Quand le soleil penchait légèrement vers l'ouest, les femelles commencèrent à sortir de la cité pour chasser.
Ce que Parker avait mangé à midi n'était qu'une collation. Quand vint l'heure de son repas principal, il sortit lui aussi de la cité. Il regagna la Cité des hommes-bêtes avec un jeune agneau, pour tomber sur Cortis.
Cortis avait un pagne en peau de bête noué à la taille et portait sur ses épaules un sac en peau de bête gros comme une montagne. Il se tenait droit, sans ressentir la moindre pression.
C'était la première fois que Parker voyait un homme-bête sans tribu vêtu. Il ne semblait pas différent des autres hommes-bêtes, on l'aurait dit un mâle normal ramenant sa proie chez lui. Ses longs cheveux d'un rouge flamboyant étaient extrêmement tape-à-l'œil, et quelques femelles le mataient même. Avoir des couleurs vives était l'une des méthodes qu'utilisaient les mâles pour attirer les femelles.
Comme l'homme-bête serpent portait l'odeur d'une femelle, personne ne s'inquiétait qu'il n'embarque les femelles de la cité, aussi personne ne lui manifesta d'hostilité à son arrivée.
Bien sûr, Parker faisait exception.
Il marcha d'un pas décidé vers Cortis et se planta devant lui, demandant sèchement : « Que fais-tu ici ? »
Cortis ne regarda pas Parker. Il le contourna simplement et continua d'avancer.
Parker rentra en vitesse chez lui et claqua la porte.
« Tu es de retour ! » Bai Qingqing essayait de tresser un panier en bambou et n'apprécia pas que la maison plonge soudain dans la pénombre. « Ouvre vite la porte. Je ne vois rien. »
« Non. » Parker jeta sa proie au sol et plaqua l'oreille contre la porte en bois.
Bai Qingqing s'énerva un peu, voulant continuer son tressage mais n'y voyant goutte. « Qu'est-ce que tu fais ? Ouvre vite la porte. J'en suis à la partie importante. »
Parker continua de se coller à la porte comme une ombre, faisant comme s'il ne l'entendait pas.
Voyant que Parker était si sérieux, Bai Qingqing alla jusqu'à la porte et y colla l'oreille un moment. Elle dit alors magnanime : « Tant pis. Reste ici. J'irai dans la chambre. »
La chambre avait une fenêtre ouverte, il y aurait au moins un peu de lumière là-bas.
Parker bougea enfin quand Bai Qingqing se retourna. Sa large main chaude serra fermement son poignet.
« Ne pars pas. Reste ici, près de moi », dit Parker en se penchant pour l'étreindre.
Bai Qingqing essaya de le repousser, mais il ne broncha pas. Elle devina. « Tu as vu Cortis ? »
Parker ne dit pas un mot.
Bai Qingqing se tut alors et s'accroupit près de la porte, à côté de lui.
Après un moment, de petits bruits vinrent de dehors, et Parker'ouvrit la porte.
Il n'y avait personne à la porte. Il n'y avait qu'un énorme sac en peau de bête — celui que portait Cortis.
« Qu'est-ce que c'est ? » Bai Qingqing'ouvrit le sac. Il était rempli de riz blanc et brillant. Quand elle se redressa, elle en perçut le faible parfum.
Un sac si gros devait contenir au moins cent cinquante à deux cents kilos de riz. C'était probablement la récolte que la tribu des moutons avait promis de réserver à Cortis. De quoi lui permettre de manger longtemps.
Bai Qingqing courut dehors pour regarder, mais il n'y avait aucune trace de lui.
L'expression de Parker était effrayante de noirceur tandis qu'il fixait le sac de riz. On aurait dit qu'il s'était fait rosser et n'avait nulle part où fuir.
Il interdisait à Qingqing de manger du riz, pendant que l'homme-bête serpent lui en offrait un si gros sac. Même les compagnes des quatre rois des bêtes n'avaient peut-être jamais vu autant de riz.
Du moins, sa mère n'avait pas mangé autant de riz de sa vie. Mais elle avait choisi. Elle aimait manger du riz, mais l'un de ses compagnons avait subi de graves blessures en chassant, parce que la culture du riz l'avait vidé de ses forces. Il était mort de ses blessures après son retour.
« Rentrons d'abord ce riz. » Bai Qingqing se tourna et vit que Parker ne répondait pas. Elle ne réalisa qu'il agissait bizarrement que lorsqu'elle leva les yeux. « Parker ? »
Parker souleva le sac et entra dans la chambre, mine renfrognée.