L'un d'eux, le comte Lasfoden, réclamait l'exécution de Violet en la déclarant coupable.
« Barbares. »
C'était une sauvagerie absolue.
Quel profit pouvaient-ils espérer retirer de procédés aussi peu scrupuleux ?
L'avocat de Violet réfuta calmement les accusations, mais ils refusèrent d'écouter.
Le duel verbal se poursuivit donc.
« Ils me rappellent quelqu'un… ces gens… »
En regardant ces individus déverser leurs sottises, Violet se remémora soudain les événements survenus jadis au duché d'Everett.
À cette époque, Aileen s'était effondrée après avoir ingéré du poison, et Violet avait été accusée à tort pendant que Miguel rugissait sous le coup de la fureur.
Comment le présent pouvait-il s'avérer si étrangement similaire ?
Le duc qui jouait les magistrats connaissait déjà toute la vérité.
Le juge présidant ce procès ne faisait pas exception.
Par conséquent, l'issue serait vraisemblablement identique.
« Le registre présenté comme preuve s'est avéré falsifié. Il a été confirmé que la dame ducale se trouvait dans sa résidence lors de la rédaction du document, et les témoins qui ont témoigné… »
L'avocat poursuivit calmement l'exposé de ses contre-arguments, tandis que les esprits emportés par la haine se contentaient de crier qu'il s'agissait de pur mensonge.
Violet jugeait que l'ensemble de la scène ressemblait à une mise en scène.
Oui, il s'agissait bien d'une pièce.
« —Je déclare donc Violet Everett non coupable. »
Une œuvre conçue pour tromper le public.
Derrière son paravent, le juge la déclara innocente.
Malgré des preuves accablantes, la partie adverse haussa le ton avec incrédulité.
« C'est absurde ! Comment peut-on acquitter cette méchante ! »
« Au vu des souffrances infligées par la sorcière, cet arrêt ne peut être entériné ! »
Dans l'affaire de l'empoisonnement d'Aileen, les preuves avaient clairement établi l'innocence de Violet,
et ils cherchaient désormais à ressasser d'autres dossiers anciens pour l'accabler.
Même si elle était difficile à prouver sur-le-champ, la réputation de Violet n'avait jamais varié.
Ils devaient sans doute penser qu'il serait aisé de tirer argument de tous les crimes véritables qu'elle aurait pu commettre.
Comme ils étaient ineptes, ces gens.
« Voulez-vous dire que ma sentence est erronée ? »
Sur ces mots, le paravent fut soulevé.
Le magistrat assis sur son trône n'était autre que l'empereur.
L'homme qui avait maculé le palais de sang et trônait désormais au faîte de l'Empire.
Son visage, semblable à celui de Rajaden, portait l'empreinte d'une dignité imposante, soulignée d'une légère lueur de courroux.
« Faites arrêter tous les traîtres, y compris le comte Lasfoden, le baron Epsilten et le cardinal Halleton ! »
« Oui ! »
En un instant, la donne bascula.
Dès que l'ordre fut lancé, les chevaliers impériaux firent irruption dans l'auditoire pour mater la foule.
Face à la moindre résistance, ils n'hésitaient pas à dégainer leurs lames.
L'un des prisonniers poussa un cri.
« De quoi retourne-t-il ici ! »
« Me prenez-vous pour un nigaud ? »
répondit l'empereur.
Son expression ne trahissait aucune émotion, mais quelques têtes dans la salle en saisirent aussitôt la portée.
C'était un regard qu'ils n'avaient croisé que depuis bien des années.
Celui-là même qu'il arborait lorsqu'il ordonna l'exécution de ses propres frères et sœurs pour monter sur le trône.
L'empereur, qui avait dirigé la nation en expiant ses péchés par d'autres péchés, annonçait désormais la chute de cette farce ridicule.
Sur un geste de l'empereur, l'homme à ses côtés lui tendit rapidement les parchemins.
Les furieux se figèrent sur place.
Les paroles qui suivirent suffirent à plonger l'audience dans le chaos.
Des complices de nations ennemies, des traîtres ayant vendu les secrets du royaume, ainsi que les atrocités perpétrées par ceux qui s'étaient rangés à leurs côtés dans le temple.
Parmi les preuves que tenait l'empereur figurait un document scellé du sceau du cardinal actuel.
Ces papiers détaillaient les complots noués par la noblesse impériale avec les principautés du Sud, l'implication d'officiels de Liran, ainsi que celle de plusieurs personnalités influentes de la sphère politique actuelle.
« C'est de la calomnie ! De la calomnie ! La famille impériale a été aveuglée et prend parti pour le mal ! Comment de telles abominations peuvent-elles se perpétrer sous le ciel sacré ! »
« Ce… ce document est un faux forgé par la sorcière ! C'est nécessairement un piège infâme ! »
« En effet ! Impossible que l'empereur se laisse berner par les calomnies de cette sorcière ! »
« On murmure que lady Aileen n'a toujours pas repris connaissance ! Comment peut-on passer l'éponge aussi facilement ! »
Pris de panique, les hommes se mirent à vociférer sans réfléchir.
Leurs cris désespérés en venaient presque à inspirer la pitié.
Un sourcil de l'empereur tressauta.
Revendre les secrets du royaume à un ennemi relevait du crime de haute trahison.
Mêmes s'ils étaient décapités sur-le-champ, ils n'avaient aucune légitimité à se plaindre, et pourtant ils persistaient à clamer leur innocence.
Soit ils sous-estimaient lourdement l'empereur, soit ils étaient tout bonnement stupides.
Une silhouette surgit devant eux.
« Hmm ? J'ai remis l'antidote, mais vous me dites qu'elle n'a toujours pas ouvert les yeux ? »
« Canaille ! »
Vaughn sourit en abaissant son regard vers le cardinal ligoté.
Le cardinal avait précisément apposé son sceau sur les documents transmis par l'émissaire de Liran.
Lui était incapable de ne pas reconnaître Vaughn.
« Depuis combien de temps êtes-vous ici ! »
« J'en suis là dès le départ. Je figure sur la liste des témoins… ne l'avez-vous pas remarqué ? »
« C'est de la calomnie ! »
Bon, la corde au cou, il eût été catastrophique qu'ils cessent brutalement de chercher des alibis.
Violet poursuivit son observation, telle une spectatrice devant une scène de théâtre.
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