« Bon, alors… Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire maintenant ? »
Le lendemain matin.
Après avoir quitté l'auberge, j'étais assis sur un banc de la place du village, profitant paresseusement du soleil.
Pour information, le groupe du héros était parti dès l'aube pour s'attaquer à la « Forêt de l'Égarement », située à l'ouest d'ici.
Des salutations ?
Il n'y en a pas eu.
Bon, peu importe ce que devient le groupe du héros.
L'important, c'est ce que je vais faire désormais.
« J'ai pas un rond, moi… »
Ma fortune entière se résume à cinq pièces d'argent et trente-huit pièces de cuivre.
Cent pièces de cuivre valent une pièce d'argent.
Une nuit à l'auberge coûte cinquante pièces de cuivre, donc je n'aurai pas de souci d'hébergement pour un moment.
Mais après, je fais comment ?
Sans revenu régulier, je finirai par ne plus pouvoir payer l'auberge.
Dans le pire des cas, je n'aurai même plus de quoi acheter à manger.
Il faut absolument que je trouve un moyen de gagner de l'argent.
« Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? »
« Voyons… On pourrait aller dans la plaine chasser du sanglier cornu. Par contre, on évitera le marais, paraît qu'un tigre tueur y a été repéré. »
Tout à coup, un duo qui avait tout d'aventuriers passa devant moi.
« Aventuriers, hein… »
Ils vivent librement comme des oiseaux migrateurs, et meurent librement.
Tout est de leur seule responsabilité, ils doivent survivre grâce à leur seul talent.
« …Ça pourrait le faire. »
Depuis que j'ai rejoint le groupe du héros, je me battais porté par la mission de vaincre le roi-démon…
Mais ça aussi, je l'ai perdu.
Le moi actuel est comme un être vide…
D'un certain point de vue, on peut dire que je suis libre.
Le métier d'aventurier est peut-être, pour le moi d'aujourd'hui, le choix optimal.
« Allez, tentons le coup ! »
Je me levai d'un bond et poussai la porte de la guilde des aventuriers.
***
Apparemment, n'importe qui ne peut pas devenir aventurier.
Il n'y a officiellement aucune restriction d'âge ou de sexe.
Un enfant peut en devenir un, tout comme une personne âgée.
En revanche, il y a un examen.
Tant qu'on ne reconnaît pas que vous possédez un certain niveau de compétence, vous ne pouvez pas vous inscrire comme aventurier à la guilde.
C'est un système pour écarter les challengers téméraires qui n'ont pas la force.
Avant, il n'y avait pas d'examen, et n'importe qui pouvait devenir aventurier.
Mais du coup, les novices faisaient n'importe quoi, ce qui a causé non seulement des échecs de missions, mais aussi de nombreux décès chez les aventuriers eux-mêmes.
Les missions échouaient, la crédibilité de la guilde s'effondrait.
Et comme il y a eu beaucoup de morts, la guilde a subi un audit de l'État.
Depuis, un examen a été instauré.
« Abattre dix gobelins, hein… »
Telle est la teneur de l'examen pour devenir aventurier.
Le gobelin est un monstre de rang F, assez faible pour être repoussé par un homme adulte armé.
Mais attention à ne pas sous-estimer les monstres faibles.
Ces types sont conscients de leur manque de force.
C'est pourquoi ils agissent toujours en groupes d'une dizaine d'individus.
Il faut abattre avec précision, et sans se blesser, un groupe d'une dizaine de gobelins.
Seuls ceux qui possèdent littéralement « un certain niveau » de compétence en sont capables.
Comme examen pour devenir aventurier, c'est d'une pertinence idéale.
De plus, s'il est difficile d'exterminer tous les gobelins, il est facile de s'enfuir face à eux.
On peut battre en retraite si ça tourne mal, donc l'examen ne cause pas de morts.
Au pire, on s'en tire avec une fracture ou une blessure grave.
En ce sens, c'est un adversaire bien adapté pour un examen.
« Bon, pour moi, c'est de la gâteau, ceci dit. »
Même si j'ai été viré du groupe, jusqu'à il y a peu je me battais contre l'armée du roi-démon.
Même en tant que dompteur de bêtes, je ne peux pas perdre contre des gobelins.
Une fois dans la plaine, j'ai expédié dix gobelins en un rien de temps.
Quand on tue un monstre, il se transforme en un joyau appelé « pierre magique ».
En l'apportant, on prouve qu'on a abattu le monstre.
« Bon, ben. Faut que j'aille à la guilde vite fait. Avec ça, je suis aventurier ! »
Une nouvelle vie commence.
Il vient de m'arriver ce qui m'est arrivé… et pourtant, j'étais tout excité.
« Hein ? »
J'ai cru entendre un cri tout à l'heure…
Côté marais, au fond de la plaine.
Ce n'est peut-être qu'une impression, mais ça m'intrigue.
Allons juste jeter un œil.
***
« C'est… !? »
Peu après être entré dans le marais, j'ai découvert une fillette attaquée par un tigre tueur.
Le tigre tueur est un monstre de rang D.
Sa caractéristique, c'est sa vitesse. Il tue ses proies avec ses griffes et ses crocs acérés, une existence bien embêtante.
Beaucoup de débutants se font avoir par ses attaques surprises et y laissent la vie, ce qui lui a valu le surnom de « tueur d'aventuriers ».
« C'est pas bon ! »
Le tigre tueur s'apprêtait à planter ses griffes dans la fillette à terre.
J'ai couru vers eux et tailladé avec ma dague.
« GYAAAAAAAH !!! »
Après tout, c'est une dague bon marché à dix pièces de cuivre, achetée pour l'autodéfense.
Elle n'a pas pu percer la peau cuirassée de la bête et s'est brisée.
J'ai juste réussi à attirer sa colère.
Apparemment, il a changé de cible pour moi, le tigre tueur me fixait maintenant.
C'est bon comme ça.
« Tu peux bouger ?! Profite-en pour te tirer ! »
« Ugh… nyaa… »
La fillette se relève difficilement.
Ça a l'air de marcher.
Par contre… moi, c'est foutu.
Sans bête à apprivoiser, je ne peux pas faire face à un tigre tueur.
Surtout que ma seule arme, la dague, vient de se briser.
« C'est ce qu'on appelle un cul-de-sac, hein. Mais je vais lui gagner le temps de s'enfuir ! »
Je me résous, lève les poings.
Et à cet instant.
« Unyaa… J rassemble mes dernières forces… nyan !! »
La fillette a bondi.
Haut. Très haut.
Avec une勢い qui semblait vouloir toucher les nuages.
Et… la chute.
Elle s'est abattue comme une flèche sur le tigre tueur qui me faisait face.
*DOGAAAH !!!*
L'impact.
Un choc qui a fait trembler la terre.
Quelle puissance incroyable était contenue dans ce coup ?
Un petit cratère s'était formé.
Naturellement, un tigre tueur de rang D ne pouvait pas encaisser une attaque aussi absurde. Il avait le cou brisé et gisait, mort.
« Toi… tu es qui… ? » « Nyafuu… C'est ma limite, là… »
La fillette titube, puis s'effondre.
Je me précipite, la relève en panique.
« Hé, ça va ?! T'es blessée ?! »
« Nya, nyaa… J'ai fa-faim… »
Une réplique à côté de la plaque s'échappe.
Sur la tête de la fillette, des oreilles de chat bougeaient par à-coups, et une queue frétillait.