Un druide malchanceux, Jack
par HammA
Jack est un type moyen, spirituel, la trentaine, qui ne sait pas s'il est l'homme le plus chanceux de la Terre ou le plus malchanceux.
Jack s'est fait zaper en pleine pisse, deux ans avant que la Terre ne soit même censée recevoir la magie. En se débrouillant comme il peut dans son tutoriel solo, il a un coup de malchance, et ses traits uniques se combinent pour faire de lui une machine à mouvement perpétuel pour le mana.
Dans un monde où le mana, c'est l'argent et l'argent, c'est le pouvoir, c'est une proposition aussi excitante que terrifiante. Le hic pour Jack, c'est qu'il va probablement exploser ou se faire enlever avant d'avoir la chance de vivre la belle vie.
En comptant sur la seule aide qu'on lui offre, il place sa foi en ses mentors surpuissants et espère que ça le mènera vers un futur où il pourra réaliser son rêve d'ermite.
À prévoir :
• Mentors OP
• MC Faible vers Fort
• Arcs lents ?
• Petit casting
• Système de magie unique
• Failles spatiales & Exploration
• Progression significative
• 200k+ mots
Quelques semaines plus tard, la veille du début des USA International Masters, Veyra était assise sur mon canapé, ses bagages fourrés dans un petit sac de sport, prête à partir. Elle regardait son téléphone pendant que je vérifiais les derniers vêtements que j'emmènerais dans le Maryland.
« Putain, si on perd contre VeilShot… » disait Veyra. « Je m'en fiche de perdre contre n'importe quelle autre équipe, mais si on perd contre ce mec… »
« Il recommence à parler pour ne rien dire ? » demandai-je.
« Il soutient que les femmes ne pourront jamais être les meilleures archères à cause de l'anatomie féminine et de la façon dont nos cerveaux fonctionnent. » Elle roula des yeux. « J'aimerais bien savoir comment fonctionne le sien, parce que bordel, qu'est-ce que ça veut dire ? »
Je ricannai. « C'est un argument marrant à sortir dans un jeu qui a de loin le plus de filles qui jouent en pro dans tout l'esport. »
Elle soupira encore en lisant je ne sais quel post. « C'est pire. Quelqu'un lui a dit qu'il est jaloux parce qu'aucune des "canons archers" ne veut s'embrasser avec lui. Il l'a mal pris et affirme que la seule fois où il a visité un club de tir à l'arc, il a eu, huit filles différentes qui le couraient après, et qu'il a dû toutes les refuser parce qu'il ne veut pas, je cite, "passer tout son temps à powerlevel des idiots incompétents trop émotifs". »
« Wow », dis-je avec un sourire amusé. « Je suis surpris qu'il ait encore un fan club. Je suppose que c'est l'avantage d'être un top joueur. »
« Il a une tête de villageois Minecraft, en plus ! » dit Veyra. « Genre, c'est déjà une chose d'être ouvertement sexiste, mais ce mec n'est même pas assez beau pour se permettre d'agir comme ça ! »
« Le bec de faucon est obligatoire pour être un bon archer, je suppose », dis-je.
Ça lui arracha un gloussement alors qu'elle se cachait le visage, mais elle souriait à la blague.
Je fermai mon sac et tapai mes poches pour la vérification téléphone-portefeuille. Veyra avait l'air en forme aujourd'hui, ce qui était un soulagement après avoir passé la veille au soir dans la salle de bain avec elle. Son état avait vraiment sa propre volonté. Une matinée pouvait commencer parfaitement normalement, jusqu'à ce que son corps décide de gâcher la journée, de nulle part. Ces nuits étaient épuisantes, mais j'étais juste content que Veyra soit à l'aise dans mon appart' même quand elle avait l'impression de s'évanouir.
« On y va ? » demandai-je.
« Ouais », dit-elle en posant son téléphone. « Je me sens pas mal. Peut-être que je survivrai sans le seau. Amène-le au cas où, quand même. »
« Ouais. » Je chargeai nos deux bagages dans mes bras, ne laissant rien à porter à Veyra. « J'emmène ça d'abord. »
« Je peux le porter », dit Veyra en posant son sac de sport sur ses genoux. « Je suis pas si inutile que ça, Aiden. »
« D'accord », dis-je en riant, et cinq minutes plus tard, la voiture était prête. Je filai le contrôle de l'autoradio à Veyra et on partit pour notre hôtel dans le Maryland, payé par les organisateurs du tournoi. Ils auraient aussi payé les vols, mais comme c'était seulement quatre heures de route, on a décidé d'éviter les emmerdes de l'avion.
« Je me souviens plus la dernière fois que j'ai fait un road-trip », disait Veyra avec un sourire heureux, encore dans le trafic urbain. « Je suis un peu excitée. »
« Moi, je dormais toujours pendant les voyages en famille », dis-je. « C'est ma première fois que je conduis pour un road-trip. »
« T'es nerveux ? » demanda-t-elle avec un sourire taquin.
Je reniflai, souriant avec elle. J'étais surtout nerveux à l'idée que Veyra ait le vertige en plein milieu de l'autoroute, même si je ne l'ai pas dit à voix haute.
Généralement, j'ai jamais été fan des road-trips. La famille de mon père habitait dans l'Ohio, et on leur rendait visite chaque année, m'emmenant moi et Anna. Non seulement ça voulait dire que je devais passer presque une journée entière coincé sur la banquette arrière avec eux, mais en plus je devais passer une semaine loin de la RV avec des cousins avec qui je m'entendais vraiment pas. Ces souvenirs étaient restés, me faisant détester les road-trips par association.
Seconde après seconde, pourtant, alors que je quittais la ville pour une autoroute ensoleillée et relativement vide, avec la playlist de classiques d'internet de Veyra en fond sonore, elle-même souriante de bonne humeur, je sentais ces souvenirs être réécrits en temps réel. Peut-être qu'il y avait un certain attrait aux road-trips, après tout.
Le voyage passa super vite, et on se retrouva à Baltimore, la ville du plus gros tournoi Wonderwind des USA.
***
Les USA International Masters avaient lieu à la CFG Bank Arena — une salle de concert et d'événements récemment modernisée en plein centre de Baltimore. L'événement ressemblait moins aux Worlds avec leur énorme LAN party et convention en parallèle, et plus à un match de hockey, où les gens viennent voir des matches individuels.
Veyra et moi arrivâmes un jour en avance à un hôtel, qui était comparable, sinon mieux, que celui qu'on avait eu en Suède. Pas tout à fait une suite de luxe, mais le balcon avait une vue magnifique sur le port, et toutes les boissons du frigo étaient gratuites. Les lits étaient malheureusement séparés, mais on avait déjà l'habitude de dormir dans un lit simple, et c'est pas comme si on utilisait tout l'espace de notre queen size à la maison de toute façon.
Le personnel de l'hôtel avait aussi eu la gentillesse de s'adapter au régime de Veyra. Elle avait contacté les organisateurs, et le resto avait promis de s'occuper d'elle, gratos. Pour tous les autres compétiteurs, un buffet était ouvert de 8h à 20h pendant toute la durée de l'événement. Donc après quelques étirements dans notre chambre, on fonça manger direct.
La première journée ici, c'était purement pour se poser et préparer mentalement demain. Rien n'était attendu de nous aujourd'hui, et je ne pensais pas qu'il se passerait quelque chose d'intéressant.
Mais quand l'ascenseur s'ouvrit pour nous faire descendre, un groupe de cinq en sortit au même étage. Ils rigolaient entre eux, un peu pompettes. Une femme en queue de cheval sortit la première, son pas un peu chancelant. Elle nous repéra et s'arrêta.
Ses yeux s'écarquillèrent et un sourire radieux apparut. Je la reconnus aussi. C'était Aurinn. « Incroyable ! » dit-elle.
« Salut », fit Veyra avec un petit signe de main, légèrement surprise.
Trois autres membres de Zenith Protocol suivirent : Henrift, toujours avec sa chemise à carreaux signature, CrazyPizzaMan, qui ressemblait à n'importe quel jeune diplômé d'université en tenue noire monochrome avec un jogging, à peine plus vieux que moi, et Ducky2, un homme asiatique aux lunettes rondes, fin de vingtaine, avec une gueule qui pourrait rendre n'importe qui jaloux.
Le visage d'Aurinn s'illumina. « Oh mon dieu, Veyra ! Comment ça va ? On est au même étage ? »
« Ça va. On a l'air, ouais. » Elle sourit, un peu mal à l'aise. « Désolée de pas avoir discuté récemment. J'ai été occupée. »
Un rire enthousiaste, un peu saoûl, s'échappa d'Aurinn. « Pas de souci. Je suis trop contente de enfin se rencontrer. Faisons une bonne compétition. » Elle attrapa la main de Veyra, et elles joignirent leurs paumes. Je jetai un œil aux trois mecs, qui, un par un, haussèrent les épaules et sourirent, visiblement bourrés eux aussi.
Derrière eux, une petite fille en hoodie noir passa. « Oh, désolé », dis-je en m'écartant, la laissant passer dans le couloir.
Sauf qu'elle ne passa pas, pour aller dans sa chambre. Elle fonça droit sur Veyra.
« Alors tu te crois la meilleure mage de givre ? » dit-elle sur un ton sec.
Je l'observai de plus près. Ses cheveux bruns et son style vestimentaire — leggings sombres et hoodie qui lui descendait jusqu'aux genoux — ne donnaient aucune piste. La tache de naissance sur sa joue gauche me perturbait aussi, mais la forme de son visage était toujours la même. Je mis deux et deux ensemble.
« Eirael, c'est ça ? » demanda Veyra.
Eirael la fixa en réponse. La 25e joueuse classée de Wonderwind avait de loin la plus petite présence dans la pièce. Elle était à peine plus grande que Veyra dans son fauteuil roulant, avec une attitude exactement opposée à l'excitation d'Aurinn.
Le silence devenait vite inconfortable. Les yeux de Veyra se mirent à vagabonder, puis revinrent sur Eirael, se demandant ce qu'elle voulait.
Jusqu'à ce qu'Eirael passe simplement devant elle, badge sa carte pour entrer dans la chambre 38. Sans un mot, elle referma la porte. Les autres membres de Zenith Protocol sourirent gênés derrière elle.
« Elle est un peu asociale », dit Aurinn avec un rire maladroit. « Elle veut pas dire de mal, ceci dit. En fait, c'est une fan. »
« Elle a étudié tes replays tout le trajet », dit Ducky2 avec un sourire. « C'est juste sa façon de demander un autographe. »
Veyra se frotta la joue. « Hein. Elle a l'air intéressante. »
« Terrifiante », corrigea CrazyPizzaMan.
« Ne la sous-estimez jamais », dit Aurinn. « C'est une machine en jeu. Les gens réalisent pas à quel point elle est forte. FireBrand dit qu'elle aurait un statut de dieu si elle n'était pas si… enfin, têtue. »
« Elle est que rang vingt-cinq, ceci dit ? » dis-je.
« Et vous êtes tous les deux en dessous de trente », dit Aurinn. « Les rangs sont pas toujours l'indication la plus fiable du niveau. »
« J'ai hâte de se croiser en finale, alors », dis-je avec un sourire.
À ce moment-là, l'ascenseur s'ouvrit à notre étage une deuxième fois pour laisser entrer un nouveau groupe, qui s'arrêta net en nous voyant tous là. Ce fut le signal pour Zenith Protocol de continuer leur route. Aurinn alla dans la même chambre qu'Eirael, les mecs partagèrent une chambre. « À plus, Veyra ! »
On leur fit un signe, et on continua vers le resto comme prévu.
L'espoir d'une soirée calme et tranquille fut oublié direct. Le resto, bourré de monde, me rappela un navire de croisière. Son mur s'incurvait vers l'intérieur, les tables alignées proprement avec les couverts en place et un buffet qui traversait plusieurs cloisons de la pièce. Des joueurs de Wonderwind étaient partout, certains en t-shirts sponsorisés, d'autres épuisés en route vers leurs chambres ou déjà en train de s'éclater et de rigoler, retrouvant des potes qu'ils n'avaient pas vus en vrai depuis des lustres. Je reconnaissais moins de têtes qu'aux Worlds, mais j'avais quand même fait des recherches sur la majorité des joueurs ici avec des notes sur comment les assassiner.
Veyra reçu son smoothie direct du chef, pendant que je choisissais mon dîner parmi l'assortiment de plats. La bouffe avait l'air assez bonne pour que même moi je prenne un repas sain et varié.
« T'as revérifié les règles, au moins ? » me demanda Veyra direct quand je revins à table. Elle fixait son téléphone.
« Euh, c'est un cinq contre cinq », dis-je.
Elle me lança un regard. « C'est un tournoi avec équipement public, donc les gens connaîtront nos items. J'aurais aimé en planquer quelques-uns, mais bon, on fera avec. Chaque équipe passera un entretien avant chaque match, alors prépare-toi à en enchaîner. On aura la phase de groupes demain et les tableaux continueront en élimination directe au meilleur des cinq. Pas de losers' bracket. Si on fail à se qualifier, on est out. Si on perd un match, on est out. »
« C'est brutal », dis-je. « Donc si on a pas de bol et qu'on tombe contre Zenith direct, on est probablement juste out ? »
« Ben ouais, si on perd », dit Veyra. « Je suppose que je m'en fiche de perdre contre Aurinn. Tant que VeilShot nous élimine pas, tout va bien. »
« Tant que qui fait pas quoi, maintenant ? » une nouvelle voix dit à notre gauche.
Je tournai la tête et reconnus instantanément le visage renfrogné de VeilShot.
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