« ……………… bon, et bien…… »
« Je n’en peux vraiment plus… » « C’est vraiment trop injuste… »
« ……Je vais vous expliquer tout ça clairement après… »
Une fois l’échange avec Paris-pi terminé, je soufflai enfin un peu et, à cet instant précis, Espy et Slayer, les joues bouffées de colère, se mirent à me fusiller du regard.
Visiblement, ils supportaient très mal que je ne leur aie rien dit concernant Paris-pi jusqu’ici.
« Kojiro aussi… euh… »
« Haha… Nom d’un petit bonhomme… Les rumeurs qui courent sur le fait que tu aies combattu Paris-pi, Noya et Gauda dans l’ombre du monde… C’est quoi ce bordel… Vraiment, si j’avais eu une carafe de sake chez moi, je t’aurais écouté raconter tout ça depuis le début autant être sûr de comprendre… »
Même Kojiro, d’habitude si dégagé et imperturbable, tenait maintenant sa tête entre ses mains.
« ……Shinobu, t’étais au courant ? »
« E-eh… Maman. Au fond, pour ce qui est de l’Affaire du Sage des Ténèbres, j’étais présente sur place… Je l’ai vu de mes propres yeux… La silhouette imposante du Chéri ♡ »
Ce n’était vraiment pas le moment de prendre le temps nécessaire pour s’expliquer calmement face à eux, mais, pour l’instant…
« Nan ?! Le mana circulant dans l’atmosphère… ! »
« Ral ? »
C’était à ce moment-là que Raluaif avait figé son visage, s’était levée brusquement et s’était élancée dehors comme une flèche.
Sans comprendre ce qui venait de se produire, nous nous sommes également précipités dehors.
Et puis…
« Ah… »
« ……Le ciel… »
Une fois sortis de la maison, nous avons levé les yeux vers le ciel et y avons remarqué quelque chose de différent d’ordinaire.
Des motifs semblables à des symboles couraient à travers le ciel, tendant quelque chose autour de nous.
« C’est une barrière… En plus… D’une ampleur monstrueuse… Au point de recouvrir entièrement ce pays… »
En y réfléchissant… Étant donné l’ampleur, cela touchait le continent… Ou du moins, recouvrait les territoires du Royaume de Japane… Bien pire que la barrière qu’Yamidiere avait érigée à Kakureteir. Bon, certes, elle était fine comparée à sa taille, donc si on se concentrait pour la briser en un seul endroit, avec cette équipe…
Un mur de magie s’écoulant dans le ciel.
C’était la manifestation claire d’une volonté : aucun de ceux qui se trouvaient à l’intérieur de cette barrière ne devait en sortir.
« Ohlàlà… C’est donc ce dont Schteinai parlait, hein. Mais recouvrir un continent… C’est impossible pour une seule personne. Il doit falloir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mages… »
« Je l’imagine bien. Mais ce qui permet d’« amplifier » et de rassembler la magie de tant de personnes, c’est… »
Tous deux, Espy et Kojiro, levèrent les yeux au ciel et plissèrent légèrement les paupières, apparemment compris.
Naturellement, moi aussi.
« Quoi qu’il arrive, vu que l’ainé a franchi le cap d’une telle déclaration, je ne songeais déjà plus à m’enfuir hors du pays… Maintenant, il serait trop tard pour faire marche arrière, je crains bien. »
« C’est vrai ça~. Et puis, la question, c’est… Jusqu’où ils vont aller… Et la clé de tout ça, c’est… »
Kagero-san ne précisait pas tout lui-même, mais nous saisissions parfaitement la portée de ses paroles.
Jusqu’où allaient-ils pousser les choses ?
Jusqu’à ce que la barrière s’effondre ?
Jusqu’à ce qu’Oncle Ben et les autres soient sauvés ?
Ou alors contre le roi de ce pays même… ?
« Dépêche !! Nous avons une nouvelle urgente !! Dans la capitale royale… Il s’y passe quelque chose d’anormal !! »
« !!!?? »
À cet instant, des guerriers-ninjas envoyés par Outei-san pour surveiller la capitale royale se ruèrent ici dans la panique.
« Partout dans la capitale… Un groupe appelé « Forces Fiscales »… Effectue des réquisitions forcées dans toute la ville ! Ils confisquent nos richesses sans aucune pitié… Et puis, il y a autre chose… »
« ……Que se passe-t-il exactement ? »
« E-euh… Pour les foyers incapables de payer leurs impôts, ils appliquent des sanctions pénales… Confisquent tous leurs meubles… Et euh… Quand des jeunes filles habitent dans la maison… On emmène les filles… Comme substitut aux impôts… »
« !!!?? »
À ces nouvelles, Outei-san planta violemment son poing dans le sol. Son visage était déformé par la colère.
Rien qu’à l’entendre, nous sentions un haut-le-cœur monté à l’estomac.
Et en plus…
« E-en fait, le problème ne s’arrête pas là… C’est encore pire… »
« Quoi ? Il y a encore d’autres détails ? »
L’histoire n’était pas terminée pour autant.
Tout cela concernait…
« Cette unité fiscale… Comprend parmi ses rangs de nombreux guerriers-ninjas ayant quitté leurs postes volontairement… Seulement, ceux qui en ont le commandement… Et en plus, au sein même de cette troupe, il y a aussi quelques-uns… »
« Que veux-tu dire ? Qui diable se cache là-dedans ? »
« ……Des ogres… »
« !!! »
« Pour une raison inconnue, des membres de la tribu ogre se sont infiltrés dans l’unité… Ils donnent des ordres aux ninjas rebelles… Et puis… »
« P-pourquoi… »
« Selon le roi… Ce serait une collaboration entre humains et démons… De la mondialisation, disent-ils… »
Ogres.
À cette annonce, je fus surpris, tout comme Espy, Slayer et Raluaif.
Enfin, il n’était pas impossible que Hakki soit impliqué dans cette affaire… Mais…
« Sérieusement, arrête de salir la réputation des oni comme ça, grand frère. »
« Tu as raison. Mais voir des oni et des ninjas s’allier pour torturer les citoyens de Japane… Je trouve ça totalement absurde… »
« Par contre… Les guerriers-ninjas partis de Japane, ils avaient pas rejoint la compagnie de Schteinai, à la base ? Je serais pas choqué que Hakki travaille avec lui, mais Schteinai avait pourtant juré de ne plus s’occuper de cette histoire japonaise. Il mentait peut-être ? »
« E-ah, en effet… »
Logiquement, j’imaginais que cette force fiscale réunissait des oni liés à Hakki ainsi que des ninjas ayant intégré la compagnie de Schteinai, mais comme le soulignait Espy, Schteinai avait formellement déclaré se désolidariser de l’affaire.
Après tout, si c’était un mensonge de sa part, il n’y avait rien à ajouter…
Héhé hé hé hé hé, voici ton sauveur quand tu es dans le pétris, Paris-pi-kun. Non mais… Schteinai, il a vachement de talents pour jouer dans la masse, celui-là.
« Woah !? »
L’étrange Paris-pi venait de surgir d’une voix provenant de la boule de cristal magique, éclatant de rire.
Avec lui, j’avais peur que mon cœur ne lâche… Je voulais m’en débarrasser au plus vite.
« Explique-toi, Paris-pi. »
Comme Kojiro et les autres le savent déjà, ces derniers temps, à cause de ce roi con, beaucoup de ninjas ont été contraints de démissionner collectivement. Ces gars-là étaient employés en bonne et due forme par la société de Schteinai… Sauf que Schteinai a vendu ces nouveaux soldats japanais à une autre organisation avant hier… Droits inclus… Oui, exactement, vendus aux patrons de Hakki.
« ……Quoi ? »
Du coup, cette fameuse unité fiscale ne serait composée que par l’organisation du patron de Hakki… Objectivement, la société de Schteinai n’aurait donc aucun lien officiel… Parce que des ninjas qui n’appartiennent plus à sa propre entreprise font ce qu’ils veulent dans une autre structure, ça ne le regarde plus, non ?
C’était un argument d’une logique des plus torses.
Dire que parce qu’un ancien employé avait rejoint un autre groupe, il n’y avait plus aucun rapport avec leur entreprise précédente…
« Attends un peu. Là-dessus, je comprends pas du tout. Même s’il y a eu toutes ces péripéties… Peu importe qu’ils soient à court d’argent… Croire que des soldats de Japane iront rejoindre docilement les rangs de Hakki ou des oni rescapés de l’armée du Roi Démon… C’est incompréhensible. Et Hakki et les autres ne pensent vraiment pas qu’ils pourraient accueillir et faire confiance à des ninjas arrivés ainsi ? »
C’était vrai, je ne savais pas quelle entente secrète existait entre Schteinai et Hakki, mais, comme le faisait remarquer Kojiro, il était étrange que des soldats ayants quitté Japane changent aussi facilement de camp pour l’armée démoniaque.
Pourtant, face à ce doute, Paris-pi répondit…
Héhé hé hé hé, besoin de confiance ? Aucun… Regarde… Une petite chose comme toi, chère Noya-chan… Il suffit d’insérer un petit objet étranger dans ta tête, c’est tout♪
« !!!??? »
À ces mots, un frisson glacé parcourut notre dos.
« Kon kon, pel pel chu chu ♡ Amu amu pel pel ♡ »