Aller au contenu principal

Banished from the Hero's Party

Chapitre 149

Banished from the Hero's PartyBanished from the Hero's Party
Chapitre 149

Chapitre 149

Chapitre 149/15795%~12 min de lecture2 309 mots

Dans une bataille rangée, la supériorité des tirs dépend avant tout de la position respective des deux camps.

Surtout la « hauteur » : elle peut renverser la différence d'entraînement, d'équipement, d'effectifs, voire d'avantages divins.

Les flèches que décochent de simples miliciens depuis le sommet des remparts tuent aisément les archers d'élite adverses.

« C'est foutu ! Reculer, reculer ! »

Les mercenaires de Leonor, à bord de leurs chaloupes, battirent en retraite, incapables de résister à la pluie de flèches qui s'abattait du navire de Rinrirara.

Voyant cela, le capitaine mercenaire aux cheveux mêlés de blanc ordonna à sa troupe de contourner l'obstacle.

« C'est une véritable forteresse, celle-là. Si on s'y frotte franchement, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Laissons les autres s'en charger. »

D'autres bateaux de mercenaires, arrivés à la même conclusion, les imitèrent, et dix chaloupes opérèrent un large contournement pour viser Zoltan depuis la rive fluviale.

Mais les attendait la héroïne Rit, ses deux shotels en main.

Une ombre noire fusa dans les airs et atterrit sur le pont d'un bateau mercenaire avec un fracas sec.

« Qu-Quoi !? Une femme !? »

Stupéfaits, les mercenaires ne hesiterent pas à planter leurs épées usées par maints combats.

C'est vrai qu'ils n'ont rien à voir avec les aventuriers de Zoltan.

Même dans la confusion, leur entraînement et leur expérience leur permettent de réagir au quart de tour. Ce sont des soldats d'élite.

Mais.

« Haa ! »

Portée par le souffle de Rit, les deux shotels tourbillonnèrent comme une tempête.

Les lames des mercenaires ne fendirent que le vide, et la large courbe des shotels passa par-dessus les boucliers pour les atteindre.

Attaques vaines, parades impossibles.

En un clin d'œil, les mercenaires furent taillés en pièces.

Seul le capitaine aux tempes grisonnantes prit la bonne décision.

L'homme lança son épée au visage de Rit pour créer une ouverture infime, puis se jeta à l'eau sans la moindre hésitation.

(Peine perdue.)

Ce vétéran qui a survécu à mille champs de bataille se débarrassa de sa cotte de mailles une fois immergé et nagea de toutes ses forces vers la fuite. Son instinct lui hurlait qu'il ne pourrait jamais battre Rit.

Et son instinct ne le trompait pas.

Après s'être emparée de la chaloupe, Rit rebondit sans reprendre son souffle.

« Hiii !? »

Au moment où trois embarcations étaient anéanties, les mercenaires se précipitaient à l'eau les uns après les autres pour s'enfuir.

« Bon, des mercenaires recrutés à l'argent, c'est tout ce qu'on peut en attendre. »

Ils risquent leur vie pour leur réputation, mais leur loyauté ne va pas jusqu'à se faire tuer dans une cause perdue.

D'autant qu'il ne s'agit pas de mercenaires sous contrat permanent, mais de recrues ramassées pour cette seule expédition.

« Les troupes qui tentent de débarquer depuis la côte sont harcelées par les chevaliers-dragons. Tant qu'elles ne peuvent pas se regrouper, les bas remparts de Zoltan tiendront. Les mercenaires préfèrent forcer le passage fluvial et débarquer à l'intérieur des murailles plutôt que de s'engager dans un siège pénible après un assaut amphibie. L'essentiel de leurs forces est donc concentré ici. »

Rit murmurait en analysant la situation.

« Le mouvement des mercenaires de Leonor s'émousse. Ils croyaient à une victoire facile, leurs calculs tombent à l'eau et soudain la vie leur devient précieuse. »

***

« Alors, un dernier coup de collier. »

Le masque sur le visage, Salius ordonna l'avance à ses hommes.

Ce sont d'innombrables marins aguerris qui manient la caravelle surgie de l'ombre du navire de Rinrirara.

Portée par le vent arrière que Rit a suscité et par le courant du fleuve, elle fonce sur le flanc du galion en glissant sur l'eau.

Le galion répond par une volée de flèches clairsemée vers le bâtiment qui approche.

Il ne cesse pas pour autant de descendre ses chaloupes et ses soldats, jugeant visiblement que l'adversaire ne vaut pas la peine de s'arrêter.

« Hmpf, des amateurs. »

Salius ricana et donna le signal à ses hommes.

Salius et les siens sautèrent dans la chaloupe amarrée à l'arrière de la caravelle et coupèrent la drisse.

Ils s'éloignèrent à toute vitesse de la caravelle qui filait droit devant elle, poussée par le vent arrière.

Quand les hommes du galion comprirent qu'on allait les éperonner, il était trop tard.

D'ailleurs, les mercenaires à bord ne semblaient pas paniquer malgré la fumée qui commençait à s'échapper de la caravelle. Ils devaient croire qu'on voulait simplement les heurter.

Le timing était parfait.

À l'instant de l'impact, la caravelle explosa dans un rugissement.

Les mercenaires sur le pont du galion furent projetés en l'air.

Le navire éventré gîta violemment, poussant des craquements d'agonie avant de couler à pic.

Pris de panique, les mercenaires survivants ne tentèrent même pas de redresser la barre ; ils cherchaient déjà à abandonner le bâtiment.

« F-Foutre ! Ils ont chargé le navire d'explosifs ! Hissez les voiles ! Manœuvre d'évitement ! »

« Attendez pour descendre les hommes ! Il nous faut du monde pour défendre le navire ! »

Les sept galions restants hissèrent précipitamment leurs voiles.

Mais le vent de face les malmena, et les géants se mirent à évoluer en ordre dispersé.

« Hé ! Ne venez pas par ici, on va se percuter ! »

« C'est à vous de vous écarter ! Nous, on ne peut plus manœuvrer ! »

« Quoi !? Nous non plus, le gouvernail ne répond plus… ! »

Deux galions s'entrechoquèrent.

Les secousses projetèrent plusieurs soldats par-dessus bord.

Les autres navires, leurs voiles mal maîtrisées, sombraient eux aussi dans l'incontrôlable.

Observant la scène, Rinrirara pouffa.

« Vous n'avez pas réfléchi à pourquoi je vous ai laissé voler mes galions dernier cri en sachant que Veronia les avait ? Certes, ce sont les navires les plus puissants du continent d'Avalon. Mais les manœuvrer parfaitement demande un entraînement que des mercenaires qui savent à peine tenir la barre ne pourront jamais acquérir. »

Les renforts qui devaient débarquer des galions ne viendraient pas, et le moral des mercenaires en mer plongea encore.

Les gens de ce petit pays frontalier qu'est Zoltan se révélèrent bien plus coriaces qu'ils ne l'imaginaient.

La héroïne Rit, bien sûr, mais les soldats de Zoltan se battent aussi avec courage.

Les mercenaires comprirent que persister coûterait trop cher.

Ils commencèrent à éviter le contact, se contentant de tirer des flèches hors de portée pour faire semblant de combattre.

Dès lors, les désertions en cascade et l'effondrement du front ne sont qu'une question de temps.

Mieux vaut ordonner la retraite, regrouper les mercenaires une dernière fois, avant que cela n'arrive.

Rit eut la certitude d'avoir gagné la manche d'ouverture.

(Ça doit lui faire une tête, à Leonor, non ?)

Rit regarda le vaisseau amiral du Roi Démon, immobile au centre de la flotte.

Sur le pont, Leonor conversait avec ses deux fils.

« … Elle sourit. »

Le petit visage de Leonor était éclairé d'un rire amusé.

Rit refoula l'inquiétude que lui inspirait ce mauvais pressentiment et se tint prête à réagir, quoi qu'il arrive.

Mais ce qui suivit la laissa, elle la héroïne Rit, bouche bée, incapable d'articuler autre chose qu'un ahurissement muet.

« Impossible… »

Rit l'avait crié sans le vouloir.

Sur le pont, les deux princes formaient des signes de main, entourés de cinq mages de Veronia assis en méditation, eux aussi en train de former des signes.

Même sans connaissance magique, n'importe qui comprenait ce qu'ils étaient en train de faire.

« Le navire du Roi Démon… il flotte !? »

Pas qu'il vole au-dessus de l'eau, non.

Mais le navire d'acier Wendidart, qui n'aurait jamais dû pouvoir naviguer sur ce fleuve, venait de s'ébranler.

Ce sont les princes qui le soulèvent par la magie. Le mastodonte avançait sur une eau où il aurait dû s'échouer.

Le Wendidart dépasse les cent mètres de long.

Même à sept, le soulever par la magie est normalement impossible. Le « Sage » Ares, mage le plus puissant de l'humanité, n'y serait pas parvenu.

« La magie des Asuras-Démons. »

Rit serra les manches de ses shotels en le murmurant.

C'était un pouvoir au-delà de l'entendement humain.

Tous les humains et elfes du champ de bataille, jusqu'aux mercenaires de Leonor, cessèrent de combattre pour fixer le navire du Roi Démon, hébétés.

« Mauvais ! »

La première à réagir, ce fut Rit.

Elle regagna sa caravelle en un bond et hurla :

« William-dono ! On va les percuter ! Si ce navire atteint Zoltan, c'est fini ! »

« W-Wakatta ! »

La caravelle de Rit déploya ses voiles et fonça.

Mais avant qu'elle n'approche, les gros balistes installés sur le pont du vaisseau amiral tirèrent des traits d'acier longs comme des lances sur son bâtiment.

Des balistes de siège capables de percer une porte de ville. Un impact direct perforerait la coque d'une caravelle de vingt places sans peine.

S'y ajoutait la grêle de flèches décochée par les mercenaires du pont.

« Costauds, ceux-là ! »

Sans atteindre le niveau de Rit, les guerriers qui gardent ce navire sont les héros chevronnés sur qui Leonor compte.

Tous portent une bénédiction de niveau trentenaire, l'équivalent d'aventuriers de rang B.

Le rang B, c'est le niveau d'un groupe capable de résoudre la crise d'une ville. Autrement dit, des aventuriers qui viennent à bout de problèmes que l'envoi de plusieurs centaines de soldats ne résoudrait pas.

Chacun vaut une armée, et même la héroïne Rit ne peut percer seule ce barrage.

« Qu-Que fait-on, Rit-dono ! On ne peut pas approcher !! »

William-dono poussait un cri de détresse.

« … Red. »

Rit prononça ce nom, puis esquissa un sourire.

Ça va. Nous avons Red, Ruti, Tise.

Les héros qui mènent une slow life ici, à Zoltan, sont d'une tout autre trempe que ceux-là.

C'est pourquoi Rit ne désespère pas.

***

Leonor contemplait avec satisfaction la lie de l'humanité qui s'agitait sur la mer.

Regarder ceux qui s'enivraient de courage et rêvaient d'une victoire impossible prendre conscience de la réalité et sombrer dans le désespoir a toujours été un plaisir exquis.

Cette haut-elfe insolente de Rinrirara hurle des ordres pour tenter une résistance désespérée, mais son visage porte l'ombre de ceux qui, trop lucides, ont déjà compris leur défaite.

« Elle a mal jugé la situation. »

D'une voix mielleuse, Leonor chuchota.

Rinrirara a cru gagner l'avantage du terrain en ralliant Zoltan à sa cause.

Mais avec l'estuaire bloqué, le navire de Rinrirara, en amont, n'a plus aucune issue.

Ni Rinrirara, ni Salius ne peuvent s'en sortir.

Elles sont déjà dans le creux de sa main. Il suffit de refermer les doigts pour en finir.

« Mais je ne les tuerai pas tout de suite, rassurez-vous… Je les tuerai sous les yeux de ma sœur. Après des jours et des jours de torture. Quand elle pleurera, suppliera qu'on la tue à leur place, que je piétinerai sa prière, alors seulement je leur accorderai la mort. Elles vivront encore longtemps. »

Les yeux de Leonor étaient troubles et sombres.

À cette reine dont la vie s'éteint, il ne reste que la folie et la haine.

Convaincue que son ultime ambition allait se réaliser, Leonor éclata d'un rire triomphant.

« C'est là ta faute, Leonor. »

« Sœur !? »

Leonor se retourna.

Une voix qu'elle n'aurait pas dû entendre.

Mais le lien déformé qui unit les deux sœurs a peut-être porté cet inaudible jusqu'à elle.

L'instant d'après, le pont du Wendidart bascula violemment.

Leonor roula au sol, maladroite.

« Qu-Qu-Qu'est-ce qui se passe !? »

Ce qu'elle vit en hurlant, ce fut un geyser d'eau jaillissant avec… un navire.

Un vieux rafiot, tous ses mâts tranchés, maintes parties arrachées, dont les portes manquaient. Pourtant, Leonor le reconnaissait.

« C'est le Regulus de ma sœur !? Impossible ! Il n'y a pas… ! »

Sur le pont du navire surgit des flots se tenait une silhouette.

La voyant, Rit illumina son visage et cria :

« Red !! »

« Désolé ! T'as attendu !? »

Debout sur le pont : Red, Ruti, Tise, Garatin, et…

« Je ne t'ai jamais raconté comment Geyserick et moi avons repris ce navire au Roi Démon, hein ? Leonor ! »

« Sœuraaa ! »

Mistorm dominait Leonor de son regard.

« Ne me regarde pas de haut, bon sang ! »

« Taisez-vous ! Faites quelque chose ! »

« Mère ! Veuillez nous laisser vous saisir, le navire va percuter. »

« Ferme-la ! Arrêtez ça ! »

Le prince Uzuke saisit le poignet de Leonor.

Presque au même instant, le navire de Red, surgi par l'arrière du Wendidart, s'écrasa sur sa poupe comme pour l'envelopper.

Le choc violent contraignit même les mercenaires de niveau héros à s'agripper aux bordages pour ne pas être éjectés.

Quant aux mages qui maintenaient le navire en lévitation par leur concentration, ils n'eurent aucune chance.

Avant qu'ils ne réalisent, ils furent projetés en l'air et tombèrent à la mer, ne laissant sur le pont que Leonor et ses deux fils.

La magie s'effondra, et le Wendidart s'échoua sur le fond du fleuve, écrasé sous le navire de Red.

Le terrifiant vaisseau du Roi Démon ne pouvait plus avancer ni reculer.

Red et les siens sautèrent sur le pont du vaisseau amiral.

Face à Leonor affolée, Red souffla, las.

« Bon… quand c'est une politicienne amatrice, pas une militaire, qui commande, voilà ce qui arrive. »

Leonor avait tenté de briser le moral adverse par un coup d'éclat.

Red comprit : c'est bien la méthode de Leonor, qui a survécu aux intrigues de la cour.

Mais la règle du champ de bataille, c'est de gagner normalement parce qu'on est plus fort. Les paris risqués, c'est pour le camp qui domine déjà.

Leonor a gaspillé sa force écrasante de ses propres mains.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.