« Oo…… »
Je gémis et ouvris lentement les yeux.
Ce serait génial si j'étais sur un lit moelleux, mais un développement aussi commode ne se produisit pas.
Je vis un homme et une femme me regarder.
L'un avait des yeux bleu-gris distincts tandis que l'autre avait des yeux orange profondément enfoncés.
« Hein ? »
Dès que je bondis, choqué…
– Boum !
Ma tête heurta celle de Christelle !
« Aïïïïe ! »
« Aïe…… »
Je roulai par terre, sous le choc, pendant que Christelle gémissait en se frottant le front.
'Cavale, ça a fait mal. J'ai l'impression que mon crâne s'est fendu en deux. Elle a une sacrée grosse tête !'
– Couîîîîk !
– Piroûûûûû !
Demy, qui était allongé à côté de moi, et Percy poussèrent tous deux un cri de surprise.
Ils se mirent immédiatement à me frotter le front, l'une avec une patte, l'autre avec une aile.
J'avais l'air d'avoir horriblement mal.
'Vous êtes là, vous aussi……'
« Tu essaies de l'assommer à nouveau, ou quoi ? »
Le prince impérial Cédric, debout, me regardant de haut, lança cette remarque sarcastique à Christelle.
Notre protagoniste, qui avait rapidement récupéré du choc, le dévisagea.
Je pressai ma tête qui bourdonnait contre le sol avant de réaliser, choqué, que sa veste bleue était étalée sous moi.
Ils ont dû m'allonger là parce que je m'étais évanoui à cause du portail.
« Cela aurait dû le réveiller sur-le-champ, Votre Altesse. Avez-vous déjà fini de reconnaître les lieux ? »
« Je n'ai pas pu aller loin à cause du brouillard. »
Les deux échangèrent des piques.
Je sentis la douleur à ma tête et la légère nausée se dissiper lentement tandis que je me redressais.
Nos alentours étaient pleins de brouillard, comme l'avait mentionné le prince impérial.
Nous étions toujours dans une forêt, mais la taille et les essences des arbres étaient complètement différentes de l'endroit où nous étions.
C'était une zone totalement inconnue. J'enlaçai Demy et Percy en posant ma question.
« Nous… nous avons été téléportés par un portail ? »
« Il semblerait, Votre Altesse. Sir Johann, Gerrit et la jeune lady Eva sont également là. Les trois sont partis reconnaître dans l'autre direction. »
Christelle répondit vivement.
'On est six et deux bestioles !'
Je croyais avoir été téléporté seul, mais en y réfléchissant, un portail ne pouvait pas être aussi petit.
On dirait que tous ceux qui étaient autour de moi ont été téléportés aussi.
Je fus un peu soulagé de ne pas être seul.
« Pourquoi y aurait-il un portail dans un tel endroit…… »
« C'est une relique de l'Ère des Guerres. »
Le prince impérial commenta d'une voix basse. Le jeune homme et moi croisa le regard.
Le livre qu'il m'avait donné ne contenait aucun détail sur les moyens de transport utilisés à cette époque.
Cependant, j'avais une idée en fonction de ce qu'il disait.
Je me remémorai lentement ce que la vice-capitaine Élisabeth et le marquis Duhem avaient discuté dans le jardin du palais de l'Impératrice.
Portails, militaire, soutien.
« Était-il créé pour fournir des provisions ou des troupes de renfort ? »
« Tu le sais. »
Il répondit.
Alors ça expliquait pourquoi ce portail se trouvait sur un chemin menant à la capitale impériale au lieu d'un endroit fréquenté.
Ils avaient besoin de pouvoir acheminer et déplacer rapidement des renforts quand c'était nécessaire.
Ils devaient protéger tous les chemins des ennemis.
« S'il y avait des portails partout dans l'Empire comme celui-ci…… La plupart ont dû être fermés parce qu'ils ne servaient à rien en temps normal. »
« Cela n'aurait apporté que le chaos. Tout comme ce qui vient de se passer. »
Sa voix était calme malgré ses paroles. Je ne pus m'empêcher de grincer des dents.
'Pourquoi un chevreuil d'eau a-t-il dû se trouver là, de tous les endroits ? Pourquoi ai-je dû descendre de la voiture ? Pourquoi cela a-t-il dû être un stratagème d'une bête démoniaque ? Pourquoi le prince impérial a-t-il dû utiliser de la magie et laisser son mana être absorbé par le portail souterrain ? Quelle est la probabilité que le portail fonctionnait encore correctement ? Hein ?'
Je fis de mon mieux pour réprimer mon envie d'insulter l'auteur.
C'eût été une chose si j'avais agi selon le roman original et laissé les choses suivre le cours prévu par l'auteur, mais je me sentais lésé parce que ces événements continuaient à se produire malgré mes actions très différentes de celles du roman.
Ce fut le cas lors du match de polo la dernière fois et à nouveau maintenant.
Le fait que les protagonistes soient impliqués dans les deux incidents devait signifier que l'auteur était impliqué d'une manière ou d'une autre.
« Haaa………….. »
Je me passai les deux mains sur le visage. Je décidai de me concentrer sur les événements actuels pour l'instant.
Râler sur l'auteur ne nous ramènerait pas à la capitale impériale immédiatement.
« Qu'est-il arrivé au chevreuil d'eau blessé ? »
« Je savais que tu allais demander ça, Votre Altesse. »
Christelle sourit à ma question.
« Il a été complètement guéri. Il a bondi et a disparu dès qu'on est arrivés ici. Je ne sais pas s'il parviendra à survivre là-dehors. »
Je ne pus que hocher la tête, hébété.
J'étais inquiet que le faon ne puisse pas survivre ici sans sa famille. C'était à ce moment-là.
– Souûûûû !
« Vous êtes réveillé, Votre Altesse. »
J'entendis une voix douce dans le ciel.
Le brouillard au sol fut balayé par une bourrasque avant qu'Eva et Sir Johann, qui tenait Gerrit dans ses bras, n'atterrissent doucement au sol.
La jeune lady avait le visage rougi en posant son pied au sol.
Je ne pus m'empêcher de rire malgré la situation actuelle en voyant sa réaction.
« Tu as fait un bon voyage ? »
« Oui monsieur ! Sir Geens m'a soulevée dans les airs. Au début j'étais agacée qu'il ne demande pas mon avis mais c'était super amusant ! »
Ses boucles flottaient dans le vent, ressemblant à des nouilles ramen.
On dirait qu'Eva a profité d'une balade amusante dans les airs pendant que Sir Johann faisait toute la reconnaissance.
Gerrit me sourit aussi. Sir Johann esquissa un sourire gêné en sentant mon regard.
« Il y a une montagne devant nous mais je ne vois pas la capitale impériale. Il était difficile de vérifier la présence de villages à cause du brouillard sévère et du vent. »
'Merde.'
« Iek. »
Eva fit un bruit de surprise, comme si elle n'en avait pas été informée non plus jusqu'à présent.
Christelle fronça les sourcils pendant que le prince impérial regardait vers le sentier étroit.
« Je suppose qu'il faut attendre ici. »
« Oui, Votre Altesse. Je suis sûr que la vice-commandante Moutet fera son rapport au palais impérial dès qu'elle aura réglé l'affaire des bêtes démoniaques. »
Sir Johann acquiesça. Je hochai la tête.
Bien que je n'aie vu qu'un loup bête démoniaque, il pouvait y en avoir d'autres. Cependant, la vice-capitaine Élisabeth était une épéiste de grade 8.
Il y avait aussi plus de vingt membres de la garde impériale.
Ce devrait être facile pour eux de s'occuper des bêtes et de faire venir rapidement un mage du palais impérial pour gérer la situation.
« Alors on attend trois ou quatre heures ? »
Je commentai. Ça devrait prendre à peu près ce temps pour qu'ils informent l'Impératrice et reviennent dans le secteur.
Tout le monde, sauf le prince impérial, hocha la tête et s'assit autour.
Je devais encore avoir mauvaise mine car Christelle créa une goutte d'eau de la taille de sa paume.
« Merci beaucoup. »
J'avalai l'eau d'un trait avant de lever les yeux vers le prince impérial debout.
Même le brouillard épais ne ressemblait qu'à un doux filtre de caméra autour de lui.
'Ouais, dans trois jours c'est la cérémonie de confirmation de succession de ce type…… Je suis sûr qu'on pourra rentrer d'ici la fin de la journée.'
*
Le silence régnait dans le bureau de l'Impératrice.
Aurélie Boutier laissa échapper un soupir discret avant de prendre une gorgée de son café.
Élisabeth essuya le sang de bête démoniaque sur sa joue avec sa manche, l'air absent.
Qu'une chose pareille arrive trois jours avant la cérémonie de confirmation de succession du prince héritier impérial était inacceptable.
Cependant, la vérité était que ce genre de choses semblait toujours arriver quand Cédric, le prince Jesse et la jeune lady Christelle étaient ensemble.
Le fait que ce fut calme pendant la demi-lune et les quelques jours passés était la partie bizarre.
« Répétez. »
Frédérique Riester donna l'ordre.
François Duhem avala sa salive et la regarda.
Ses yeux rose clair brillaient solennellement.
« Votre Majesté, souveraine de mon moindre souffle, cela sera difficile. »
« Pourquoi. »
« Vous allez me frapper si je le redis, ma bonté ! »
L'Impératrice bondit et saisit son épée. François sauta vivement vers la fenêtre.
Il regarda son Impératrice avec une jambe par la fenêtre, comme s'il allait sauter.
Les gens traversant le jardin du palais de l'Impératrice haletèrent et firent semblant de ne rien voir.
« Frédérique, seulement avec le fourreau. »
Aurélie commenta d'une voix décontractée.
L'Impératrice accepta le conseil de sa contractante et pointa son épée, toujours dans son fourreau, vers son vassal.
« Tu crois que ça a un sens ? »
« Je me sens lésé, Votre Majesté. Ce n'est pas de ma faute si Son Altesse a été téléporté par un portail ! »
« Je n'ai jamais dit que c'était ta faute. »
Ses yeux couleur cerise brillaient d'agacement.
« Pourquoi est-ce que tu ne sais pas où mène ce fichu portail ? »
« Parce que les archives ont été détruites ? »
– Pan !
Le fourreau frappa le dos de l'homme.
François se recroquevilla comme une crevette et cria.
« Aïe, aïe ! »
« Votre Majesté, ce n'est pas moi qui ai brûlé ces archives ! C'est trop ! »
« Je t'ai confié tous les documents historiques sur les portails de l'Ère des Guerres puisque tu disais faire des recherches sur les portails, petit morveux. Et maintenant tu me dis qu'il n'y a pas d'archives ? »
« L'ancienne Impératrice Céline les a toutes brûlées, Votre Majesté ! Argh ! Les conserver n'aurait fait qu'augmenter le danger qu'elles soient révélées ! »
L'Impératrice s'immobilisa. Le soleil se couchait déjà dehors.
De la poussière voltigeait sur le corps du marquis battu. Sa voix devint glaciale.
« Ton excuse, c'est de rejeter la faute sur ma mère ? »
« Je le jure par le Dieu Tout-Puissant, Votre Majesté. Sa Majesté détestait véritablement toute trace de l'Ère des Guerres. Il n'y avait pas beaucoup de documents historiques même quand je les ai eus pour la première fois. Les seules choses étaient les emplacements des portails et peut-être leurs noms. »
« ……Tsk. »
Frédérique claqua de la langue et retira son fourreau.
Cependant, elle devait encore être en colère car elle poussa un profond soupir avant de se rejeter les cheveux en arrière.
François resta près de la fenêtre au cas où.
Aurélie posa sa tasse de café sur la table.
« Alors il n'y a qu'une méthode. François, tu vas là-bas et tu analyses la formation magique du portail. »
« ……Oui, Votre Éminence. Même si le portail est souterrain, y canaliser du mana devrait rendre la formation magique clairement visible. Le travail ira encore plus vite si j'emmène un mage pour me soutenir. »
François arrangea ses cheveux en commentant.
Élisabeth avoua craintivement à ce moment-là.
« Votre Majesté, Votre Éminence. Il y a quelque chose que je dois vous signaler à ce sujet. »
« Parle tranquillement, Élisabeth. »
La cardinale commenta avec bienveillance. La jeune comtesse jeta un coup d'œil vers l'épée sacrée, Durandal, dans la main de l'Impératrice.
« J'ai signalé que le portail avait été détruit par mon aura d'épée, Votre Éminence. »
« C'est ce que tu as dit. »
Ils le savaient déjà par son rapport précédent.
Élisabeth avait mené la garde impériale pour abattre une dizaine de bêtes démoniaques de grade moyen dans la forêt.
Son combat, avec la grâce d'une épéiste de grade 8, avait fait qu'il n'y eut aucune victime.
Même si elle avait détruit le portail problématique pendant la bataille, s'il ne s'agissait que d'une petite fissure…
« Tout le sol s'est fissuré, Votre Éminence. »
« Hein ? »
La voix d'Aurélie se brisa aussi.
« À l'endroit où était le portail…… Il y a une fissure d'environ deux empan de large. »
« …… »
Élisabeth acheva sa phrase à peine. Un silence total envahit le bureau.
L'Impératrice regarda la jeune comtesse d'un regard sombre. La paume de la jeune femme commença à transpirer.
Bien qu'elle fût profane en matière de magie, elle savait qu'un portail endommagé à ce point ne réagirait pas malgré l'infusion de mana.
« Cela peut arriver quand une épéiste utilise sa force. »
« Excusez-moi ? »
« Excusez-moi ? »
La jeune comtesse et le marquis levèrent la tête en même temps en entendant le commentaire de l'Impératrice.
Une expression désespérée et dramatique envahit le visage de François.
« Votre Majesté, pourquoi ne persécutez-vous que moi ? Est-ce une forme d'amour impitoyable ? »
« Toi, tu vas creuser, François. »
Frédérique fit un signe du menton avant de s'affaler sur le canapé.
Durandal fut placé assez près pour qu'elle puisse le saisir à tout moment.
Les yeux du marquis s'écarquillèrent.
« Ce décret impérial… »
« Qu'est-ce que tu peux faire d'autre si la formation magique ne réagit pas ? Prends des soldats et creuse un peu. Puis tu pourras dessiner toi-même la formation magique du portail et l'analyser. La maison ducale de Sarnez et Blanquer coopéreront avec toi. Tu devrais pouvoir découvrir où mon fils a disparu. »
L'Impératrice commenta d'une voix fatiguée. Le dernier commentaire illumina considérablement le visage de François.
« Si Votre Majesté me fait confiance et me désire ! »
Le marquis descendit du rebord de la fenêtre avec des mouvements élégants avant de s'incliner profondément.
L'Impératrice soupira et défit sa cravate une fois qu'il et Élisabeth furent partis.
Aurélie la consola doucement.
« Ne t'inquiète pas trop. Les enfants iront bien. »
« Je suis sûre que ces garnements iront bien. Le problème, c'est la cérémonie de confirmation de succession. »
Sa voix était brusque, contrairement à ses vrais sentiments. La cardinale rit doucement.
*
Personne ne vint nous chercher malgré le soleil couchant à l'ouest et la disparition du brouillard.
Aujourd'hui ne semblait pas être notre jour. Cependant, nous devrions pouvoir retourner au palais impérial demain.
L'Impératrice enverra des soldats dans toutes les directions.
Je pensai positivement en coupant délicatement la pomme de terre que Demy avait fait pousser avec la dague du prince impérial.
C'était pour préparer le dîner. Je rassemblis aussi les fruits qu'on mangerait en dessert d'un côté.
'Ils pourriront vite s'ils sont mouillés, je n'en laverai que quelques-uns et garderai le reste pour demain matin……'
– Bang !
Je tressaillis et regardai sur le côté. Il y avait un sanglier mort !
« Ah ! »
Je serra mon cœur choqué et fronçai les sourcils, ce qui fit que le prince impérial me regarda avec mécontentement.
'Quoi, espèce de fou. Qu'est-ce que tu veux de moi ?! Pourquoi tu attrapes un cochon et le jettes là ?'
– Grriik, grriik, griiiiik.
« Demy ? »
Demy cria en s'agrippant à ma jambe. Je devins confus.
C'était ce qu'il faisait d'habitude quand il voulait que je le félicite, mais je l'avais déjà remercié et lui avais dit qu'il était un bon garçon pas mal de fois tout à l'heure.
'Il manque d'éther ?'
« Je suis ! Un Naturaliste ! » (NT : émission de télé coréenne)
Christelle cria une phrase que j'avais entendue pas mal de fois dans le passé et s'approcha rapidement.
Elle avait un cerf aussi grand qu'elle sur le dos.
Elle avait laissé partir le faon chevreuil d'eau mais elle n'avait aucune pitié pour un cerf adulte.
« La forêt va être vide si on passe encore une journée ici…… »
Je haletai et marmonnai, stupéfait.
Sir Johann, qui aiguisait son épée en préparation pour découper la viande, sourit de joie.