Guidée par Monica, Arios parvint dans une petite ville située au sud, loin de la capitale royale.
Pour dire les choses franchement, bien qu'elle porte le nom de Flam, il serait plus juste de parler d'un village.
Les bâtiments sont nombreux, mais la plupart ne sont que des habitations privées ; il n'y a ni installations commerciales ni lieux de divertissement.
Seule une cantine destinée aux habitants fait aussi office d'auberge ; pour le reste, rien ne mérite qu'on s'y attarde.
Pourtant, le caractère rural de l'endroit joua en faveur d'Arios.
L'affaire de la capitale était connue de beaucoup……
La mauvaise réputation du héros Arios était parvenue jusqu'à cette bourgade de campagne.
Cependant, précisément parce que c'était la campagne, personne n'avait croisé Arios en personne.
Nul ne reconnut sa véritable identité, et il put loger à l'auberge sans encombre.
Une fois l'enregistrement effectué et sa chambre atteinte……
« Ah, Arios ! »
« Quel soulagement, vous êtes sain et sauf. »
Rin et Mina se trouvaient dans la pièce.
Au fond, on apercevait aussi Aggas.
« Rin, Mina… et toi aussi, Aggas. Pourquoi êtes-vous ici ? »
« Nous aussi, on avait été mis en prison, mais les camarades de Monica nous ont sorti de là. »
« Comme le dit Rin, j'ai moi aussi été sauvé par les compagnons de Monica-san. »
« Toi aussi, Aggas ? »
« … Oui, c'est exact. »
Bien que tardive, une question tarauda Arios.
Ce n'était pas franchement de la méfiance……
Plutôt une légère gêne, comme une arête de poisson coincée dans la gorge.
Monica est une chevalière au service du pays ; ayant reçu un ordre direct du roi, elle devait jouir d'un rang assez élevé.
Pourtant, elle avait jeté ce statut aux orties pour le sauver.
Quelle était sa pensée profonde ?
Et quelle était la véritable identité de ceux qui collaboraient avec une telle Monica ?
Bien des points l'intriguaient……
Mais Arios renonça, une fois pour toutes, à réfléchir.
De longs mois de geôle avaient épuisé son corps.
Rester debout lui parut une corvée, et il s'assit sur la chaise disposée dans la chambre.
« Vous aussi, Monica vous a sauvés… »
« "Vous aussi" veut dire qu'Arios aussi, par Monica ? »
« Oui. Elle m'a tiré d'un mauvais pas. Je dois la remercier. »
« Oh non, pas du tout. Je suis l'allié d'Arios-sama… non. Je suis l'allié d'Arios-sama et des siens. Les mesures prises à votre encontre étaient injustes, je ne pouvais pas fermer les yeux. »
« C'est ça, c'est ça ! Nous n'avons rien fait de mal, nous ! »
« Il ne peut y avoir aucun problème dans les actes du héros Arios. Vous avez dû avoir des pensées profondes, impossibles à imaginer pour nous. »
Même dans cette situation, Rin et Mina refusaient d'admettre leurs torts.
Certes, c'était Arios qui avait mené le plan……
Mais elles avaient participé à piéger le innocent Rain, usant d'un pouvoir abusif, et ne montraient pas la moindre once de repentir.
Elles croyaient sincèrement n'avoir aucune faute.
Pas un fragment de culpabilité.
Elles détournaient le regard de leurs péchés, fuyaient ce qui les arrangeait mal.
Si on les pressait de questions, elles s'emportaient et tentaient de passer en force.
Sur cette base, elles estimaient le problème réglé, croyait l'avoir surmonté.
Un jour, l'addition tomberait inévitablement……
Pourtant, elles continuaient de fermer les yeux.
De faire semblant de ne pas voir.
Tout comme Arios, elles étaient en train de tomber.
Face à elles, Monica sourit.
Un sourire plein de satisfaction.
Mais.
Une seule personne pensait différemment.
« Arios… au sujet de l'affaire de la capitale, pourquoi as-tu fait une chose pareille ? »
Aggas fixa Arios d'un regard sévère, comme pour l'interroger.
« Si c'est de ça qu'il s'agit, je l'ai expliqué avant l'exécution, non ? Rain est une existence encombrante ; tôt ou tard, il aurait gêné nos projets. Mieux vaut l'éliminer avant. C'est d'une simplicité limpide. À l'époque, toi aussi, Aggas, tu as acquiescé, non ? »
« J'ai effectivement acquiescé à l'élimination de Rain. Mais je n'ai jamais entendu dire qu'on tuerait d'autres aventuriers pour cela. »
Face aux paroles accusatrices d'Aggas, Arios fit un petit claquement de langue.
Depuis peu, Aggas ne cessait de fourrer son nez dans les actions d'Arios.
Ce qui agaçait ce dernier au plus haut point.
Le chef du groupe, c'est lui, Arios, pas Aggas.
Un simple guerrier qui ose donner son avis à l'Élu, au héros……
Un cerveau de brute bon qu'à faire office de bouclier ferait mieux de rester docile comme une marionnette et d'obéir.
C'est sincèrement ce qu'Arios pensait de son compagnon Aggas.
« La cause de ce pétrin, c'est clairement toi, Arios. C'est parce que tu as commis l'excès de tuer des aventuriers que le roi vous a jugés. Tu l'as compris ? »
« … Au final, tout le monde est sain et sauf. Alors, quel est le problème ? »
« Il y en a un. Nous avons été déchus de notre titre de groupe du héros. Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? »
« Le héros, c'est moi, et moi seul. Aggas, tu n'es qu'un accessoire. Alors évite de parler comme si tout t'appartenait. »
Les regards d'Arios et d'Aggas s'entrechoquèrent, faisant jaillir des étincelles.
Rin et Mina s'affolèrent à ce spectacle.
« Hé, hé… pas maintenant, arrêtez de vous disputer, d'accord ? »
« Arios, Aggas… je pense qu'à présent, nous devons unir nos forces pour surmonter cette crise… »
« … C'est vrai, aussi. »
Aggas se retira sans résistance.
« Bon… j'ai peut-être un peu trop dit. Pardonne-moi. »
C'était inattendu, mais Arios recula lui aussi sincèrement.
Les excuses qui sortirent de sa bouche étaient authentiques.
« … Fufu. »
En observant la scène, Monica semblait s'amuser.
Que ce visage laissait-il présager ?
Si, à ce stade, quelqu'un avait percé les pensées de Monica, le destin d'Arios et des siens aurait peut-être pris une tout autre tournure.
***
La nuit venue.
Convoqué par une lettre, Arios sortit de l'auberge.
En faisant le tour par l'arrière, il trouva Monica contemplant la nuit de lune.
« Arios-sama, je vous prie de m'excuser de vous avoir fait sortir ainsi. »
À la vue d'Arios, Monica baissa respectueusement la tête.
« Ne t'en fais pas. Ce n'est rien. »
Arios répondit avec une aisance décontractée.
Puisqu'il lui devait d'avoir été sauvé, il se montrait naturellement plus doux avec elle.
« Alors… quoi de neuf ? Tu m'as appelé seul dans un coin pareil ; ça veut dire qu'il y a une conversation secrète, pas pour les autres ? »
« Exactement. »
Monica continua, un doux sourire aux lèvres.
Ce sourire rappelait celui d'une sainte…… et tout autant celui d'un démon.
« Il s'agit de la suite… avant même de discuter de la marche à suivre, j'ai une proposition à vous faire. »
« Quelle proposition ? »
« Élimine Aggas-san. »
Sans cesser de sourire, Monica lâcha ces mots.
« Ça veut dire… quoi, exactement ? »
« Sens propre. Aggas-san vous trouve importun. C'est un foyer d'étincelles ; à ce rythme, des problèmes sont inévitables. Mieux vaut s'en occuper avant. »
« Tu parles de l'exclure du groupe ? »
« Non. Élimination pure et simple, comme je l'ai dit. »
« C'est… »
Devinant la pensée de Monica, Arios resta coi.
Pour egoïste qu'il fût, Arios n'en était pas encore tombé assez bas pour porter la main sur un compagnon de longue date.
À l'instant, ils avaient failli en venir aux mains, mais de là à le tuer, c'était une tout autre folie.
« … Monica. Je te suis reconnaissant. Tu nous as sauvés à maintes reprises. Sans toi, on en serait où ? »
« Je n'agis que pour Arios-sama… pour le héros. »
« Peut-être que suivre tes paroles est la bonne voie. Mais tuer Aggas… »
Arios avait été déchu de son titre de héros.
Il avait reçu une sentence de mort.
Il avait tout perdu.
Ce qui lui restait……
C'étaient ses compagnons.
Aggas, Rin, Mina.
Eux seuls étaient restés.
Il ne pouvait pas porter la main sur ses compagnons.
Du moins, pas ça.
À cet instant, le visage de Rain traversa l'esprit d'Arios.
Il revit Rain rabâcher "compagnons, compagnons".
La mauvaise opinion d'Arios sur Rain n'avait pas changé.
Pourtant.
Juste maintenant, il entrevit, ne serait-ce qu'un peu, ce que signifiait pour Rain le fait de chérir ses compagnons.
Cependant……
« … Et si Aggas-san trahissait Arios-sama ? »
« Quoi ? »
Tel un murmure diabolique, Monica ébranla le cœur d'Arios.