Dès qu'ils furent assez près, Curtis sentit le corps de la femelle se raidir brutalement. Les lèvres retroussées d'un air glacial, il saisit de revers la main menue qui s'apprêtait à lui planter un coquillage aiguisé dans la nuque.
Le visage de Jean, d'une pâleur déjà ridicule, devint blanc comme de la cendre morte en un instant. La main forcée de se refermer sous l'étreinte, elle ressentit une douleur lancinante au bout des doigts. Des gouttes d'un rouge vif glissèrent le long de ses doigts pâles et délicats.
« Aaah ! Lâche-moi ! » Jean poussa un cri de douleur.
Curtis rejeta sa main. À la vue du sang qu'elle avait perdu, Jean faillit s'évanouir de choc.
Voyant que l'homme-bête serpent s'apprêtait à la renvoyer à la mer, Jean recula malgré la douleur et hurla. « Non ! Ne me renvoie pas là-bas ! »
Curtis lui lança un regard paresseux. « Comme tu veux. »
Sur ces mots, Curtis s'en alla avec une aisance déconcertante.
Une patrouille se trouvait dans les parages. Tant que cette femelle n'avait pas trop de malchance, elle serait secourue. Vu comme elle était fourbe, Curtis paria qu'elle saurait s'en sortir n'importe où.
Curtis, paresseux de nature, décida donc de se laver les mains de cette affaire.
D'un soulagement immense, Jean laissa échapper un long souffle. Tandis qu'elle lavait les taches de sang sur ses mains dans l'eau de mer, le front plissé, elle maudissait l'homme-bête serpent des milliers de fois en son cœur.
'N'étais-je pas assez jolie ? Évidemment, les mâles disaient tous que j'étais la plus belle des femelles.'
'Ou bien est-ce que les femelles de la terre sont plus belles ? Il fallait qu'elle vérifie par elle-même.'
« Mon Dieu ! Es-tu une femelle seule ? »
Au milieu d'une végétation luxuriante, Jean rencontra le deuxième homme-bête non-triton qu'elle ait jamais croisé de sa vie.
Son apparence était plutôt particulière et il n'était pas beau. Pourtant, sa réaction enthousiaste lui plut.
Ses mains étaient très grandes. Bien que rugueuses, elles étaient très chaudes. Au moment où Jean les effleura, elle les caressa avec admiration dans les siennes et se surprit à ne plus vouloir les lâcher.
« Tu m'aimes ? »
Complètement différent de l'attitude de cet homme-bête serpent tout à l'heure, ce mâle avait l'air comblé d'honneur.
« Mm. » Jean acquiesça d'un léger sourire. Bien que ce mâle ne soit pas beau, son corps était très chaud — c'était la température du soleil.
« Je... j'appartiens à la tribu des singes. Et toi ? »
D'un sourire éblouissant, Jean répondit : « Tritons. »
Par la suite, Jean fut encore plus convaincue que l'homme-bête serpent qu'elle avait croisé était un original — les femelles de la terre étaient d'une laideur incroyable, et pourtant il avait choisi de renoncer à elle qui était d'une beauté stupéfiante. Ridicule.
Mais peut-être valait-il mieux qu'il ne s'intéresse pas à elle — elle n'aimait pas les hommes-bêtes serpents non plus, de toute façon.
Quant à ces mâles tritons dans les mers, elle reviendrait une fois qu'elle se serait assez amusée.
Le temps reprit son cours. Jean courut de retour au château en hâte. À sa vue, le roi singe accourut instantanément et la serra dans ses bras.
« Comment ça s'est passé ? » Le roi singe fixa Jean, le cœur battant la chamade, inquiet de savoir si elle était parvenue à faire craquer Winston.
Jean tapa la mèche de cheveux posée sur la torse du roi singe.
« Voici le cheveu que tu voulais. Je monte me reposer, ne viens pas m'embêter. »
D'un air qui devint instantanément radieux, le roi singe ramassa délicatement la mèche de cheveux. « Je ne te décevrai pas. »
Jean ne lui répondit pas.
Espérons que cet homme-bête singe parviendrait à obtenir un cristal vert. Cela faisait déjà dix ans. Si elle n'arrivait toujours pas à mettre la main sur un cristal vert, son physique commencerait à se flétrir.
Même la mort d'un homme-bête n'entama pas la joie de la pluie tombant sur la Cité des hommes-bêtes. Rires joyeux et bavardages résonnaient partout.
Pour fêter la pluie de la veille, Parker avait délibérément cuisiné de nombreux plats aujourd'hui, tous favoris de Bai Qingqing ; toutefois, les quantités n'étaient pas énormes. Curtis, Parker, Winston et les petits serpents étaient assis autour de la nourriture. Bon, c'était juste pour la fête, pour mettre l'ambiance.
« Attends une minute, je vais chercher un seau de vin de raisin. » Bai Qingqing huma l'arôme des plats et s'apprêtait à se retourner quand Parker la maintint par les épaules et la força à se rasseoir.
« J'irai le chercher. »
Bai Qingqing lui donna donc instruction. « Prends le seau le plus haut, sur le côté. J'ai mis le blanc d'un demi-œuf d'oiseau dedans. Le vin de raisin devrait être plus clair. »