« Huhuhu. »
« Ehehe. »
Kanon et Rio enlaçaient mes bras avec les leurs, affichant des sourires en coin.
« Qu'est-ce qui vous prend, toutes les deux ? »
« Dis, Rio… »
« Hé, Kanon-chan… »
« On est devenues sa femme, bien sûr qu'on est heureuses ! »
« C'est ça. Kaito-kun est devenu notre mari, alors bien sûr qu'on est heureuses ! »
Dire ça, c'est mignon de leur part, quand même.
Moi aussi, d'ailleurs…
« Moi aussi, je suis content que Kanon et Rio soient devenues mes femmes. »
À ces mots, les deux rougirent tout en riant, visiblement heureuses.
Bien sûr, aux doigts de toutes les deux brillaient les bagues que je leur avais offertes.
Nous étions arrivés au donjon situé à une dizaine de minutes de marche de la porte de la capitale.
Sur l'insistance de Kanon et Rio, nous nous étions rendus le jour même de notre arrivée à la capitale à l'église de la déesse de la terre pour y célébrer notre mariage.
L'église de la déesse de la terre, à laquelle elles tenaient tant, avait l'allure d'un temple de la Rome antique, belle et solennelle.
Quant au mariage en lui-même, il consistait simplement à faire un don à l'église et à faire prier un prêtre devant la statue de la déesse de la terre au fond du bâtiment, donc ça n'avait pas pris beaucoup de temps.
Pourtant, le ressenti était totalement différent.
Le fait d'avoir célébré cette cérémonie me fit réaliser profondément que nous étions maintenant mari et femmes.
C'était il y a deux jours. Cette nuit-là, ce fut la nuit de noces pour des trucs et des trucs…
B-Bon, il y a eu plein de choses, du coup on s'est bien reposés le lendemain, et aujourd'hui on s'est tous les trois lancés dans l'exploration du donjon.
On n'a pas non plus les poches pleines.
Les préparatifs du voyage vers la capitale ont coûté pas mal, et l'offrande n'était pas une somme négligeable non plus.
C'est le lot des pauvres : pas le temps de chômer.
C'est pour ça qu'on est venus au donjon, mais c'est bien celui de la capitale, quoi.
Même juste pour entrer, une file d'aventuriers s'était formée.
Nous attendions dans cette file.
« Ça va encore prendre un peu de temps, hein. »
Kanon le dit en regardant la file.
« C'est pas grave, c'est la capitale. »
« Ouais. »
« J'espère qu'il y aura plein de butin. »
« Ouais. Comme on s'est mariées, notre chance a augmenté, alors y en aura peut-être plein. »
Au fait, le prêtre avait dit un truc comme ça.
Apparemment, se marier à l'église augmente la chance.
Bon, ça a l'air d'être juste un tout petit peu, ceci dit.
Mais si ça a augmenté, on peut quand même un peu espérer.
« J'espère. Mais toutes les deux, ne vous forcez pas, hein. Promis. »
« On sait. Si tu dis ça, toi aussi Kaito. Si t'arrive quelque chose, moi… »
« Pareil. Si Kaito-kun a un pépin, moi non plus… »
« J'ai compris. On reste tous les trois ensemble pour toujours. Dorénavant, la sécurité avant tout, ok ? »
« « Ouais. » »
***
« Seya ! »
De mon épée longue, j'entaille l'orque de l'épaule au ventre.
« Pugiiii ! »
L'orque pousse un cri d'agonie et s'effondre.
Puis il disparaît comme aspiré par le donjon.
« Phew, c'est fini. »
Le donjon de la capitale est du type « voici THE donjon » avec des murs de pierre comme dans les jeux, qui s'enfonce sous terre, et nous explorions son 8e étage.
Nous venions de faire le ménage parmi les orques qui stationnaient dans une salle de cet étage.
« Y en avait pas mal, du coup le butin est pas mal non plus. »
« Vrai. On a l'habitude de se battre contre les orques, et du coup cet étage était le bon choix. »
Comme les orques qu'on chassait principalement jusqu'ici apparaissaient à cet 8e étage, on avait décidé d'y gagner de l'argent pour l'instant.
On déciderait de continuer plus loin ou pas après avoir exploré cet étage, c'est ce qu'on s'était dit à trois.
« Y a pas mal de viande d'orque. »
« Ouais. Mais y a aussi *ça*… »
« Beurk. *Ça*, on peut pas toucher… »
« Ouais. *Ça*, c'est un peu… »
« Kaito, récupère *ça* s'il te plaît. »
« C'est bon, c'est bon. »
Je récupère les objets dont les deux parlent en disant « ça ».
Ce que Kanon et Rio refusent de toucher, ce sont les testicules d'orque.
C'est un des ingrédients des toniques, et ça se revend pas mal.
« Je pense qu'on a déjà récupéré pas mal de butin avec ça, mais on fait quoi ? »
« On a encore de la marge, alors continuons un peu. Faut gagner tant qu'on peut. Rio, t'en penses quoi ? »
« Moi aussi je trouve. On perd pas de temps contre les orques, et y a pas de pièges à cet étage. »
D'après nos recherches sur ce donjon, les pièges commencent à partir du 10e étage.
« Si vous deux c'est bon, on continue un peu. Allez, c'est parti. »
« Ouais. »
Au moment où Rio et moi allions sortir de la salle, Kanon, elle, ne bougeait pas.
« Kanon, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Heu… Kaito, Rio, vous pouvez venir un sec ? »
Comme Kanon le demandait, Rio et moi accourons vers elle.
« Hé, là-bas. Le côté gauche du fond du mur, c'est pas bizarre ? »
Kanon pointe du doigt le côté gauche du mur au fond.
Je scrute l'endroit qu'elle désigne.
« Ça a l'air normal, quand même… »
« Moi non plus, je vois rien de bizarre… »
Rio est du même avis que moi.
Pourtant, Kanon n'a pas l'air convaincue.
« Je vais vérifier. »
Elle se dirige vers le mur du fond.
Rio et moi, dubitatifs, la suivons.
« C'est par là, non… »
Kanon tâte le mur à l'endroit où elle sent le truc bizarre.
« Regarde, y a rien. C'est juste ton imagin… »
Le mot « imagination » reste coincé dans ma gorge.
Une partie du mur qu'elle touche s'effrite par morceaux.
Et apparaît un cercle magique d'une dizaine de centimètres de diamètre.
« C-C'est… »
« T'as vu. Depuis tout à l'heure, j'avais un malaise par ici. »
Kanon le dit avec un petit air satisfait.
« C'est un cercle magique, non ? Faut y faire passer de la puissance magique ? »
« Probablement. J'essaie. »
« Ah, attends Kanon ! »
Je tente de l'arrêter, mais trop tard : Kanon touche le cercle magique.
*Gogogogogo… — !*
Une partie du mur coulisse, révélant une pièce derrière.
« C'est… une salle cachée, ça ? »
Tous les trois, on jette un œil prudent à l'intérieur.
« Ah ! Kaito-kun, Kanon-chan, regardez le fond. Ce coffre en bois, c'est pas un coffre au trésor, ça ? »
Sur les mots de Rio, je regarde au fond et effectivement, un vieux coffre en bois trônait là.
« C'est vrai ! C'est un coffre au trésor. Ouvrons-le vite ! »
Kanon s'élance vers le coffre, mais je l'arrête in extremis.
« Attends ! Y a peut-être un piège, la prudence. »
« C'est ça, Kanon-chan. »
« Ehhh ? Mais c'est le 8e étage. Y a pas de pièges, c'est ce qu'on a dit, non ? »
« C'est vrai, mais c'est une salle cachée. Les mêmes règles s'appliquent pas forcément. »
« Exact. On a la compétence Évaluation, alors évaluons d'abord. »
« Ok. Bon, Évaluation. … Ouais, pas de piège. »
J'essaie aussi…
[ Coffre au trésor ]
Coffre au trésor. Aucun piège n'est installé.
« Ouais, ça a l'air bon. »
« Moi aussi. »
Rio a dû l'évaluer aussi, elle hoche la tête.
« Bon, on l'ouvre. »
« C'est moi qui veux l'ouvrir. »
En tant que première découvreuse de la salle cachée, je laisse l'honneur à Kanon.
Kanon ouvre lentement le coffre…
« Y a un sac en toile de jute un peu crade, et ça, c'est une potion ? »
Dedans, un sac en toile de jute un peu sale et un petit flacon.
« Regardons d'abord dans le sac. »
Je sors le sac et jette un œil dedans.
« Ooh ! »
« Des pièces d'or ! »
« Y en a genre 100 ! Yes ! »
En voyant le contenu, Kanon, Rio et moi sommes en émoi.
Avec ça, on n'aura pas de soucis d'argent pour un moment.
« Maintenant celui-ci. C'est sûrement une potion comme dit Kanon, mais d'abord Évaluation. »
[ Élixir (version dégradée) ]
Élixir (version dégradée). Comme c'est une version dégradée, il n'allonge pas la durée de vie. Efficace sur toute blessure, y compris la perte de membres, et sur toutes les maladies.
« Ce… »
« C'est un Élixir… »
« Élixir… »
« Rio, c'est bon ! »
« Rio, ton bras va guérir ! »
« M-Mon, mon bras… »
« C'est ça ! Ton bras va revenir à la normale ! »
« Ugh, Ri-Rio, c'est bien. Vraiment, c'est bien… »
« Kanon-chan… *sanglots* »
Nous nous serrons dans les bras tous les trois, pleurant de joie.
Une fois l'émotion retombée, j'incite Rio à utiliser l'Élixir.
« Rio, teste tout de suite. Apparemment, pour une blessure, il faut en boire la moitié et appliquer l'autre moitié sur la zone touchée. »
« E-Est-ce que c'est vraiment bon ? Si on y réfléchit, si on le vend, ça ferait de quoi vivre à trois pour la vie, non… »
« Pourquoi tu te retiens ! C'est évidemment bon ! »
« C'est ça, Rio ! L'argent, y en a dans le coffre. De quoi vivre en fainéants, non, mais de quoi ne pas galérer un moment, ça c'est sûr. »
« Compris. Alors… ah ! »
Rio s'arrête net alors qu'elle s'apprête à boire.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Si je le bois ici, mon bras va guérir tout de suite, non ? Du coup, à la sortie du donjon, ça risque pas de paraitre louche ? »
« Ah, c'est vrai ! Rio a raison. Y a plein d'aventuriers qui entrent ici, on sait pas si quelqu'un nous a remarqués, mais si c'est le cas, ils vont direct capter qu'on a trouvé un trésor. »
« Ouais. Et si des gens louches nous repèrent, ça risque d'être l'embrouille. »
« Kanon et Rio ont raison. Les humains sont plus fourbes que les monstres, on l'a vécu sur notre peau. »
Mes mots font hocher profondément la tête à Kanon et Rio.
« En plus, bien réfléchi, boire l'Élixir pendant qu'on est à la capitale, c'est risqué. Le personnel de l'auberge connaît nos noms, les autres clients nous voient aussi. Si le bras de Rio, qui n'en avait qu'un, a repoussé du jour au lendemain, ça va faire du bruit, c'est sûr. »
« C'est sûr. »
« Ouais. Kaito-kun a raison, je pense. »
« Dans ce cas… »
On décide de ne vendre que le butin des orques chassés aujourd'hui, et de garder le secret total sur la salle cachée et le coffre.
Et on décide de quitter la capitale dès demain.
***
Un jour entier après avoir quitté la capitale.
On progresse le long de la route, mais pour l'instant aucune présence humaine aux alentours.
« Bon, ça devrait aller par ici. »
« Ouais. On est bien assez loin de la capitale, je pense. Rio, bois. »
« Ouais. »
Rio sort le flacon d'Élixir de sa Boîte à objets, en boit la moitié d'un trait.
Puis elle verse le reste sur son avant-bras gauche manquant.
Son corps se met à luire faiblement, et la zone de son bras gauche brille intensément.
« Rio, ça va ! ? »
« Rio ! »
La lumière l'enveloppant se dissipe au bout d'une dizaine de secondes.
« Kaito-kun, Kanon-chan, ça… »
« Rio, ton bras gauche… »
« Le bras de Rio est revenu ! »
Le bras gauche de Rio était redevenu normal.
« Mon, mon bras, il est revenu. Merci, vous deux. »
Et puis Kaito, Kanon et Rio s'embrassent en sanglotant.