Bloqué depuis six ans, pour rationnel que Winston s'efforçât d'être, il avait fini par s'user. Même si c'avait été un groupe de béhémoths qui se dressait devant lui, il les aurait tous tués sans la moindre hésitation, à plus forte raison quelques voyous.
Les voyous alentours tremblaient tous violemment. La victime du vol avait pris la fuite depuis longtemps, quand Winston avait été assommé par le bâton en bois. Il n'avait pas assisté à cette scène brutale.
Les voyous hurlaient en silence : Dépêche-toi de partir, dépêche-toi de partir. Tu ne voulais pas partir tout à l'heure ?
Pourtant, Winston ne fit pas ce qu'ils souhaitaient. Après s'être relevé, il se tourna pour leur faire face.
À cet instant, les voyous tremblèrent encore plus fort, les jambes molles comme de la gélatine. S'ils s'étaient relâchés, ils se seraient tous effondrés au sol.
Winston les détailla un par un, puis son regard finit par se poser sur le plus grand des voyous.
Le corps du voyou tressauta violemment. Il ne put plus supporter la pression et s'effondra au sol. Son pantalon devint rapidement humide et une odeur nauséabonde emplit l'air déjà vicié.
Les sourcils de Winston se froncèrent étroitement. C'étaient des mâles humains ? Ils étaient plus faibles que les proies qu'il chassait d'ordinaire.
Le pantalon était déjà sali. Il n'eut d'autre choix que de reporter son regard sur un autre costaud.
« Enlève ton pantalon », dit Winston froidement.
Le costaud répondit par un « heu ? » hébété, mais n'osa pas hésiter une seule seconde. Il retira vivement son pantalon bleu imprimé de cocotiers et de plages. Il s'apprêtait même à baisser son caleçon. Winston prit le pantalon de plage et fronça les narines en sentant l'odeur grasse qui émanait de l'humain. Mais il l'enfila quand même. Il allait assez bien.
Autrefois, quand ils partaient à la chasse, ils avaient toujours tendance à choisir des proies grasses. Aujourd'hui, il en avait enfin vu une, mais c'était vraiment dégoûtant. Winston ne comprenait pas comment un prédateur aussi gras avait pu survivre.
Voyant que le groupe d'humains ne cherchait plus à l'embêter, Winston s'éloigna à grandes enjambées.
Les voyous de la ruelle restèrent hébétés quelques minutes, puis échangèrent des regards en reprenant progressivement leurs esprits.
Le cadavre du chauve gisait toujours sur le sol en ciment, l'endroit où sa tête avait explosé s'était transformé en fleur de sang. On pouvait aussi voir son cerveau, semblable à des intestins.
« Y a un mort ! Appelez la police ! »
Quelqu'un hurla et s'enfuit. Les autres voyous hurlèrent aussi et prirent la fuite. Après une série de pas frénétiques, il ne resta plus personne dans la ruelle, hormis un cadavre.
Très vite, des policiers arrivèrent sur les lieux et embarquèrent le cadavre. Grâce à l'appel qu'ils avaient reçu, ils remontèrent aussi la piste des quelques voyous présents sur les lieux et les emmenèrent au commissariat.
Après s'être enfuis, ces voyous se cachèrent ensemble et en discutèrent entre eux. Ils finirent par décider de garder la vérité pour eux jusqu'à leur mort.
L'ennemi était dans l'ombre et eux à découvert. Ce serait bien si le type se faisait prendre, mais sinon, il n'y avait aucun moyen pour eux de survivre s'il voulait se venger. De plus, il était fort probable qu'ils soient du même métier, ce qui rendait encore plus facile de les retrouver. Si c'était possible, mieux valait ne pas se faire un ennemi de lui.
En outre, cette ruelle était trop vétuste et il n'y avait pas de caméras de surveillance. Cette affaire de meurtre devint donc une affaire non résolue. Après que la police eut accompli les formalités de base, rien ne bougea plus.
…
s'était élancé dans les rues sur un coup de tête, se faufilant rapidement au milieu de la foule dense.
Les gens qui le voyaient restaient complètement stupéfaits. Ils s'arrêtaient et le regardaient. « C'est le gros chien de qui qui s'est échappé ? Il est si grand ? »
« T'es con ou quoi ? Quel chien aurait cette allure ? C'est un léopard ! »
Les gens venaient juste de réaliser le danger que avait déjà disparu de leur champ de vision. Un nouveau tour de regards et de tumulte éclata.
Après avoir couru sur une certaine distance, remarqua qu'à part les humains, il n'y avait absolument aucun autre animal aux alentours. Ce fut seulement alors qu'il sentit que son action était inappropriée.
Des sirènes de police retentirent dans les rues. pouvait sentir les regards provenant de la source du bruit — beaucoup de gens le fixaient.
« Tchi ! » Le léopard retroussa les lèvres, émettant un son et une expression semblables à un ricanement méprisant, puis s'élança dans un quartier commerçant bondé de monde.