Après avoir grimpé jusqu’à l’arbre, se retrouva à nouveau complètement vidée de ses forces. Accrochée au tronc, il lui restait à peine assez de souffle pour survivre, telle une mourante.
Frère Léopard et ses hommes encerclaient l’arbre et martelaient le tronc de coups de poing et de pieds, mais rien n’y fit : elle ne voulait surtout pas descendre. N’ayant pas d’autre choix, ils tentèrent donc de grimper à leur tour.
« On verra comment je vais m’en occuper, plus tard ! » grondèrent les hommes en débitant les pires insultes.
À cet instant précis, une série de bruits de frottement irréguliers résonna dans la forêt.
Ssss ~
Ils entendirent un son mal défini, comme celui d’un objet solide qui raclait le sol, quelque chose qui donnait des fourmis sur la nuque.
Quelques hommes sous l’arbre gelèrent tous ensemble, se retournant d’un bloc à gauche puis à droite pour chercher la source du bruit.
Ravie, cria : « Curtis ? »
Frère Léopard se souvint qu’elle avait prononcé ce nom dans la voiture. C’était donc bien ce type.
Puisqu’il s’agissait d’un être humain, il n’y avait aucune raison de craindre quoi que ce soit. Ragaillardi par cette certitude, Frère Léopard leva son fusil et braqua l’arme en toutes directions. « Sortez ! Je t’ai vu ! »
Dans l’immense forêt montagneuse, les mots de Frère Léopard ne reçurent pour seule réponse que le froissement des feuilles. L’atmosphère était d’un silence glaçant.
Quelqu’un avala sa salive nerveusement et s’approcha sans s’en rendre compte de son compagnon.
Perchée là-haut, repéra immédiatement le serpent géant dissimulé derrière la pente descendante.
Dès que l’humain et le serpent échangèrent un regard, sentit tout son corps se détendre, soulagée. En retour, la fugace détente dans les yeux du reptile céda aussitôt la place à des flammes de fureur.
Ssss ~
Une tête aussi épaisse qu’un baril d’eau surgit lentement du niveau du sol. Frère Léopard et les siens finirent par voir le responsable de ces bruits, et ce qu’ils découvrirent les figea net. Bien qu’ils savaient pertinemment au fond d’eux-mêmes qu’ils devaient fuir, leurs pieds semblaient cloués à terre, incapables de bouger d’un millimètre.
Au fur et à mesure que la tête du serpent s’élevait, la pression montait en flèche. Lorsque celle-ci atteignit la hauteur de deux étages et les toisa comme de simples fourmis, ils craquèrent enfin.
Face à une terreur extrême, la gorge se contracte souvent et bloque toute parole. Seul Frère Léopard conservait encore son sang-froid. Il leva son arme et tira un coup de feu droit sur la tête du serpent géant.
« Curtis ! » hurla de toutes ses forces.
La balle frappa exactement au centre du front de Curtis. Percuté, Curtis sentit sa tête vibrer légèrement, comme s’il venait de recevoir l’impact d’un roc. Puis la balle déviaa en ricochet, tel un caillou rebondissant sur le crâne d’un humain, ne laissant qu’une fine traînée blanche sur ses écailles tandis que quelques volutes de fumée s’en échappaient.
Ssss ~
Les pupilles du serpent se contractèrent, clairement furieux tandis qu’il tournait vers Frère Léopard un regard chargé de haine.
Le corps de Frère Léopard trembla violemment, et il déchargea plusieurs coups de feu successifs, chacun visant les yeux du serpent géant.
Pourtant, Curtis avait déjà fait l’expérience de la puissance des armes à feu ; comment lui donnerait-il une seconde chance ?
Son corps gigantesque n’entravait nullement la vitesse de l’homme-bête serpent. Alors que la balle traversait l’air, il glissa son corps sur le côté et l’évita avec aisance.
Un double croc blanc comme neige fonça directement vers Frère Léopard. Les pupilles de ce dernier s’agrandirent. Peut-être parce qu’il effleurait la mort, il vit ses sens ralentir soudain d’un ordre de grandeur.
En fixant cette gueule de serpent qui ne cessait de se rapprocher, il eut, pour une raison bizarre, la pensée de Frère Tigre, qui s’était emparé de sa main droite quelques jours plus tôt.
Ce type l’avait également évité quand il avait cru tenir le coup. Tout comme ce serpent géant terrifiant juste devant ses yeux.
Il se rappelait vaguement que la vitesse du serpent géant lui paraissait très lente. Est-ce que la rapidité n’appartenait qu’aux petits serpents ?
Avant même qu’il puisse mettre les choses au clair, il ressentit la douleur vive qui arrivait dans son cou comme prévu. Mais l’intensité de la souffrance était terrifiante, car il se faisait injecter du venin de serpent.
Par la suite, Frère Léopard sombra à jamais dans l’inconscience. Seul son corps poursuivit ses secousses incontrôlées. Il ne comprit jamais qu’il avait été soulevé haut dans les airs par la gueule du serpent.