« Ô, c'est donc ça, la capitale royale ? »
Depuis le dos de Gon-jii, on apercevait une ville plus grande que toutes celles qu'on avait vues jusqu'ici.
« Hein, elle est énorme ! »
« Elle est grande ~ »
À mes mots, Dora-chan et Sui se penchent en avant pour observer la capitale.
« D'innombrables présences humaines se font sentir. Il y en a aussi quelques-unes de niveau respectable, donc c'est bien ça. »
Entendant notre conversation, Fel, qui était allongé, ajoute ça.
Comment dire…
« Des présences de niveau respectable ? »
« Ouais. Ce doivent être des aventuriers de haut rang ou des gens du palais. »
Effectivement.
Dans la capitale, il doit y avoir pas mal d'aventuriers de haut rang, et le palais doit abriter son lot de forts.
« Plus important que ça, Maître, où dois-je atterrir ? »
« Hum, si Gon-jii dit qu'il peut atterrir, ce serait par là, dans cette prairie. »
« Entendu. »
Et voilà Gon-jii qui entame une lente descente.
Cette prairie me semble un peu trop proche de la porte d'entrée de la capitale, mais le maître de la Guilde a dit qu'il avait prévenu partout, donc ça devrait aller.
Le corps massif de Gon-jii — enfin, pas encore sa forme complète, ceci dit — en phase d'atterrissage, se pose sur la prairie.
Oh, faut que je réveille le maître de la Guilde qui est dans les vapes depuis tout à l'heure.
« Maître de la Guilde, on est arrivés à la capitale ! Maître de la Guilde ! »
Il a largement mon âge, mais son corps solide d'ancien aventurier de haut rang tremble sous mes secousses.
« Nnn……, n…, naaaaaah ! »
Il a dû se rappeler ce qui s'est passé avant qu'il s'évanouisse, le maître de la Guilde bondit sur ses pieds.
« O, on descend ! Je descends, moa ! »
Il hurle, complètement paniqué.
« Maître de la Guilde, calmez-vous ! On est déjà au sol ! »
À mes mots, le maître de la Guilde fige net.
« … Quoi ? »
« Je dis qu'on est déjà à la capitale. On est arrivés. Regardez en bas. »
Le maître de la Guilde obéit, jette un œil craintif vers le bas.
Là où Gon-jii s'est posé, c'est une prairie.
Bien sûr, en bas, de l'herbe verte et drue pousse à perte de vue.
Une fois ça confirmé, le maître de la Guilde s'affaisse, soulagé.
« Allez, on descend de Gon-jii et on file vers la capitale. On va mettre du temps rien qu'à passer la porte, à ce qu'il paraît. »
Vu d'en haut, une file interminable s'étendait devant la porte de la capitale.
C'est bien la capitale.
Y a du monde et des marchandises qui vont et viennent, c'est sûr.
« O, ouais, c'est ça. »
Je descends de Gon-jii en m'étirant.
Le maître de la Guilde, lui, est à quatre pattes en train de marmonner « le sol, c'est bon quand même » avec une émotion visible.
Bon, je comprends le sentiment, mais quand même.
Pendant qu'on fait ça…
« Hein ? Maître de la Guilde, y a du monde qui arrive. En plus, ça sent mauvais. Y a plein de chevaliers en armure. »
« Quoi ? »
Des chevaliers en armure impressionnante sortent en masse de la porte de la capitale et foncent vers nous.
« Ces tenues… c'est la garde rapprochée, non ? »
« Hein ? »
La garde rapprochée, c'est pas les soldats qui protègent la famille royale et le palais ?
« Ah~, comme j'ai prévenu qu'on arrivait en dragon… Le palais a su que tu venais à la capitale… »
Ah.
Y repense, je suis le seul à chevaucher un dragon.
Même comme ça, pourquoi la garde royale débarque direct ?
On est considérés comme dangereux ?
Ils vont nous engueuler d'amener un Fenrir et un dragon dans la capitale ?
Je reste planté là, tremblant de trouille…
Les gardes arrivés s'alignent devant nous d'un mouvement d'une précision parfaite.
« Première division de la garde royale, sur ordre du roi, nous sommes venus accueillir l'aventurier de rang S, Maître Mukouda ! »
……………
« Euh… »
Que j laisse échapper cette voix, c'est pas ma faute, vraiment pas.
Envoyer la garde royale chercher un simple aventurier, ça se fait pas, non ?
« Ça tournait comme ça, hein. »
« Ça tournait comme ça, quoi ? »
« Le roi voulait te voir. Du coup, quand il a su que tu arrivais à la capitale… »
Il a envoyé un comité d'accueil, c'est ça.
Haa~.
J'ai déjà envie de repartir…
« Allez, en route ! Hé, vous autres ! »
« « « « « « Hass ! » » » » » »
La division de la garde nous encercle, devant, derrière, à gauche, à droite.
« Maître de la Guilde, ça, on peut refuser… »
« Tu crois que c'est possible ? »
« C'est ce que je pensais… »
Je cause à voix basse avec le maître de la Guilde.
Bon, tant pis, notre groupe franchit la porte de la capitale, encerclé par la garde.
Je croyais que Fel et Gon-jii lisaient l'ambiance et restaient sages, mais en avançant dans les rues de la capitale, la télépathie de Fel résonne.
« Le palais d'abord, hein. J'aurais préféré voir le Léviathan en premier, mais tant pis. »
« Bon, j'peux pas refuser. Et puis, mieux vaut régler les trucs relous vite fait, comme ça après on est tranquilles pour bouger. »
« Certes. Cela dit, rencontrer un roi humain, ça fait un moment. Le dernier, un idiot prétentieux, a essayé de me trucider. Celui-ci, il sera comment ? »
Fel affiche un sourire féroce.
« Hey, hey, absolument pas de bêtises, d'accord ? »
« On verra. »
« Pas "on verra" ! »
« Moi aussi, ça fait un bail que j'ai pas vu un roi humain. Enfin, comme Fel, le dernier m'a saoulé avec "tes matériaux ci, tes matériaux ça", alors j'lui ai fait goûter direct à mon Dragon Breath. »
Gueulante, le Dragon Breath de Gon-jii, c't'un aller simple pour l'au-delà, non ?
« Toi aussi, Gon-jii ! Toi aussi, jure-moi que tu feras pas de bêtises ! »
« On verra bien. »
« Mô~, Fel, Gon-jii, je vous en supplie, faites pas n'importe quoi ~ ! »
L'angoisse est à son comble.
Dora-chan et Sui, sur Fel, sont en mode « ça a l'air bon, ce stand ! » ou « y a plein de monde ~ », peinards.
Ça va aller, moi… ?
J'aimerais bien ne pas me faire accuser de lèse-majesté…
Notre groupe avance vers le palais, encerclé par la garde.
Les habitants de la capitale nous dévisagent, c'est un trajet des plus gênants.
***
Arrivés au palais, cette fois-ci, c'est en un clin d'œil qu'on se retrouve en audience avec le roi.
Fel, Gon-jii, Dora-chan, Sui, mes familiers, affichent comme d'habitude un manque total de tension, tandis que le maître de la Guilde et moi, tendus, attendons devant la porte.
« Hé, pour l'offrande, j'ai pas vérifié, mais ça va aller ? »
Le maître de la Guilde me demande ça.
On nous a dit à l'avance que si on avait une offrande pour le roi, on la déposait ici d'abord (selon le maître de la Guilde, c'est nécessaire pour la sécurité, c'est la procédure normale), donc on avait préparé et remis nos trucs.
« En principe, c'est pour offrir en direct, donc j'en ai mis plus que l'autre fois, ça devrait le faire… »
La personne qui a vérifié m'a demandé « vraiment, ça suffit ? » avec une voix qui chevrotait un peu, alors peut-être que c'était pas assez ?
Mais maintenant, y peut plus rien faire.
Au pire, j'en remettrai une couche plus tard.
Je me convaincs comme ça.
Plus important, y a un truc crucial maintenant.
J'ai appris à la va-vite l'étiquette pour l'audience, et je la récite dans ma tête pour pas l'oublier.
Y a pas droit à l'erreur.
Mon rôle : suivre le maître de la Guilde, m'arrêter quand il s'arrête.
Là, je pose un genou à terre, main gauche sur la poitrine.
À ce moment, je garde la tête baissée.
Quand le roi dit « Relevez la tête », je la relève…
Les échanges, c'est tout le maître de la Guilde qui gère, donc c'est bon.
Moi, avec mon etiquette apprise en vitesse, je risquerais de faire des boulettes, donc c'est plus sûr de lui laisser.
Fel et les autres, derrière moi, j'leur ai dit de rester sages, quoi qu'il arrive.
J'ai aussi dit de pas faire les importants, mais ça va aller, hein.
Je compte sur vous, les gars !
Et puis, la lourde porte de la salle d'audience s'ouvrit.