Le sourire de Tan Xi était doux, comme si celui dont Fu Ziqi venait d'annoncer la mort prochaine n'était pas lui.
Il hocha la tête. « Oui. »
« Qui êtes-vous, au juste ? » Depuis que Fu Ziqi avait décrit l'état de Tan Xi, et si clairement, sans la moindre erreur, l'oncle Zhou avait le cœur au bord des lèvres.
La jeune fille qu'il avait devant lui semblait accompagner Yan Zhaoming, certes, mais ses capacités n'étaient-elles pas bien trop mystérieuses ?
D'abord, elle avait su dissimuler son aura au point que lui-même ne l'avait pas détectée ; ensuite, elle avait établi les symptômes de Tan Xi rien qu'en le regardant !
Il craignait qu'elle ne nourrisse de mauvaises intentions.
Tan Xi prit la parole. « Oncle Zhou, ne vous inquiétez pas. Si cette demoiselle voulait vraiment tenter quelque chose, vous ne pourriez pas l'en empêcher. »
Fu Ziqi rit. « Dis donc, tu as l'œil. Tu me reviens bien plus que cet imbécile. »
L'imbécile Yan Zhaoming : « ... »
Y a-t-il des gens qui insultent les autres aussi franchement ? Cela dit, ce n'était ni la première ni la deuxième fois.
Tan Xi sourit. « Tan est flatté. »
Fu Ziqi ne le contredit pas.
Son regard descendit vers les jambes de Tan Xi.
« Trois jours, et je te remets debout ! Sept jours, et je te débarrasse du poison ! En moins de trois mois, je te rends ton apogée ! »
Elle se tenait nonchalamment au bord de la route, et la lumière jaune et pâle des réverbères semblait la napper d'or. Un léger pli au coin des lèvres, elle dégageait une aura que personne ne pouvait ignorer.
L'arrogance indomptée de son regard donnait instinctivement le sentiment que tout en ce monde était à sa portée.
Une fille de vingt ans, tenant de tels propos, aurait dû prêter à rire.
Pourtant, à cet instant, personne ne douta de sa parole.
Cette jeune fille frêle, qu'un coup de vent semblait pouvoir emporter, possédait ce charme-là.
Tan Xi : « Puisqu'il s'agit d'un marché, que veux-tu en retour ? »
Fu Ziqi retroussa les lèvres et leva la main. « Je veux le jade qui est dans ce coffret ! »
À ces mots, la femme qui portait le coffret le serra instinctivement contre elle. « Jeune maître Xi ! »
Face à quelques mots en l'air, ce Jade Exquis, lui, aidait réellement le corps de Tan Xi.
Fu Ziqi haussa les épaules. « Pour être honnête avec toi, ce jade ne sert à rien, sinon à nourrir ton corps et à te faire vivre un an ou deux de plus. »
L'oncle Zhou non plus n'était pas d'accord pour céder le Jade Exquis comme cela. Sans même parler de ce qu'il avait coûté, la femme voyait juste : ce jade apportait une aide bien réelle à Tan Xi.
Mais après un instant de réflexion, Tan Xi accepta.
« Entendu, j'accepte. »
« Jeune maître ! » L'oncle Zhou s'affolait.
Qui disait que cette fille n'était pas une menteuse ? Comment pouvait-il accepter aussi facilement ?
Tan Xi leva la main pour l'apaiser, puis fit signe à la femme derrière lui de lui remettre le coffret.
Elle le tendit à contrecœur et fusilla Fu Ziqi du regard.
Fu Ziqi le lui rendit, naturellement.
En prenant le coffret de la main de Tan Xi, Fu Ziqi perçut un léger parfum d'encens au moment où il levait le bras. Cela l'amusa. Ce Tan serait-il du genre à prier le Bouddha ?
Fu Ziqi n'y pensa pas davantage et effleura le jade dans son écrin.
C'était bien la pièce qu'elle avait offerte autrefois.
« Merci. » Fu Ziqi n'oubliait pas sa promesse. « Dans trois jours, viens me trouver à la Cité de Nanshui. »
Fu Ziqi jeta un coup d'œil à Yan Zhaoming.
Yan Zhaoming : ?
Fu Ziqi : « ... »
Tan Xi sourit. « Zhaoming et moi nous connaissons de longue date. Je lui demanderai de m'envoyer l'adresse plus tard. »
Une fois Fu Ziqi et Yan Zhaoming partis, l'oncle Zhou ne put se retenir. « Jeune maître ! Comment avez-vous pu céder aussi facilement le Jade Exquis, que nous avons eu tant de mal à obtenir ? »
Tan Xi répondit : « Comment cela, le céder ? N'est-ce pas un échange ? »
« Vous la croyez vraiment ? »
« Pourquoi ne pas la croire ? »
De leur côté, sur le chemin de l'hôtel, Yan Zhaoming était encore hébété.
Il n'avait pas fini d'émerger. « Fu... Fu Ziqi, tu viens vraiment de lui soutirer le Jade Exquis par la ruse ? »
Le mot déplut à Fu Ziqi. « Comment ça, par la ruse ? J'ai conclu un marché équitable avec Tan Xi. Tu me prends pour toi ? »
« Qu'est-ce... qu'est-ce que j'ai, moi ? » Yan Zhaoming s'énervait. « Et tu oses dire que ce n'est pas une arnaque ? Tu sais que Tan Xi est infirme depuis cinq ans ! Et toi, tu fanfaronnes ! »
Le remettre debout en trois jours, le désintoxiquer en sept...
Yan Zhaoming : « Tu n'as pas peur de te fouler la langue à force de te vanter ? »
Fu Ziqi ricana. « Tout ce que je sais, c'est que si tu continues à faire autant de bruit, c'est ta langue que je couperai en premier. »
Yan Zhaoming frissonna et se couvrit la bouche.
« Toi, toi, toi ! Ne fais pas n'importe quoi ! »
Fu Ziqi leva les yeux au ciel, pleine d'admiration pour Yan Jiuxian. Comment pouvait-il passer autant de temps avec Yan Zhaoming sans se laisser contaminer par un pareil imbécile ?
C'était proprement remarquable.
Fu Ziqi l'ignora et joua avec le pendentif de jade en forme de qilin. Le vert d'émeraude limpide du cœur était traversé d'une touche de rouge sang. C'était d'une beauté renversante.
Yan Zhaoming la suivait de près.
Il était tout bonnement dépité et déboussolé.
Non, depuis quand Tan Xi était-il devenu si facile à berner ? Fu Ziqi lâche trois mots en l'air, et il lui donne le Jade Exquis ? C'était un bodhisattva ou quoi ?
Cela ne put que rappeler à Yan Zhaoming une histoire au sujet de Tan Xi.
À sa naissance, le vieil abbé du temple de la Grande Compassion s'était rendu en personne chez les Tan pour leur annoncer que Tan Xi avait un lien avec le Bouddha, qu'il était la réincarnation d'un fils du Bouddha. S'il entrait dans les ordres, sa voie serait dégagée et ses accomplissements futurs dépasseraient de loin sa condition présente.
Il faut savoir que ce vieil abbé était l'un des cinq maîtres demi-dieux du Monde Martial Antique actuel.
Mais Tan Xi était un descendant direct de la famille Tan : comment les Tan auraient-ils consenti à en faire un moine ? Ils déclinèrent poliment, tout en convenant avec l'abbé qu'à ses dix ans, Tan Xi choisirait lui-même de prendre l'habit ou non.
D'ailleurs, depuis qu'il avait l'âge de raison, les livres que lisait Tan Xi étaient des soutras, ses jouets des chapelets bouddhiques, il ne mangeait pas de viande et avait pris l'habitude de se lever tôt chaque matin pour frapper le poisson de bois...
Tout le monde pensait que Tan Xi deviendrait moine, à coup sûr.
Mais à dix ans, Tan Xi fit un choix que personne n'avait prévu.
Le petit garçon de dix ans déclara gravement à l'abbé : « J'ai le Bouddha dans le cœur, mais il me reste aussi une affaire inachevée dans le monde des mortels. »
Et quand l'abbé lui demanda laquelle, il répondit qu'il ne savait pas.
Après cela, Tan Xi continua de vivre comme un moine, sans jamais le devenir.
Yan Zhaoming avait le même âge que lui et, à vrai dire, il n'avait jamais vraiment aimé ce prétentieux. Pourtant, comme tous ceux de leur génération, il avait toujours eu le sentiment que Tan Xi était une manière de bodhisattva. Il n'avait rien d'un naïf, et pourtant on le bernait sans peine.
Yan Zhaoming remâchait tout cela quand il releva la tête et constata que Fu Ziqi avait déjà disparu.
« Bon sang, Fu Ziqi ! Attends-moi ! »
Yan Zhaoming se lança à sa poursuite.
Le lendemain, tous deux rentrèrent à la Cité de Nanshui.
Ils arrivèrent vers trois heures de l'après-midi.
Fu Ziqi eut la surprise de constater que Yan Jiuxian était rentré, lui aussi.
Il semblait savoir à quelle heure ils arriveraient.
Il se tenait à l'entrée du cabinet, les mains dans le dos, droit comme un pin.
Ce jour-là, il portait des lunettes à fine monture dorée. Ses traits étaient élégants comme toujours, sa chemise blanche impeccable, il tenait à la main un ravissant éventail de jade blanc, et son aura avait la froideur raffinée de la pierre.
Lorsqu'il vit Fu Ziqi, un sourire éclot sur son visage.
Très léger, mais très beau.
Comme...
Le soleil levant qui fait fondre la neige des avant-toits.