Matthew s'est précipité dans sa chambre.
Il s'est mis à changer de tenue aussi vite qu'il le pouvait.
[Vous avez équipé la Robe de Brume (+1) !]
[Robe de Brume (Armure +0) : vitesse d'incantation +10 %. Augmente légèrement la vitesse de récupération de la puissance mentale.]
[Vous avez équipé le bâton de Bois Mort !]
[Bâton de Bois Mort (Attaque +1) : Invocation de Morts-Vivants +1]
[Vous avez équipé la Sacoche Magique !]
[Sacoche Magique : huit emplacements. Chaque emplacement peut contenir jusqu'à 12 objets d'un même type.]
[Objets actuellement rangés : Spore Pourrie / Papillon Fantôme / Parchemins]
Une fois changé de pied en cap, Matthew n'avait plus du tout la même allure.
D'ordinaire, il tenait plutôt du jeune professeur avenant à qui l'on parle sans crainte.
Mais là...
Il se rapprochait d'un cran du nécromancien tel que le public se l'imagine.
« À table ! »
Peggy s'est approchée avec une marmite de nouilles sautées aux champignons.
« Je mangerai en rentrant ! »
a dit Matthew en se hâtant vers la nuit.
Dix minutes plus tard.
La silhouette de Matthew est apparue à la lisière de la chênaie.
Pour toute compagnie, il avait un Feu de Mage qui l'éclairait.
Il n'avait pas très bonne mine.
L'apparition d'un incendiaire présumé menaçait gravement sa ressource la plus précieuse.
Il était comme un chat à qui l'on vient d'écraser la queue.
En un instant, il est entré en fureur.
En bonne logique, il aurait dû aller demander de l'aide au bureau de la sûreté.
Seulement, Matthew se disait que Blake devait être accaparé par l'affaire de Sif et qu'il n'aurait sans doute pas les mains libres pour s'occuper de la sienne.
Et puis, il voulait châtier lui-même cet incendiaire trop hardi !
« C'est la forêt que j'ai cultivée à la sueur de mon front. »
« Ce n'est pas le premier venu qui va me la saccager ! »
À la lisière de la chênaie.
Matthew s'est dressé sur la pointe des pieds et a scruté le lointain.
D'ici, il voyait bien un grand incendie. Le feu n'avait pas encore gagné la chênaie ; par chance, il n'y avait rien de combustible dans cette zone.
Il s'est calmé et s'est rendu compte que l'endroit qui brûlait semblait être une ferme.
Il n'y avait qu'une colline entre la chênaie et cet endroit.
Matthew avait croisé le propriétaire de la ferme à quelques reprises, et sa fille était adorable.
Le feu faisait rage sur la ferme, pourtant aucun cri ne montait des alentours. Il n'était pas difficile de deviner ce qu'il était advenu de la famille du fermier.
'Ce ne sont pas des brigands ordinaires.'
Matthew a retrouvé son sang-froid.
La fée du chêne lui avait dit que les incendiaires étaient nombreux et qu'ils dégageaient une aura maléfique et puissante. Il y avait donc de fortes chances qu'il s'agisse d'aventuriers.
Il ne pouvait pas agir à la légère tant qu'il ignorait la force de combat de l'ennemi.
Il a donc observé un moment.
Puis il a couru jusqu'à l'autre bout de la chênaie.
Très vite.
Matthew est arrivé à l'endroit qu'il avait en tête.
C'était une énorme meule de foin.
Sous la meule se trouvait quelque chose qui ressemblait à une cave.
La cave n'était pas bien spacieuse.
Son agencement rappelait un peu la chambre universitaire de Matthew, dans sa vie d'avant.
Clac !
Matthew a ouvert le couvercle de fer.
Il a sondé les lieux.
Puis il s'est mis à user de l'[Invocation de Morts-Vivants].
Sous la conduite de la puissance magique.
Sans crier gare.
Une main d'une blancheur spectrale s'est abattue sur la terre battue, à la sortie de la cave !
Aussitôt après.
Les squelettes sont sortis du trou l'un après l'autre en rampant !
Peu de temps après.
Au bord de la meule de foin se tenaient 12 soldats squelettes, une flamme d'âme vert pâle dans le crâne.
La plupart de ces soldats squelettes avaient des os épais et une ossature complète. Ils portaient aussi des armes et de petits boucliers ronds. C'était l'élite des soldats squelettes.
Toutes ces créatures invoquées, Matthew les avait rassemblées avec soin.
Il lui avait fallu bien des efforts pour leur donner l'allure qu'elles avaient aujourd'hui.
Car il faut savoir que l'invocation de morts-vivants ne sort pas de nulle part.
Aussi puissant soit un nécromancien, il lui est impossible de faire surgir une troupe de soldats squelettes du néant.
Invoquer des morts-vivants demande des matériaux.
Prenons l'exemple des soldats squelettes.
Les invoquer réclame une certaine quantité d'ossements.
Si la quantité est insuffisante, même une invocation réussie vous donnera des soldats squelettes amputés d'un bras ou d'une jambe.
Loin de se battre, ils risquent de se désagréger au bout de deux pas.
Si les soldats squelettes sont synonymes de chair à canon, c'est parce que les matériaux qu'ils réclament sont relativement faciles à trouver.
Les autres, comme les guerriers des ténèbres, les démons de sang, les dragons d'os et les mangeurs d'âmes, sont mille fois plus difficiles à invoquer !
Bien entendu.
Il existe aussi un moyen de contourner les matériaux d'incantation et d'obtenir quand même la créature invoquée.
Il consiste à bâtir un cercle magique qui pointe vers le plan d'énergie négative.
On peut alors tirer directement les sujets depuis l'autre côté.
Seulement, la quantité de ressources consommées est plus effarante encore.
Même un mage de haut niveau pèse le pour et le contre avant de construire un tel cercle.
Aussi, d'une manière générale.
Ce n'est pas sans raison que les nécromanciens peu scrupuleux préfèrent traîner du côté des cimetières et des fosses communes.
Ils sont fauchés, tout simplement !
Et quelqu'un comme Matthew, qui avait acheté de sa poche presque tous les os de sa cave ou les avait ramassés par hasard, faisait figure de saint parmi les nécromanciens.
« En route ! »
a ordonné Matthew.
Les soldats squelettes, un peu lents à réagir, l'ont suivi sans se presser.
Des vagues d'air froid ont commencé à se répandre.
Dans la chênaie.
Même le vent nocturne, si bruyant, s'est tu.
On aurait dit que lui aussi craignait la venue des morts-vivants.
Boum !
Une flamme violente a explosé dans les champs.
Le vent soufflait fort et attisait l'incendie.
Il a regardé la ferme disparaître peu à peu dans la mer de feu.
Heiss, vêtu d'un débardeur noir qui découvrait ses muscles, a laissé paraître un sourire venu du fond du cœur.
Il a réprimé l'envie de mettre le feu ailleurs.
Il a porté son regard vers la forêt sombre, non loin de là.
« Les renseignements de Fein ont l'air exacts. La Pierre Roulante est sans défense, par les temps qui courent ! »
« Héhé, alors laissez-moi leur offrir encore un peu de terreur par les flammes ! »
Il a marché à grands pas vers le flanc de la colline.
Derrière lui.
Ses six hommes de main ont suivi.
« Tout est réglé ? »
a demandé Heiss d'un ton détaché.
« Ne vous en faites pas, patron. Pas un n'a survécu. Ils ont tous brûlé vifs ! »
L'un des visages balafrés a laissé paraître un sourire sinistre.
Heiss a hoché la tête, satisfait.
En tant qu'Incendiaire de niveau 11, il sentait que sa force venait d'augmenter un peu !
Pas énormément.
Mais de façon nettement perceptible.
À vrai dire.
Selon le plan initial, il aurait dû se retirer après avoir brûlé la ferme, mais la sensation de gagner en puissance l'enivrait au plus haut point.
Surtout, quand il a remarqué la chênaie devant lui, il a immédiatement changé d'avis.
Il sentait la vitalité débordante que contenait cette forêt. La brûler lui apporterait un gain de puissance considérable !
Elle faisait environ dix fois la taille de la ferme.
C'était presque comme incendier une rue entière dans une ville.
Sauf que le risque était bien moindre qu'un incendie en ville !
Aucun incendiaire n'aurait pu résister à pareille tentation.
Heiss sentait surtout, très nettement, que s'il brûlait cette forêt, la voie de la flamme, jusque-là très floue pour lui, deviendrait limpide.
Il ne pouvait plus contenir ses pensées folles !
'Mettre le feu ! Mettre le feu ! Je veux la brûler ! Brûler ! Brûler !'
« Halte ! »
Ils étaient à mi-pente.
Heiss a soudain crié.
Ses six sbires l'ont aussitôt entouré, sur leurs gardes.
« Qu'y a-t-il, patron ? Vous voulez qu'on se retire ? »
a demandé le Balafré.
Heiss l'a ignoré. Il fixait droit devant lui, les yeux grands ouverts.
La brise nocturne charriait une faible lueur verte et fluorescente.
Une légère odeur de putréfaction flottait dans l'air.
« Ce sont des flammes d'os... »
Heiss a regardé d'un air songeur la rangée de silhouettes qui apparaissaient lentement sur la pente.
Des soldats squelettes ?
Un nécromancien ?
Les sourcils froncés de Heiss se sont aussitôt détendus.
« C'est Fein qui t'envoie ? Retourne lui dire que j'irai le trouver quand j'aurai brûlé cette forêt ! »
« Quant à savoir si je rejoins l'Église, ça dépendra de sa bonne foi. »
Les soldats squelettes n'ont pas bougé.
Celui qui, tapi dans l'ombre, commandait ces créatures mortes-vivantes n'a rien répondu.
Heiss n'a pas pu s'empêcher de rire.
« Tu ne comptes pas m'arrêter, si ? Avec ces squelettes ? »
Ses hommes ont ri eux aussi.
Le Balafré s'est porté volontaire.
« Patron, je vous envoie valser tous ces squelettes d'un seul coup de pied ! »
Heiss a secoué la tête.
Son regard a fouillé la pente.
Un regard d'une acuité redoutable.
Pourtant, il n'a pas agi à la légère.
Au bout de quelques minutes.
Sa tension est retombée d'un coup.
Les deux gros muscles de sa poitrine ont tressauté.
« Pas la peine de jouer les mystérieux. J'ai repéré ta position. Fein ne t'a pas dit ce que je suis ? Héhé, je suis très sensible à la température ! »
Il a regardé les soldats squelettes et a lancé, railleur : « Vous aimez vous cacher derrière les rebuts, vous, les nécromanciens ? Quel manque d'imagination ! »
L'autre n'a pourtant toujours pas répondu.
Heiss a fini par s'emporter.
« Si tu ne dégages pas, je te brûle aussi ! »
Tout en parlant.
Une fiole de verre d'où s'échappaient des flammes est apparue dans sa main !
« Je ne joue pas les mystérieux. »
Enfin.
Une voix s'est élevée derrière un soldat squelette.
« J'attendais simplement que les sacs fassent leur effet. Vous venez de les inhaler. »
Matthew se tenait sur la colline.
Une grande quantité d'énergie négative a jailli de la pointe du bâton de Bois Mort !
[Sac de Putréfaction : accélération de l'infection !]
« Mauvais signe ! »
Heiss s'est retourné.
Ses hommes avaient l'air un peu paniqués.
Ils commençaient à comprendre que quelque chose clochait.
« Pourquoi ça me démange, sur le visage ? »
« Le bras aussi ! »
« Ça gratte ! On dirait que quelque chose pousse ! »
Sous leurs regards terrifiés.
Des bosses rouges sont apparues sur la peau de certains.
Au début, ces excroissances ne se remarquaient pas et ne se sentaient pas.
Très vite, elles sont devenues d'une démangeaison intolérable.
Impossible d'empêcher sa main de gratter.
Il a gratté.
Une grande quantité de pus jaune-vert a jailli.
Des éclaboussures partout sur sa peau.
L'infection s'est mise à progresser encore plus vite !
À mesure que la zone infectée s'étendait.
Dans le groupe.
L'aura venue du plan négatif se faisait de plus en plus dense !
« Arrêtez de vous gratter. Tuez ce nécromancien et tout ira bien ! »
Heiss a tranché sans attendre et a rugi son ordre.
La bande a serré les dents malgré les démangeaisons et a chargé.
Matthew a continué d'agiter son bâton.
Cette fois.
Il n'a même pas eu besoin d'incanter !
[Sort d'Invocation de Morts-Vivants : objet de contrat !]
[Votre aptitude Invocation instantanée produit son effet !]
[Votre aptitude Butin garanti produit son effet !]
Sur la colline.
Un grand cercle de lumière verte est apparu à l'endroit où le groupe s'apprêtait à déboucher.
« Écartez-vous, vite ! »
Heiss n'a pas eu le temps de finir.
Une haute silhouette est tombée du ciel !
Bang !
L'un des hommes de main n'a pas pu s'écarter à temps.
Il a été réduit en bouillie !
Ceux qui se trouvaient à côté ont été emportés par l'onde de choc et ont dévalé la pente en roulant.
Heiss a tourné la tête, furieux.
La silhouette de deux mètres regardait autour d'elle d'un air ahuri.
Ses os étaient d'un blanc sans défaut.
Mais ce qui frappait le plus, c'était l'assiette qu'elle tenait à la main.
« Matthew ? Tu veux dîner ? Ça tombe bien, je viens de réchauffer les nouilles sautées aux champignons... »
Peggy a regardé Matthew, tout heureuse.
« Non, jette les nouilles, Peggy. J'ai besoin que tu te battes pour moi. »
a dit Matthew.
L'humeur de Peggy est devenue grave d'un coup.
Elle s'est tournée vers l'incendiaire.
Puis elle a dit à Matthew :
« Dans ce cas, renforce-moi, s'il te plaît ! »