« ... ? »
Quand j'ai fini ma phrase, l'atmosphère s'est figée un instant.
Après un moment de silence, personne n'arrivait à parler.
Son assistant, Sollip, m'a demandé :
« Oh, vous comptez donc torturer Son Altesse, maintenant ? »
« Non ! »
Ouh là, comment peut-il présenter les choses comme ça ? C'est ma vie qui est en jeu !
« C'est un twaitement. »
« Je n'ai jamais entendu parler d'un traitement pareil. »
Ahh !
On dirait que la notion n'existe pas ici.
Je ne savais pas comment expliquer la chose, alors je me suis contentée de fixer la fenêtre de mission qui brillait.
Vais-je vraiment parier ma vie sur cette mission ?
Mais j'ai repensé au montant en gemmes que j'allais en tirer.
Je comprends bien qu'il faut prendre un risque pour gagner davantage.
Ils croient que j'allais le torturer avec une aiguille, c'est ça ?
« Mais princesse, comment saviez-vous que Son Altesse est souffrante ? »
« Euh, j'ai juste dweviné... »
« Oh là là, princesse Cherish, vous êtes très observatrice. »
C'est un compliment, alors pourquoi est-ce que ça ne sonne pas comme un compliment ?
J'ai jeté un coup d'œil à Son Altesse le prince, qui n'a rien dit.
Son expression est difficile à lire, alors je ne sais pas ce qu'il pense.
Est-ce qu'il envisage de me faire quelque chose ?
Prise d'inquiétude, j'ai cherché une excuse en hâte.
'Il va falloir que je règle les missions liées à la médecine, à l'avenir.'
Je me suis dit qu'il serait commode d'inventer une explication à mes connaissances.
« L-le dwagon me l'a appwis dans un wêve... »
« Un dragon ? »
« Oui, le dwagon m'a dit plein de choses et ce qu'il faut faiwe. »
Le symbole de l'Empire de Castalia est le dragon.
C'était à l'origine un autre animal, mais on l'a remplacé par un dragon quand Castalia est monté sur le trône.
Oui, c'est mon arrière-arrière-grand-père.
Après quinze jours de lutte à mains nues contre le dragon, il a fini par l'emporter et il a fait hériter sa descendance du cœur de dragon.
Puisque c'étaient les paramètres du jeu, le dragon était aussi l'excuse la plus appropriée.
« ... »
Vont-ils se laisser berner ?
J'étais un peu nerveuse et je retenais mon souffle, mais au bout d'un moment, il m'a donné son autorisation.
« Essaie. »
« Vwaiment ? »
« Oui. Je ne sais pas ce que tu comptes faire, mais... Narnia, apportez ce que la princesse dit qu'il lui faut. »
Ah, oui !
J'ai discrètement remué le derrière en repensant aux mille gemmes qui allaient bientôt me tomber entre les mains.
« Princesse, de quoi avez-vous besoin ? »
« Euh, de ça. »
Il me faut une aiguille neuve et propre.
Plus les aiguilles sont fines, mieux c'est.
Et comme je dois la désinfecter, il me faut une bougie pour la chauffer.
Je dois aussi essuyer le sang, alors le mieux est d'avoir de la gaze nettoyée et stérilisée.
Quand je le lui ai dit, elle a légèrement écarquillé les yeux, puis elle a souri et hoché la tête.
« Je m'en occupe. »
Là-dessus, madame Narnia est entrée dans le château.
Sollip m'a posé une question en douce.
« Mais, princesse. Pourquoi avez-vous chuchoté pour que seule madame Narnia vous entende ? »
« Tu sais pas ça ? »
« Expliquez-le-moi, que je comprenne. »
« Eh bien... »
Je dois être mignonne.
C'est comme ça que je gagnerai beaucoup de cœurs.
Il faut que je gagne le leur pour ne pas être mise dehors, et pour pouvoir rester ici longtemps.
J'ai besoin de rester dans ce palais.
Pendant mes huit ans de jeu, je n'ai pas rencontré beaucoup d'obstacles.
Je pouvais soudoyer les espions sans peine et j'avais des ressources en quantité.
Mais maintenant que je suis devenue ceci, il était difficile de trouver un endroit plus sûr que celui-là.
« J'ai peuw que papa ait peuw... »
« Je vois. Vous croyez que Son Altesse va avoir peur ? »
« Oui. »
J'ai hoché la tête d'un air très timide.
Là-dessus, Sollip a souri. Son Altesse a paru un peu gênée.
« Même si c'est pas mon... Oh, voilà Narnia. »
J'allais en rajouter, mais Narnia est apparue juste à temps.
« Me voici, princesse ! J'ai apporté tout ce dont vous m'aviez parlé. »
La très compétente madame Narnia est arrivée avec quantité d'objets sur un plateau d'argent.
'Le bon moment !'
J'ai accordé quelques points de plus à madame Narnia dans ma tête.
'Laissez-moi être votre fille, s'il vous plaît.'
Il doit être difficile de trouver une fille plus futée que moi.
« Alors ? Cela vous convient-il ? »
« Oui ! »
À moi de montrer maintenant que je suis utile.
Je me suis servie tout doucement du ruban bleu que Sophia m'avait donné.
C'est une matière fine mais solide, parfaite pour attacher ses doigts ensemble.
« Un ruban ? »
« Votwe Altesse, vos doigts sont mignons. »
« ... »
Le ruban était noué autour des deux pouces de Son Altesse.
J'ai attrapé sa main, qui faisait la taille de mon visage, et j'ai appuyé entre le pouce et l'index.
« Si on appuie ici, ça va un peu mieux. »
« Je vois. »
Il avait un air sombre, mais Son Altesse et Sollip gardaient tout de même les yeux fixés sur moi.
C'est pour ça que je suis un peu nerveuse, et c'est tout.
Enfin, ce n'est pas un traitement dangereux, alors pourquoi cet air si grave !
'Bon, je peux le faire. Il suffit de piquer.'
J'ai serré la fine aiguille chauffée et stérilisée, puis j'ai hoché la tête.
Sollip, qui me regardait, a fini par éclater de rire.
Cette fois, il en tremblait jusqu'aux épaules !
« Ahh... Le moment est enfin venu de voir Son Altesse torturée en personne, pff. »
Non, ce n'est pas de la torture, mon brave.
J'ai fixé Sollip, qui perturbait ma concentration.
Mais Sollip n'arrivait pas à s'arrêter de rire.
« Hahaha... Cette petite aiguille dans sa main... On dirait une souris qui essaie de percer les écailles d'un dragon ! »
Je vais le piquer au point d'acupuncture.
Le milieu de l'ongle des deux pouces.
Mais personne en ce monde ne connaissait la notion, ce qui m'exaspérait.
« Hmm. »
En prenant une profonde inspiration, j'ai levé les yeux vers Son Altesse.