Ce matin, Fel a réclamé le même steak qu'hier dès le petit déjeuner, si bien que j'ai dû en préparer une grosse quantité dès l'aube.
Carnivore convaincu, c'est le moins qu'on puisse dire. Sa consommation de viande est tout simplement délirante.
Heureusement, il me restait encore de la viande de sanglier rouge, mais son petit déjeuner en a eu raison.
Il va falloir que j'envoie Fel chasser au plus vite, sinon je ne vais pas tenir.
Du coup, il faut aussi que je m'inscrive à la guilde des aventuriers.
Je vais d'abord passer à la guilde des marchands pour leur revendre le sel et le poivre, puis je filerai à la guilde des aventuriers.
La journée s'annonce chargée, encore.
Pour info, mon propre petit déjeuner, c'était un simple sandwich jambon-fromage et une soupe à l'oignon.
Même moi, le steak dès le matin, très peu pour moi.
***
Me voici à la guilde des marchands comme prévu.
Puisque je compte m'inscrire à la guilde des aventuriers ensuite, Fel m'accompagne.
Au guichet, Mikaela, qui s'était occupée de moi hier, était là.
« Bonjour, Mikaela. »
« Bonjour, Mukoda-sama. »
« Je suis venu pour le rachat dont nous parlions hier. J'aimerais vous confier ceci. »
En disant cela, je sortis de ma Boîte à objets le sac de jute rempli de sel et le récipient de poivre.
« Je vais examiner. C'est… excusez-moi un instant. »
Mikaela regarda le poivre et se leva.
Hein ? Le poivre, c'est mauvais signe ?
Même sur Terre, on disait qu'autrefois le poivre s'échangeait au même poids que l'or, donc cent grammes, c'était peut-être trop.
Peu après, Mikaela revint et me proposa de me guider dans une autre pièce. Je laissai Fel attendre et la suivis.
Dans la pièce, un homme bedonnant dans la cinquantaine était assis.
« Asseyez-vous, je vous prie. Je suis Robert, le maître de cette guilde. Enchanté. »
Ouh là, le maître de guilde en personne.
Le poivre a vraiment posé problème, hein.
Un autre employé déposa mon sel et mon poivre puis sortit, et le maître de guilde entama l'expertise en disant « Je vais examiner. »
On sent l'homme qui a gravi les échelons jusqu'à diriger la guilde des marchands : il vérifie goût et arôme d'un regard acéré.
« En ma longue carrière de marchand, c'est la première fois que je vois un sel et un poivre d'une telle qualité. Un sel d'un blanc pur, sans trouble ni arrière-goût, et un poivre au parfum et à la saveur éclatants. On ne peut dire que c'est magnifique. »
C'est vrai, mais sur le Supermarché en ligne, le sel coûte cinq pièces de cuivre les cinq kilos, et le poivre, cent grammes pour à peu près le même prix.
« Nous souhaitons vivement vous les racheter. Pourriez-vous m'indiquer où vous vous les êtes procurés ? »
Oui, sur le Supermarché en ligne. Comme c'est du sel et du poivre d'un autre monde, la qualité est garantie.
Comme si j'allais le dire.
« Au cours de mes voyages, par hasard… »
Je restai vague, et le maître de guilde rit en disant : « C'est moi qui ai été indiscret. Un marchand ne révèle pas ses sources comme ça. »
« Pour le prix, je propose quatre pièces d'or pour le sel et dix pièces d'or pour le poivre. Qu'en pensez-vous ? »
« … Hein ? »
Pas possible ? Le prix de base des deux ensemble, c'est à peine une pièce d'argent, et il me propose quatre pièces d'or pour le sel ? Dix pièces d'or pour le poivre ?
Hein, hein, hein, je savais que le sel et le poivre se vendaient cher dans ce monde, mais à ce point ?
« C'est trop peu, j'imagine… Alors, les deux ensemble pour quinze pièces d'or, ça vous va ? »
Waouh, le prix vient de grimper.
Il a dû croire que mon silence signifiait que je marchandisais.
Non, j'étais juste scotché.
« Hum… Dernière offre : dix-sept pièces d'or pour le tout. Je ne peux pas aller plus haut. »
Je ne sais pas quel malentendu s'est glissé dans sa tête, mais le prix a encore monté.
« O‑oui, c‑c'est bon. »
D‑dix-sept pièces d'or, quand même…
Pour une mise de départ d'une pièce d'argent, ça fait une sacrée plus-value.
Bon, comme je l'ai apporté moi-même, ce n'est pas un coup jouable à l'infini.
Si je me pointe trop souvent, ils finiront par se douter de quelque chose, donc une fois par branche de guilde, ce sera la limite.
Même comme ça, avoir un moyen de rentrer des sous corrects, c'est pas négligeable.
J'empochai les dix-sept pièces d'or et décidai de régler sur-le-champ la cotisation annuelle et l'impôt de mon rang Fer, qui étaient en retard.
Ce genre de truc, mieux vaut payer quand on peut.
Si on attend la date limite pour s'apercevoir qu'on n'a plus un sou, c'est la catastrophe.
« Cotisation annuelle rang Fer : une pièce d'or. Impôt : deux pièces d'or. Bien reçu. »
Pfiou, me voilà tranquille pour un an.
Après la cotisation et l'impôt, il me reste quatorze pièces d'or.
En ajoutant ce qu'il me restait, j'ai maintenant vingt pièces d'or, cinq pièces d'argent et quelques pièces de cuivre et de fer.
Ça devrait le faire.
Et s'il manque quelque chose, j'ai des idées.
J'ai entendu dire qu'avec la carte de la guilde des marchands, on gagne en crédibilité quand on démarché d'autres boutiques.
Et moi, j'ai le Supermarché en ligne, donc de la marchandise à revendre, j'en ai à la pelle.
Franchement, m'inscrire à la guilde des marchands, c'était une excellente idée.
Bon, maintenant, direction la guilde des aventuriers pour l'inscription.
Avec la vente du sel et du poivre qui a bien garni ma bourse, je quittai la guilde des marchands.