« Votre Altesse ?! »
La voix de Christelle craqua alors qu'elle criait, m'apercevant au loin.
Je ne pus m'empêcher de rire dans cette situation sérieuse où Christelle, la vice-capitaine Élisabeth et le prince impérial Cédric combattaient sir Geens trois contre un.
J'agitai la main pour montrer que j'allais bien.
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! Qu'est-ce qui s'est passé, Votre Altesse ?! »
Elle hurla d'une voix tremblante d'émotion. Mais même en faisant cela…
– Baaaaang !
Elle fit jaillir l'eau du sous-sol pour bloquer la vue de sir Geens.
La jeune comtesse ne manqua pas l'hésitation de l'homme et visa ses jambes.
– Chhhh !
– Boum !
Sir Geens, qui venait d'esquiver de justesse l'épée de la vice-capitaine Élisabeth, se tourna vers moi.
Culpabilité, choc, tristesse et soulagement étaient visibles simultanément sur son visage.
Son expression me laissa un peu perplexe, mais j'étais certain que son esprit était au moins mille fois plus chaotique que le mien à cet instant.
La jeune comtesse regarda dans ma direction, recula d'un pas et…
– Baaaaang !
Un bruit extrêmement fort retentit tandis que l'épée de Sagesse du prince impérial s'abattait sur le bouclier de vent.
Crac ! Une flamme rouge jaillit de l'épée.
Son adversaire coupa instantanément l'oxygène pour éteindre la flamme.
Les yeux orange du prince impérial restèrent inébranlables tandis que les bras de sir Geens tremblaient légèrement.
Il ne sortit pas son arme et n'attaqua pas.
Il semblait concentré sur la défense et la recherche d'une issue de fuite.
Le prince impérial lança de splendides attaques qui donnaient l'impression qu'il dansait à l'épée. Ma mâchoire en tomba.
– Bang, baaaang !
– Flap.
Dans mon dos, l'Arche de la Divinité du Vent battit doucement des ailes. Elle semblait les encourager avec cette expression d'admiration.
J'avais haleté un peu plus tôt en pensant qu'elle s'était enfoncée dans ma peau, mais heureusement, il y avait environ cinq centimètres entre mon dos et l'objet divin.
Je caressai maladroitement la plume de l'Arche et observai la situation.
L'attribut air n'était pas sensible aux autres attributs et sir Geens possédait la force physique d'un cardinal.
Il ne serait pas impossible pour lui de s'enfuir si c'était son unique objectif. Cependant, il avait utilisé ses stigmates plus tôt.
Il a probablement consommé beaucoup de sa concentration et de son éther, donc continuer à épuiser son pouvoir comme cela pourrait permettre de le capturer vivant.
« Sir Johann Geens, rendez-vous pacifiquement. Vous êtes déjà un criminel aux yeux de l'Empire de Sa Majesté ! »
La vice-capitaine Élisabeth commenta calmement. L'expression de sir Geens vacilla.
Je compris qu'il pensait à quelqu'un d'autre.
Le chevalier saint était déjà le prisonnier du prince consort Werner avant d'être le criminel de l'impératrice.
Peu importait pour lui d'être capturé dans l'Empire ou au Royaume Saint.
J'eus l'impression que ses pensées me étaient transférées. Mes yeux s'écarquillèrent lentement.
« Non. »
Je marmonnai pour moi-même.
Le prince consort se débarrasserait du fils de sir Geens si on découvrait qu'il était le prisonnier de l'impératrice.
Même s'il parvenait à s'échapper d'ici, il ne pourrait pas exécuter les ordres du prince consort car il ne pourrait pas me tuer.
Si cela arrivait, ce que le prince consort ferait à son fils……
J'eus l'impression que mon sang se glaçait.
« Ce type est sur le point d'abandonner. »
« Votre Altesse Royale ! »
Je criai. Sir Geens brisa son propre bouclier à cet instant.
La pointe d'une épée si noire qu'elle ne reflétait aucune lumière s'abattit sur lui.
– Flap !
L'Arche m'aida à m'envoler dans le ciel. Je tendis le bras mais j'étais trop le-
[Arrêtez.]
Une lumière vive éclata.
– Paaaaat !
Un cercle magnifique, si grand qu'on n'en voyait pas les extrémités, apparut devant moi.
« Urgh ! »
« Urgh ! »
Le prince impérial et la vice-capitaine Élisabeth furent repoussés.
L'Arche se transforma en oiseau de cheminée. Je sentis le vide sous mes pieds tandis que je commençais à tomber.
Christelle roula rapidement sur le côté pour m'attraper.
« Urgh ! »
« Eek, aïe…… »
– Piruuuuu
Elle gémit tandis que nous nous débattions tous les deux.
J'étais complètement stupéfait, n'ayant aucune idée de ce qui venait de se passer. Percy s'assit sur ma tête.
Je remerciai Christelle avant de redresser mon corps endolori et de regarder autour de moi.
Le prince impérial et la jeune comtesse allaient bien. Quant à sir Geens…
[Tu as l'air très fatigué.]
« …… »
Une voix décontractée résonna dans un Oracle Divin. C'était la cardinale Aurélie Boutier.
Elle regardait sir Geens, affalé au sol, à l'intérieur de son Domaine Sacré où des motifs dorés jaillissaient comme des fontaines d'eau.
Au milieu de cette lumière radieuse et douce, le bout des doigts de la cardinale effleura les cheveux de l'homme.
Cela ressemblait aux gestes qu'on ferait en bénissant quelqu'un. Je les regardai, hébété.
[Repose tes yeux un instant.]
Les yeux de sir Geens se fermèrent lentement.
Son corps s'effondra sur le côté. C'était le résultat d'une différence phénoménale de Puissance Divine.
« Votre Éminence. »
« Merci, François. »
Le marquis François Duhem, qui l'avait escortée depuis le palais impérial, sortit quelque chose de sa poche.
Christelle et moi nous soutenûmes mutuellement pour nous relever.
L'objet dans la main de la cardinale était noir et rond……
– Click
Elle passa un épais fermoir métallique autour du cou de sir Geens.
Je pus voir le prince impérial tressaillir de l'autre côté.
« Pourquoi ? »
« C'est un outil de contention d'éther. Il ne pourra pas utiliser ses pouvoirs tant qu'il ne sera pas libéré. »
La cardinale expliqua.
Ses yeux couleur beige regardèrent au-delà du prince impérial et de la vice-capitaine Élisabeth, vers Christelle et moi.
Elle avait un sourire amer.
« Vous avez tous bien combattu contre un cardinal. Venez ici. »
Elle tendit alors le bras vers nous.
Christelle et moi titubâmes jusqu'à elle et nous appuyâmes contre elle.
La cardinale ne put supporter notre poids et froissa ses vêtements en s'asseyant par terre.
Je pus enfin entendre les bruits autour de moi.
J'entendis Christelle sangloter à travers le chant des oiseaux, le cliquetis des insectes et le rire doux de la femme d'âge mûr.
« Hiiiiic, j'ai vraiment eu peur…… »
« Oui, je suis sûre. »
« J'essaie pas de pleurer, mais je pleure super facilement. Je suis du genre à pleurer même quand je suis en colère, alors…… Hiiic, c'est trop agaçant…… »
Elle renifla et enfouit son visage contre l'épaule de la cardinale.
Je lui frottai doucement le dos, peinée pour elle.
La cardinale fit aussi un grand câlin à la vice-capitaine Élisabeth quand elle arriva.
C'était un peu étouffant à trois dans l'étreinte, mais je sentis enfin que je pouvais me détendre.
Je tournai la tête vers sir Geens endormi.
« J'espère qu'il pourra vivre en paix aussi. Cherchons un moyen pour que ça arrive. »
« Viens toi aussi, Votre Altesse Royale. Pourquoi t'arrives même pas à sentir l', hiiic, ambiance…… »
Christelle fit signe au prince impérial de la main.
Il fronça les sourcils mais je fus surpris qu'il vienne sans se plaindre.
Il ne participa pas au câlin mais se tint à côté de nous.
Puis le marquis Duhem, qu'on n'avait pas invité à ce câlin de groupe, vint de mon côté et mit son bras autour de moi.
J'entendis sir Michel, qui examinait les soldats dans le champ, rire de nous.
Il a dû voir ce qu'on faisait.
« Moi… Mon esprit fait des allers-retours chaque jour. »
Christelle renifla avant de commencer à parler. Nous écoutâmes en silence.
« J'ai envie d'essayer plein de trucs mais si mes souvenirs reviennent dans le futur…… Je pourrais détester ce que j'ai fait. Je pourrais être choquée, haaaa…… Du coup, c'était dur d'être vraiment passionnée par quoi que ce soit. J'appréciais un truc et puis j'hésitais… Je riais et puis je devenais mal à l'aise…… »
La cardinale caressa doucement les cheveux roses de Christelle.
La protagoniste continua d'une voix étouffée.
« Argh ! Mais ne rien faire me frustrait. Ça me rendait nerveuse…… J'veux pas faire d'efforts parce que ça demande trop de boulot mais je peux pas lâcher l'affaire…… Ça me donnait juste l'impression d'errer sans savoir où aller. »
Christelle renifla avant de relever la tête.
J'avais déjà entendu ça, mais l'entendre comme ça me permit de comprendre à quel point cette inquiétude était sérieuse pour elle.
La protagoniste et moi nous fixâmes longuement dans les yeux, la vice-capitaine Élisabeth entre nous.
« Mais j'ai fixé mon but maintenant. »
« …… »
« Je vais devenir plus forte. Je vais devenir la personne la plus forte du continent, si possible. »
« Hein ? »
Je clignai des yeux, confus. Les yeux larmoyants de Christelle étaient aussi fermes que des diamants.
« Devenir plus forte ne devrait pas poser de problème. Ça n'aura pas d'importance même si tous mes souvenirs d'avant reviennent. Ce n'est pas une mauvaise chose d'être forte. »
« Jeune lady Sarnez. »
« Comme ça, je n'aurai pas à regarder mon amie souffrir comme ça. »
Elle désigna du regard ma direction. J'ouvris et fermai la bouche sans pouvoir dire quoi que ce soit.
« Donc, ce qu'elle dit, c'est que, à cause de moi…… »
« Je deviendrai la seule personne la plus forte ici. Ça réglera tout. »
« Comme c'est admirable. C'est un merveilleux projet. »
La cardinale commenta chaleureusement. La vice-capitaine Élisabeth acquiesça.
Je levai les yeux vers le prince impérial avec une expression vide.
Ses yeux, qui s'étaient calmés il y a peu, brûlaient maintenant d'une nouvelle flamme.
« Attends, pourquoi tu te sens en compétition ? »
*
« …… Mm. »
J'ouvris lentement les yeux.
La lumière du coucher de soleil d'été entra par la fenêtre et chatouilla les rideaux au bord du lit.
Mon esprit démarra lentement comme l'ordinateur que j'utilisais quand j'étais jeune.
« Bon, donc c'est ma chambre au palais Juliette dans le palais impérial. Je viens de faire un câlin de groupe dans la forêt- »
« Eek. »
Je bondis.
– Squeeeeee
– Squeeeee.
– Squeak !
Les trois pandas roux qui étaient sur ma poitrine tombèrent comme des marrons et s'enfoncèrent dans la couverture.
Je les rattrapai en urgence. J'oubliai pas de poser mon front sur chacun des leurs.
« Désolé. Je savais pas que vous étiez là encore. Vous m'avez manqué. »
– Cruuuuuuuuu……
Demy répondit calmement et mordit un de mes boutons de pyjama.
« Hein ? »
« Je porte un pyjama. »
Je marmonnai, choqué. Ce n'était pas juste mes vêtements qui avaient changé.
Je regardai le miroir sur la table de chevet et vis que toutes les égratignures sur mon visage avaient disparu.
Je remontai mes manches et mes jambes de pantalon pour vérifier mais je n'avais aucune blessure nulle part non plus.
J'étais certain que la cardinale Boutier m'avait soignée elle-même ou avait fait appel à un prêtre guérisseur.
J'ai dû m'évanouir de choc après la retombée d'adrénaline.
« Je me souviens de rien du tout. »
« La clochette. La clochette est là. »
La clochette de cristal qui était dans ma poche jusqu'à il y a quelques heures était sur la table de chevet.
J'ouvris vite le deuxième tiroir.
Benjamin et Ganael y mettent d'habitude mon carnet quand je perds conscience et que je ne peux pas me changer tout seul.
« Le carnet…… Est sain et sauf aussi. »
L'objet qui avait protégé mon cœur de l'attaque de sir Geens avait l'air complètement intact, comme si de rien n'était.
Il avait l'air complètement intact. C'était comme si rien ne s'était passé, alors que je l'avais vu s'enfoncer au centre.
J'étais certain que c'était un outil magique mais ce n'était pas le moment d'y penser.
« Allons voir leurs têtes et on revient. »
J'enfilai une robe de chambre et me levai en tenant les bêtes divines sur le côté.
Le fait que le carnet soit là devait vouloir dire que Benjamin et Ganael allaient bien aussi, mais je voulais les voir de mes propres yeux.
J'ai plein de pensées à mettre en ordre. Je dois aussi demander ce qui est arrivé à sir Geens.
Percy, qui était assis sur le canapé, vola vers moi et se posa sur ma tête.
« Tu parleras à grand frère plus tard aussi. »
– Pi pi piiiii ?
L'oiseau de cheminée piailla nonchalamment. Je ris et ouvris la porte de la chambre.
Je vis beaucoup plus de monde que d'habitude. Un silence déroutant régnait dans le couloir.
« Heu…… Vous avez tous mangé ? »
Je posai la question en premier. Les serviteurs, les domestiques royaux et les soldats parurent complètement stupéfaits en s'inclinant.
« Votre Grâce, vous êtes réveillé ! »
« Prince Jesse ! »
« Ô Dieu Tout-Puissant, merci infiniment…… »
« Votre Grâce ? »
Je fus déconcerté en acceptant leurs salutations. Certains avaient les yeux rouges de larmes.
Ça donnait l'impression qu'ils étaient à la fois excités et tristes.
« Il s'est définitivement passé quelque chose. Ils savent que j'ai failli être tué par sir Geens ? »
« Vous avez dormi une journée entière. Ganael-nim et Benjamin-nim étaient tellement inquiets pour vous, Votre Altesse. »
« Pour une journée ? »
Je calculai calmement le temps.
Je n'avais pas fait un malaise en plein milieu de la journée pour me réveiller le soir. J'avais dormi comme mort depuis plus de 24 heures.
Perry, qui pendouillait sur mon épaule, se mit à s'agiter parce qu'il y avait trop de monde. Mais je ne pouvais pas juste retourner dans ma chambre comme ça.
Je le calmai tout en continuant à demander.
« Où sont-ils tous les deux ? Ils vont bien ? »
« Ils vont bien tous les deux. C'est vous qui avez été ramené inconscient hier, Votre Altesse. »
« Ils ont dû être vachement choqués en voyant ça. »
« Vos précieux vêtements étaient tous déchirés et couverts d'autant de boue que même les jardiniers ont poussé des cris et sont accourus. On nous a dit que vous ne vous réveilleriez probablement pas pendant quelques jours, mais vous voir debout si tôt…… C'est une bénédiction du Dieu Tout-Puissant. »
Un des soldats sortit un mouchoir et s'essuya les yeux.
Je me sentis tellement coupable de les avoir tous inquiétés comme ça alors que ce n'était pas ma première fois que je m'évanouissais.
« C'est pas que je voulais m'évanouir. Ça s'est fait tout seul…… »
« Ah oui, on a entendu dire que vous êtes maintenant un archevêque, Votre Altesse. Félicitations pour cette heureuse occasion ! »
« Félicitations, Votre Altesse ! »
« Merci beaucoup. »
La tension monta d'un coup. Je souris du mieux que je pus et regardai vers le couloir.
« Ganael est vraiment occupé ? »
« Son Éminence était très inquiète mais aussi extrêmement heureuse. Ce serait bien que vous puissiez prendre un repas avec elle, mais…… »
« Je sais, oui. Dommage que Son Altesse soit confiné pour une raison quelconque. »
« Quoi ? »
« Pierre, surveille ton langage. »
Benjamin fit taire la foule solennellement en apparaissant.
J'étais si heureuse et soulagée de le voir bien que j'attrapai ses épaules.
« Benjamin, tu vas bien ? T'es pas blessé, hein ? »
« Bien sûr, Votre Altesse. C'est une joie bien plus grande pour moi que vous alliez bien, Votre Altesse. »
Il sourit avec bienveillance et saisit ma main.
Cependant, le regard dans ses yeux bleus montrait qu'il y avait un souci. Je fis de mon mieux pour réprimer l'anxiété dans mon cœur.
« Pierre faisait une blague, hein ? J'ai entendu un mot sérieux tout à l'heure. »
« …… Ce n'est pas une blague, Votre Altesse. »
Benjamin répondit, la voix pleine de chagrin. Je ne pus m'empêcher de douter de mon ouïe.
« Sa Majesté a décrété votre assignation à résidence au palais Juliette. Indéfiniment. »