Le maître de la Guilde m'avait conduit à l'hôtel particulier du comte Langridge, situé dans la capitale royale.
Il était peut-être un peu plus petit que ma maison à Carina, mais pour la capitale, une demeure de cette taille était plus que somptueuse.
Une fois à l'intérieur, un majordome distingué m'emmena immédiatement chez le comte.
Celui qui m'attendait n'avait rien à voir avec l'impression décevante qu'il m'avait laissée lors de notre première rencontre à Carina : c'était un bel homme mûr, débordant d'une assurance totale.
Il ressemblait de plus en plus à l'acteur du cinquième James Bond.
Vraiment classe, ce type.
À ses côtés se tenait une superbe femme aux cheveux dorés coiffés avec élégance, aux traits nets et précis.
Son épouse, sans doute.
Un couple de beaux gosses, hein...
Tch.
Je me sentis un peu aigri en me comparant à eux.
Et alignés à côté du couple comtal, un adolescent aux magnifiques boucles en tire-bouchon, au visage tout aussi régulier, et un garçonnet de sept ou huit ans aux boucles duveteuses, angélique à croquer.
Les enfants de beaux parents sont forcément beaux, hein.
Génétique au top.
Tandis que je pensais à ça, la voix du comte résonna.
« Mukouda, te voici enfin. »
« Cela fait longtemps, Excellence. »
Je répondis, tendu.
« Aujourd'hui, mon épouse Oriane, ma fille Céleste et mon cadet Bastian sont présents. L'aîné a une obligation imprévu, il n'a pas pu venir. Il le regrette amèrement, hahaha. »
Je saluai la comtesse, la jeune fille et le jeune maître.
« Je m'appelle Mu, Mukouda. Enchanté. »
« Voyons, pas la peine d'être si raide. Il n'y a que nous ici. Et... Seigneur Fenrir, ravi de vous revoir. »
« Hm. Je n'ai pas eu le choix, je suis venu. »
Hé hé hé ! Qu'est-ce qu'il dit avec cet air supérieur !
« Fel ! Ex, Excellence, pardon ! Je lui ferai la leçon plus tard, promis ! »
Alors que je m'excusais en paniquant, le comte rit.
« Non, non, ce n'est rien. Seigneur Fenrir est un être que même le roi ne saurait égaler. Et... Seigneur Dragon Ancestral, c'est la première fois que nous nous rencontrons. Je suis Edward Langridge, comte de ce royaume. Enchanté. »
« J'ai ouï dire que tu prenais soin de mon maître. Continue de veiller sur lui. »
« Bien entendu. »
« Tché, moi aussi je suis là, non ? »
« Moi aussi, je suis là~. »
Dora-chan et Sui grognèrent leur mécontentement.
« Bon, bon, c'est pas grave. Le comte ne capte pas la télépathie, de toute façon. »
Quand je leur dis ça par télépathie, ils répondirent : « Bah, tant pis. C'est chiant, je vais dormir » et « Sui aussi, dodo~ », puis s'endormirent sur le dos de Fel.
« Ça ne devrait pas prendre longtemps, désolé~. »
Sans se douter de notre échange silencieux, le comte gardait un sourire constant, pour une raison que j'ignorais.
« Mukouda, je compte sur toi à l'avenir. Et pour confirmer : tu comptes continuer à baser tes activités à Carina, c'est bien ça ? »
« Oui. J'aime bien cette ville, et j'ai une maison là-bas. Bien sûr, je pense bouger par-ci par-là, mais mon point d'attache reste Carina. »
Y'a ma maison, et tout le monde de l'ancienne équipe d'esclaves y vit.
En plus, les habitants de Carina sont habitués à Fel et Gon-jii. C'est logique.
« C'est ça, c'est ça. Ça me rassure. »
Le comte affichait un large sourire et me tapa l'épaule avec familiarité.
« Excellence, Mukouda est surpris, arrêtez là. »
Le maître de la Guilde, qui nous connaissait bien, arrêta le comte.
Ououf, sauvé.
« Mukouda, ce que tu as préparé. »
Sur un ordre murmuré du maître de la Guilde, je me souvins et sortis les cadeaux de ma Boîte à objets.
On m'avait dit d'avance de les présenter contenants ouverts pour que le contenu soit visible, donc j'ouvris le coffre au trésor qui servait d'emballage et le tendis au comte.
« Vo, voici... »
« Oh, merci. »
« Ara ara, ma ma ma ma~ »
La comtesse et la jeune fille, qui attendaient sagement, se ruèrent presque sur le coffre, poussant le comte, pour en scruter l'intérieur.
Leurs yeux brillaient d'une lueur avide...
« Ce shampoing, cet après-shampoing et ce masque capillaire. Je les utilise régulièrement~. Vraiment, merci ! »
« Merci ! Ah ! Maman, regarde ! Il y a un truc que je n'ai jamais vu ! »
« Ara ? Ara ara ara~ »
La comtesse et la jeune fille me fixaient.
« Euh, euh, c'est une crème pour le visage, oui. »
Je répondis, intimidé par leurs regards de prédatrices.
« Une crème pour le visage ! C'est ça, n'est-ce pas ! La raison pour laquelle Marie de la firme Lambert est devenue si belle récemment ! »
La comtesse écarquilla les yeux.
Son visage, sublime, n'en était que plus terrifiant.
« C, c'est probable... »
Alors que je bredouillais, la comtesse et la jeune fille affichèrent un sourire radieux.
« Je le savais ! » « On peut enfin s'en procurer ! » Elles s'emballèrent toutes les deux.
« Alors, comment s'en sert-on ? »
« Eh bien... »
J'expliquai l'utilisation à la comtesse et à sa fille.
La notice de la gelée tout-en-un disait « une quantité de la taille d'une cerise », mais comme ça aurait posé la question « c'est quoi une cerise ? », j'indiquai « environ le bout du pouce », à appliquer matin et soir après avoir lavé le visage au savon.
« En cas de sécheresse importante, mettez-en un peu plus. »
« Je vois. C'est noté. »
« Maman, essayons dès aujourd'hui. »
« Bien sûr. »
« Hum. Vous deux, ça suffit maintenant ? »
« Ara, pardon, mon cher. On a l'air d'avoir monopolisé Mukouda-sama. »
« Papa, désolée. »
Le comte intervint, et les deux femmes se calmèrent enfin.
Les femmes sont faibles face à ce genre de produits, quel que soit le monde, hein.
« Mukouda, pardon. Mon épouse et ma fille sont folles de tes produits de beauté. Enfin, moi aussi, d'ailleurs. »
Oui, oui, je sais.
Le produit en question, bien sûr qu'il y est.
« Bien sûr, le tonique capillaire et le shampoing y sont aussi. »
« Hm. Merci. Cela est déjà devenu indispensable à ma vie. »
Le comte passa la main dans sa chevelure, visiblement épaissie.
Et le maître de la Guilde acquiesça vigoureusement.
Tiens, vous aussi vous aviez des soucis de calvitie, hein.
Maintenant, on ne le voit plus.
« Mukouda, et puis, tu as des potions, non ? »
« Ah, oui. Comme le dit le maître de la Guilde, il y en a. Trois inférieures, une intermédiaire et une supérieure. »
« Oh, c'est précieux. Vraiment merci, Mukouda. »
Soulagé de voir qu'il était content.
Mais...
J'avais préparé ces cadeaux pour le comte, la comtesse et la jeune fille, donc le jeune maître n'avait rien.
En fait, je ne savais même pas qu'il existait.
Ce n'est pas un problème en soi, mais j'ai un vague malaise.
Je cherchais quoi offrir à un gamin de cet âge, mais rien ne me venait.
C'est alors que je remarquai le jeune maître qui fixait quelque chose avec intensité.
L'objet de son regard...
C'était Fel et Gon-jii, vautrés là comme chez eux.
Ah, c'est sûr, un gamin de cet âge serait fasciné.
Alors que je pensais ça, le comte remarqua aussi où regardait son fils.
« Bastian, ça t'intéresse ? »
« Oui. »
Le garçonnet répondit, un peu gêné, à la question de son père.
« Bastian-sama, vous voulez essayer de les toucher ? »
Quand je demandai, il s'illumina : « Vraiment ? »
« Fel, Gon-jii, laissez Bastian vous toucher un peu. »
Je leur transmets par télépathie. Ils répondirent à contrecœur : « Ce gamin ? » et « Pourquoi ? ».
« Allez, faites un effort. Pensez au steak de dragon. »
« Tch, c'est bon. »
« Haa, c'est bon, va. »
Ils acceptèrent à contrecœur.
« Bastian-sama, allez-y. »
Bastian s'approcha de Fel.
« Gamin, pas de brutalité. »
« Oui ! »
« Fe, Fel ! »
Pas « gamin » pour le fils d'un comte, bon sang !
« Fuhaha, peu importe. Pour Seigneur Fenrir, Bastian n'est qu'un gamin. »
Le comte rit et passa l'affaire.
« Waaa~, c'est tout doux~ »
Bastian caressait Fel, un sourire radieux aux lèvres.
« Le dragon aussi, c'est bon ? »
Devant ses yeux pétillants, je demandai.
« Gon-jii, OK ? »
« Hm. C'est bon. »
« Bastian-sama, c'est bon. »
Quand je dis ça, le garçonnet tendit la main vers Gon-jii avec hésitation.
Comme on s'y attend, vu son apparence...
Gon-jii a l'air vraiment « dragon », donc ça l'intrigue, mais c'est peut-être un peu effrayant pour un enfant.
« Waaa~, c'est tout dur et rugueux, Papa. »
« C'est bien, Bastian. Toucher Seigneur Fenrir et Seigneur Dragon Ancestral, ça n'arrive pas tous les jours. »
Le comte et la comtesse veillaient sur lui avec des yeux tendres pendant qu'il palpaient les écailles de Gon-jii.
Je croyais qu'une maison noble serait plus glaciale, mais pas celle-ci, apparemment.
Dans cette atmosphère douce, le comte prit la parole.
« Tiens, Vilm et Mukouda, restez dîner et dormez ici ce soir. »
Hein ?!
« Non, c'est... tout le monde est là, et... »
Je jetai un coup d'œil à Fel et aux autres.
« Hein ? Bien sûr, Seigneur Fenrir, Seigneur Dragon Ancestral et les autres familiers sont les bienvenus. »
Le comte dit ça, mais...
« Il faut aussi leur donner à manger... Et la quantité est énorme. »
Oui, les nourrir, c'est dur, vraiment.
« Ce n'est pas un problème. Quoi leur servir ? De la viande crue ? »
Tout le monde refuserait de la viande crue, maintenant.
Ils veulent le même menu que nous.
Et puis aujourd'hui...
« Nous ne mangeons plus de viande crue. Aujourd'hui, c'est steak de dragon, alors ne nous dérangez pas. »
« Hm. Steak de dragon, j'en ai l'eau à la bouche. »
Fel et Gon-jii le dirent tout haut.
« ................Do, do, DRAGON STEAK ?! »
Le comte hurla de surprise.
La comtesse et la jeune fille restèrent figées.
Le maître de la Guilde posa la main sur son front en soupirant « Aïe ».
Moi, je transpirais à grosses gouttes.
Fel, Gon-jii, pourquoi le dire à voix haute, là...
« De la viande de dragon, hein. Moi aussi j'aimerais goûter. »
Le plus calme de tous était le jeune maître Bastian.