elle avait vue ce jour-là.
Tout ce que ça faisait c'était la mettre en rogne.
Elle n'était sûre ni de comment recréer ce trou dans le ciel ni de comment elle pourrait y aller.
Elle ne voulait pas être torturée par un espoir inutile de pouvoir retourner dans son monde d'origine.
Mieux valait l'oublier.
« Santé. »
« Santé ! »
Le goût sucré-amer du vin lui descendit dans la gorge avec ces souvenirs.
Le quartier de la ville avait été complètement vide il y a deux semaines quand les soldats avaient été mis en alerte.
Les chevaliers de la garnison défendant la capitale impériale patrouillaient les rues jour et nuit pendant que les nobles ordinaires et les roturiers sans talents en magie ou en arts de l'épée restaient chez eux.
Mais c'était différent maintenant. Partout sauf aux frontières avait retrouvé la normale.
En fait, ça semblait même plus animé que quand ce trou dans le ciel et le golem étaient apparus.
Christelle tendit l'oreille aux vagues de bavardages qu'elle entendait autour d'elle.
« La fête des récoltes, c'est déjà le mois prochain. J'ai hâte de voir combien on pourra ramasser sur mon territoire. »
« Oh, le magasin du château du seigneur a été pillé le mois dernier. J'espère qu'on pourra compenser les pertes avec cette récolte. »
« Mon dieu, baron. C'était peut-être ce voleur ? »
Ses yeux bleu-gris regardèrent involontairement à travers la taverne. Ils s'arrêtèrent alors sur un certain endroit.
Bien que cet homme ait une capuche couvrant son visage, Christelle était certaine de connaître cette personne assise à une table dans un coin.
Maintenant qu'elle y pensait, elle n'avait pas vérifié s'il allait bien depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus au château du seigneur de Blanquer. Un curieux mélange de curiosité et de malice lui remplit le cœur.
Christelle appela un garçon de course pour dire qu'elle voulait envoyer une boisson à ce gentleman là-bas et demanda du papier et un stylo.
Elle écrivit alors un message avec excitation.
« Tu pourras pas te marier si tu bois pas ça d'un trait. Oh, détestable monsieur……
Qu'est-il advenu de la prophétie que tu as faite au duché de Blanquer ?
– C. S. »
Le garçon de course livra rapidement le champagne et le message à Modeste Bacary pendant que Christelle observait son visage en ricanant.
Le jeune voyant parut surpris par cette marque de bienveillance complètement inattendue.
Christelle ne connaissait pas Bacary mais savait que c'était lui qui avait violemment dévisagé le prince Jesse lors de la cérémonie de confirmation de succession du prince héritier.
Elle avait aussi entendu comment il avait laissé une prophétie funeste au prince et ses amis au bal masqué.
En tant que quelqu'un qui avait écouté son avertissement et aidé à fouiller la salle de bal, elle pensait avoir le droit d'en connaître les dessous.
Cependant, il montra une réaction surprenante.
Bacary regarda Christelle de loin avant d'appeler le garçon de course pour écrire une réponse.
C'était un développement intéressant.
Christelle lut calmement le message du voyant que le garçon de course apporta.
« J'accepte la boisson avec gratitude. Cependant, je ne sais pas de quoi vous parlez avec une prophétie, dame Sarnez. Malheureusement, j'ai perdu mes souvenirs de cette nuit.
– M. B. »
「…… Qu'est-ce qu'il veut dire ? »
Son visage se raidit.
« Il dit que ses souvenirs de la prophétie sont complètement partis ? »