« Sois sage. Maman viendra te chercher tout à l'heure. » Shen Yin caressa la tête de son fils et, ignorant ses protestations, referma la porte.
Le petit aigle griffa le plancher et arracha quelques éclats de bois avec ses serres en poussant des cris perçants. Puis il s'attaqua à la porte pour y laisser sa marque.
« Cui-cui cui-cui cui-cui ! » 'Veux-tu m'enfermer avec une porte ?!'
« Cui-cui. » 'Il reste la fenêtre.'
Le petit aigle regarda la fenêtre vitrée donnant sur la rue et, bougeant ses pattes fines, s'y dirigea en dandinant de son corps potelé pour l'ouvrir de ses serres.
'C'est encore ce grand-père maternel qui pue ! Chaque fois qu'il est là, Maman est bouleversée. Il faut que j'aille la consoler.'
Le petit aigle se gratta la tête avec ses serres et jeta prudemment un coup d'œil en bas. Après avoir pris une grande inspiration, il sauta sur l'enseigne. Ses griffes acérées lui permirent de se stabiliser. Il sauta ensuite depuis une hauteur de plus de deux mètres et battit des ailes pour amortir sa chute. Néanmoins, il atterrit avec un sourd thud.
N'ayant pas trouvé un seul centime, le père de Shen Yin perdit la face devant ses amis et entra instantanément dans une rage folle. Il s'avança prestement vers Shen Yin et tendit la main pour lui attraper les cheveux, s'apprêtant à lui fracasser la tête contre l'étagère.
« Sors l'argent ! »
« Cui-cui ! »
Au moment où le petit aigle entra, il vit sa mère se faire battre. Il battit des ailes et s'envola en plein milieu de la pièce, picorant à plusieurs reprises la tête du père de Shen Yin.
« Aaah ! » Le père de Shen Yin haleta de douleur et agita les bras dans tous les sens. Saisissant cette opportunité, Shen Yin courut attraper les pattes du petit aigle, puis s'enfuit dehors avec son bébé dans les bras.
Le père de Shen Yin se tenait la tête et se tourna. « Putain de bâtard ! Je vais te tuer ! »
Il hurla et se lança à sa poursuite avec ses deux compagnons.
Quand Shen Yin entendit le cri derrière elle, elle pâlit et sprinta de toutes ses forces.
Quatre ou cinq jeunes qui secouaient la tête arrivèrent en face. Voyant Shen Yin poursuivie avec le petit aigle dans les bras, ils se regardèrent, puis s'approchèrent d'elle.
Shen Yin n'eut d'autre choix que de s'arrêter. Elle les examina avec vigilance, puis tourna anxieusement la tête sur le côté.
« Écartez-vous ! » Serrant fort le petit aigle, Shen Yin se prépara à se frayer un passage entre les jeunes.
Le plus costaud d'entre eux lui barra le chemin et dit : « On est les hommes de Frère Tigre. Frère Tigre nous a chargé de veiller sur ta boutique. Qu'est-ce qui se passe ? Quelqu'un fait du grabuge ? »
Shen Yin se figea et les détailla à nouveau.
Le père de Shen Yin et ses amis avaient rattrapé le groupe à ce moment. Avant même d'éclaircir la situation, le jeune qui bloquait le passage de Shen Yin lança un regard à ses compagnons, et ceux-ci foncèrent immédiatement pour le tabasser.
Le père de Shen Yin n'était un bon combattant que face à sa fille. Devant des étrangers, ce n'était qu'une mauviette, geignant sans arrêt sous les coups. Ses deux compagnons répétaient à l'envi qu'ils n'avaient rien à voir avec cette affaire et maudissaient le père de Shen Yin.
En entendant cela, les jeunes jetèrent un regard interrogateur à Shen Yin.
« Petite Belle-sœur ? »
Avec le petit aigle dans les bras, Shen Yin recula d'un pas et retourna en courant à la boutique sans dire un mot.
Les jeunes ignorèrent donc les dires des ivrognes et les tabassèrent d'abord, avant de les menacer : « Cette rue est quadrillée par nos gars. Ne remettez plus jamais les pieds ici, sinon on vous rossera à chaque fois qu'on vous verra ! »
Le père de Shen Yin n'osa même pas broncher et répéta « oui » en boucle. Ce ne fut pas facile de s'enfuir, mais une fois revenu, il se prit une nouvelle raclée de la part de ses deux compagnons. Toute cette rage accumulée en lui n'avait pas de sortie, au point de presque lui donner des blessures internes.
Il prévoyait d'attendre que les choses se calment, puis de redoubler d'efforts pour retourner chez sa fille réclamer de l'argent, quand soudain quelqu'un retrouva son chemin jusqu'à sa porte.
Le père de Shen Yin fut comme un oiseau apeuré par le simple twang de l'arc. D'autant plus que l'autre avait une allure sombre et froide, un visage si glacial qu'on aurait dit que des éclats de glace allaient en tomber. Il était évident qu'il n'avait rien à voir avec les quelques voyous qu'il avait croisés plus tôt.
Ensuite, il vit la personne retirer la capuche de son sweat et révéler une chevelure rouge lisse qui dégageait elle aussi une froidure.
Tout à l'heure, le père de Shen Yin n'avait peur que de la douleur physique des coups, mais maintenant, il commença à craindre pour sa vie.