Huli Ruo vit tout ça, pourtant elle géra la situation avec grâce et un sourire en annonçant : « Le prix de départ est à 70 000 pierres d'esprits — »
« Deux cent mille pierres d'esprits. »
Une voix, nonchalante dans son port et apathique dans sa nature, retentit. Tout le monde se tourna vers une loge particulière avec incrédulité dans les yeux.
Le silence, rien que le silence, c'est tout ce que j'entendis quand j'annonçais mon enchère. Je dois dire que c'est la première fois depuis longtemps que j'entends le silence sans me faire rendre visite par l'omniprésent rouleau de profondeur roulante, aussi connu sous le nom de… virevoltant.
D'un autre côté, comme il n'apparaît que quand il y a un silence rapporté, son absence pourrait s'expliquer par les bruits de pas presque silencieux que tout le monde fait en fixant ma loge.
« Arrête de mentir ! » Xiao Yanshi refusait de croire que qui que ce soit puisse se permettre d'être riche.
« Excusez-moi ? » demandai-je.
« Tu t'attends à ce que je croie que tu es aussi riche !? Rêve ! » demanda-t-il, incapable d'accepter la réalité de me voir repartir avec la peau de bête.
« C'est ton affirmation ? » Je ne regardai pas dans sa direction en posant la question. Mon attention était entièrement concentrée sur cette peau de bête.
Cependant, puisque ce Xiao Yanshi est dépourvu de logique et vide de la substance mesurée en points de QI… je décidai… je vais détruire la carrière de ce type.
« Tu refuses de croire que je suis aussi riche ? Pourquoi ? »
« Tu ne sais pas !? Parce que tu pe— »
« J'ai sorti 50 000 pièces d'or quand je t'ai dit de me mordre. »
« Hmph ! Je le sais, trotzdem— »
« Ce que tu n'as pas refusé, au passage. Non seulement ça, mais j'ai acheté la plupart des trucs ici sans sourciller. »
« B-Ben… oui, j'ai vu ça, mais— »
« Tu me connais ? »
« Euh… non, je ne— »
« Alors pourquoi ai-je besoin que tu croies si j'ai cet argent ou pas ? Qui es-tu pour me dire que je ne peux pas avoir cet argent ? »
« Je pensais juste— »
« Qui est Xiao Yanshi ? »
« Je su— »
« Une question rhétorique, sale inculte. Tu ne te lasse pas d'être une déception cinglante pour tes parents ? »
« … »
« "Ne pas pouvoir" est un mot qui dénote une impossibilité. Quand tu dis que je "ne peux pas" avoir cet argent, ce que ça fait, c'est sceller ton sort en tant qu'homme mesquin avec toute la maturité intellectuelle d'un bloc de merde lobotomisé. Je n'ai pas envie de te regarder de haut, mais on m'a appris à regarder les gens dans les yeux quand je leur parle, donc je ne peux pas m'en empêcher dans ton cas. Ton existence est une mascarade et ta bêtise m'offense. »
Je ne sais pas à quel moment je me suis levé pendant cette petite tirade, mais je me rassis et gardai les yeux sur la scène.
Personne ne parla, cela dit. Le silence qui s'ensuivit après cet épisode était douloureusement apparent.
Il ne fut brisé que par les sanglots occasionnels qui venaient de la loge de Xiao Yanshi. Ah oui, j'ai oublié de vous dire ; il se mit à pleurer.
Dans ma loge privée, tout le monde me regarda avec un air d'étonnement.
« Quoi ? »
Le même air peignit le visage de tous les présents. Même Huli Ruo n'y échappa pas.
Mouais, ça suffit comme ça.
« Mademoiselle, lancez l'enchère, » lui conseillai-je.
« Oh ! O-Oui ! Certainement, monsieur ! Tout de suite monsieur ! Y a-t-il q-quiconque qui souhaite enchérir plus haut !? »
Elle semblait effrayée alors qu'elle s'acquittait frénétiquement de ses devoirs. Cependant, personne ne dit rien.
C'était prévisible, ceci dit. Après tout, c'était deux cent mille pierres d'esprits que je venais de dépenser. Si vous voulez une meilleure comparaison, je pourrais m'acheter votre secte lambda avec ce genre de fric.
Donc après un très court appel aux autres challengers pour mon enchère, elle clôtura l'enchère, m'accordant la victoire. Le truc bizarre, c'est qu'il y en avait dans l'assistance qui voulaient clairement enchérir, mais ils se tournèrent vers ma loge et baissèrent vite les mains.
Qu'est-ce que j'ai fait ? J'étais si flippant que ça ? J'empêcherai personne d'enchérir.
Je veux dire, je n'ai jamais été déraisonnable.
« Félicitations, Monsieur, pour avoir remporté l'enchère ! » Huli Ruo s'inclina répétitivement dans ma direction, me mettant un peu mal à l'aise… bon, tant pis.
« Allons-y les gars, l'heure de récupérer nos gains. » Je me levai et me tournai vers la sortie. Tout le monde me regardait encore avec cette même expression bizarre, rendant l'atmosphère plutôt gênante. Mais la blague est pour eux, je prospère dans les situations gênantes.
En sortant de la loge privée, nous fûmes accueillis par une servante. Elle s'inclina dans ma direction et me fit signe de la suivre.
Nous ne marchâmes que peu de temps avant de croiser une loge dont la porte était ouverte. Elle était complètement vide à l'exception d'une personne qui n'avait rien à faire avec le mot beau.
Si j'étais un parieur, je dirais que cette personne est Xiao Yanshi. Pour l'instant, cependant, il fixait le vide comme s'il contemplait la vie et son rôle dedans. Ses yeux avaient l'air désespérés aussi. Je connais ce regard n'importe où.
Nous passâmes devant lui sans un mot et continuâmes dans le couloir.
Finalement, nous arrivâmes devant une porte, et la servante s'arrêta devant avant de se tourner vers nous. « Monsieur Long Di, vous trouverez notre directeur de la maison de ventes à l'intérieur. »
« Votre directeur de la maison de ventes ? » Je fus confus par ça. On n'était pas censés récupérer nos gains ?
Elle ne dit rien en réponse et se contenta de rester près de la porte, nous invitant à entrer quand nous serions prêts.
Dans ce cas, j'ouvris et franchis la porte. Dès que j'entrai, l'odeur du thé m'accueillit.
Je vis un jeune homme assis en tailleur en train de parler avec une jeune femme qui se tenait à ses côtés. On dirait qu'il avait fait une blague tout à l'heure car elle se couvrait la bouche pour cacher un fou rire qui peinait à s'échapper.
Quand j'entrai, les yeux du jeune homme s'illuminèrent comme des étoiles. « Frère Long Di ! »
« Frère ? » Mes pas hésitèrent à sa salutation. Depuis quand on est si proches ? « Donc c'est toi. »
« Salutations au Frère Long Di, cet humble se présente à nouveau comme le directeur de cette maison de ventes aux enchères, Yang Fuyou. »
C'était la même personne qui avait appelé les cultivateurs pour leur dire que la vente aux enchères commençait. Celui qui avait donné le médaillon à Long Di.
« Je n'aurais jamais pensé qu'un si mignon jeune homme ait une langue aussi venimeuse. »
Quand j'entendis la voix, l'attention de moi-même et du groupe derrière moi se porta enfin sur la jeune femme qui se tenait à côté de Yang Fuyou.
Étonnamment, c'était Huli Ruo. Elle me fixa avec un air légèrement apeuré dans les yeux. Ruiner les carrières des gens a un tel effet ?
Aucun de ses traits séducteurs n'était affiché pour l'instant, même si elle avait la même apparence.
« Frère Long Di, merci d'avoir pris le temps de me voir. » dit Yang Fuyou.
Je penchai la tête sur le côté à ces mots. « D'abord, vous avez fait venir vos gens me chercher. Ensuite, je croyais venir récupérer mes affaires. Où sont mes affaires ? »
« Frère Long Di, on ne peut pas s'asseoir et parler une minute ? J'essaierai de ne pas prendre trop de votre temps précieux. »
Je sentis son service client me travailler comme une pâte à cookie molle, et bizarrement, j'aimais ça. La déesse pourrait apprendre un truc ou deux de lui.
En plus, il y avait des trucs que je voulais savoir aussi, donc je n'avais pas de problème à accepter son offre.
Le canapé ici était bien plus petit que celui de la loge privée, donc il ne pouvait pas tous nous contenir.
Dès que je m'assis, la place à ma gauche fut occupée par Yaomu Shou, dont la présence provoqua un bref air d'appréhension sur le visage de Yang Fuyou.
Il n'y avait de la place que pour une personne de plus. Zi Yu fit mine de prendre la place quand Shen Ling la devança soudain pour prendre la place. Le visage de Zi Yu tressaillit face à ça, mais elle savait que ce n'était pas sa place de dire quoi que ce soit alors elle renonça.
Quand Yang Fuyou vit Shen Ling, il fut surpris de ne pas l'avoir remarquée avant. Elle portait l'Abysse Épanouie à cet instant donc son apparence était dissimulée, et elle en isolait l'effet pour ne cacher que son visage, mais même alors c'était comme si sa simple présence débordait d'élégance et d'un charme divin.
« Si belle, » pensa-t-il en la fixant.
« Ah ! »
Yang Fuyou siffa rapidement quand il sentit un pincement douloureux. Il se tourna vers Huli Ruo, qui le regardait avec une pointe de jalousie. Secrètement, cependant, elle aussi était renversée par la présence de Shen Ling.
« Cette fille est une calamité vivante qui renverse les royaumes et je ne peux même pas la voir, » pensa Huli Ruo pour elle-même.
« Long Di est un homme très chanceux, » conseilla Yang Fuyou.
Alors qu'il disait ça, Shen Ling baissa les yeux alors que son visage rougissait abondamment. Heureusement, personne ne put voir ça, de peur que Yang Fuyou se mette à baver, attirant encore plus la colère de Huli Ruo.
« Merci, » pris-je son compliment au pied de la lettre, comme nous devrions tous le faire.
« Frère Long Di, je suis très intéressé par toi. »
« Je ne swing pas de ce côté… ni d'aucun côté, d'ailleurs, mais merci pour ton intérêt. » Je n'avais pas de souci avec son mode de vie.
Je me demandais quel était le rôle d'Huli Ruo dans sa vie alors. Parce que si c'était un homme, alors j'avais tellement tort sur internet.
« Oh non, Frère Long Di, vous me méprenez ! » Yang Fuyou se hâta de se corriger le visage rouge. Apparemment, il ne voulait pas que des rumeurs courent sur lui.
« Je voulais dire que vos circonstances sont assez colorées, » dit-il après un moment, de nouveau calme.
Ses mots me mirent sur la défensive. « Que savez-vous de mes circonstances ? »
Il affichait un sourire à cette question et continua : « Notre Secte Qian Dao possède un réseau impressionnant pour collecter l'information et vous êtes sur notre radar depuis un moment déjà. »
« Pourquoi ? » demandai-je.
Il prit une gorgée de thé et en savoura le goût avant de répondre. « En tant que disciple de la Secte Qian Dao, je vis pour trouver le prochain gros investissement, et quelque chose me dit que vous serez le plus gros investissement de ma vie. »
« Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour que vous pensiez un truc pareil ? » Sur quoi ce type était-il ?
« Ce n'est pas seulement ce que vous avez fait, ce sont les circonstances mêmes qui vous entourent, » répondit-il.
« Précisez. » Je voulais qu'il aille à l'essentiel, mais même moi je n'étais pas pleinement préparé aux prochains mots qui sortirent de sa bouche.
Il posa la tasse de thé en adoptant un sourire mystérieux. « Le destin de vos parents est une chose bien capricieuse. »