« Fi… na… »
« Hoé… »
Mon corps est secoué… quelqu'un m'appelle ?
« Fina, réveille-toi ! »
« … Jane ? »
« Mais non ! D'habitude tu es si responsable, pourquoi est-ce que tu es si mauvaise seulement au réveil ? »
………… C'est pas bien, j'ai l'air de m'être rendormie. Mais aujourd'hui c'est jour de congé alors…
« Tu as oublié qu'on a dit qu'on sortirait toutes ensemble en ville ? »
« Ah, c'est vrai ! »
Depuis ce mois-ci, on a réussi à avoir un jour de congé commun par semaine. C'est pour ça qu'on avait décidé d'aller s'amuser ensemble en ville !
« Je me prépare tout de suite, attends-moi ! »
Je me suis préparée en vitesse et je me suis dirigée vers le hall du dortoir. Maria et Jane, qui étaient venues travailler ici avec moi, m'attendaient avec Lirin-san, une collègue.
« Désolée de vous avoir fait attendre ! Pardon, j'ai pris du retard »
« Bonjour~ »
« Faut pas t'en faire »
« Ma~, c'est comme d'habitude anyway »
J'aimerais bien répondre à Jane, mais je ne peux pas. Pourquoi est-ce que je suis si mauvaise au réveil, moi… ?
« Allez, on y va ! »
Menées par Jane qui lance ça d'un ton enjoué, nous sortons en ville. Alors que je marche en me faisant remonter le moral par Lirin-san à propos de mon retard, mon humeur un peu triste s'éclaircit.
Le petit-déjeuner, on l'achète à manger sur le pouce dans des stands qui font commerce auprès des célibataires travailleurs. Comme c'étaient des boutiques pour des hommes qui font du travail physique, les portions étaient un peu trop grosses pour Maria et moi.
Ensuite, on a acheté des articles de première nécessité, on a regardé des vêtements. On a profité de la vie en ville à quatre.
Comme ça, le temps est passé en un clin d'œil. Je croyais qu'il était encore matin, mais quand je m'en suis rendue compte, il était déjà un peu passé midi.
Je n'aurais jamais cru qu'en venant travailler loin de chez nous, on pourrait avoir une vie pareille… On a vraiment de la chance, c'est sûr. Quand on était au village, je pensais que même en travaillant du matin tôt jusqu'au soir tard tous les jours, on n'arriverait pas à gagner de l'argent qu'on pourrait utiliser librement. Tous ceux qui étaient partis travailler et qui étaient revenus le disaient.
Jane et Maria devaient penser la même chose. Mais la réalité est différente des prévisions. Chacune a sa chambre individuelle, les repas sont délicieux grâce à Chelma-san, et le salaire est élevé. Même en envoyant le double de l'argent prévu à la famille, on arrive à mettre de côté de quoi payer les grignotages et les courses de notre sortie hebdomadaire.
Maria a parfois des moments d'absence, elle trébuche et se blesse. Mais à ce moment-là, on lui soigne tout de suite avec de la magie de soin, paraît-il. D'après ce que j'ai entendu de Lirin-san, Fei-san aussi s'est fait soigner une fracture de la jambe, et en plus gratos.
Un soin par magie de soin, ce n'est pas d'habitude quelque chose qu'on peut demander si facilement. Mais dans notre boutique, c'est un privilège réservé aux employés, disponible gratuitement à tout moment. Depuis que les harcèlements commerciaux ont commencé, le gérant a décidé de faire stationner un Heal Slime en permanence dans la boutique.
Au début, c'était le gérant qui le gérait, mais quand Robelia-san et les autres étaient là, c'étaient elles qui s'en occupaient. Et maintenant, c'est Maria qui l'a appris et qui le gère. J'ai entendu dire que c'est un slime précieux, alors est-ce qu'on peut vraiment le confier si facilement ? … Mais pouvoir recevoir des soins n'importe quand, c'est vraiment rassurant.
Quand mes parents du village nous ont envoyé une lettre pour s'inquiéter de notre vie ici et de quel genre de personne est notre employeur, j'ai pu leur répondre du fond du cœur qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter.
« Fina, tu fais quoi là à rêvasser ? T'es toujours pas réveillée ? »
« Je suis réveillée. Jusqu'à quand tu vas rabâcher ça ? »
« Bon, pour l'instant on va dans la boutique dont on a parlé »
La boutique dont on a parlé… Un café qui a la cote en ce moment à Gimul, où les gâteaux sont relativement pas chers et délicieux, paraît-il. Comme Jane et Maria voulaient y aller après avoir entendu la rumeur, on avait décidé d'y faire une pause après les courses.
En entrant dans la boutique, des tables et chaises en bois sont alignées, des fleurs décorent ça et là. Comme on n'est pas en saison, il n'y a pas de feu, mais il y a une grande cheminée dans un coin, une atmosphère calme.
On nous a guidées vers une place près de la fenêtre. Pendant qu'on attend après avoir commandé à une employée, Jane me demande :
« Dis, tu pensais à quoi tout à l'heure ? »
« Rien de spécial, je me disais juste qu'on a vraiment de la chance, nous »
« Quoi, c'est ça ? C'est vrai que si on était employées dans une boutique normale, on ne pourrait pas faire ce genre de luxe »
« On peut envoyer de l'argent comme il faut~, on a des jours de congé~, c'est un bon lieu de travail, hein~ »
« Au fait, vous trois, vous venez du même village, nan ? »
« Oui~ »
« C'est un village sans gros monstres, sans spécialité, pas très riche non plus, un village où y a rien du tout, ceci dit »
« Si c'est du travail migratoire, vous avez l'intention d'arrêter votre travail actuel un jour ? »
Effectivement, y a des gens qui rentrent au pays après avoir travaillé loin, mais nous, on n'a pas du tout l'intention d'arrêter pour l'instant.
« Si le gérant est d'accord, je travaillerai tout le temps~ »
« On peut envoyer plus d'argent qu'avec d'autres boulots, et si on quitte une fois, on ne sait pas si on sera réembauchées »
« Si on faisait une annonce de recrutement, y aurait une foule de candidats, de toute façon. Et vous deux, Lirin-san et Fei-san ? J'ai entendu dire que vous étiez marchands ambulants avant »
« Notre pays, il est très dangereux. Moi aussi, mon père aussi, on n'a pas l'intention de rentrer »
Jilmar… c'était quoi comme pays, déjà ? C'est un grand pays mais loin, donc j'en connais juste le nom. Quand j'habitais au village, savoir le nom de ce pays et ceux des villages d'à côté suffisait, et j'avais presque jamais l'occasion d'entendre parler de pays lointains.
Pareil pour moi, Maria et Jane ne semblent pas bien comprendre non plus. Qu'il soit dangereux, je pige, mais comment, je sais pas. Lirin-san, qui s'en est rendue compte, nous l'explique.
« Jilmar, c'est en guerre depuis super longtemps. Pas contre d'autres pays, mais entre nobles du même pays. À la base, c'est parce qu'après la mort de l'empereur fondateur, ils se sont battus pour s'approprier l'équipement qu'il utilisait, paraît-il »
« Ils se font la guerre pour des armes ? »
« Pas que les armes, les armures et les casques aussi. Et en plus, tout ça, c'était des objets qui renfermaient un pouvoir incroyable, paraît-il. La légende dit que celui qui réunit l'équipement complet obtient le pouvoir le plus fort et peut gouverner le pays… une histoire à prendre avec des pincettes, quoi »
« Et ça continue encore maintenant ? »
« Maintenant, c'est la répétition : se venger de ceux avec qui ils étaient en guerre, ou se faire venger en retour. Du coup le pays est en ruine, y a plein de bandits. J'ai plus de famille à Jilmar, donc je vis dans ce pays paisible »
« Alors on reste ensemble dès maintenant~ »
« Yoroshiku onegaishimasu »
C'est là qu'on nous a apporté le thé et les gâteaux commandés.
« Désolé pour l'attente, voici du thé noir et une tarte aux fruits de saison »
L'employée a apporté le thé et les gâteaux, et les yeux de Jane et Maria brillent.
« Ça y est, c'est ça que je voulais manger ! »
« Itadakima~su »
Sur leurs talons, Lirin-san et moi on mange aussi. Il a l'air d'y avoir plusieurs sortes de fruits mélangés dans la tarte. La douceur et la fraîcheur des fruits se répandent dans ma bouche.
« Mmh. C'est bon, comme dans les rumeurs »
« Le bonheur~ »
Quand Jane et Maria disent ça, Lirin-san a l'air du même avis. Après, on continue le thé, les gâteaux et la discussion. Et quand la conversation sur les vêtements achetés aujourd'hui se calme un peu, Jane lance soudain un nouveau sujet.
« Dis, vous trouvez que le gérant est quel genre de personne ? »
« Pourquoi tout d'un coup~ ? »
« L'autre jour, j'ai reçu une lettre du village, tu te souviens ? Dans la mienne, y avait écrit : "Est-ce que le gérant ou tes supérieurs ne te traitent pas froidement au-delà du raisonnable ?" ou "Est-ce qu'on ne t'impose pas des relations ?" et tout ça »
On entend dire qu'il existe des employeurs comme ça, alors la famille de Jane s'inquiétait. Dans ma lettre aussi, ils cherchaient à savoir discrètement ce côté-là.
« Bien sûr j'ai répondu que notre boutique est une bonne boutique, qu'il n'y a pas d'homme qui utiliserait sa position pour imposer des relations… mais en y repensant, je me suis dit qu'en fait, je connais pas grand-chose du gérant »
« Vraiment ? »
« Parce qu'à part les affaires de la boutique et le fait qu'il est une bonne personne, on ne sait presque rien, non ? Qu'il élève plein de slimes, qu'il s'est fait construire une maison exprès dans une mine abandonnée pour y habiter, à peu près ça ? »
Maintenant qu'elle le dit, c'est vrai. Ce qu'on discute avec le gérant, c'est presque uniquement l'équipement de la boutique, l'accueil des clients, le traitement des employés. A part ça, on parle presque de rien d'autre.
Ensuite, on a toutes réfléchi ensemble, mais au final la conclusion c'est juste : le gérant est une bonne personne, un bon gars. Pour ce qui est de savoir quel genre de personne est le gérant, on verra bien plus tard. Moi et Lirin-san, on n'a pas trop l'intention de fourrer notre nez, mais Jane et Marie, avec leur élan, risquent d'aller tout lui demander. faud
En y pensant, j'ai fini le thé et les gâteaux, et je me suis rendu compte qu'on était restées longtemps dans la boutique. On en est sorties. Après, on a continué à se promener en ville toutes ensemble, et on est rentrées au dortoir avant la nuit.
Aujourd'hui, le porte-monnaie s'est un peu allégé, mais ce n'est pas un problème. Je vais économiser, et on ira toutes ensemble dans ce café une prochaine fois.