Des applaudissements suivirent.
« Sérénité ? »
Ce n'était ni l'Angélique que l'impératrice Frédérique avait lancée pour me taquiner, ni la Lunaire que la cardinale Boutier avait suggérée.
C'était mieux que les autres, puisque l'entendre ne me faisait ni grimacer ni rougir.
Je me sentais tout de même coupable pour Benjamin et Ganaël, qui allaient tous les deux perdre de l'argent.
« Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Je n'ai qu'à penser au mot anglais, serene ? »
— Suivant.
L'impératrice posa une cape luxueuse sur mes épaules avant de désigner du menton la chef de cabinet, Laura.
Laura lança alors un regard perçant vers l'entrée de la salle d'audience.
Je me levai et fis de mon mieux pour comprendre la situation.
« La jeune dame Christelle de Sarnez entre maintenant ! »
— Boum !
J'entendis les lourdes portes s'ouvrir à nouveau. Mes yeux s'écarquillèrent tandis que je me retournais.
Je pouvais voir les cheveux roses de Christelle et ses magnifiques yeux briller au loin.
Son visage joyeux et confiant fit en sorte que tous les Pairs de Riester se mettent à bavarder avec excitation.
« Je ne suis pas la seule à être récompensée aujourd'hui ? »
« Vous pouvez aller du côté d'en bas maintenant. »
« Oui, Votre Majesté. »
Je répondis immédiatement à l'ordre donné par la voix rauque de l'impératrice.
Je me positionnai tactiquement au niveau inférieur du prince héritier Cédric, sur la même marche que lorsque nous avions salué Elise.
Le marquis François Duhem, qui se trouvait à proximité, me fit signe des yeux et des mains.
On aurait dit qu'il disait : « Félicitations pour avoir obtenu le même titre que moi », suivi de « Je suis tellement beau. »
Je l'ignorai et levai les yeux vers le prince héritier.
Son regard solaire me fusilla immédiatement.
« As-tu reçu le collier, Votre Altesse ? »
Je bougeai les lèvres le plus distinctement possible pour demander. Le prince héritier sembla comprendre sur-le-champ.
Il fronça alors les sourcils.
« …… C'était un collier ? »
Il avait l'air plutôt sérieux en posant la question. Je ne pus même rien dire, tant il ne semblait pas se moquer de moi du tout.
Je serrai les dents avant de bouger la main comme pour dire que tout allait bien, puis regardai devant moi.
« Tant qu'il l'a reçu. »
« La jeune dame Christelle de Sarnez. Vous avez soutenu le prince héritier impérial du Grand Riester pour mener à bien la Grande Éradication des Bêtes Démoniaques…… »
Christelle, qui avait gravi les marches et s'était agenouillée au premier rang, baissa la tête en écoutant l'impératrice répéter ce qu'elle m'avait dit.
J'eus l'impression de comprendre enfin pourquoi ses lèvres tressaillaient chaque fois que je la voyais ces derniers jours.
Christelle semblait aussi curieuse de quelque chose, puisqu'elle ne cessait de lever les yeux et de tourner la tête. Cela me mit mal à l'aise et me fit rire en pensant que j'avais dû avoir la même mine.
Elle sourit aussi brillamment qu'une étoile quand nos regards se croisèrent. Je lui fis un signe de la main discret.
« Pour tous vos mérites, cette impératrice vous confère à juste titre le titre de Chevalier de l'Empire et la promesse de ma bénédiction éternelle. »
« Hé, le protagoniste se fait adouber ! »
Ma mâchoire tomba.
Une récompense honorable était accordée à Christelle pour tout ce qu'elle avait accompli.
J'aurais filmé la scène si j'avais eu un téléphone, c'était décevant de ne pouvoir la garder qu'en mémoire.
Je fus le premier à applaudir quand elle reçut son titre et commença à se relever.
J'étais sûr qu'Eunseo serait vraiment heureuse aussi.
« Vous avez l'air assez contente. »
« Nous sommes amies. De plus, la jeune dame Sarnez ne manque de rien pour être chevalier, Votre Altesse. »
« Tu ne penses pas la même chose, toi aussi ? »
Telle fut la pensée qui me traversa l'esprit tandis que je me tournais vers le prince héritier.
Il lança alors un regard passionné vers Christelle. Cela me rendit incroyablement fier.
La désormais chevalière Christelle glissa jusqu'à une place près de moi.
Ses joues rosées et ses yeux bleu-gris étincelants dégageaient le charme vivant que seul un personnage principal peut dégager.
Je souris et la félicitai.
« Félicitations, Dame Sarnez. »
« Wow. Vous êtes la première personne à m'appeler comme ça ! Merci beaucoup. Félicitations à vous aussi, Votre Altesse. »
Elle répondit vivement.
Je m'excitai en voyant qu'elle ne pouvait cacher son excitation et sa joie.
Christelle toucha ma cape, me demanda si je savais qu'un blason y était brodé, puis commenta que toute la tension partie lui donnait faim.
Le duc et la duchesse de Sarnez, debout de l'autre côté, regardaient dans cette direction avec à la fois fierté et malaise.
« On dirait que les choses sont encore gênantes entre elle et ses parents. »
« La jeune comtesse Élisabeth Moutet entre maintenant ! »
— Boum !
Christelle et moi tournâmes la tête en même temps.
J'eus alors l'impression que l'impératrice, adepte de l'efficacité, avait choisi ce jour pour tuer plusieurs oiseaux d'une pierre.
Je ricannai et regardai la cérémonie continuer.
Contrairement à nous deux, la vice-capitaine Élisabeth semblait plutôt habituée à tout cela.
« …… En l'honneur de ces accomplissements, cette impératrice vous décerne la glorieuse Médaille d'Honneur Impériale de Grade 3. »
Tout l'aide que la jeune comtesse m'avait apportée ces derniers mois me traversa l'esprit.
Elle parut extrêmement mature et resta calme quand l'impératrice posa elle-même la Médaille d'Honneur sur elle.
La vice-capitaine de la Garde Impériale était vraiment différente.
Christelle et moi acclamâmes bruyamment à la place du prince héritier silencieux.
Une fois la cérémonie terminée, la vice-capitaine Élisabeth nous salua des yeux avant de s'avancer pour se tenir à côté du capitaine Hervé Duhem.
Le capitaine Duhem parut assez satisfait en tapotant l'épaule de sa subordonnée.
Quatre ou cinq personnes reçurent des médailles d'honneur ou des titres après cela.
Pendant ce temps, Christelle et moi chuchotions sur l'endroit où nous logions sur la route de Sérénité et sur la façon dont nous avions fait nos bagages.
Je pouvais sentir le regard brûlant du prince héritier dans mon dos.
« Je sais qu'elle va devenir ta femme alors calme-toi…… »
« Sérénité. Le nom est si joli. Je suis sûr qu'il veut dire quelque chose de bien. »
« Merci beaucoup. Je suis d'accord avec vous. »
« Aucun dirigeant ne va donner un mauvais nom à la terre où vit son peuple… Attendez une minute. Je croyais que l'impératrice n'allait pas choisir le nom de mon territoire ? »
« Il vous va bien, Votre Altesse. Vous êtes jolie. »
« M, merci beaucoup. »
J'oubliai complètement ce que j'étais en train de penser après que Christelle m'ait asséné ce crochet.
Alors que je répondais de cette voix à moitié cuite…
« C'est fini. Vous pouvez tous partir. Je vais finir par me fatiguer si je vois vos visages plus longtemps. »
L'impératica lança cette remarque avant d'escorter la cardinale vers la sortie.
Le marquis Duhem et quelques autres rirent et montrèrent leur respect, sachant qu'elle était à moitié sérieuse.
Tout devait être terminé. Alors que nous nous inclinions également vers elle…
« Ah, au fait, mon fils et Dame Sarnez ont pris le marquis Sérénité comme partenaire prêtre. »
Frédérique Riester lança une bombe.
« Maintenant que vous le savez, vous pouvez partir. »
Ma mâchoire tomba. L'assemblée devint bruyante un instant.
Dès que j'eus mon titre de marquis et qu'il fut certain que j'avais pied dans l'Empire, l'impératrice intervint pour mettre fin aux rumeurs qui couraient.
Maintenant que la stricte impératrice l'avait dit elle-même, personne ne pourrait plus rien dire sur notre partenariat.
Le marquis Duhem siffla.
Christelle sourit brillamment et me donna un petit coup de coude avec son bras.
« Votre Altesse, nous sommes officiels maintenant ! »
« …… Oui, mais je pense que c'est un mauvais choix de mots. »
— Crépitement !
« Hi ! »
Les hauts brasiers de chaque côté du tapis crépitèrent à ce moment-là.
Quelques Pairs de Riester poussèrent un souffle et reculèrent.
Je regardai vite vers le prince héritier, mais je ne pus confirmer ses intentions car il s'éloignait déjà avec l'impératrice et la cardinale.
Christelle renifla et marmonna tout bas.
« Essaie de rester en ligne. »
« Wahou, il vient de faire peur à un tas de gens au hasard pour me tenir en laisse ? »
*
Le palais de l'Impératrice était complètement plein de monde après la cérémonie.
Percy et Demy pendouillaient à mes bras.
Pour Demy, c'était compréhensible, mais je ne savais pas pourquoi Percy s'acharnait ainsi avec son bec alors qu'il a des ailes.
« Votre Altesse, je veux vraiment partir avec vous. »
« C'est bon. Tu dois rester avec Gerrit un moment. De plus, tu es maintenant chevalier de Sa Majesté, Sir Johann. »
Les yeux de Sir Johann se courbèrent tristement alors qu'il sortait jusqu'à la voiture impériale pour nous saluer.
Il y avait au total cinq voitures en partance pour ma Marche, Sérénité.
Trois venaient de la famille impériale pour moi, les deux autres appartenaient à la Maison Ducale de Sarnez.
La vice-capitaine Élisabeth prévoyait de prendre un petit nombre de membres de la Garde Impériale et de venir avec nous, conformément à l'Ordre Impérial.
Sir Johann disait depuis un moment qu'il allait venir avec moi, mais je l'en avais dissuadé.
Je voulais que le petit Gerrit se repose à la Capitale Impériale et s'installe. Je ne voulais pas non plus qu'il soit loin de son père.
« …… J'obéirai si tel est votre souhait, Votre Altesse. »
Sir Johann commenta doucement, s'inclina et s'éloigna.
La vice-capitaine Élisabeth me sourit tout en étant à cheval.
Les parents Sarnez m'avaient salué plus tôt et étaient montés dans l'une de leurs voitures. Benjamin et Ganaël m'attendaient aussi à l'intérieur, donc nous allions partir dès que je serais prêt.
Je fis de mon mieux pour ignorer le marquis Duhem, qui m'envoyait des baisers de la main à distance, et me retournai.
« Comment peut-il être en mode people toute la journée ? »
« Alors je suppose qu'il est temps de partir. »
« Votre Altesse ! »
J'entendis une voix claire dès que je dis cela et la portière de la voiture se referma.
Christelle s'était précipité.
« Dame Sarnez ? »
« Si cela vous convient, puis-je monter avec vous ? »
Elle avait un ton sérieux, contrairement à son habitude.
Mon instinct me disait que cela était lié à ses parents.
J'acquiesçai de la tête et le cocher'ouvrit la portière.
Christelle montait joyeusement quand…
— Couîîîî !
— Grincement
Cette fois, Rhea et Perry sortirent en courant de la voiture. Le cocher fut choqué et gémit.
« Qu'est-ce que ces trouble-fête fabriquent encore ?! »
« Votre Altesse, les bêtes divines se dirigent vers Son Altesse Royale. »
« Hein ? »
Je sortis la tête par la fenêtre pour regarder.
Comme l'avait mentionné Ganaël, les deux pandas roux grimpaient les marches vers le prince héritier.
L'homme, qui se tenait comme une statue devant le palais de l'Impératrice, retira son gant et claqua des doigts une fois que les bêtes divines commencèrent à tourner autour de ses pieds.
Les deux boules de feu qu'on avait vues à Yvelines apparurent à nouveau.
Les deux bêtes roulèrent sur le dos, sortirent la langue et parurent heureuses. Je soupirai et secouai la tête.
« Allons-y. »
« Excusez-moi ? Mais… »
« On dirait qu'elles voulaient rester derrière pour consoler Son Altesse Royale puisqu'il ne peut pas venir. Ces gamines sont proches de Son Altesse Royale. »
Je répondis à mon jeune serviteur. Le cocher comprit la situation, s'inclina et ferma la portière.
La voiture commença à avancer lentement.
La dernière chose que je vis du prince héritier, c'était son air extrêmement mécontent, comme s'il allait mettre le feu à toute la voiture.
« Il doit avoir l'impression que je lui vole Christelle. »
Bien sûr, je n'avais absolument aucun désir de faire ça.
« Alors qui t'a dit d'être occupé…… »
Je pensai qu'il devrait aller bien un moment puisque j'avais rempli la pierre sacrée d'éther.
*
L'horaire cette fois était meilleur que notre planning pendant la Grande Éradication des Bêtes Démoniaques.
Nous n'avions pas besoin d'utiliser le portail du Centre Commercial Central de Legault suivi de quatre autres jours de voyage en voiture.
Mon territoire, Sérénité, ne prenait que deux jours depuis la partie sud de la Capitale Impériale.
« C'est un peu embarrassant de l'appeler mon territoire. »
Ganaël demanda une fois sortis du portail de Legault et montés dans une voiture.
Je ne pus rien dire puisque je n'avais rien à dire à cet enfant qui avait dépensé de l'argent pour ça.
Le portrait artistique du prince héritier fait au pointillisme était grand et cool, mais il faisait assez pâle figure face à la réalité.
Je caressai Demy et Percy en brisant le silence.
« Heu…… C'était assez impressionnant. J'ai été surpris qu'il soit là alors que son anniversaire était déjà passé. »
« C'est exact, vous êtes bien renseignée, Dame Sarnez. La phrase de félicitations de cette année a été choisie par vote…… »
Les yeux de Ganaël brillèrent alors qu'il s'emballait à la question de Christelle.
La conversation semblait couler dans le style d'Eunseo.
Je souris discrètement, retirai le médicament contre le mal des transports sous mon oreille, et ouvris le panier avec Benjamin.
L'article numéro un de notre liste de bagages était la bonne bouffe.
Christelle poussa un profond soupir tandis que tout le monde choisissait les en-cas et boissons qu'il voulait.
« Je devrais être contente à l'idée de me moquer de Son Altesse Royale après avoir vu cette pub, mais…… Pour être honnête avec vous, je n'en ai pas trop envie. »
Elle semblait enfin mentionner la raison pour laquelle elle était montée dans la voiture avec nous.
Je lui mis une fourchette et une serviette dans la main en commentant.
« N'hésitez pas à dire ce que vous avez sur le cœur. Benjamin et Ganaël sont d'excellents auditeurs. »
« Oui, Votre Altesse, je voulais vous en parler à vous trois d'abord. Je prévois d'en parler à la vice-capitaine Élisabeth quand nous arriverons à l'auberge plus tard. »
Elle avait un sourire amer. Elle dit alors immédiatement ce qu'elle avait en tête.
« Mes parents veulent que je me marie. »
« Excusez-moi ? »
— Piiiiiiiiii !
Je fus si choquée que je laissai tomber le religieuse dans ma main sur le ventre de Demy.
Le panda roux se plaignit immédiatement après avoir été frappé par le cookie boule de neige.
Je tournai la tête en urgence, mais Benjamin et Ganaël ne semblaient pas dérangés du tout.
En fait, ils semblaient trouver que c'était le moment.
« Non. Absolument pas. »
« Pourquoi tout d'un coup…… »
« Mes fiançailles avec Son Altesse Royale sont finies et il ne semble pas y avoir de chance que ça reprenne, alors ils pensent qu'il est temps que je commence lentement à devenir la jeune duchesse, vu que je suis fille unique. »
J'eus l'impression d'être frappée par la foudre.
Le petit puits d'amour tout mignon s'effondra sous la fourchette de Christelle.
Mon esprit tournait pour comprendre la situation.
J'essuyai le ventre de Demy avec des mains tremblantes.
« On dirait que le numéro deux sur notre liste de bagages était…… Un voyage coincé avec le personnage principal qui fuit l'amour. »