Brady fit arrêter le chauffeur sur le bas-côté, laissa deux hommes en arrière pour veiller sur les voitures, tandis que le reste du groupe sortait avec ses bagages posés sur le dos.
« Si tout se passe bien, il nous faudra deux jours et une nuit. Curtis, tu sais ça, non ? » Brady portait un sac à dos qui débordait de matériel. En voyant Curtis les bras vides, il demanda avec inquiétude.
Curtis n'en savait rien, mais la formule lui plaisait mieux, alors il répondit d'un « oui » satisfait.
Brady ne rajouta rien. Il observa les assistants déménager le matos. Deux d'entre eux sortirent avec une grande caisse. Comme elle était trop lourde, ils la firent choir violemment en la posant au sol.
« Attention. »
« Elle est trop lourde », lâcha l'assistant en se tordant les épaules.
« Alors autant qu'on échange, non ? Pourvu que vous garantissiez ne pas abîmer le matériel à l'intérieur. »
Les deux assistants levèrent rapidement les mains. « Non merci, laissez tomber. On fera mieux de porter la caisse nous-mêmes. »
Brady secoua la tête et rétorqua : « Vous manquez simplement d'entraînement. Vous gagnerez en force si vous faites plus d'exercices en plein air. »
Pressé par l'envie de pénétrer dans la montagne, Curtis vit que son groupe était ralenti par ces deux humains. Sans un mot, il s'avança et souleva la caisse.
La caisse semblait avoir opéré une mutation, paraissant d'une légèreté déconcertante dans les mains de Curtis, alors qu'elle avait obligé deux hommes adultes à cambrer le dos. Le jeune homme ne sembla même pas faire effort.
Les deux porteurs précédents ouvrirent grand la bouche. « Mon Dieu, que tu es fort. »
Brady leva également les yeux vers Curtis, stupéfait, avant de dire : « On dirait que tu t'entraînes aussi régulièrement. »
Curtis hocha la tête. « Tu peux le dire. Dans quelle direction devons-nous aller ? »
« Suivez-moi. » Brady prit les devants et s'enfonça dans la montagne.
L'herbe sauvage était haute et touffue, mais des empreintes de pas y traînaient encore. Ce sentier avait probablement été frayé lors des sorties de Brady, qui affirmait y monter « au moins une fois par mois ».
Leur groupe comprenait sept personnes au total : deux assistants masculins, une maquilleuse, puis Curtis, Brady et un mannequin féminin aux cheveux blonds et aux yeux bleus.
La marche en montagne s'était révélée difficile. Au départ, tout le monde était revigoré par cette expérience inédite, mais au bout d'une heure, les plaintes commencèrent à pleuvoir (c'étaient pourtant là les collaborateurs que Brady avait sélectionnés au sein de l'entreprise pour leurs meilleures capacités physiques).
Brady les moqua sous prétexte de leur faible condition physique. Lui-même endurait bien l'effort, bien qu'il soufflât légèrement. Curtis était le seul à paraître parfaitement à son aise, à quelques signes d'impatience près. L'envie lui prenait parfois de les assomer tous pour les porter à tour de rôle.
Le soleil déclina, et la pénombre tomba rapidement. À l'exception de Curtis, les autres agitaient tous une lampe torche. Les faisceaux lumineux erraient dans la forêt obscurcie.
Des cris d'insectes aigus et perçants résonnaient autour d'eux, tantôt bruyants, tantôt discrets.
Nullement romantique, la traversée d'une forêt primitive présentait indéniablement des dangers. La mannequin, la plus jeune du lot, fut la première à laisser transparaitre sa peur. Elle s'avança de quelques pas supplémentaires jusqu'au côté de Brady.
« Il fait déjà nuit. S'il vous plaît, laissez-nous nous reposer. Je ne tiens plus », dit la mannequin à Brady en anglais.
Curtis jeta un coup d'œil en coin à sa direction à l'audition d'une langue étrangère.
D'après le plan établi par Brady, ils auraient dû trouver un endroit pour camper avant la tombée de la nuit. Ils auraient ensuite pris connaissance des lieux avant de lancer le tournage le lendemain.
Sauf que, avec cette trainasse, le groupe progressait à peine à la moitié de la vitesse de Brady, lorsqu'il se déplaçait seul.
Brady soupira et finit par concéder : « Très bien, Bonnie. Le terrain est encore acceptable ici. Installons-nous pour la nuit. Demain, Curtis et moi irons seuls repérer les lieux de tournage. Ça te convient ? »
Curtis hocha la tête. « Ça marche. »
« Parfait. Je vais enfin pouvoir me poser. » Bonnie s'allongea sur le ventre dans la poussière, haletante, comme si elle tirait sa dernière révolte.
Les autres ressentirent pareil soulagement et s'affaissèrent sur le sol pour récupérer.