« Mais tu es trop maigre. Ton pelage est rêche aussi… Qui t'a fait tant de misère ? Mais, oui, comment peux-tu être si jolie ? Est-ce parce que j'ai pris soin de toi quand tu'étais un petit d'humain ? Peut-être deviendras-tu encore plus belle si je m'en occupe bien. Puis-je t'embrasser ? »
Sans attendre de réponse, Blanchet serra Azriel contre elle. Azriel fut saisie. « Hi ! » Elle était d'une force terrible. Elle frottait sa joue contre les cheveux d'Azriel et les reniflait.
« Oh, cette odeur familière. Mais elle est vraiment trop rêche. Mangeons beaucoup de bonnes choses à partir de maintenant et devenons douces, d'accord ? » Blanchet allait lécher les cheveux d'Azriel comme on lèche une fourrure, mais elle croisa le regard de Maylie qui la dévisageait comme une folle.
« Ehem, hmm, hmm. » Alors qu'Azriel s'éclaircissait la gorge, Blanchet la lâcha maladroitement. « Désolée. Cela fait juste trop longtemps. Hé, je ne suis pas une humaine, alors ne me regarde pas comme une folle comme ça. »
« Si tu n'es pas une humaine, qu'es-tu exactement… ? » demanda Maylie, tremblante. Blanchet inclina la tête. « J'ai dit que je suis l'esprit familier de Rhema. »
« C'est quoi, Rhema, et c'est quoi, un esprit familier ? »
« Vous ne savez pas ce qu'est un esprit familier ? Eh bien, la plupart des sorciers de nos jours ne savent plus en créer. Les esprits familiers sont des serviteurs que les sorciers gèrent. Ce sont des créatures qui prennent du mana en échange d'un accord maître-serviteur. Oui, ceux qui n'ont pas assez de mana pour les gérer ne peuvent pas les élever. » Un sourire légèrement moqueur était sur le visage de Blanchet. Azriel l'interrompit. « Rhema, c'est cette personne, Maylie. Le sorcier qui m'a donné des souliers de ville. »
« Ce sorcier bizarre… ? Qu'est-ce qu'il a, ce sorcier ? »
« Il nous a aidées. Ne te souviens-tu pas de ce qui s'est passé la… » Au souvenir soudain de la nuit précédente, Azriel s'arrêta au milieu de sa phrase. Durant la nuit, le château des Colte s'était changé en poussière et toute la famille du seigneur avait disparu. Il devait y avoir un énorme tumulte à présent. Elle s'inquiétait pour la famille de Maylie. « Excusez-moi, Mademoiselle Blanchet… »
« Juste Blanchet. Ne sois pas nerveuse avec moi. Ça met de la distance. Je sais que tu as oublié notre amitié, mais ça m'attriste un peu. »
« Euh, oui, non, d'accord. Enfin, est-ce que je peux sortir ? Je m'inquiète pour la famille de Maylie… »
« Oh, elle a une famille ? » Blanchet écarrilla les yeux et s'approcha de Maylie. Elle la détailla de la tête aux pieds et hocha la tête. « J'ai entendu dire que tu avais été blessée, mais tu as l'air d'aller bien maintenant, oui. Alors j'irai avec elle. Comme ça, on pourra juste aller vérifier qu'ils sont en sécurité, non ? »
« Je viens avec… » Alors qu'Azriel s'apprêtait à les accompagner, Blanchet la coupa. « Toi, tu restes ici. Je vais avoir du mal s'il n'y a personne quand Rhema reviendra. »
« …Pardon ? »
Au lieu de répondre à Azriel, Blanchet afficha un sourire mystérieux et souleva Maylie dans ses bras. Bien que Maylie fût bien plus grande qu'Azriel, Blanchet, avec son grand corps, la porta comme un enfant, à la surprise de Maylie. « Oh, mon Dieu ! Excusez-moi ! »
« Hé, ne te débat pas. C'est plus rapide que ta marche. Au fait, toi, comment t'appelles-tu ? »
« Ma, Maylie… »
« Oui, allons-y, Maylie. Hé, esprit ! Surveille Azriel. Appelle-moi s'il y a un problème. » La boule de lumière flottante scintilla, bougeant de haut en bas. Blanchet alla à la fenêtre, l'ouvrit et demanda à Maylie. « Quelle direction ? »
« P, par là ? »
« Accroche-toi bien. Azriel, on revient ! » Sans laisser le temps de l'arrêter, Blanchet sauta par la fenêtre. La pièce était au cinquième presqu'aucun autre bâtiment n'était visible par la fenêtre. Sidérée, Azriel se précipita vers la fenêtre.
« Ahhhhhhh ! » Le cri de Maylie s'éloigna progressivement. Blanchet atterrit sur un toit en dessous comme si de rien n'était et disparut, bondissant de toits en toits en un clin d'œil.
« Mon Dieu… » Azriel observait la scène, abasourdie, et elle sentit quelqu'un tirer sur sa traîne. Quand elle se retourna, c'était l'esprit. L'esprit s'envola rapidement et plana au-dessus de la table. Un plat fumant fut posé sur la table. « Tu veux que je… mange ? » L'esprit bougea comme s'il hochait la tête. Azriel s'assit et mangea avec une sensation irréelle. L'esprit la servit avec application, versant une boisson dans sa tasse et coupant du pain et de la viande pour elle. « … C'est surréaliste… »
Hier, elle avait été servie par l'esprit pour son bain, mais il semblait qu'il lui faudrait du temps pour s'habituer à cette boule de lumière volante, ou que davantage de souvenirs devaient être restaurés. Elle était certaine de ne pas avoir d'appétit, mais comme cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas mangé de plats aussi corrects, elle se surprit à vider son assiette quand elle reprit ses esprits. Ensuite, elle eut sommeil. Elle se sentait mieux qu'hier, mais son corps était encore lourd et manquait de force. Comme s'il connaissait son état, l'esprit poussa Azriel vers le lit.
« Tu dis que je dois aller me coucher ? Il fait encore jour dehors. »
Jusqu'à hier, elle devait se lever tôt le matin, se faire engueuler par la méchante gouvernante en chef, et être fouettée à la place de Deborah, mais on lui demandait maintenant de dormir sur un lit moelleux en plein milieu de la journée. L'esprit l'allongea et la couvrit jusqu'au menton. Comme si sa question n'avait pas de sens, elle s'endormit sur-le-champ. Alors, sa mémoire oubliée recommença à se déployer.
***
Rhema nettoya la pièce du deuxième étage où s'entassaient des encombrants et en fit la chambre d'Azriel. Il ne savait pas comment décorer une chambre d'enfant. Alors il alla voir un artisan dans une ville voisine et commanda tout ce qui était nécessaire pour une chambre de fille. Quand l'artisan demanda son budget, il ordonna d'apporter les meilleurs articles quel qu'en soit le prix. De ce fait, des meubles immenses et luxueux, qui ne convenaient pas vraiment à la petite pièce, furent livrés. Rhema, qui vit l'énorme lit qui occupait plus de la moitié de la pièce, résolut simplement le problème. Il lança un sort dans la pièce et en augmenta la taille plusieurs fois. Ainsi, la pièce devint assez spacieuse et luxueuse pour une princesse de nation.
« Voici ta chambre », dit Rhema.
« Celle… ci ? » Azriel, la mâchoire pendante, regarda l'intérieur de la pièce.
D'un lustre brillant à un lit à baldaquin, elle ne savait où poser les yeux. Au sol, un tapis doux et joliment coloré était posé. Cela lui donnait peur d'y entrer.