Jean regarda les alentours et dit calmement : « Dans cet environnement, si tu pars, comment vais-je survivre ? La grosse saison des pluies arrive bientôt. Déjà, avoir un abri va poser problème. »
En parlant ainsi, Jean ressentit plus fortement encore que l'océan était préférable. Elle n'avait qu'à surveiller les courants marins et les tsunamis. Mais ces menaces seraient de toute façon gérées par les mâles hommes-poissons et ne se présenteraient pas devant elle.
Le roi des singes se tut et ne parla qu'après un long moment. « D'accord… Je te raccompagne. »
Une fois ces mots dits, son dos se voûta et ses rares cheveux ondulèrent dans le vent, dégageant une impression de désolation. On aurait dit qu'il avait vieilli de vingt ans d'un coup.
Parmi les quatre races, les hommes-bêtes singes avaient subi les pertes les plus lourdes. Il en restait peu, si bien qu'il n'avait rien à regretter de laisser derrière lui.
La décision du roi des singes fut comme de l'huile sur le feu pour les hommes-bêtes survivants. Ils prirent conscience que Bai Qingqing avait été piégée par le roi des singes et en ressentirent une vive colère. Pourtant, ce dont ils avaient le plus besoin à présent, c'était de la capacité du roi à reconstruire leurs foyers.
Mais ils furent complètement découragés en voyant que le roi des singes restait insensible à leurs supplications.
Au moment où le roi des singes se tourna pour partir, le roi léopard prit soudain la parole.
« Si je confirme que Bai Qingqing a été montée contre moi par toi, je te tuerai sans faute. »
« On réglera ça à la force des bras, alors. »
Le roi des singes répondit sans même se retourner. Il porta Jean sur son dos et s'éloigna lentement de la foule d'hommes-bêtes.
Ce n'était qu'un petit tremblement de terre. Le relief de la Falaise Marine était particulier et ce phénomène se produisait tous les quelques années. Il n'y avait généralement rien de grave, et les hommes-bêtes qui y vivaient étaient rodés.
Regardez ce banian massif. Il vit depuis plus de mille ans. Ne se porte-t-il pas bien ?
Le sol de la Falaise Marine était fertile et abritait une grande variété d'espèces. On y trouvait aussi du sel, indispensable à la vie des hommes-bêtes.
Pourtant, les hommes-bêtes de par le monde préféraient parcourir de longues distances pour commercer le sel plutôt que de s'y installer, parce que des séismes s'y produisaient de temps à autre.
Seuls les hommes-bêtes volants, ainsi que les hommes-poissons qui dominaient la mer, pouvaient y résider en permanence.
Personne ne songerait à voir dans un si petit tremblement de terre une catastrophe provoquée par quelqu'un.
Bai Qingqing, épuisée d'avoir pleuré, s'endormit dans les bras de Muir. Elle se recroquevilla en dormant. Manifestement, elle manquait de sécurité.
Alva vola jusqu'à la maison de bois et se cacha dehors, ne dépassant que la tête par la porte.
« Cou-cou— »
Muir lui lança un regard glacial et dit d'une voix extrêmement douce : « Tais-toi. Elle dort. »
Les quelques plumes qui restaient sur la queue d'Alva tremblèrent et il recula vivement, s'envolant sur le côté.
Cet homme-bête aigle était trop vicieux. Pour avoir détruit ses belles plumes. Ne savait-il pas que c'était ce qui comptait le plus pour la tribu des paons ? Comment allait-il faire face à Bai Qingqing sous sa forme animale ?
Il n'avait plus qu'à attendre qu'elles repoussent l'an prochain. Il devait manger plus de pignons. Il pourrait peut-être faire pousser des plumes plus belles et plus colorées l'an prochain.
Il régnait un grand silence dans la maison de bois. Muir restait assis sur ses talons. Ce n'est que lorsqu'il sentit que Bai Qingqing dormait profondément qu'il la saisit délicatement pour changer de position.
Muir s'appuya contre l'embrasure de la porte, laissant Bai Qingqing s'asseoir sur ses jambes et s'appuyer contre sa poitrine pendant qu'elle dormait. Quand il baissait la tête, il voyait le petit visage de Bai Qingqing marqué par les larmes. Il essuya doucement celles-ci sur son visage et la regarda avec un regard empli d'adoration.
« Ne pleure pas. Si tu as peur, blottis-toi contre moi. Je serai toujours là. »
« Mmm— » Bai Qingqing laissa soudain échapper un gémissement, bougeant par inconfort.
Muir baissa immédiatement la main, regrettant. L'avait-il réveillée ?
Muir redevint aussitôt immobile comme une souche. Pourtant, Bai Qingqing fronça encore les sourcils en ouvrant les yeux, tenant son ventre de la main tout en gémissant. « Ça fait mal… »