« Désormais, conformément aux lois de la race draconique, nous engageons un duel où nos fiertés respectives sont en jeu. »
Le dragon qui officiait comme maître de cérémonie l'énonça avec solennité.
Mila-san avait dit qu'il n'appartenait pas au cercle de Grovaine……
Pourtant, je ne pouvais pas me détendre.
Il se pourrait qu'il ait préparé quelque chose dans l'ombre.
Mieux valait rester sur mes gardes autant que possible.
« La victoire revient à celui qui rend son adversaire incapable de combattre. Ou qui obtient sa reddition. Et qui lui ôte la vie. »
C'était une règle drastique, mais chez les dragons, c'est apparemment la norme.
Une race qui vit selon le principe que la force fait la loi.
C'est pourquoi ils mettent tout leur être à prouver leur puissance……
Dans de telles circonstances, risquer sa vie n'est pas considéré comme une folie ; au contraire, y aller en offrant tout ce qu'on est constitue un honneur.
J'avais l'impression d'entrevoir une part de compréhension.
Je ne saisis pas l'échange de vies……
Mais je crois comprendre ce sentiment qui dit qu'on doit aller jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte.
C'est dire qu'il faut cette dose de résolution, de conviction.
« …… Telles sont l'intégralité des règles du duel. »
La fuite équivaut à une perte de combativité et désigne le perdant.
Mener un combat sur sa fierté.
Porter la main aux témoins est interdit.
…… et ainsi de suite.
S'ensuivit l'exposé de règles assez classiques.
Un combat sur sa fierté, ça doit vouloir dire qu'on ne fait rien de lâche…… enfin, bref.
Comment Grovaine allait-il l'entendre, lui ?
« Les deux parties ont-elles une objection ? »
« Aucune. »
« Non. »
Grovaine et moi acquiesçâmes presque en même temps.
« Alors, en garde. »
Et nous prîmes position simultanément.
Aucun des deux n'avait d'arme.
Face à un dragon, une arme quelconque ne ferait pas le poids, alors cette fois, pas de Chidori.
« Pour ce duel…… »
Soudain, Grovaine prit la parole.
« Je n'ai pas l'intention de perdre. Mais toi non plus, j'imagine ? »
« Bien sûr. »
« Hmm…… Un regard pas si mal pour un humain. C'est bien la peine qu'on t'appelle héros. »
Soudain complimenté, je ne ressentis pas de joie, seulement de la perplexité.
« Cependant, tu ne saurais rivaliser avec ma force. Il serait bon que tu prennes conscience de la petitesse de ton monde. »
« Je te renvoie le compliment. »
« Hou…… Tu oses tenir de tels propos face à moi. Intéressant. Vraiment intriguant…… Dis-moi, après ça, n'aurais-tu pas envie de me servir ? »
« Hein ? »
« Tu es un humain, pourtant je t'estime à ce point. J'aimerais que tu sentes ma magnanimité. »
Il est cinglé ?
On s'apprête à se battre en duel, et il recrute son adversaire.
Il ne conçoit même pas l'idée de perdre.
Qui plus est, il exhibe sa largesse d'esprit en voulant prendre le vaincu sous son aile……
Non.
Probablement que c'est inconscient.
Ce n'est pas calculé ; il se trouve juste qu'il le montre à tout le monde.
Il dit simplement ce qu'il pense.
C'est l'impression que j'ai eue.
Agir avec tant de naturel, de franchise, ce n'est pas donné à tout le monde.
La plupart du temps, calculs et arrière-pensées s'en mêlent et tout part en vrille.
Mais chez Grovaine, rien de tout ça.
Au contraire, on sent une sorte de charisme.
Je vois.
C'est sans doute pour ça qu'on l'apprécie.
Héritage de son père ou construction personnelle, je l'ignore, mais ce n'est pas un homme ordinaire.
« C'est flatteur, mais je décline. »
« Hmm. Un héros ne sert donc sous les ordres de personne ? »
« Ce n'est pas ça…… Disons que je fonctionne mieux quand je suis libre. »
Moi aussi, j'ai essayé d'être à peu près sincère.
Le statut d'aventurier, cette position plutôt décontractée, me va le mieux.
Bouger à mon rythme, c'est l'idéal.
Si je me mets sous les ordres de quelqu'un, je risque de me faire balloter dans tous les sens, et j'aime pas trop ça.
« Je vois. Dommage. »
Vraiment navré, Grovaine le dit.
« Mais je te ferai changer d'avis. Je te montrerai l'écart de nos forces dans ce duel, tu apprendras à me connaître. Alors, toi aussi, tu changeras d'avis. »
« Désolé, mais ça n'arrivera pas. »
Fortement.
Je le dis fermement.
« Puisque tu vises Tania…… tu es mon ennemi. »