La graisse dans les pots partit à force de les frotter avec de la boue.
Si Bai Qingqing avait su que Parker nettoyait les pots de cette façon dans son dos, on ne pouvait s'empêcher de se demander si elle oserait encore manger les plats qu'il préparait à l'avenir.
Après avoir mangé à leur faim, les femelles allèrent s'allonger sur leurs nids et ne bougèrent plus d'un pouce.
Harvey alla les examiner une par une, et plusieurs femelles apprirent qu'elles étaient enceintes. Cette nouvelle apporta beaucoup de joie dans la caverne monotone.
Il y avait près de soixante-dix femelles dans le village. Hormis les neuf femelles âgées et celles qui étaient trop jeunes, il y avait au total soixante femelles en âge de procréer.
Parmi ces soixante femelles, la moitié étaient entrées en chaleur depuis l'arrivée de la saison des fortes pluies. Quatre d'entre elles furent diagnostiquées enceintes, et les vingt-et-une restantes attendaient avec impatience leur propre grossesse.
La joie emplissait toute la caverne, pourtant l'une d'elles vit son visage changer.
Le cœur de Rosa lui monta à la gorge tandis qu'elle épiait l'homme-bête léopard qui vérifiait la santé de ces femelles.
Ce médecin était-il vraiment si brillant ? Parviendrait-il à dire que son odeur était inhabituelle ?
Rosa commença à paniquer. Bien que son attitude fût plus réservée à présent, elle n'avait pas l'intention de parler de ses pensées à qui que ce soit.
Même si elle devait être malchanceuse, elle entraînerait ces femelles avec elle. Dommage que Bai Qingqing ne fût pas là avec elles.
Après avoir lavé les pots, Parker descendit la montagne. Il venait à peine de sortir de la zone gardée par les hommes-bêtes que les poils de tout son corps se hérissèrent.
C'était l'instinct animal qui l'alertait d'un danger proche !
Harvey, qui le suivait de près, s'arrêta net lui aussi et dressa les oreilles.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Harvey.
Parker promena son regard autour de lui et frémit du nez avant que son regard ne se porte sur un tas de feuilles pourries.
Il s'en approcha pas à pas, sur la pointe des pieds, mais il était inévitable que son corps robuste produise des bruits en foulant les feuilles pourries recouvrant des flaques d'eau.
Ce tas de feuilles d'arbre bougea bizarrement. Les joues de Parker tressaillirent, et deux touffes de moustaches dorées jaillirent des commissures de sa bouche. Il lança un grognement sourd et s'élança à grandes enjambées.
Les feuilles pourries explosèrent soudain et une énorme bête flottante en jaillit. Elle ouvrit sa grande bouche qui occupait le tiers de sa longueur et fonça sur l'homme-bête léopard.
Parker bondit en plein air au milieu de sa course. À l'atterrissage, il abattit lourdement le pot en pierre sur la gueule de la bête flottante.
*Clac !* Les os de la mâchoire de la bête flottante craquèrent, et elle poussa un hurlement de douleur. Quand elle rouvrit la gueule, la moitié supérieure de sa mâchoire ne put que pendre mollement sur la mâchoire inférieure. Elle ne pouvait plus n'ouvrir que la partie de sa gueule reliée à son cou.
Le vainqueur était clair. Harvey arriva aussi pour aider, et le duo acheva la bête flottante en un rien de temps.
Cependant, plusieurs bêtes flottantes avaient refait surface à proximité, et toutes chargeaient vers la caverne en pierre sur la montagne.
Rooar !
Parker ouvrit la bouche et poussa un hurlement clair et puissant. Très vite, des rugissements de tigre et des cris d'aigle se mirent à retentir depuis la montagne. Au milieu des éclaboussures de la pluie, on entendait indistinctement les cris et les sanglots des femelles.
« Il y en a tant qui se sont infiltrées. » Parker rinca les pots en pierre dans l'eau de pluie, les empila et les tendit à Harvey. « Aide-moi à les ramener. J'irai les aider. »
« Je peux aider aussi. » Harvey ne prit pas les pots en pierre des mains de Parker.
Parker lui lança un regard significatif sur son visage sans rayures et dit : « Te garder en sécurité serait d'une grande aide pour les femelles. »
Soupirant, Harvey prit les pots en pierre et descendit la montagne.
Parker retroussa les lèvres et, d'un mouvement de tête, se changea en léopard et chargea férocement vers la montagne…
Les hommes-bêtes aigles ne perdirent pas de temps pour sortir du village et informer Winston de la situation dans la caverne. Winston revint avec un grand groupe d'hommes-bêtes et régla le sort de cette fournée de bêtes flottantes. C'était impressionnant mais pas dangereux.
La forte averse effaça la piste olfactive laissée par les bêtes flottantes en pénétrant dans le village. Winston envoya ses hommes, et il leur fallut un certain temps pour découvrir que les bêtes flottantes étaient entrées en perçant un trou dans un endroit isolé à côté des remparts de la cité.
Il allait de soi que le trou devait être bouché immédiatement. Pourtant, ils ne sauraient pas où les bêtes flottantes perceraient un trou la prochaine fois.