Comme c'est perfide !
Tous les hommes-bêtes pensèrent ce mot en même temps.
Il existait un dicton dans le monde des hommes-bêtes : les scorpions périssent par l'eau.
La tribu des scorpions vivait au loin, dans le désert. Ils préféraient subir l'environnement le plus hostile plutôt que de rester dans la forêt, riche en ressources, à cause de la menace que représentait l'eau de pluie.
Leur corps massif les destinait à ne jamais apprendre à nager. S'ils étaient submergés, ils ne pouvaient que ramper au fond de l'eau. Avant d'avoir parcouru les longs couloirs pour en sortir, ils avaient depuis longtemps noyé.
Quand vit les expressions insondables de ses compagnons, elle se sentit soudain coupable. 'Suis-je allée trop loin dans la perfidie ? Vont-ils me trouver aussi détestable que le roi singe ?'
De tels moyens pouvaient être impitoyables, mais ils n'étaient rien comparés aux crimes qu'avait commis la tribu des scorpions. Si le plan réussissait, il ne les rendrait que plus exaltés.
Ni Winston ni ne trouvaient la moindre objection à cette méthode. Curtis, froid par nature, n'en avait aucune non plus. Sous le regard hésitant et inquiet de leur compagne, ils hochèrent tous la tête pour marquer leur approbation, leurs yeux remplis d'admiration.
poussa un immense soupir de soulagement.
« Mais l'eau posera problème, dit Winston. Si nous envoyons un grand nombre d'hommes-bêtes transporter l'eau jusqu là-bas, nous risquons d'être découverts très vite. »
réfléchit un instant, puis ses yeux s'illuminèrent à nouveau. Elle se tourna vers Curtis et dit : « L'autre fois, quand tu as été brûlé par le feu, ce dont tu t'es enveloppé le corps… »
En disant cela, elle regarda soudain Muir, qui était resté silencieux tout ce temps. Le voyant trembler, elle se maudit intérieurement d'avoir parlé à tort.
Muir faillit prendre la fuite. Pourquoi Qingqing évoquait-elle cette affaire ? Allait-elle lui régler son compte ?
L'expression de Curtis changea également, et son regard devint vicieux. Les hommes-bêtes serpents gardaient rancune tenacement. De plus, il avait souffert maintes fois face à l'homme-bête aigle. Leur inimitié était profonde. L'impulsion qu'il avait de force réprimée pour protéger la sécurité de sa compagne remonta à la surface, et il lança un regard à Muir.
regretta au point d'avoir envie de s'arracher la langue. Elle dit vite : « C'est cette résine d'arbre. Peux-tu encore en trouver ? »
Curtis réprima de force sa rancune, son visage d'une grimace extrême. Il acquiesça légèrement.
Le corps tendu de Muir se détendit un peu. En l'espace d'un instant, son visage et son corps se couvrirent d'une sueur froide, et son expression devint affreuse.
Pour une raison qu'elle ignorait, n'osa pas le regarder. Elle avait l'impression qu'il était plus pitoyable que Curtis, lui qui avait souffert.
« C'est parfait ! La résine d'arbre peut être modelée. Il suffit de faire un tuyau pour amener l'eau depuis la rivière, dit . Elle était persuadée que même si cette résine n'égale pas celle de l'hévéa, il ne devrait pas être difficile d'en faire un tuyau. Quelle que soit sa piètre qualité, il devrait être utilisable au moins une fois, non ? »
Bien que tout le monde fût perplexe, à l'idée que pouvait même faire pleuvoir, amener l'eau de la rivière ne semblait pas chose difficile. Ils acceptèrent sans la moindre hésitation.
Tous discutèrent un moment et décidèrent de laisser Curtis ordonner aux serpents sauvages de fouiller la grotte des scorpions. Pendant ce temps, ils prépareraient en parallèle le « tuyau » dont avait parlé.
« Je vais faire les préparatifs tout de suite, dit Curtis. Il devait personnellement prendre en charge les deux affaires. En disant cela, il se leva.
Muir se leva aussi. « J'irai avec toi. »
Curtis plissa les yeux, sentant fortement que cet homme-bête aigle défiait ses limites.
« Tu seras en danger si tu rencontres Saint Zachary tout seul. » Muir sourit avec dérision. Il se rappela comme il avait espéré tuer Curtis de toutes ses forces, alors qu'à présent, il voulait le protéger. Était-ce sa rétribution ?
Curtis sourit froidement. « Si je suis seul, qui pourra me tuer ? »
Sur ces mots, il agita sa queue de serpent et partit.
C'était vrai. Nul ne pouvait rivaliser avec la vitesse de Curtis. S'il croisait Saint Zachary, il n'avait qu'à s'enfuir. Muir en eut aussi conscience et ne se hâta donc pas de s'attirer le mépris.