« Je suis désolée. Peut-être une autre fois. »
Violet se montra froide avec eux.
Elle voulait se reposer seule, mais les gens ne cessaient de l'approcher. On aurait dit qu'ils faisaient la queue les uns derrière les autres.
Ils avaient du culot. Alors que tout le monde considérait Violet comme la maîtresse du prince héritier et la future impératrice, ils continuaient d'affluer.
Était-ce simple innocence juvénile mue par une affection pure, ou soif de pouvoir ?
Si c'était le premier cas, cela ne la regardait pas. Si c'était le second, elle était sincèrement impressionnée. Pouvait-on vraiment nourrir des pensées aussi laides, espérer devenir un jour l'amant de l'impératrice ?
« Enfin, tout cela n'a aucune importance. »
Violet laissait des sous-entendus flous à ceux qui l'abordaient. Ainsi, ses admirateurs se retiraient aisément, se promettant une future occasion.
Bien entendu, Violet n'avait nulle intention de converser ou de danser avec eux, même si l'opportunité se présentait.
Peut-être que si elle avait eu un compagnon, moins de gens l'auraient abordée. Tandis que ses pensées divaguaient étrangèlement, quelqu'un d'un tout autre genre s'approcha d'elle.
« Cela fait longtemps, Lady Everett. »
« …Ah. »
Bien que le visage lui fût familier, Violet peina à se souvenir qui elle était, tant la fatigue l'accablait.
« Je passerai les salutations d'usage. Cela vous convient ? »
« Comme vous voulez. »
Violet répondit avec arrogance. À cette réaction, la jeune lady du comté de Tolofia pouffa de nouveau doucement.
« J'étais inquiète de ne pas avoir de vos nouvelles. Vous allez bien ? J'ai reçu de la nouvelle soie du pays de l'Est, cette fois-ci… »
« Continuer cette conversation ainsi ne fera que nous épuiser toutes les deux, alors pourquoi n'iriez-vous pas droit au but ? »
« …… »
Toute tentative de sociabilité normale était vaine face à Violet. Devant son attitude tranchante, le sourire de Lady Tolofia s'effaça de son visage.
« Qu'est-ce qui vous rend si fière ? »
« J'ai perdu le compte du nombre de fois où j'ai entendu cela… »
« Qu'est-ce qui vous rend si hautaine, dressée seule dans votre noblesse ? »
Lorsqu'on lui demanda d'aller à l'essentiel, Lady Tolofia ne fit pas mystère de son vrai visage. Cela semblait être le cœur de son propos.
Violet était trop fatiguée pour répondre à cette question. S'il lui était resté un peu plus d'énergie, elle aurait peut-être donné une réponse convenable, mais aujourd'hui cette question lui parut risible et absurde.
Contrairement aux attentes de l'autre dame, sa vie avait toujours été intensément vécue. Pas seulement pour Violet, mais la vie de chacun devait être ainsi.
Lady Tolofia ignorait ce fait, et elle mordit sa lèvre avant de poursuivre. Son ton était doux, mais ses paroles regorgeaient de venin.
« Nées femmes nobles, nos idéaux sont les mêmes. Nous voulons épouser l'homme au statut le plus élevé et devenir ainsi la femme la plus noble. Ma mère a vécu ainsi, mes amies vivront ainsi. Et mes filles vivront ainsi aussi. »
Vivre ainsi est tout naturel pour les femmes nobles. C'est ce que disait Lady Tolofia.
Si cette vie est naturelle, alors vivez-la. Sans vous questionner, vivez-la simplement.
Mais elleposa une question à Violet.
« Tout le monde vit ainsi, alors pourquoi agissez-vous avec tant d'indépendance ? »
Connaissant l'émotion dans ses yeux, Violet sourit. Lors de leur première rencontre, Lady Tolofia avait des yeux de poupée, mais à présent, elle avait enfin l'air humaine.
« Je vais poser la question inverse. Si vous ne vivez pas ainsi, il arrivera quelque chose de terrible ? »
« Quoi ? Qu'est-ce que vous dites… ? »
« Si vous ne vivez pas en femme réservée et belle, en accessoire de quelqu'un, mourrez-vous subitement ? »
Mourir, dites-vous. Même si vous ne mourez pas, votre « réputation » en mourra. Lady Tolofia allait répondre sur ce ton, mais réalisa bien vite à qui elle parlait et mordit sa lèvre.
Une telle réplique était inutile face à Violet, qui vivait librement malgré les atteintes à sa réputation.
« La baronne Celettia a hérité elle-même du titre de son père. »
« Mais ce n'est qu'un misérable titre de baronne ! »
Une femme peut hériter d'un titre de famille. C'est simplement une occurrence rare.
Uniquement lorsqu'il n'y a pas de fils ni de parents adoptables convenables.
Mais Violet interrogea Lady Tolofia, qui considérait cela comme une exception. Pourquoi pensez-vous cela ?
« Votre vie ne tourne-t-elle qu'autour de la réputation ? »
« Qu'est-ce que cela… »
Mourrez-vous si vous ne maintenez pas votre réputation ? demanda Violet, et Lady Tolofia se tut. Elle avait vécu pour sa réputation et continuerait de vivre pour elle. Sa vie était l'exact opposé de celle de Violet.
Violet comprit le sens caché de ce silence.
« N'êtes-vous qu'un être qui mise sa vie sur sa réputation ? »
« …… »
N'est-ce pas passablement futile ?
Violet sourit.
Elle ne répondit pas. Plus précisément, elle ne le put pas.
Sachant que répondre lui donnerait le sentiment de son insignifiance.
Lady Tolofia tremblait, incapable de reconnaître ne serait-ce que cette insignifiance.