Sous l'effet de la rage, la cicatrice sur le visage de Winston palpitait au rythme de ses tempes, ce qui le rendait effrayant à voir.
, elle, n'en avait pas la moindre peur. Elle posa une main fraîche sur le dos de la grande main de Winston et la tapota deux fois, doucement. Elle dit avec douceur : « À force de commettre l'injustice, on court à sa perte, et le ciel voit tout. Même si nous ne pouvons rien contre lui, il ne finira pas bien. »
Il avait beau avoir conquis le cœur de sa compagne, Saint Zachary avait sauvagement massacré tous ses autres amants. S'il en était là, c'était de son propre fait. Qu'était-ce, sinon la juste rétribution de ses actes ?
était athée avant tout cela, mais, pour une raison ou pour une autre, depuis son arrivée dans ce monde, il n'y avait plus rien qu'elle ne pût accepter.
Après tout, c'était dès le départ un monde où le merveilleux se tapissait à chaque recoin : des corps de bêtes pouvaient se changer en corps humains, à la manière des démons des mythes. Si l'on plaçait ici un lot d'humains purs, cela ne ferait-il pas des hommes-bêtes des démons ?
Voilà même qu'elle apprenait que les âmes existaient dans ce monde. Qu'un immortel ou une fée apparaisse, ou quelque chose du genre, ne la surprendrait plus.
dit, pleine de remords : « Tout est ma faute. Si je n'avais pas… » Si je n'étais pas allée chercher Winston, rien de tout cela ne serait arrivé ?
Elle s'interrompit au milieu de sa phrase. S'il lui fallait choisir de nouveau, en échange de nouvelles de la sécurité de Winston et de la bonne santé d'An'an, elle repartirait pour le désert sans hésiter une seconde.
En voyant sa compagne dans un tel accès de reproche envers elle-même, Curtis commença enfin à se sentir coupable. Snow devait être effrayée par ce qu'il avait dit.
Il étendit sa queue de serpent pour l'enrouler autour de son corps, attirant son regard, et dit d'un ton détaché : « Inutile d'avoir peur. Ce n'est jamais qu'une marée d'insectes. Les marées d'insectes s'en vont aussi vite qu'elles viennent. Dans un jour ou deux, une fois qu'ils auront dévoré tous les animaux, ils migreront vers les alentours et cesseront de nous affecter. »
Cela se traduirait seulement par une pénurie de viande, rien de plus.
poussa effectivement un soupir de soulagement, mais très vite elle fronça de nouveau les sourcils. « Il reste encore deux mois avant la grande saison des pluies. Je me demande combien d'autres endroits vont en souffrir… »
Elle savait que c'étaient là les lois de la nature. Puisqu'une marée d'insectes survenait une fois tous les dix ou vingt ans, et que les espèces des forêts étaient depuis toujours restées si variées, cela montrait bien que ce n'était pas une catastrophe fatale pour la nature, mais seulement de quoi éliminer les espèces les plus faibles.
Comment, pourtant, ne pas éprouver de tristesse quand on le vit soi-même ?
Peut-être que certaines viandes qu'elle aimait manger autrefois, elle ne pourrait plus jamais s'en régaler.
…
Ailleurs, quand Saint Zachary regagna la forêt de pierre, des ondes d'énergie rayonnèrent d'un cristal noir laissé à l'intérieur de la grotte, et une silhouette humaine apparut.
« Pourquoi t'es-tu retiré au milieu du combat ? Tes capacités devraient être supérieures à celles de Curtis et de Muir », demanda le roi des singes avec fureur. Après sa mort, bien que sa puissance mentale se fût affaiblie jusqu'à dix pour cent de son état d'origine, il lui restait aisé de discerner la silhouette approximative de ce qui se passait dans les environs.
Réduit désormais à l'état d'âme, son lien avec sa compagne avait été rompu, si bien qu'il ignorait la mort de Jean. Et depuis qu'il avait revu la lumière du jour, tout ce qu'il voulait, c'était éliminer tous les périls qui menaçaient l'existence de Jean.
Dieu seul sait à quel point il avait exulté en apprenant les pouvoirs de cet homme-bête scorpion et le fait que Curtis fût son adversaire. Mais qu'avait-il vu à l'instant ? L'homme-bête scorpion pouvait manifestement en finir avec Curtis, et voilà qu'il l'avait soudain laissé filer, comme ça.
L'intensité de la rage du roi des singes était à la mesure de sa déception, après avoir placé ses espoirs si haut.
Saint Zachary lui jeta un regard froid. À la pensée de la vivacité d'esprit de cette âme, il retint l'envie de la réduire en miettes.
« Je tuerai Curtis tôt ou tard. Avant cela, je veux d'abord trouver », dit Saint Zachary, le regard posé sur le cristal noir.
Le roi des singes marqua un temps de surprise. « Serais-tu, toi aussi, un admirateur de ? »
Saint Zachary n'admit ni ne nia, si bien que le roi des singes le prit pour un aveu tacite. Il y réfléchit et en vint à la conclusion que cela pouvait en réalité être une bonne chose.