Fuuu…
Rit poussa un profond soupir et s'affaissa sur place.
« Ça va ? »
Je tendis une Potion de Soin Supérieure à Rit.
Du sang s'écoulait de sa cuisse et du haut de son bras gauche.
« Merci. »
Rit la vida d'une traite. La douleur qu'elle aurait dû ressentir le temps que la blessure se referme se concentra en un instant, cette douleur si particulière des sorts de Soin lui arracha une grimace, mais l'instant d'après la plaie se refermait net.
« C'est la première fois que je me bats contre un orc aussi fort. »
« Ça arrive. L'armée du Roi Démon est en guerre depuis toujours. Certains sont devenus puissants à force d'abattre des ennemis. Même parmi les orcs, ceux qui sont placés sous le commandement direct de l'armée principale ont un niveau de bénédiction élevé et sont forts. »
« Vous… vous menez ce genre de combat depuis tout ce temps ? »
« Nous ne commandons pas d'unités. Si on ne prend pas de risques avec nos petits effectifs, on ne peut pas faire jeu égal avec l'armée du Roi Démon. »
Rationnellement speaking, attaquer à deux une troupe de plus de cent orcs n'est pas sensé. Mais avec une stratégie sensée, est-il seulement possible de tenir tête à l'armée du Roi Démon à cinq ?
Ah, oui, pour être honnête, j'ai peur. Face à des dizaines d'orcs et de démons, quand on fonce en ne comptant que sur son épée et son armure, on a envie de fuir, peu importe le nombre de fois qu'on l'a vécu.
On perce la muraille de lances que dressent les démons soldats sans une faille, on se faufile sous les coups de lance qui pleuvent de tous côtés, on continue à frapper même quand tout le corps brûle d'avoir dépassé ses limites. Lâcher l'épée, c'est la mort.
Je ne me suis plus senti tranquille sans épée à portée de main. Je ne pouvais pas fermer l'œil si je ne posais pas mon épée à mon chevet. Avec mon épée, je dors n'importe où en pleine nature ; sans elle, je ne dors pas même dans une ville gardée par des centaines de soldats.
« Qu'est-ce qui te prend, tu fais une drôle de tête… »
« Ah, désolé. Je pensais à quelque chose. »
« En plein combat ? »
« Si tu le dis, toi tu es en train de t'asseoir. »
Quand je tendis la main, Rit rougit, la saisit et se releva.
« J'ai abattu un adversaire coriace, c'est juste que la tension est retombée. »
« Il y en a peut-être d'autres de ce calibre. »
« Bah, on les battra quand ils viendront. »
Rit renifla avec fierté. En voyant son visage si sûr d'elle, je sentis mes épaules se détendre, dans le bon sens du terme.
Pour une raison que j'ignore, le visage de Rit m'apaisait.
« On remet ça, le combat à deux ? »
« N-non ! Cette fois, je me suffirai à moi seule ! »
Après cela, Rit marmonna quelque chose dans sa barbe, baissa les yeux et ajouta :
« M-mais… si un ennemi est trop fort pour moi seule, je me battrai de nouveau à tes côtés. Tu m'as fait confiance. Alors, juste pour les combats ensemble, je ferai confiance à mon tour. »
« C'est parce que Rit m'a fait confiance tout à l'heure. Merci de m'avoir protégé. »
« Toi, tu arrives à dire merci en face sans rougir, c'est fort tout de même. Je te respecte un tout petit peu. »
« C'est juste Rit qui est pudique, non ? »
« Q-qui est pudique ! Qui ! »
Je ris.
En y repensant, c'est peut-être à ce moment-là que j'ai commencé à aimer Rit.
Car en cet instant, j'avais oublié le combat, la responsabilité, le poids de l'épée à ma ceinture.
Seule la voix de Rit, là devant moi, me parvenait.
J'avais envie de continuer à parler. Envie de continuer à la regarder.
Ses yeux bleus reflétant le ciel, ses cheveux dorés qui ruisselaient, son corps aux courbes belles, son visage à la volonté forte, sa bouche qui s'emporte et rit facilement, ses doigts fins et délicats mais puissants, ses cuisses saines qui dépassaient de sa jupe rouge, et puis, ce caractère qui ne dépend jamais de personne et continue de se tenir debout sur ses propres jambes….
***
« Tout cela m'est devenu si cher que, depuis ce jour, j'attendais avec impatience de revoir Rit. »
« Red ? »
La bague serrée dans ma main droite, je faisais face aux émotions qui montaient en moi.
Mais si je l'aime à ce point, pourquoi n'ai-je pas osé l'aborder moi-même à Zoltan ?
Chassé par Ares, j'étais plus blessé que je ne le croyais. À l'idée d'être rejeté par Rit, je n'ai pas réussi à lui parler.
Et pourtant, alors que j'étais parti sans un mot à mes compagnons, je n'ai pas pu quitter Zoltan où se trouvait Rit.
Moi qui visais une vie sans combat, je ne pouvais pas me séparer de mon épée, portant toujours cette épée de cuivre, exactement comme avant. J'étais balloté entre deux eaux.
C'est alors que Rit est venue vers moi. Elle m'a dit qu'on vivrait ensemble.
« Depuis longtemps… depuis notre rencontre à Loggervia, je t'aime. »
L'émotion qui montait déferla par ma bouche.
Le visage de Rit rougit. Mais je ne pus m'arrêter, les mots jaillirent les uns après les autres.
« Je ne m'étais même pas rendu compte que je t'aimais à ce point. Je t'aime. Vraiment, je t'aime. »
C'est foutu, je ne peux plus m'arrêter. Plus de lignes préparées, il faut y aller.
Je tendis la bague qui était dans ma main droite vers Rit.
« Red… »
Les yeux de Rit brillèrent, vacillèrent.
« Si tu le veux bien, épouse-moi… non, ce n'est pas ça. Rit, je t'en prie. Veux-tu m'épouser ? Je ne suis plus un Héros. Je ne suis peut-être pas à la hauteur pour un princesse. Mais je te promets tout le bonheur dont je suis capable. Et je te ferai le petit-déjeuner chaque matin, je le promets. »
« Oui… c'est moi qui te le demande. Épouse-moi. Je renonce à ma condition royale, je ne serai plus que Rit. Mais je te promets de t'aimer. Même si nous devenons un vieux papi et une vieille mamie ridés, je resterai à tes côtés toute ma vie. »
Rit prit la bague de ma main et la passa à son annulaire gauche.
L'anneau d'argent orné d'un petit diamant scintillait sous la lumière du chandelier.
« Je suis heureuse… c'est comme un rêve. »
Ne tenant plus, le visage de Rit se déforma. Une larme roula sur sa joue.
Moi non plus je ne tiens plus. J'enlaçai le corps de Rit, sentant sa chaleur.