Ce monde compte deux continents, un à l'est et un à l'ouest. Parz se trouve au centre du continent oriental, et quatre pays s'articulent autour d'elle comme autour d'une frontière. Le continent oriental a connu jadis une époque de guerres : d'innombrables nations, grandes et petites, s'y sont disputé l'hégémonie pendant des décennies. Au terme du conflit, les pays qui avaient tenu jusqu'au bout, épuisés, ont signé un accord de cessez-le-feu, et c'est ainsi que se sont dessinées les frontières actuelles. Les quatre pays, souhaitant que cette paix dure éternellement, ont bâti la ville paisible de Parz au seul point où leurs frontières se rejoignent.
Présentons un peu ces quatre pays.
Au nord se trouve Gaun, le pays des bêtes. C'est la nation des hommes-bêtes, dotés de capacités physiques hors du commun. De génération en génération, le roi de Gaun est choisi parmi les plus forts du pays. Voilà bien un mode de succession propre aux hommes-bêtes, réputés plus sanguins que les autres races. Le roi actuel ne fait pas exception : c'est un dur à cuire qui a remporté une battle royale opposant de puissants hommes-bêtes. On murmure qu'il possède une force comparable au rang S des aventuriers. Un pays où la force fait littéralement le droit ; honnêtement, je n'ai aucune envie de me le mettre à dos.
À l'ouest se trouve Deramis, le royaume divin. Le pape est à la tête du pays, suivi des cardinaux, des archevêques et des évêques, selon une hiérarchie établie. On y vénère Melfina, la déesse de la réincarnation, et il paraît que les prêtresses s'y transmettent de génération en génération une technique d'invocation particulière. Les quatre héros invoqués cette fois sont l'œuvre de l'une d'elles. C'est également le pays qui abrite le Grand Pont en Croix (Cruz Bridge), unique accès terrestre au continent occidental. Cela dit, Deramis et l'empire du continent occidental s'entendent comme chien et chat, et la surveillance y est des plus strictes.
Au sud se trouve Toraji, le pays de l'eau. Ses terres bordent la mer des Dragons, demeure supposée du Roi Dragon d'Eau, et il excelle dans la construction navale et l'agriculture. La famille royale serait elle-même issue de la paysannerie, et sa politique va d'ailleurs dans ce sens. Si Parz est si bien pourvue en vivres, elle le doit en grande partie aux bienfaits de Toraji. Et dans ce pays, il existerait une culture qui ressemble au riz. En bon Japonais, je me suis juré de m'y rendre sous peu. Avec un peu de chance, j'y croiserai peut-être des sirènes.
À l'est se trouve Trisen, le pays militaire. Depuis la conclusion de la paix, c'est bien Trisen qui a le plus investi dans l'armée. Le caractère national y est extrêmement dominateur : c'est un suprémacisme humain qui rejette tout ce qui n'est pas de race humaine. De fait, il semble y avoir eu plusieurs escarmouches avec Gaun, même après la paix. Le traitement réservé aux esclaves y est atroce, et l'on murmure que le pays s'en procure en secret auprès des autres nations. Le roi a cinq enfants, du premier au cinquième prince. On n'entend rien de bon à leur sujet non plus. Sans le moindre doute, c'est le pays le plus infréquentable des quatre.
Et voilà justement que le prince de ce pays infréquentable se tient devant moi.
« Un prince, vous dites ? »
« Parfaitement. Je suis Tabla, troisième prince du royaume de Trisen. »
L'homme qui se présente sous le nom de Tabla débite ses phrases d'un air hautain.
« Franchement, se conter fleurette dans un lieu public pareil... les gens du commun se croient tout permis, à présent. »
« Vous avez parfaitement raison. Prince, en tant qu'homme placé au-dessus d'eux, ne devriez-vous pas leur donner une leçon ? »
Un soldat de sa suite le flatte et attise le feu. Les autres autour de lui doivent être sa garde rapprochée.
« Hmm, voyons voir... Oh ! Ces femmes, là, elles ne sont pas mal du tout ! »
Tabla promène sur Efil et Anje un regard vicieux, comme s'il les léchait. Un frisson les a parcourues à l'instant même, je l'ai senti passer dans les deux mains que je tiens. Pour parler net, ce type est répugnant.
« Hmm ? Cette elfe est une esclave ? Alors tout est simple. Toi, le larbin, tu m'as fait perdre un temps précieux : je veux bien effacer ta faute si tu me livres ces femmes. »
« ...Pardon ? »
Qu'est-ce qu'il raconte, tout à coup, ce petit prince bedonnant ? C'est tellement absurde que ma pensée s'est arrêtée net.
« Tu n'as pas entendu ? Le miséricordieux seigneur Tabla consent à te pardonner. Livre-lui cette femme sans traîner ! »
Deux hommes de sa suite s'avancent vers nous.
« Ke... Kelvin, on fait quoi ?! »
Anje est passablement paniquée. Elle est littéralement sur le point de se faire enlever. C'est une réaction bien naturelle.
« Maître, dois-je les effacer ? »
Efil, en face, me soumet cette proposition par notre lien de communication. Tu as gagné en aplomb, Efil... Mais attends. Nous avons affaire au prince d'un pays : s'y prendre mal, et allez savoir ce qu'il ferait. Réglons cela en douceur, plutôt...
« Ku fu fu, je vais te choyer au lit, tu vas voir. J'ai hâte d'y être, ce soir. »
Efil, recule. Je vais l'écraser moi-même.
« À vos ordres. »
Je repose Efil et la fais reculer avec Anje.
« Hein ? Toi, qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Les deux hommes qui se sont avancés me lancent la question d'un air excédé.
« Oh, rien. J'étais en train d'échafauder le plan pour vous mettre à terre. »
Je lance un coup d'œil aux aventuriers alentour.
« Qu'est-ce que tu racontes, espèce de... »
Avant que l'homme ait fini sa phrase, je libère mon Onde de Choc (Impact). Frappé par cette secousse soudaine, l'homme de la suite est projeté sans même comprendre ce qui lui arrive et s'écrase contre un mur. Peu m'importe ce qu'il devient, mais il faut éviter de faire des dégâts parmi les badauds. Les aventuriers ont parfaitement saisi mon intention : ils font écran devant les civils.
« Qu... »
Tabla et les siens n'imaginaient manifestement pas qu'on puisse leur tenir tête, et ils n'ont toujours pas saisi la situation.
« Les deux qui restent dans ta suite, du rang D tout au plus. Alors, mon prince, vous m'avez cherché querelle. Vous êtes prêt à l'assumer, j'espère ? »