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Banished from the Hero's Party

Chapitre 162 : Un moment tous ensemble

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Chapitre 162

Chapitre 162 : Un moment tous ensemble

Chapitre 162/162100%~11 min de lecture2 198 mots

« Le riz, c'est mon domaine. »

Tise venait de poser l'eau sur le plan de travail, et elle avait dit ça avec le plus grand sérieux.

Qu'est-ce qui lui prenait, tout à coup ?

Voyant mon air déconcerté, Ugeuge secoua vigoureusement la tête.

« Ugeuge a raison. Je vais reprendre depuis le début.

- Je t'en prie.

- J'aime l'oden.

- Ça, je le sais.

- Or, dans l'oden, il existe une garniture qu'on appelle l'aumônière de mochi.

- J'en ai entendu parler, oui. Je n'en ai jamais mangé non plus.

- C'est une garniture courante dans les mers du Sud. Autrement dit, moi qui aime l'oden, je m'y connais forcément en aumônières de mochi.

- Mmh, mmh.

- Et le mochi se fait à partir de riz. Tu peux m'appeler Tise, maître du riz.

- Ah... d'accord. »

Tise était étonnamment en forme, aujourd'hui.

« Avec la quantité de riz que nous avons, nous n'écoulerons pas tout d'un coup. Le riz gonfle beaucoup à la cuisson, ça ira. Ce qui restera, nous en ferons des mochi que nous apporterons chez Opalala.

- Euh, Tise... je ne suis pas un spécialiste non plus, mais il me semble qu'on ne peut pas faire de mochi avec du riz ordinaire.

- ... Mmh. »

Tise me fixa longuement.

« Dispersion.

- Oh, allez. »

Elle avait dit ça avec un visage parfaitement impassible, et j'éclatai de rire malgré moi.

Ugeuge secouait le corps, lui aussi, comme s'il riait.

« Je plaisantais. »

Tise l'annonça sans changer d'expression, se lava les mains et vint se placer à mon côté.

« Alors, qu'est-ce qu'on prépare ?

- Un oyakodon. On m'a appris la recette il y a longtemps, je voudrais essayer.

- Se lancer dans un plat aussi rare dans une situation pareille, tu ne manques pas d'audace.

- Si je goûte et que ce n'est pas bon, je fais griller de la viande et je sers ça. »

Tise avait raison. On avait eu beau me donner des ingrédients intéressants, me lancer dans un plat que je n'avais jamais cuisiné alors que je ne suis même pas cuisinier, c'était téméraire.

Voilà pourquoi j'avais aussi prévu une solution de repli.

« Je reconnais bien là Red. Alors tu peux tenter ton... oyako-quoi ? l'esprit tranquille. Et moi, je fais quoi ?

- Tu veux bien m'aider ? Tu pourrais attendre au salon, tu sais.

- En fait, j'ai gagné un niveau pendant le dernier combat, et j'ai mis un point dans la compétence de cuisine.

- Ah bon ? Je pensais l'écart de niveau avec nos adversaires trop important pour que tu montes encore.

- Il ne me manquait presque rien. Seulement, à Zoltan, les adversaires coriaces sont les automates d'horlogerie des ruines des Anciens Elfes ou les asuras-démons, c'est-à-dire des êtres sans bénédiction : ce n'est pas avec eux qu'on gagne des niveaux facilement. »

Le niveau de Tise est plus bas que celui de Ruti ou de Danan, mais plus élevé que celui de Rit : elle fait partie des rares individus de très haut niveau de ce monde.

Tant qu'elle restera à Zoltan, elle ne montera probablement plus.

« Et tu as dépensé ce point si précieux dans la cuisine ?

- Ta cuisine est délicieuse. J'aimerais réussir à faire d'aussi bons plats que toi. »

Ugeuge leva une patte avant en signe d'encouragement.

« Ugeuge aussi a augmenté sa compétence de cuisine.

- Quoi, sérieusement ? »

Je ne pus retenir une exclamation de surprise.

Je me tournai vers Ugeuge, qui agita la patte avant droite pour confirmer.

« Cuisine » est une compétence commune : tout le monde peut l'apprendre.

Même la bénédiction du « Lutteur » que possède Ugeuge permet de l'acquérir.

Sauf qu'Ugeuge a beau être intelligent, c'est une araignée, et je n'aurais jamais cru qu'elle puisse monter une compétence de cuisine.

C'était sans doute la première araignée de l'histoire à prendre la compétence.

« Un jour, j'aimerais écrire avec Ugeuge un livre de cuisine pour les araignées.

- Un livre ?

- Oui. Il existe pas mal de bénédictions qui vous donnent une araignée pour partenaire.

- C'est vrai qu'il y a l'“Assassin”, le “Maître des insectes”, le “Dresseur de bêtes venimeuses”... Après tout, il existe des livres de recettes pour les chiens, les chats et les chimères, alors pourquoi pas pour les araignées.

- N'est-ce pas ? »

Tise vint se tenir à côté de moi.

« Bon, par quoi je commence ?

- Voyons... tu t'occupes de préparer les ingrédients, et pendant ce temps je m'essaie à la cuisson du riz. »

Nous nous répartîmes le travail et nous mîmes à l'ouvrage.

« Coupe la cuisse de cocatrix en morceaux d'une bouchée.

- Compte sur moi. Couper, c'est ma spécialité. »

Tise avait dit ça avec assurance.

Et elle ne se vantait pas : elle manie le couteau mieux que moi.

Nous restâmes un moment silencieux, tout à notre travail.

« Je n'aurais jamais cru vivre une vie pareille. »

Sans quitter ses mains des yeux, Tise avait murmuré ça.

« Hm ?

- J'ai une excellente affinité avec la bénédiction de l'“Assassin”. J'ai un don pour le meurtre. C'est ma fierté.

- Oui, je suis d'accord. Je n'ai jamais rencontré d'assassin plus fort que toi.

- Et cette même personne est en train de... préparer à manger pour la famille royale d'un pays étranger.

- Il existe des assassins déguisés en cuisiniers, mais des assassins qui cuisinent pour de bon, ça doit être rare. »

Un cuisinier de cour possède forcément une compétence de cuisine hors du commun. Et sa bénédiction est probablement spécialisée, du genre « Cuisinier ».

Même un maître du déguisement ne peut pas imiter une bénédiction.

« La vie est vraiment imprévisible. »

Tise rit en alignant les morceaux de viande qu'elle venait de couper.

« C'est amusant. Oui, la vie est amusante.

- Oui, je suis bien d'accord. »

Nous avons ri ensemble, puis nous nous sommes remis à notre cuisine.

***

Ce monde est plein de combats.

Pendant que nous étions attablés tous ensemble, à l'extérieur de Zoltan, des mercenaires en fuite qui tentaient de piller un hameau se heurtaient à une patrouille de gardes.

Parmi les mercenaires qui s'étaient emparés des galions pour fuir vers le large, l'un des navires fut attaqué par un kraken, et tous ceux qui se trouvaient à bord furent dévorés jusqu'au dernier.

Et sur un champ de bataille lointain, à l'ouest, l'armée du royaume d'Avalonia, l'armée des hauts-elfes du royaume de Kiramin et les chevaliers du sanctuaire de l'Église coalisés s'apprêtaient à trancher une bataille acharnée de trois jours et trois nuits contre l'immense armée conduite par Altra, le Roi céleste de l'Eau de l'armée du Roi Démon.

Tout cela appartient à un monde dont on ne peut rien savoir quand on est assis dans le salon d'une petite boutique.

Ces combats qui se déroulaient quelque part dans le monde, je n'en ai eu le récit que bien plus tard, pas ce jour-là.

Et je me dis... que j'aime autant ne pas être un asura-démon.

J'ignore par quel moyen ils s'y prenaient, mais les asuras-démons nous voyaient, nous, à Zoltan.

S'il fallait voir en permanence les combats qui ne cessent jamais, quelque part dans ce monde saturé de guerre, ce serait sans doute une chose bien pénible.

« Bon appétit ! »

Rit, Tise et moi avions parlé en même temps.

« Merci au dieu Demis de nous accorder notre pain de ce jour.

- Bon appétit. »

Rinrirara marmonna sa prière à toute vitesse, et le prince Salius imita nos gestes avant de parler.

« J'ai déjà mangé du riz, mais voilà un plat bien singulier.

- Ça s'appelle un oyakodon. Je crois avoir retrouvé à peu près le goût que je connaissais... enfin, la viande était du poulet, pas du cocatrix.

- Je vois : un bol du parent et de l'enfant, puisqu'on y met l'œuf et la volaille. »

Le prince Salius hochait la tête d'un air entendu.

« Mais celui-ci est fait avec de la viande de cocatrix, non ? Difficile de parler de parent et d'enfant, alors. »

Rinrirara lança sa pique en riant.

« On dit bien que le tout premier cocatrix est né d'une poule. Donc ça reste bien le parent et l'enfant. »

C'était Rit.

« En effet. D'après l'Histoire naturelle des monstres du docteur Jikan, biologiste nain, je cite : “Prends garde : le cocatrix naît d'un œuf pondu par un coq. Ce coq a sept ans, et l'œuf est couvé neuf années par un crapaud. Aussi convient-il de tenir le coq et le crapaud séparés.” »

C'était le complément de Tise.

Le prince Salius pencha la tête.

« Déjà, qu'un coq ponde un œuf, c'est impossible. Et par-dessus le marché, un crapaud qui le couve neuf ans. Ça ne veut pas plutôt dire que la chose est irréalisable ? »

Je hochai la tête en riant.

« Peut-être bien. Mais on dit qu'aujourd'hui encore, en soumettant une poule à une magie particulière, on obtient un cocatrix. Si sa viande est plus facile à trouver que celle des autres monstres, c'est sûrement qu'il y a des gens pour en élever... même si l'élevage de cocatrix est un métier assez dangereux pour faire des morts chaque année. »

Le cocatrix ne s'attache pas aux humains, à ce qu'on dit.

Pour lui, son éleveur n'est même pas celui qui lui donne à manger : c'est plutôt de la nourriture qui apporte de la nourriture.

C'est un monstre plus intelligent qu'un animal ; peut-être comprend-il qu'il finira lui-même en viande de boucherie, et nous en veut-il pour cela.

« Bref, dans ce cas, l'œuf est le parent et la viande est l'enfant. »

Rinrirara contempla son oyakodon d'un air amusé, puis prit à la cuillère une bouchée d'œuf et de viande ensemble.

« C'est bon. »

Tant mieux : le palais d'une haute-elfe qui a vécu si longtemps y trouvait son compte.

« C'est un peu différent de l'oyakodon que j'ai mangé autrefois, mais oui, c'est bon.

- Tu en as déjà mangé ?

- Il y a soixante ans. J'avais presque oublié ce goût, mais il suffit d'y regoûter pour que ça revienne.

- Je ne sais pas ce qu'il en est de la mémoire des hauts-elfes, mais les humains aussi se souviennent de choses très anciennes, pour peu qu'on leur en donne l'occasion.

- Soixante ans, pour un humain, c'est pourtant long... Alors le goût d'aujourd'hui, tu t'en souviendras sans doute encore quand vous ne serez plus là. »

Rinrirara reposa alors ses couverts.

« Red, Rit, Tise.

- Qu'y a-t-il ? »

Assise, elle s'inclina profondément.

Sa chevelure argentée, nouée en arrière, oscilla.

« Vous nous avez vraiment rendu service. Je n'oublierai jamais cette dette. Quand la question de la succession sera réglée, laissez-moi vous remercier comme il se doit. »

Je vois... c'était donc ça qu'elle était venue nous dire.

Pour une pirate, elle a un sens de l'honneur remarquable.

« Nous remercier, d'accord, mais Zoltan est loin de Véronia. Et tant que la guerre contre l'armée du Roi Démon dure, l'amirale de la flotte que vous êtes ne peut pas quitter son poste.

- Rendre ce qu'on a reçu, c'est la règle de la flotte pirate des Fées.

- Alors ce sera après la guerre. Si le prince Salius monte sur le trône, Véronia rejoindra bien l'armée coalisée du continent d'Avalon, non ?

- Bien entendu, j'ai l'intention de rompre le pacte de non-agression avec l'armée du Roi Démon. Le dire clairement nous permettra aussi d'obtenir le soutien du royaume d'Avalonia pour l'accession au trône. Ma dette sera soldée en rejoignant la coalition. On ne peut pas rêver meilleure affaire. »

Le prince Salius approuva les paroles de Rinrirara.

« Ce résultat, nous vous le devons, à vous tous. Votre combat aura été d'un grand secours pour l'humanité. J'estime que c'est un mérite qui vaut récompense.

- Nous voulions seulement protéger le petit endroit où nous vivons. Ce n'est pas le genre de chose qui mérite de traverser tout un continent pour être payé en retour.

- Mais tout de même...

- Et puis, tout ce que je désire, je l'ai déjà. »

Je jetai un coup d'œil sur le côté.

Rit mangeait mon oyakodon avec un air de parfait bonheur.

Elle avait bien suspendu son geste pendant les remerciements, mais dès qu'elle avait compris que la discussion se poursuivait, elle s'était remise à manger comme si de rien n'était.

« Ben quoi, ce serait dommage que ça refroidisse. »

Ayant remarqué mon regard, Rit m'adressa un sourire malicieux.

Elle est princesse elle aussi : rien d'étonnant à ce qu'elle ne se gêne pas devant le prince Salius.

« Elle a raison. Si vous voulez nous remercier, commencez par vous consacrer au plat que j'ai pris la peine de préparer.

- Tout à fait, c'était une impolitesse de ma part. Arrêtons-en là. Si je laissais passer l'instant où ce plat est le meilleur, je ne pourrais plus rentrer à Véronia. »

Et c'est ainsi que nous nous sommes consacrés, un moment, à savourer ce plat si rare.

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