Le loup s'éloigna d'un pas léger, tatatat, en tête.
Une fois une certaine distance mise entre nous, il s'immobilisa net et se retourna vers nous.
À mesure que nous nous approchions, il reprit sa marche.
Peu après, il s'arrêta à nouveau, le regard braqué sur nous.
« Oun ! »
Il poussa un unique aboiement.
Comme pour dire : « Venez vite. »
Il ne parle pas, mais c'est manifestement un enfant très intelligent.
Il a l'air de vouloir nous emmener quelque part, et c'est comme ça depuis tout à l'heure.
La destination, on ne peut pas l'affirmer avec certitude…
Mais c'est probablement la plaine du nord-est, notre objectif initial.
Au vu de la direction, on se dirige clairement par là-bas.
Le but est le même.
Et nous n'avons aucune autre piste.
Du coup, on a décidé de suivre ce gamin.
Si c'est un piège, tant pis.
Quelle que soit la difficulté, on la brisera tous ensemble.
Enfin… ça ne sent pas le piège, cela dit.
Impossible de savoir si ce gamin est vraiment une espèce suprême.
En revanche, aucune once de malveillance. Au contraire, je perçois de la bienveillance.
Ça ira, sûrement.
Mon instinct personnel et mon flair de dresseur de bêtes me le disent.
« …… Dis, Rain »
« Ouais ? »
Pendant qu'on suivait le loup, Kanade accourut en trottinant pour se mettre à ma hauteur.
Elle me lançait des regards furtifs, puis détournait aussitôt les yeux.
Elle avait l'air de se tortiller, mal à l'aise.
Qu'est-ce qui lui prend ?
« Kanade, qu'est-ce qu'il y a ? »
« Euh… voilà. Je me demande si c'est bien le moment d'en parler alors qu'Iris traverse une épreuve pareille… mais bon, je veux au moins avoir la confirmation… sinon je n'arriverai jamais à me calmer… »
« Euh… ? »
Le discours de Kanade manquait de clarté.
On dirait qu'elle a quelque chose d'extrêmement difficile à dire…
« Tu as quelque chose à me dire, c'est ça ? »
« …… Oui »
« Alors j'écoute. Je t'écoute bien. »
« …… Vraiment ? »
« Bien sûr. Voilà, j'ai l'air un peu nul, ou disons insensible… du coup, si tu as quelque chose à me dire, franchement, ça m'arrange que tu le dises clairement. C'est pas le moment, mais… non, justement parce que c'est ce moment, mieux vaut en parler maintenant pour que ça ne devienne pas un problème plus tard. »
« C'est vrai… bah, alors, je le dis ? »
Kanade avait l'air tendue.
En plus, ses joues étaient teintées d'un rose cerisier.
Ses yeux aussi me semblaient porter une sorte de chaleur.
« Avant de partir, on m'a expliqué à peu près la situation… mais Rain, comment dire… tu connais le contenu du rêve que je faisais, non ? »
« Ah, ça… ah »
Le rêve qu'elles faisaient, c'était qu'elles m'épousaient.
Autrement dit, leurs sentiments allaient dans ce sens…
C'est Iris qui me l'a fait remarquer, et seulement là j'en ai pris conscience.
Je pensais qu'il faudrait qu'on en parle une fois l'affaire réglée.
Mais comme Iris a fini dans cet état, ça m'était complètement sorti de la tête.
« Nya… ta réaction, tu le sais vraiment, hein. »
« Euh, ben, comment dire… »
Après avoir hésité, j'ai acquiescé d'un hochement de tête.
Inutile d'essayer de brouiller les pistes, et je n'ai surtout pas envie de fuir ici.
Même si c'est pas le moment… non, justement parce que c'est ce moment, je dois faire face à ses sentiments.
Si je rate cette occasion, on ne sait pas quand on pourra en reparler.
« Écoute… si tu as vu mon rêve, tu dois déjà comprendre, mais »
Désolé.
Je ne m'en suis pas rendu compte avant qu'Iris me le dise.
« Moi, je… c'est-à-dire… R-Rain, tu… j-j… j-j-j… »
Kanade rougit jusqu'aux oreilles,
« …… Je t'aime »
D'une voix si faible qu'elle en était presque inaudible, elle lâcha ce mot.
On aurait pu le rater, mais cette fois, impossible de faire l'impasse.
Je l'ai bien entendu.
J'ai gravé ses paroles au plus profond de moi.
« Aù… »
Kanade avait l'air terriblement gênée, et elle détourna les yeux de moi.
Maintenant, elle ne peut pas me regarder en face, c'est ce que ça dit.
Elle gigotait, incapable de tenir en place…
Ses oreilles de chat tressautaient, sa queue ondulait fiévreusement.
« Euh, moi je… »
Accepter les sentiments de Kanade ?
Ou les refuser ?
Dans les deux cas, il faut que je le dise en mots.
Il faut que je dise quelque chose.
Je le pense, mais pathétiquement, je n'arrive pas à tisser des phrases.
J'ai le cerveau en blanc.
Ça sonnera comme une excuse, mais je n'ai jamais vu Kanade et les autres que comme des camarades, jamais sous cet angle…
Du coup, je n'arrive pas à mettre mes idées en ordre.
Je n'ai aucune idée de quelle réponse donner.
Kanade, elle, vient de puiser tout son courage pour se lancer…
Et moi, quelle misère.
Je comprends bien pourquoi Iris était ahurie.
« Ah, c-c'est bon ! »
« Hein ? »
« Je ne réclame pas ta réponse tout de suite, ni rien de ce genre ! »
En le disant, Kanade ne semblait pas forcer.
Ce n'était pas non plus par prévenance envers moi…
Ça sonnait comme sa véritable pensée.
« Comment dire… je considère que c'était une déclaration accidentelle… en vrai, je n'avais pas du tout l'intention de me déclarer aussi abruptement, tu sais ? Puisque Rain est insensible, je comptais y aller tout doucement, en prenant tout mon temps. »
« Euh… désolé »
« Ah!? Je ne te blâme pas ! Je veux juste que tu ne t'en fasses pas ! »
Kanade, le visage rouge, me regarda droit dans les yeux.
Et elle sourit doucement.
« Là, c'est pas le moment… donc je ne pense vraiment pas à obtenir une réponse. Pareil pour Tania, Sora et Luna, je pense. Ce qu'on doit mettre en priorité absolue, c'est Iris. Donc c'est bon. »
« C'est… »
« Et même après qu'on aura sauvé Iris, pas la peine de forcer une réponse. Du point de vue de Rain, ça doit tomber du ciel… mieux vaut que tu prennes le temps de réfléchir plutôt que de répondre sous la contrainte. Comme ça, on sera contentes. »
« Kanade… t'es sûre ? »
« Oui »
Sans la moindre hésitation, Kanade répondit du tac au tac.
« Pour l'instant, ça me suffit que tu saches mes sentiments. Je n'en demande pas plus. »
Kanade donna un petit coup de pied dans un caillou au bord du chemin.
Le caillou roula, cliquetant.
« Mais… si tu me fais attendre trop longtemps, je bouderai, hein ? »
« …… Ouais, j'ai compris »
Mon truc avec Kanade.
Tania, Sora, Luna.
Il faut que je réfléchisse sérieusement à quelle relation je veux, à celle qu'il faut avoir, à partir de maintenant.