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A Land of Nations

Chapitre 7 : Le serment et la potence

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Chapitre 7

Chapitre 7 : Le serment et la potence

Chapitre 7/7100%~13 min de lecture2 524 mots

César a vu juste : Amaury Ier, et Baudouin lui-même, louent hautement sa conduite. Baudouin lui offre un cimeterre de Damas en consolation et en dédommagement, tandis que les récompenses d'Amaury Ier sont au nombre de deux.

La première est l'autorisation d'accomplir la « cérémonie du Serment ».

La cérémonie du Serment n'existait à l'origine qu'entre les vassaux et le monarque, mais les souverains l'ont ensuite étendue à chacun de leurs sujets. Tout homme du commun doit jurer devant l'envoyé qu'il sera fidèle au monarque et à son héritier. Avant la cérémonie, Héraclius administre aussi le baptême à César, à l'insu de tous, bien entendu, uniquement pour assurer son identité chrétienne. Le baptême accompli, César baise la Croix, pose la main sur la Bible et dit :

« Je jure ici, à compter de ce jour, d'être fidèle à mon monarque Amaury Ier, le très pieux monarque, Gardien du Saint-Sépulcre, fils du roi Foulque V de la Marche d'Ayyarasa et de la reine Mélisende. »

« Dans mes rapports avec lui, j'ai le cœur pur, ma conduite est exempte de tromperie et de malice. Pour l'honneur du royaume, j'accomplis selon la loi tout ce qu'un homme doit à son monarque. Que je reçoive le secours de Dieu, que je reçoive le secours de la Terre sainte. »

Un tel serment n'aurait eu besoin, d'ordinaire, que de l'envoyé du roi pour témoin, mais à la demande d'Amaury Ier, Bohémond, duc d'Antioche, Raymond, comte de Tripoli, Ogier de Balben, Grand Maître des Hospitaliers, et Philippe de Milly, Grand Maître des Templiers, figurent tous parmi les témoins. Ce déploiement fait presque croire qu'on assiste au serment du fils d'un grand-duc. De tous, c'est Raymond, comte de Tripoli, qui fait la plus vilaine mine.

La cérémonie terminée, il rattrape aussitôt le roi, comme s'il voulait lui dire quelque chose, mais il rebrousse bientôt chemin, découragé. En le voyant ainsi, Bohémond rit et lui prend le bras.

« Tu sais que notre ami peut se montrer très entêté, parfois », dit-il. « Passe-lui cela de temps en temps. Après tout... »

Il incline la tête vers la tour gauche.

« Aucune bonne nouvelle n'est venue de Rome. »

« Ces porcs ! » jure Raymond, avant de froncer les sourcils d'impatience. « Qu'est-ce que c'est que ce tapage, dehors ?! »

« Des serviteurs qui ont osé attenter à la vie du page du prince vont être pendus », répond un écuyer, qui se dresse sur la pointe des pieds pour regarder par la fenêtre du couloir, tout excité.

Raymond a un petit reniflement.

« Un ramassis de bons à rien ! »

Il refuse la proposition de Bohémond, qui l'invitait à assister ensemble à la pendaison, et s'éloigne seul.

Une fois qu'il est parti, Bohémond laisse tomber son sourire lui aussi.

« ... Toi non plus, tu ne sers pas à grand-chose, Raymond », dit-il à voix basse, et le page qui se tient près de lui baisse aussitôt la tête.

Voilà le second présent qu'Amaury Ier fait à César.

À dire vrai, même en sachant que ces gens qu'on va pendre étaient tous mêlés au complot contre sa vie, ou du moins au courant, César n'éprouve aucun goût pour le spectacle de la mort des autres. Mais ceux qui l'entourent, de l'intendant du château à l'officier de la maison, de l'officier de la maison au page chevalier, de l'écuyer jusqu'au dernier palefrenier et à la dernière lavandière, sont tous fébriles et impatients.

À midi, la place est bondée autour des potences dressées.

César a même l'honneur de regarder depuis les créneaux, en haut de la tour de défense, aux côtés du prince Baudouin, sans avoir à se serrer dans la foule chaude, bruyante et puante. Il n'en tire pourtant aucune satisfaction particulière : cette tour de défense est précisément celle où Witt et les autres lui ont tendu leur piège. Il ne sait pas si l'intendant du château a fait exprès de choisir ce lieu pour marquer ses distances avec Witt, ou par mépris moqueur envers les faibles.

Le renversement de la proie et du chasseur soulève en effet vague après vague les rires des badauds, surtout quand on fait sortir les condamnés comme du bétail avant de leur passer la corde au cou et de les pendre.

« Si c'était toi qui étais tombé, l'autre nuit », dit soudain Baudouin, « ils riraient tout aussi fort. »

« Si j'étais mort, recevraient-ils le même châtiment ? »

« Sans doute pas. »

Baudouin baisse les yeux vers la foule de la place et parle lentement.

« Avant de devenir mon page, tu n'étais qu'un esclave, un homme du commun tout au plus, tandis que ces gens-là ont été choisis par l'intendant du château sur la Marche d'Ayyarasa et dans les territoires voisins, après que mon père eut confirmé que j'avais la lèpre. »

« Ce sont soit les fils cadets mal-aimés de quelque seigneur, soit des chevaliers errants qui ont perdu leur fief, soit des bâtards ou des fils légitimes non reconnus. Je pense à Witt. »

« Son père avait épousé une Isaacite dans les formes, mais ce mariage n'était reconnu ni par le droit canon ni par le droit coutumier. Plus tard, le père de Witt est mort au champ de bataille, sa mère s'est remariée, et il a vécu aux crochets de son oncle par le sang. Malgré cela, on croira toujours l'oncle plutôt qu'un mort. »

On passe un nœud coulant autour d'un cou, on en tend l'extrémité à un écuyer, qui l'attache au pommeau de sa selle avant de faire claquer sèchement son fouet. Le cheval bondit en avant, le serviteur décolle haut du sol puis retombe, la nuque brisée net, la tête ballante sur le côté, tandis que la foule pousse des acclamations.

« Tu as bien agi, César », dit Baudouin. « Ne sois pas trop triste : ils l'avaient tous mérité. »

Comme César le regarde avec surprise, Baudouin esquisse un sourire.

« Qu'y a-t-il d'étonnant ? Nous n'avons pas passé une semaine ensemble, mais certaines choses se voient sans qu'on ait besoin de se connaître longtemps. »

Il le console.

« Ton choix était le bon : aucune hésitation, aucun élan de trop. Ta décision et ta finesse suffisent à ce que mon père se porte garant de toi, et cela fait de toi vraiment mon page. »

« Ah... » dit soudain Baudouin. « Regarde, c'est Witt. »

Witt est le dernier qu'on mène sous la potence. Jusque-là, César le voyait comme une belette ou une moufette rusée ; il lui en donne toujours l'impression, mais ce n'est plus une bête vivante : plutôt sa dépouille. En une nuit, il s'est entièrement flétri, recroquevillé en boule, ce qui ne veut pas dire qu'il accepte son sort. Tout le long du chemin, il crie et hurle, si fort que César et Baudouin l'entendent depuis les créneaux.

Il se plaint, implore pitié, jure, supplie qu'on le gracie, se prétend bâtard du comte, bâtard du duc, bâtard de l'archevêque... Ses cris ne servent à rien et lui attirent en plus les moqueries ; les soldats chargés de l'exécution le trouvent agaçant et bruyant. On lui passe la corde au cou plus vite que pour les autres, l'écuyer fait mollement claquer son fouet, et le cheval part...

Chacun croit la farce achevée, et les deux garçons, sur les créneaux, ont déjà détourné les yeux. Mais aucune acclamation ne vient. Après un bref silence, la foule éclate en cris de stupeur encore plus forts.

« Qu'est-ce que c'est ? » demande César.

Il se penche sans y penser vers le mur à hauteur de poitrine et voit le corps de Witt s'embraser soudain d'une faible lumière blanche. Le petit homme rue des pieds contre le sol, les mains coincées entre son cou et le nœud coulant, résistant dans cette posture grotesque à la traction du cheval. La corde se tend, casse ; Witt est projeté en avant et tombe, et la lumière sur lui s'éteint.

À côté de lui, Baudouin laisse paraître une surprise dont il est peu coutumier.

« Comment un homme pareil a-t-il pu être élu ? » s'exclame-t-il malgré lui.

« Comment un homme pareil a-t-il pu être élu ? » dit Amaury Ier.

« Qui peut juger à la place du Saint-Esprit ? » Héraclius secoue la tête. « Tous ceux qui ont été élus jusqu'ici n'étaient pas des saints, Votre Majesté. Ce n'est qu'une charge sacrée, cela n'a pas d'importance. »

« Je crains que quelqu'un ne s'en serve pour créer des ennuis », dit Amaury Ier. « Celui qu'il a tenté de tuer l'autre nuit, c'était César. »

« Alors envoyons-le vite au monastère. Tous ceux que Raphaël élit deviennent moines ; je demanderai à Jean de le surveiller. »

« Cela ne suffit pas », dit Amaury Ier. « Je veux tenir plus tôt la cérémonie de l'Élection de Baudouin. »

« Mais Baudouin n'a personne auprès de lui, à présent... » Héraclius est sincèrement surpris. « Vous voulez faire de cet enfant le frère de Baudouin ? »

« J'ai dit que je le traiterais comme le fils d'un grand-duc », explique Amaury Ier. « Il ne se rappelle ni son passé, ni son âge, ni sa date de naissance, mais j'ai fait examiner ses dents et ses os par les moines : il a neuf ou dix ans, l'âge parfait pour entrer avec Baudouin dans l'église du Saint-Sépulcre. »

Il inspire profondément. À l'origine, Baudouin aurait dû entrer dans l'église du Saint-Sépulcre entouré de fils de nobles ; sous le regard de Dieu, les élus seraient devenus des frères d'un autre sang, s'aimant et se respectant comme des moines d'un même monastère. Mais c'est désormais impossible.

Aucun fils de seigneur ni de ministre ne voudrait devenir le frère d'un lépreux.

« Nous sommes en septembre. » Héraclius se tait un instant. Il devrait refuser, mais on a reçu ce jour même la réponse du Patriarche de la Terre sainte : comme Rome, le chef religieux de la Marche d'Ayyarasa refuse la « cérémonie d'absolution » pour le prince Baudouin, à moins qu'Amaury Ier ne cède et ne laisse l'influence du Patriarche pénétrer davantage la Marche d'Ayyarasa.

« La fête du petit Baudouin tombe à la Présentation du Seigneur, le 2 février ; on accomplit d'ordinaire la cérémonie de l'Élection entre dix et quatorze ans... mais l'avancer d'un mois ou deux ne devrait poser aucun problème. Comment voulez-vous l'organiser ? »

« Le lieu sera bien entendu l'église du Saint-Sépulcre. » Amaury Ier accepte la bienveillance de son ami et de son subordonné. « Certains ont proposé le Temple, mais vous savez que c'était à l'origine un temple sarrasin ; je trouve que cela ne convient toujours pas tout à fait. »

Il fait tourner l'anneau à son doigt.

« Héraclius, selon vous, qui l'élira ? »

« Ce devrait être Michel, Votre Majesté », dit Héraclius. « Il deviendra un chevalier fort et sage, un souverain parfait, comme vous. »

« J'aimerais mieux que ce soit Raphaël », dit lentement Amaury Ier, comme s'il voyait déjà l'instant venu. « S'il devient prêtre, il pourra se guérir lui-même. »

Héraclius garde un moment le silence, sans rappeler à Amaury Ier que même élu pour devenir un prêtre qui perçoit le Saint-Esprit, il faudrait une faveur bien plus grande que celle des autres pour guérir la lèpre. De tels prêtres sont aussi rares que l'or dans le sable, et presque tous sont recrutés par l'Église. Sans quoi, comment le Patriarche de la Terre sainte et le pape à Rome pourraient-ils se montrer si arrogants ?

« Du moment qu'il est élu », dit-il, « cela peut retarder les ravages de la maladie. Nous aurons plus de temps pour chercher un moyen de guérir le petit Baudouin. Votre Majesté, vous êtes le maître de la Marche d'Ayyarasa, gardien du Saint-Sépulcre ; Dieu ne sera pas si cruel envers vous. »

« Dieu a jadis imposé pareille épreuve à Abraham », murmure Amaury Ier. « Malheureusement, je ne suis pas un saint ; il est écrit que je ne passerai pas ce test. »

Il en est incapable : il ne peut pas abandonner à la légère son fils unique. Le roi se permet rarement de s'abaisser un instant, puis il se force à se reprendre.

« Quand vous aurez fixé la date, venez me le dire. »

« Il a été élu », dit Baudouin, de retour dans la chambre. « Quoi, personne au monastère ne te l'a dit ? »

« Ils ont peut-être pensé que je devais le savoir », dit César. « Mais je l'ignorais vraiment. »

Il se rappelle que, du temps où il ne pouvait pas encore bouger, certains moines venaient le voir régulièrement, lui tenaient la main, lui caressaient le front. Il voyait parfois de la lumière, mais comment aurait-il imaginé qu'il s'agissait d'un pouvoir surnaturel, hors de la mesure des mortels ?

« Disons les choses ainsi », reprend Baudouin. « Certains sont élus, César. »

Ceux qu'on appelle les élus sont de deux sortes. Les uns sont tenus pour élus par Michel, l'archange, gardien de l'Éden, vice-seigneur du Ciel, seigneur de la lumière, à l'image de qui ils sont les plus beaux et les plus forts des champions, les gardes que Dieu a choisis, les chefs des esprits de la sainte lumière. Ils possèdent d'ordinaire une sagesse et une force sans égales, ils sont pieux et purs, ardents et dignes de confiance, vertueux, braves et sans peur...

« Bien entendu, ce ne sont là que des mots. »

Baudouin fait rire César.

« Les élus deviennent généralement chevaliers, et ce sont presque tous des descendants de chevaliers. Quelques fils de chasseurs ou d'artisans, peut-être, mais pas beaucoup. »

Baudouin poursuit :

« L'autre sorte est reconnue comme élue par Raphaël. Sais-tu qui est Raphaël ? »

« Je le sais : le plus bienveillant des sept archanges, celui qui accomplit tous les miracles de guérison. »

« Ange dominateur du deuxième jour, seigneur des Puissances, gardien de l'Arbre de Vie en Éden », dit Baudouin. « Tous ceux qu'il élit deviennent moines ; ils peuvent guérir toutes les maladies et toutes les blessures, à moins que Dieu ne l'interdise. »

César saisit aussitôt la nuance.

« Tous deviennent moines ? »

« Oui », dit Baudouin. « Si l'un d'eux nie avoir été élu par Raphaël, c'est forcément un serviteur du diable. »

« Mais vous venez de dire que ceux qu'élit Michel ne deviennent pas tous chevaliers. »

« L'Église en a absorbé toute une fournée », dit Baudouin. « Ainsi de certains prêtres des Templiers et des Hospitaliers qui ont été élus par Michel : ils ne soignent pas les blessés, ils ne font que combattre. »

À ces mots, le regard de Baudouin s'assombrit légèrement, mais il n'explique pas davantage.

« Alors Witt est un élu de Raphaël ? »

César ne remarque pas le sarcasme et le doute dans sa propre voix.

Baudouin lève un doigt devant ses lèvres et clôt la conversation.

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