Les aventuriers finissent souvent par se croiser n’importe où.
Ayant combattu côte à côte et grâce aux présentations mutuelles proposées par Lu Cang, ils avaient rapidement gagné en familiarité.
« Héhé ! Lu Cang, tu pars aussi à la capitale ? » s’enquit Luosi, surprise.
« Mmh. Dans quelques jours, je devrais y aller avec Iz et les autres. »
« Quel hasard. Je m’y rends également dans quelques mois, et j’y resterai probablement assez longtemps. »
« Mais avant cela, je dois passer par la Cité de la Lune Rêveuse pour rendre visite à un ami. »
« Oh, alors nous aurons peut-être encore l’occasion de revoir sœur Luosi. » sourit gaiement Lu Cang.
Lu Cang tenait depuis toujours à endosser le rôle de l’enfant.
La commodité apportée par cette identité était immense.
Ils s’étaient réunis ici pour la marée de monstres ; une fois celle-ci passée, chacun préparait son départ séparé.
Runen devait se préparer à sa promotion au cinquième palier en tant que défenseur.
Bais comptait continuer à se durcir un peu plus. S’il n’obtenait pas l’opportunité de passer mage de niveau 5, il pourrait retourner à la capitale pour y prendre un poste, mais cela restait probablement loin encore.
C’était pareil pour Akelifa. Guerrier, il dépendait du combat pour évoluer ; cette bataille lui avait effectivement rapporté de riches moissons.
Mais cela restait bien loin de quoi que ce soit qui vaille une promotion au grade de guerrier de niveau 5.
On ne devenait pas aventurier uniquement pour l’argent.
Les principes des métiers de combat exigeaient surtout une accumulation sur le champ de bataille et une pratique par les armes.
L’aventurier restait le métier qui collait de plus près au combat pur.
Les escouades de patrouille ou les soldats en garnison portaient des obligations qui leur interdisaient de combattre et d’explorer comme ils l’entendaient.
Teland projeta de rentrer chez lui retrouver sa femme. Il avait gagné pas mal cette fois, de quoi subvenir confortablement aux besoins de son épouse et de l’enfant à naître dans une grande ville.
De plus, avec son rang de garde de niveau 3, il trouverait aisément du pain sur la planche. Même s’il laissait l’aventure derrière lui plus tard, nourrir sa famille ne poserait aucun problème.
« Haha, tout à fait. Teland, avec femme et enfants, il est vraiment temps de poser les armes. » ricana Maizer.
Lu Cang hocha la tête en retour.
C’était une excellente issue. Au moment où il avait ressorti sa montre gousset pour montrer la photo de sa femme, le cœur de Lu Cang avait manqué un battement.
À présent, le résultat s’avérait plutôt satisfaisant.
Ce n’était pas un festin de triomphe, si bien que Lu Cang se contentait de breuvages légers.
Les autres, eux, enchaînaient les coupes de vin.
Une faible plainte lui effleura l’oreille, celle de Luosi : « Petit Lu Cang… soupir, pourquoi fallut-il absolument que tu restes un enfant ? »
« Si seulement tu étais un adulte… »
« Non, même treize ans, je… hic~ Je tomberais amoureuse de toi. »
« Ce jour-là, quand tu es venu nous tirer de là, tu étais magnifique, tellement magnifique. »
Luosi passa son bras autour des épaules de Lu Cang, visiblement un peu surexcitée.
‘Savoir qu’un lien avec une gamine de treize ans est illégal dans mon pays…’ songea-t-il.
Mais pour Lu Cang, huit ans physiquement mais esprit de vingt-huit ans, il était évident que Luosi le prenait bel et bien pour un môme. Si elle éprouvait des sentiments vrais, elle n’en aurait pas parlé si légèrement.
Tout en aidant Luosi à se redresser, Lu Cang sourit et rétorqua : « Moi aussi, j’aime beaucoup sœur Luosi. »
Répondre différemment semblait trop pénible.
Devant ce genre de situation, mieux valait sortir la réplique type enfant stupéduit.
L’identité d’enfant s’avérait vraiment commode.
Concernant l’autre sexe, Lu Cang n’avait pour l’instant pas grand-chose à y redire.
Peut-être parce qu’il n’avait pas encore l’âge. Bien qu’il comprît déjà les choses entre hommes et femmes, hélas, sa « petite tête » n’avait pas encore fini de grossir ; le haut du crâne demeurait le seul vrai maître de son corps.
Bien sûr, Lu Cang estimait aussi que même quand la petite tête mûrirait, il ne la laisserait jamais usurper le pouvoir.
« Luosi, tu as vingt-quatre ans passés, vieille garçonne, et tu persists à vouloir aborder notre petit arbuste. » lâcha Maizer sans y accorder d’importance.
Luosi frappa la table du poing. « Hein ? Vingt-quatre, c’est vieux, ça ? »
Effectivement, pour un esprit âgé de vingt-huit ans, Luosi, vingt-quatre ans, ressemblait presque à une cadette.
De plus, atteindre le grade de soigneuse de niveau 3 à vingt-quatre ans relevait du véritable talent.
La plupart des professionnels de niveau 3 dépassaient déjà la trentaine.
Avec son potentiel, évoluer vers le niveau 4 n’était pas totalement exclu.
Une fois rassasiés, on pouvait considérer qu’ils s’étaient convenablement connus.
Ils prirent leurs contacts respectifs puis prirent congé, chacun de son côté.
Quant à savoir s’ils se reverraient telle année ou tel mois, pour des aventuriers itinérants, ce n’était purement pas une source de tracas.
Peut-être, en longeant un jour une cité où résidait une connaissance, feraient-ils un crochet pour passer les voir.
Sur le chemin du retour.
En franchissant les abords de la Guilde des Aventuriers, il entendit un barde intérieur chanter la conquête du donjon de septième palier par Iz et ses compagnons…
Lu Cang ne put s’empêcher de penser qu’un jour, les récits le concernant seraient également racontés avec feu par des troubadours et diffusés dans les rues bondées et les ruelles.
Lu Cang tendit l’oreille, distingua vaguement la chute de la mélodie, puis la voix du barde résonna depuis l’intérieur de la Guilde : « La Légende du Salut est terminée, merci à tous pour votre écoute. Maintenant, je vous jouerai “Lu Cang Sauve la Ville”. »
…Ne pourrais-tu pas commencer par ma chanson ?
D’ailleurs, ne pourrais-tu donner un brin d’élégance poétique à ce titre ? Comparé à La Légende du Salut, Lu Cang Sauve la Ville tombe abruptement du palais impérial en pleine campagne.
Bon, peu importe.
Par ailleurs, Lu Cang connaissait aussi une ballade intitulée Le Roi de Sang Huit Ans. Pour l’instant, c’étaient les seuls deux titres le concernant dans les gorges des bardes. Lorsqu’ils arpenteraient d’autres territoires, ces chansons commenceraient probablement à voyager.
La nuit tombée, il regagna l’hôtel.
Avant de sombrer dans le sommeil, il feuilleta quelques passages des *Fondements de la Théorie Magique* (Volume Trois), puis se reposa.
……
Le lendemain.
【Terrain d’Entraînement】
« Iz, je veux apprendre le Vide Magique. »
murmura Lu Cang.
« Tu demande vraiment la part du lion. »
« Malheureusement, parmi tous les sorts de deuxième palier que je maîtrise et que je pourrais t’enseigner, celui-ci est précisément celui que je ne peux pas te donner. »
Sur un ton modeste, Lu Cang interrogea : « Est-ce extrêmement difficile ? »
« Non. Ce sort diffère radicalement des autres. » dit Iz.
« C’est une Magie Originelle. »
À parler de ça.
La veille, lors de l’escrime, Iz semblait en avoir soufflé mot.
Sort originel de deuxième palier.
Et celle apprise auprès de Meisai portait aussi le nom de « Magie Originelle ».
Le savoir magique ressemblait à un puits profond dont le fond était inatteignable.
« C’est ce que je te répète : il faut que tu construises ta propre pensée. »
« La Magie Originelle t’appartient en totalité. Nul ne peut te l’enseigner, et elle marque surtout que tu approches de l’Origine. »
En substance, c’était aussi une magie façonnée par ses propres mains.
Lu Cang demanda : « Mais ce sort nommé Origine… »
Iz secoua la tête, l’air complexe. « Celui-là relève d’un cas particulier. »
« Quelle différence subsiste entre la Magie Originelle et la magie auto-créée ? » insista Lu Cang.
« La distinction est colossale. »
« On pourrait dire qu’elles ne gravitent même pas au même niveau de réalité. »
« La magie auto-créée a en réalité toujours existé… tu fais juste la découverte d’une procédure pour déclencher un sort préexistant. »
« Tandis que la Magie Originelle en elle-même n’existe pas. »
« Tu dois y verser ta propre réflexion et percer le secret de l’Origine. »
« Pour toi, qu’est-ce que l’Origine ? Qu’est-ce que l’Origine du Chemin Démoniaque ? »
« Il s’agit là de quatre questions. »