De petits messieurs s'étaient rassemblés, cachés à l'ombre de la maison principale.
Au début, j'avais fait semblant de ne pas les remarquer.
Ils étaient censés être en train de travailler, après tout.
Puisque je leur avais confié le chantier, je voulais qu'ils le mènent sérieusement.
Mais bon…
Ces messieurs n'avaient aucune intention de reprendre le travail, peu importe le temps qui passait.
Les yeux rivés sur Gon-ji et moi en train de savourer nos bières, ils causaient à tout-va sans montrer le moindre signe de reprise.
Je me suis dit qu'ils n'arriveraient à rien aujourd'hui et j'ai abandonné l'idée.
D'ailleurs, ils travaillent vite et ont un vrai savoir-faire.
Je me suis dit qu'une journée comme ça ne ferait pas de mal, et quand je les ai interpellés, ils se sont approchés tout contents.
Et quand je leur ai offert de la bière bien fraîche…
« Kaa, c'est bon ça ! »
« De l'ale bien fraîche. Ça, c'est bon ! »
« Ouais ! Juste la mettre au frais change tout, je suis surpris ! »
« Ça perme un corps qui a fini sa journée. »
« Patron~, c'est délicieux, ça ! »
« La prochaine fois, on mettra aussi de l'ale au frais pour boire chez nous, Patron ! »
Comme pour un premier verre rituel, Bruno et les autres petits messieurs vidaient leurs chopes en verre avec de grands « glou glou » délicieux, l'air vraiment satisfaits.
Ils parlaient de « journée finie », mais on n'était qu'en début d'après-midi, enfin bref.
Naturellement, les chopes étaient vides, et ils me lançaient des regards en coin en les tenant.
Avec un sourire amer, j'ai fini par leur resservir.
Me disant que la bière seule faisait un peu triste, j'ai aussi sorti en guise d'accompagnement un « simple bacon de poitrine de porc », et ils se sont mis à crier « Ça, c'est le top pour l'alcool ! » sans plus s'arrêter.
Goulées de bière, bouchées de « simple bacon de poitrine de porc ».
Devant le risque de voir le bacon disparaître avant que j'en goûte, j'ai sorti le barbecue.
Je leur ai donné de la viande pour qu'ils la fassent griller et manger eux-mêmes.
Les petits messieurs tout souriants m'ont remercié à outrance, mais dans ma tête je pensais « À partir de demain, bossez sérieusement en échange, hein. »
Puis, me disant que c'était peut-être plus courant par ici, j'ai sorti du sel aux herbes.
Les petits messieurs, d'un geste rodé, en ont saupoudré la viande, l'ont fait griller et l'ont engloutie.
Bien sûr, en descendant tout ça à grandes lampées de bière.
Dès que la viande est apparue, nos quatre gloutons à la maison n'ont pas pu rester tranquilles.
Du coup, je me suis chargé de griller pour Fel et les autres.
Pendant qu'on faisait griller la viande dans la joie avec les petits messieurs…
« Ah~, l'alcool est bon, la viande est bonne, c'est le top ! »
Bruno me tape dans le dos en disant ça.
« Aïe aïe. »
Les nains ont une force herculéenne, fais gaffe un peu.
« Oh~, désolé désolé. »
Bruno de belle humeur.
Les autres artisans bien sûr aussi de belle humeur.
Rien que des petits messieurs tout souriants et de bonne humeur.
« Dis donc, cette ale fraîche c'est bon, mais s'il y avait un alcool un peu plus costaud… hein ? »
Bruno me fait cette demande en coin, l'air de rien.
Quoi « hein ? » ?
Y a-t-il une demande pour les regards en coin d'un vieux à moustache ?
Quand je demande avec un sourire crispé « Ah, du whisky ? », il me répond « Oui oui ! » avec un grand sourire.
« D'ailleurs, ce whisky, parait-il qu'il y en a plusieurs sortes ? »
Ah~, c'est vrai que Bruno sait que je tiens une espèce de cave à boire irrégulière.
Pas étonnant qu'il connaisse les variétés de whisky.
« Disons. »
« J'aimerais bien goûter un whisky différent d'habitude~. »
*Clin, clin.*
Arrête donc avec tes regards en coin.
Le regard en coin d'un vieux à moustache, ça me fait ni chaud ni froid.
« Oui oui, compris. J vais en préparer, attendez un peu. »
Je suis rentré dans la maison principale et, sur un coup de tête, j'ai commandé du whisky au Supermarché en ligne.
Vu qu'ils allaient en boire en quantité, j'ai pas utilisé le tenant Liquor Shop Tanaka, j'ai pris du whisky à prix raisonnable vendu sur le Supermarché en ligne même.
Trois sortes de whisky allié du peuple qu'on trouve facile en supérette.
Une fois en highball, c'est plutôt bon.
Un, le classique à la bouteille carrée que je donne toujours à Bruno.
Un autre, avec un personnage comique de vieux sur l'étiquette.
Le dernier, marqué par un gentleman à belle moustache.
Moi je l'ai seulement bu en highball, mais parait que les trois passent bien aussi en on the rocks ou coupé à l'eau (dixit un senpai amateur d'alcool).
J'en ai pris pas mal des trois sortes et je les ai apportés…
« J'en ai préparé trois sortes. »
« « « « « Oooh~ ! » » » » »
Les petits messieurs en délire.
Ils se mettent direct à le boire cul sec nature.
« Kû~, c'est bien celui-là ! »
« Ce taux d'alcool, c'est irrésistible ! »
« Cette sensation qui te brûle la gorge, c'est addictif ! »
Ils arrivent à le boire cul sec nature comme ça, incroyable.
Moi, je les regardais, un peu ahuri, vider leurs verres comme du jus de fruit.
« Maître, à moi aussi tu donnes de l'alcool costaud ? »
Ah, j'avais un buveur costaud chez moi aussi.
« Oui oui. Mais avec modération, hein, Gon-ji. Si tu t'endors dehors comme l'autre fois, je connais pas. »
Ce jour-là, il avait fait la bringue avec Bartel, Luke et Arvin, et il s'était effondré, le ventre à l'air, sans la moindre défense.
« Ce fut une posture indigne. »
« Une posture indigne pour un dragon. »
« Gon-ji dormait le ventre à l'air~. »
Mes mots ont rafraîchi la mémoire de Fel, Dora-chan et Sui.
« Grr. C, c'est que c'était la première fois que je buvais un alcool aussi fort. Maintenant, y a pas de problème. »
« Si tu le dis, bon. Mais vraiment, avec modération. »
Après avoir mis les points sur les i avec Gon-ji, j'ai versé du whisky dans un bol.
« Kaa~, ce whisky, c'est vraiment bon ! »
« Oh, tiens. Les saucisses qu'on a faites l'autre fois, on les apporte en accompagnement, quoi ? »
« Bonne idée ! Celle de l'autre fois était réussie. Faites-en profiter tout le monde ! Hé ! »
Bruno donne un ordre aux jeunes, qui partent en courant.
Peu après, les jeunes reviennent accompagnés de…
« Anika-san. »
« Gah, elle est venue ?! »
« Quoi « Gah » ! Vous croyiez boire entre vous, c'est pas permis ! »
Devant la forte petite vieille, les petits messieurs sont tout intimidés.
« Ah~, Mukouda-san. Nos gars sont désolés. Tiens, c'est nos saucisses maison, mange-les. »
« Ah, merci. »
Je reçois une belle quantité de saucisses maison d'Anika-san.
« Hé, y en a assez pour en griller et manger maintenant ?! »
« T'es bruyant. Toi, tu te tais un peu ! Contrairement à toi qui penses à rien, moi j'ai pensé à en partager, j'en ai apporté ! »
Anika-san le cloue sur place d'une phrase, et Bruno fait grise mine.
Il est parfaitement tenu par sa femme, hein.
Bon, c'est peut-être ça le secret d'un couple harmonieux.
Je ris un peu en coin, et je propose du whisky à Anika-san.
« Haa~, c'est bon~. »
Les femmes naines aussi aiment l'alcool et le tiennent bien.
Anika-san boit aussi le whisky cul sec.
« Ah, les saucisses ont l'air grillées. Mukouda-san, goûte. »
« J'y vais. »
« Hé, moi aussi je mange. »
« Moi aussi. »
« Moi aussi ! »
« Sui aussi~ ! »
Ah, c'est vrai.
« Ah, je peux en donner à mes familiers ? »
« Bien sûr ! »
On partage tous les saucisses maison de chez Bruno.
Je croque dans la saucisse grillée à point, la peau *pchit* craque et le jus de viande inonde ma bouche.
« Achi chi. Mais c'est bon ! »
« Haha. Je te l'avais dit. Nos saucisses sont réputées bonnes. Et cette fois, c'est une réussite parfaite. »
« Hum. C'est pas mal. »
« L'umami de la viande se répand dans la bouche. C'est bon. »
« Ça, c'est bon ! J'en mangerais autant qu'on veut ! »
« Celui du maître est bon aussi, mais celui-ci est délicieux~ ! »
Le quartet glouton a l'air satisfait aussi.
C'est un peu plus salé que ce que je fais, et cette herbe, c'est quoi ?
Ça relève encore plus le goût de la viande.
Le type d'herbes et les proportions doivent avoir leurs secrets.
Hm, le sel aux herbes, principal assaisonnement de ce monde, a de la profondeur.
« Ah, Anika-san. Essayez de griller cette viande aussi et de la manger. »
« Ara, j'y vais. »
« Gahaha ! Bon alcool, bonne viande ! Aujourd'hui c'est le top ! »
« Hé ! C'est bien de s'amuser, mais hurle pas comme ça d'un coup ! »
« Euh, désolé. »
Et comme ça, la joyeuse beuverie avec les nains bruyants a continué.
Et là, nos employés qui avaient fini le travail et les hauts-elfes de retour de la Guilde des aventuriers se sont joints à nous, rendant la fête encore plus bruyante, qui a duré jusqu'à la nuit.