La perplexité m'étreignait, les mots refusant de venir, et mon père me parla avec une expression triste.
« Cette technique… autrefois… elle a détruit le pays natal de Sadis… et causé la mort de ses parents… »
« !? »
« Quand nous sommes accourus, un immense tourbillon s'élevant vers le ciel a englouti tous les humains… C'était… la technique du Grand Roi Démon Treyna. »
Mon père n'est pas le seul. Maman aussi me regarde… bien au-delà de la déception. Elle est triste.
Parce que… j'ai utilisé cette technique…
« Quoi qu'il en suis, viens. Raconte tout, comment tu as acquis un tel pouvoir… Qu'as-tu fait, sans que ton père et ta mère le sachent ! »
En disant cela, mon père saisit fermement mon poignet et tenta de m'entraîner.
Attendez… Le match officiel… Vous l'avez regardé, non ? Père, moi…
« Père ! »
« … Quoi ? »
« Moi, comment… c'était comment ? Je suis devenu fort… Moi, j'ai… beaucoup, vraiment beaucoup… »
Certes, cette technique n'était peut-être pas une bonne technique pour mes parents.
Je ne savais pas. Pour ce qui est de Sadis.
Mais moi, j'ai fourni beaucoup d'efforts.
J'ai transpiré, j'ai enduré des douleurs atroces, et j'ai relevé le défi de ce jour.
Alors, un seul mot suffit.
Père, à moi…
« Espèce d'idiot ! »
« !? »
« Qu'est-ce que "devenu fort"… Tant que tu deviens fort, n'importe quel moyen est bon ? »
« … Hein ? Non, quoi… »
Ah… c'est ça… C'était ça…
« Hé, hé, qu'est-ce qui se passe ? »
« C'est vrai que la technique tout à l'heure est celle du Grand Roi Démon Treyna ? »
« N'importe quoi, pourquoi le fils du Héros utiliserait la technique du Roi Démon ! »
« Si c'est le cas… Quel sans-gêne ! »
« Il n'a pas la fierté du fils du Héros ! »
« Dis donc, c'est bizarre quand même ? Ce fils raté qui était devenu si fort… »
« C'est ça. Quelque part, je trouvais bizarre qu'il domine ce Rival. »
« Ah, peut-être qu'il a mis la main sur un pouvoir interdit ! »
« Quoi ? Un tel type qui serait le fils du Héros… Et en plus, il voulait devenir guerrier !? »
Quinze ans… J'ai passé quinze ans dans ce pays… Et jusqu'à aujourd'hui, je n'avais même pas réalisé une chose si simple…
« Alors quoi, foutez le camp ! ! »
Je m'en rendis compte, j'avais hurlé ainsi.
« Aarth ! Hé, maintenant suis-moi docilement ! »
Mon père me saisit le poignet pour m'emmener à l'intérieur.
Mais impossible d'accepter une chose pareille.
Pas question qu'on m'entraîne comme ça, je secouai la main de mon père.
« Tout raconter ? Quoi ? Qu'est-ce que j'ai à raconter maintenant ! Je croyais qu'enfin vous me regardiez, et vous me regardez avec de tels yeux… Si mon père et ma mère m'avaient mieux regardé, vous auriez compris, non ! Si vous deux m'aviez vraiment bien regardé… Contre quoi j'ai buté, combien j'ai souffert, comme c'était dur… Si la société ne m'avait pas collé des étiquettes commodes… Ça n'en serait pas arrivé là ! »
« Aarth… »
« D'abord, qu'est-ce qui n'allait pas chez le moi d'aujourd'hui ? Je n'ai fait ni tricherie, ni coup bas, rien du tout ! Je me suis battu avec MA force, celle que j'ai acquise à l'entraînement ! Alors pourquoi je dois être regardé comme ça ! Moi qui me heurtais à un mur, qu'on traitait de "fils de héros raté", de "décevant", vous avez fait semblant de ne pas voir… Et maintenant que j'en suis enfin arrivé là… Pourquoi ! »
Moi-même, je ne comprenais plus ce que je disais au-delà.
« La guerre finie avant ma naissance… Ne la traînez pas jusqu'à ma génération et ne me la collez pas sur le dos ! ! »
Incapable de garder mon calme, je déversai toutes les paroles qui bouillonnaient en moi.
Parce que j'avais fini par comprendre…
« Maintenant, je pige. Ce pays… Mon père y compris… N'a aucun intérêt… Pour moi… Pour Aarth Lagan. »
« Aarth ! Toi, quoi… »
« Ce qui l'intéresse, c'est le fils idéal du Héros, commode… Moi… Aarth Lagan… On s'en foutait complètement… »
« !? »
Oui, le souhait que j'avais porté jusqu'à aujourd'hui : me faire reconnaître non pas comme "le fils du Héros" mais comme "Aarth Lagan".
C'était impossible dès le début.
Parce que le monde… Ne s'intéresse pas à Aarth Lagan…
« N, non ! C'est pas ça, Aarth ! Calme-toi ! Ton père et ta mère aussi, ils n'ont jamais pensé une chose pareille ! »
Mon père, le visage bouleversé, m'agrippa les deux épaules en hurlant.
Mais déjà, plus aucun de ses mots n'atteignait mon cœur.
« Ton père aussi, ta mère aussi, Sadis aussi, on t'aime du fond du cœur ! Fais-nous confiance ! On est une famille, non ! »
Famille. Oui, précisément parce qu'on est famille…
« C'est pour ça qu'on s'inquiète pour toi ! Ce n'est pas parce qu'on te hait qu'on fait ça ! Si jamais tu… avais des liens avec les proches de Treyna ou les restes de l'armée du Roi Démon… »
Je sais.
« … C'est… Bon… Maintenant… »
« Aarth ? »
Mon père a raison.
« De… Toute façon… Même si je le dis… Vous ne me croirez pas. »
« … Hein ? »
Mon père est le Héros.
Le Héros qui a sauvé le monde ne peut pas fermer les yeux sur moi qui ai utilisé la technique du Roi Démon, ennemi de l'humanité.
Mais…
— Qu'est-ce que "devenu fort"… Tant que tu deviens fort, n'importe quel moyen est bon ?
Les paroles de mon père aussi…
— Flowait du fils du Héros !
Les paroles du monde aussi, toutes…
— Montrez-le à tous ! Vas-y, Aarth ! !
Ceux qui ont chauffé mon cœur, m'ont poussé dans le dos, c'étaient les paroles de Treyna… Bien plus… Et pourtant, parce que Treyna est le Grand Roi Démon, sa puissance ne sera jamais reconnue, quoi qu'il arrive.
« Si c'est pour avoir des pensées aussi douloureuses… J'aurais préféré ne pas naître enfant du Héros… "Papa"… »
« !? »
À cet instant, mon père… Papa fit quelle tête… Je ne pus plus la voir.
« Lâche-moi… »
« Aarth… Guh !? »
Je secouai simplement la main qui s'accrochait, et j'enfonçai un dernier coup de poing en plein visage de mon père sans défense.
Que ce soit à cause de mes mots, ou par surprise d'être frappé, mon poing rentra dans le visage de mon père qui d'ordinaire ne l'aurais jamais encaissé.
La première fois que je frappais mon père.
Plutôt que de la satisfaction, une nausée supplémentaire me monta à la gorge.
« Hiiro !? Aarth… Attends, Aarth ! Je t'en prie, calme-toi ! »
Maman, qui soignait Sadis, hurla les yeux pleins de larmes.
Mais comme pour couvrir ses cris…
« Hé, celui-là, quoi qu'il fait ! Il a frappé Hiiro-sama !? »
« N'importe quoi, frapper son propre parent… Quel type ! »
« Il tombe vraiment au plus bas ! »
« C'est de la violence familiale ! J'en peux plus ! »
« Quelqu'un, attrapez cette racaille ! »
Encore… Ces bruits parasites me donnent la nausée…
« Aarth ! Qu'est-ce que tu… Hiiro-san… Quoi qu'il en soit, maintenant… »
« Ferme-la, Rival. Ça concerne pas… Les types comme toi, tirez-vous. »
« !? »
Tout m'était déjà égal.
« … Calme-toi… Gamin. … Tu peux encore… Revenir. C'est aussi ma faute, après tout. »
Treyna, qu'est-ce que tu racontes ? Revenir ? Où ?
« À quoi bon… Accueillir ce jour ? Si tu abandonnes vraiment tout ici, plus rien ne pourra revenir en arrière. »
« Quoi… »
« Dis tout sur moi. Au début, tu ne me croiras peut-être pas… Mais je te révélerai des choses que seul Hiiro et moi connaissons. Ainsi, Hiiro lui-même pourrait bien croire à l'existence du fantôme. »
Ah, toi… Vraiment… Haha… Dans un moment comme ça, le seul qui m'ait apporté un peu de chaleur au cœur, c'est toi, de toutes les personnes…
Mais… C'est bon…
« C'est bon… Maintenant… Y a plus besoin de revenir. »
« Gamin ! »
Un peu coupable peut-être, Treyna essaie aussi de me raisonner, mais c'est bon.
Merci, Treyna. Et désolé d'avoir tout gâché.
« Hé… Aarth ? Qu'est-ce qui… Qu'est-ce que tu racontes ? Tu parles tout seul… Avec qui tu parles ? »
Sans répondre à la question perplexe de mon père, je me tournai vers Treyna…
« Toi, une faute ? Qu'est-ce que tu dis. Qu'est-ce qui serait mal, que je sois ton disciple ? »
« !? »
Oui, j'ai transmis mes sentiments.
« Hé… J'en peux plus ! Au fait, qu'est-ce qui se passe ! Aarth, toi non plus, qu'est-ce que tu fais ! »
« Ch, Princesse ! A… Déjà ! »
Voilà qu'en plus, un tiers intervient.
La princesse s'élança, furieuse, et Fu la suivit.
« Aarth, que fais-tu ? Et pourquoi as-tu frappé Hiiro-dono ? Qu'est-ce que la technique du Grand Roi Démon ? Calme-toi, explique tout depuis le début pour nous convaincre ! »
« C'est ça, Aarth. Si tu te laisses aller au désespoir, rien ne s'arrangera ? La colère de tous ne fera que se retourner davantage contre toi. »
Explique. Du point de vue de la Princesse, qui connaît mon niveau mieux que quiconque, c'est naturel qu'elle exige toutes les explications.
Fu aussi, par pure inquiétude, doit dire ça.
Mais les mots qui sortirent de ma bouche…
« Maintenant… Tout m'est égal… »
Étaient des mots jetés là, boudeurs.
« Co, comment ça "égal"… Ne te fous pas de nous, Aarth ! Rien n'est "égal"… »
« Touche-moi pas ! »
« !, A… »
Oui, tout m'est égal. C'est pour ça que je repoussai aussi la main tendue de la Princesse.
Et comme résultat…
« Celui-là, il a repoussé la main de la Princesse !? »
« Il est tombé jusqu'au bout ! »
« Lever la main sur une femme, le pire ! »
« Qu'on vire ce type sur-le-champ ! »
« Inapte comme guerrier ! »
« Bannissement à vie du monde des guerriers ! »
Ah, je sais. Je savais que ça finirait comme ça.
« Guh, tout le monde… Silence ! Silence, tout le monde ! »
Sa Majesté tente aussi de calmer tout le monde, mais sa voix se noie.
Bah, c'est déjà bon de toute façon.
« Guh, tout le monde… Hé, Aarth. On en parle plus tard, maintenant vient avec ton père… »
« Papa… C'est… Bon… Maintenant. »
Essayant de m'emmener pour me protéger des insultes qui ne cessaient pas, des projectiles qu'on lançait, mon père se précipita.
Mais je refusai aussi cette main.
« Aarth… »
« Papa, moi… Je voulais juste… Une seule fois… De la part de mon père… De la part de tout le monde… Pas en tant que fils du Héros… Je voulais qu'on me félicite… Rien que ça… »
« !? Aarth… Attends… Pourquoi tu dis ça… Ne dis pas "c'était" comme ça. Ton père… »
« … Désolé… De n'avoir pas pu devenir le fils idéal du Héros… Désolé… »
« Aarth !? »
« Maman… Désolé… Sadis… J'ai seulement causé des ennuis… Désolé… »
À partir de là, ce fut un brouillard.
« Attends, Aarth… Merde !? Cho, attends, Aarth ! Où tu vas ! »
Simplement, comme j'étais encerclé, je fis sortir la Grande Spirale Démoniaque dans ma main droite, et je creusai le sol tel quel.
« Aaaaaaaarth !!!! »
Utilisant tout mon mana restant, sous les yeux de mes parents sous le choc, je m'enfuis.
Je m'enfuis, je m'enfuis, je ne fis que fuir.
Quand mon mana s'épuisa, je jaillis à la surface.
Je franchis le poste de contrôle de la capitale impériale, et pour la première fois, je sortis seul de la capitale.
À cause de ce qui débordait de mes yeux, ma vision se déformait, je ne voyais plus devant moi.
J'essayais de l'essuyer, mais ça débordait sans cesse.
— Moi, plus tard… Je deviendrai un Héros comme Papa !
— Hein ! Ah. Aarth, t'en feras c'sûr un Héros génial !
Merde…
— Maman… Aujourd'hui encore tu rentres tard…
— Aarth… Bon, c'est décidé, aujourd'hui c'est congé ! Qu'on me gronde peu importe ! Aujourd'hui je te fais tout ce que tu aimes !
Merde…
— Sadis… Tu vas partir ?
— Non, je ne pars pas ? Je suis toujours avec le jeune maître.
Merde !
« U, uu, uwaaaaaaaaaaa, aaaa, aaaaaaaaaa——— !!!! »
Plus personne n'était là, plus personne autour de moi dans la plaine, je continuai à courir, et finalement je hurlai.
Depuis combien d'années, je n'avais pas pleurniché aussi misérablement.