« Fu Ziqi, la situation est désespérée ! En tant que Grande Préceptrice nationale de Changli, telle est ta mission ! »
« Fu Ziqi ! Changli t'a soutenue pendant plus de dix ans. Aujourd'hui, face à la crise nationale et au déclin de la fortune du royaume, ceci est le décret du Ciel, que nul ne peut refuser — toi comprise ! »
« Ziqi… »
« Fu Ziqi… »
D'innombrables silhouettes défilèrent dans l'esprit de Fu Ziqi, trop de choses entassées d'un coup dans son crâne, une brusque douleur fulgurante.
Après quelques dizaines de secondes, Fu Ziqi reprit enfin conscience.
Comme si une épaisse couche de brume venait de se dissiper, tout devint net.
Puis vint le vacarme autour d'elle.
Une femme ordonna, arrogante et méprisante : « Fourrez-la-moi dans la voiture ! »
Avant même que Fu Ziqi ait eu le temps de démêler les souvenirs dans sa tête, son réflexe fut de se dégager de l'étreinte, puis de décocher un coup de pied !
L'homme, grand et massif, fut projeté droit devant, s'écrasa lourdement dans le parterre de fleurs et s'évanouit !
Ses yeux, chargés d'une lumière froide et tranchante, balayèrent l'homme ; l'indifférence qui s'y lisait était suffocante.
Fu Ziqi leva la main et regarda sa paume, maudissant ce Ciel damné ! Vingt-cinq années de cultivation, envolées en un instant ?
« Bon à rien ! »
Fu Ziqi pencha la tête avec impatience. Une femme d'âge mûr la dévisageait, stupéfaite, avant de fusiller du regard le colosse évanoui et de jurer d'une voix stridente.
Les souvenirs fragmentaires dans l'esprit de Fu Ziqi recomposèrent l'identité de la femme.
C'était l'intendante envoyée par ses parents de cette vie pour la ramener.
Son regard se posa sur le visage de la femme.
Un front étroit, mesquin et chiche ; des sourcils épais comme la soie, avides et sans retenue ; un nez au teint rougeaud ; une bouche à commérages, des lèvres qui ne couvrent pas les dents — sujette aux ennuis.
Pas quelqu'un d'un bon naturel.
« C'est toi qui veux me capturer ? » Le regard de Fu Ziqi se glaça. Son visage d'une beauté envoûtante, sous la lumière dorée du soleil, n'affichait aucune expression superflue, et pourtant il donnait une impression de supériorité inviolable !
« Que dites-vous là, Seconde Demoiselle ? Capturer, quelle idée ? Je suis les ordres de Madame et je vous ramène à la maison ! »
Fu Ziqi ne manqua ni la moquerie ni le mépris dans les yeux de l'intendante quand elle parla, en particulier lorsqu'elle prononça « Seconde Demoiselle » — le ton, lui, était on ne peut plus clair.
Les lèvres de Fu Ziqi s'incurvèrent en un sourire sarcastique. « Il faut croire que la famille Fu élève bien mal les siens. Une servante qui ne connaît aucune règle. »
« Vous— ! » Le visage de la femme se décomposa.
Elle était l'intendante de la famille Fu, elle gérait la maisonnée depuis tant d'années ! Sans parler des domestiques, même les Artistes martiaux antiques entretenus par la famille Fu devaient lui témoigner quelques égards !
Un instant !
La femme réalisa soudain quelque chose. « Vous… vous n'êtes plus idiote ? »
Fu Ziqi haussa légèrement un sourcil, un soupçon d'arrogance au coin des lèvres. « Je peux te rendre idiote, toi. Tu veux essayer ? »
D'une arrogance sans bornes !
« Petite insolente ! » Le regard de la femme se fit haineux ; elle ne se souciait plus de savoir si l'autre était idiote ou non. Lucide ou stupide, cela ne changerait rien à ses plans !
Elle se tourna vers le garde du corps restant. « Qu'est-ce que tu attends ? Attrape-la ! »
« Oui ! »
D'un côté un homme grand et massif, de l'autre une jeune fille frêle. L'issue semblait sans suspense.
Sauf que !
C'était Fu Ziqi !
Les lèvres de Fu Ziqi s'incurvèrent en un léger sourire, dangereux et mystérieux. Elle plia le coude et fit claquer ses doigts.
À peine le son retombé, l'homme qui fonçait sur elle sembla trébucher sur une pierre surgie de nulle part et s'étala lourdement au sol !
Il sursauta et voulut se relever, mais découvrit que ses membres n'avaient plus aucune force !
La jeune fille baissa la tête et le contempla. Ses yeux clairs et brillants se posèrent sur la plaie sanglante à son front. Elle s'accroupit, et de ses lèvres d'un rose pâle sortit une phrase. La voix semblait enveloppée d'un voile de brume, audible de celle qui parlait et de celui qui écoutait, et d'eux seuls !
Le visage de l'homme se décomposa !
« Les Dieux le disent : celui qui s'est rendu coupable de crimes abominables mérite la mort ! »
« À l'heure du Rat, demain soir, tu répandras la dernière goutte du sang immonde qui coule dans tes veines. »
La voix était posée, manifestement toute proche, et pourtant comme distante de mille lieues, traversant le temps et l'espace : lointaine, mystérieuse, dangereuse, terrifiante.
Les doigts de la jeune fille effleurèrent le bord de la plaie — un contact glacé, comme l'arrivée de la mort…
✿✿✿
L'intendante n'avait pas distingué les paroles de Fu Ziqi, mais un frisson lui monta inexplicablement au cœur.
Seulement, en songeant à la mission que le Chef de famille lui avait confiée, elle devait ramener Fu Ziqi coûte que coûte !
Si elle n'était même pas capable d'accomplir une si petite tâche aujourd'hui… Elle s'efforça de réprimer son trouble, déglutit : « Vous— »
Fu Ziqi tourna la tête vers elle.
La femme resta figée sous ce regard écrasant. Cette sensation ressemblait beaucoup à celle qu'elle avait éprouvée devant l'important personnage venu une fois en visite chez les Fu !
« Fu, Fu Ziqi, qu'avez-vous fait ? C'est Madame qui m'a envoyée vous chercher ! Vous n'avez pas peur ? »
« Peur ? » Fu Ziqi ricana. « De toute ma vie, moi, Fu Ziqi, je n'ai même pas craint la Voie céleste. Aurais-je peur des hommes ? »
La femme sentit une pression immense, comme si quelque chose pouvait survenir d'un instant à l'autre… La sensation que sa vie ne lui appartenait plus…
« Rapporte ce message à ces gens de la famille Fu : la prochaine fois qu'ils voudront inviter quelqu'un, qu'ils pensent à venir avec un palanquin à huit porteurs et à s'agenouiller pour l'accueillir, au lieu d'envoyer quelques insectes bourdonner devant moi. C'est clair ? »
La femme resta pétrifiée, ses jambes se dérobèrent, et elle tomba à genoux devant Fu Ziqi.
Fu Ziqi haussa les sourcils et eut un petit rire. « Te voilà bien raisonnable. »
« Wouf ! »
« Wouf wouf wouf ! »
À cet instant, quelques aboiements retentirent non loin de là.
Un grand chien, haut comme la moitié d'un homme, déboula, crocs et griffes dehors !
Il mordit la femme à la cuisse !
Celle-ci poussa aussitôt un hurlement de douleur ! Elle se releva en toute hâte, et le chien, comme s'il lui gardait rancune, la poursuivit sans relâche !
Fu Ziqi croisa les bras et regarda paresseusement cette scène de tragédie humaine, visiblement amusée.
— Elle n'avait pas eu le temps de faire quoi que ce soit qu'un chien avait surgi. Se pouvait-il qu'après sa renaissance, sa chance se soit améliorée ?
Fu Ziqi observa un moment, réfléchit, puis, d'après les souvenirs dans sa tête, sortit de sa poche le vieux téléphone à clapet et composa le 110.
« Allô, monsieur l'agent, il y a une bagarre ici… Oui oui, ils se battent entre eux… Et il y en a une qui se fait courser par un chien, c'est terrible… Moi ? Je ne suis qu'une passante innocente… »
En raccrochant, Fu Ziqi soupira, songeuse. Le poste de police de cette époque était bien plus efficace que les administrations d'autrefois.
Fu Ziqi calcula le temps qu'il restait, tourna les talons et s'en alla ; passé le coin de la rue, elle n'entendait déjà plus les cris de la femme. Mais après avoir marché un moment, elle entendit de nouveau le chien aboyer « wouf wouf » derrière elle.
Elle se retourna : le chien haut comme la moitié d'un homme accourait vers elle, sa fourrure touffue ondulant à chaque foulée.
Fu Ziqi haussa les sourcils. Elle percevait que l'animal n'avait aucune malveillance à son égard. Elle s'accroupit et lui fit signe de la main.
Le golden retriever, féroce l'instant d'avant, se fit aussitôt docile, courut jusqu'à Fu Ziqi et s'assit sagement lorsqu'elle agita la main.
Amusée, Fu Ziqi lui frotta la grosse tête et le félicita : « Brave bête ! »
Mais en repensant à ce qui venait de se produire, son sourire s'effaça et son regard s'assombrit peu à peu.
À l'instant, elle avait fait un petit test. Sa cultivation avait pour ainsi dire disparu, mais la Technique de l'Esprit des Mots fonctionnait toujours.
Seulement, dépourvue de cultivation, la Technique de l'Esprit des Mots ne pouvait plus venir à bout que de menu fretin, comme tout à l'heure. Invoquer la pluie, conjurer les calamités, commander à des milliers d'ennemis — tout cela lui était désormais impossible.
Mais peu importait. Avant sa mort, les rancunes et les affections avaient toutes été réglées. Elle ignorait comment elle, qui n'aurait pas dû connaître de réincarnation, avait pu renaître ; peut-être la Voie céleste s'était-elle sentie en dette et lui offrait-elle une compensation.
Note de lecture :
1. Il y a un personnage masculin principal, il y a un personnage masculin principal, il y a un personnage masculin principal ! (Les choses importantes se disent trois fois !) J'ai déjà croisé des lecteurs qui n'aiment pas voir de héros masculin dans les récits de ce genre, alors autant le préciser tout de suite !
2. L'autrice ne connaît rien non plus aux Arts martiaux antiques, donc : libertés en pagaille ! N'épluchez pas trop mes règles du jeu. (ps : bien sûr, si des lecteurs s'y connaissent vraiment, vous pouvez me signaler mes erreurs, l'autrice ne fera que s'incliner devant les experts.)
3. Le plan est fixé, il ne changera pas. Vous pouvez traquer les incohérences~
4. Ce livre, disons que ce serait… une histoire d'amour entre maître et élève, entre la Grande Préceptrice nationale et Son Altesse le Prince héritier ? Haha
5. Puisque nous avons l'honneur d'être réunis, alors, pour les temps à venir, j'espère que nous passerons tous un moment agréable~
Je vous aime~
#Fu Ziqi (qī)#