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A Barbaric Proposal

Chapitre 70

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Chapitre 70

Chapitre 70

Chapitre 70/70100%~14 min de lecture2 726 mots

Il serait mensonger de dire qu'elle ne s'inquiétait pas de ce que cette femme ressentirait.

[Rienne] « Je m'en inquiète, oui… mais je sais que je n'y ai aucun droit. »

[Mme Henton] « Même avec ces mots… »

[Rienne] « L'ancien roi… Non, je ne devrais pas tourner les choses ainsi. Je sais ce que mon père a fait. Et je ne sais pas quoi faire après avoir hérité d'un tel sang. Je sais que je devrais me confesser et supplier pardon, mais… quand j'imagine le jour où il apprendra toute la vérité sur les sept familles… »

Le visage de Mme Henton se figea alors qu'elle écoutait Rienne.

[Rienne] « … Dans ce cas, je finirai probablement par payer pour ce qui s'est passé. Il n'y a donc aucun intérêt à t'inquiéter de ce que tu feras. »

[Mme Henton] « Tu penses que tu vas mourir de toute façon… alors peu importe qui te tue ? C'est bien ce que tu veux dire ? »

[Rienne] « Ce n'est pas ce que je veux dire. Juste… je veux seulement dire que je ne lutterai pas trop acharnement, même si cela signifie protéger ma vie. »

Elle voulait juste que ces heures béates durent aussi longtemps que possible.

Qu'ils puissent se marier en sécurité, qu'elle puisse transmettre sa souveraineté sans encombre, bâtir un foyer paisiblement et être heureuse… Intacte et sauve. Tout simplement, aussi longtemps que cela leur serait permis.

[Rienne] « Alors, je t'en prie, pense à ce que tu aimerais faire. Discutes-en avec ton fils également. Si tu décides de rester à Nauk, je ne serais pas contre te voir servir comme dame de compagnie au château. »

Et j'espère que ta haine s'arrête à moi. Ne hais que moi. Pas lui.

À l'époque, il n'était qu'un petit enfant. Comme le disait cette femme, des enfants tels que ceux-là sont impuissants face aux intrigues et aux ambitions des adultes. Il n'aurait rien pu faire pour l'empêcher.

[Klimah] « C'est… étrange. »

Après avoir avalé le reste du sucré, Klimah essuya les miettes au coin de sa joue et s'approcha doucement d'elles deux.

[Rienne] « Quoi ? »

[Klimah] « Il sait déjà tout. »

[Rienne] « Comment ? »

Rienne leva les yeux vers les yeux bruns impassibles de Klimah, tout son corps tremblant.

[Klimah] « Le prince Fernand m'a demandé… ce que je t'ai dit… Alors je lui ai tout raconté. »

[Rienne] « Qu'as-tu dit ? »

Sans même s'en rendre compte, Rienne s'était levée, tournant son corps vers lui. À ce mouvement inattendu, les épaules de Klimah se tendirent.

[Klimah] « Je… lui ai dit tout ce que je t'ai dit, Votre Altesse. »

[Rienne] « Quoi ? »

Les yeux verts éclatants de Rienne s'écarquillèrent tellement sous le choc qu'il était impossible qu'ils grossissent davantage.

[Rienne] « Mais alors, il… Depuis tout ce temps… Non, attends, quand lui as-tu dit ? »

[Klimah] « Hier. »

[Rienne] « Hier ? »

Cela datait de la nuit dernière exactement. Quand il s'était brusquement montré froid avec elle et avait refusé de lui parler.

[Black] – « Franchement, je trouve ça un peu pathétique de devoir passer par là en te forçant à chaque fois. Alors ne t'en fais pas. »

Et en la repoussant cruellement, il lui avait dit de ne plus se soucier de ce genre de choses.

[Black] – « J'ai dû avoir un moment de désespoir. Tu as toujours l'air de vouloir t'éloigner de moi. Je voulais voir si tu ressentirais autant d'anxiété que moi. »

[Rienne] « S'il savait hier… alors la nuit dernière… il avait déjà appris… ce que les Arsak avaient fait… »

[Klimah] « Non. »

Klimah secoua la tête. À chacun de ces mouvements, des miettes du bonbon tombaient en suspension dans l'air.

[Klimah] « Il le savait déjà. Hier, c'était seulement lorsque je lui ai dit que tu le savais aussi, Votre Altesse. »

[Rienne] « Il le savait déjà ? Il… Lui… ! »

Rienne était sous le choc, son corps commença à tituber. Craignant qu'elle ne s'effondre, Mme Henton se leva instinctivement et la retint maladroitement mais fermement.

[Rienne] « Mais… comment ? »

Comme si elle demandait des réponses à quelqu'un qui n'en avait aucune, Rienne agrippa sans raisonner les pans de la manche de Mme Henton.

[Rienne] « Comment pouvait-il agir ainsi ? Comment ? Après que le défunt roi ait fait une chose pareille ? Comment aurait-il pu…»

[Mme Henton] « D'abord… tu dois te calmer un instant. »

[Rienne] « Agir ainsi… envers moi…»

[Black] – « À ce moment-là, plus que tout, je voulais juste un foyer. »

Rienne bredouilla, le regard écarquillé et hagard alors qu'elle s'adressait à Mme Henton. En réalité, cela importait peu qui elle abordait maintenant ; cette femme n'était simplement que celle qui se trouvait à ses côtés.

[Rienne] « Il savait tout… dès le début. Mais il a dit que tout était du passé… et qu'il était heureux que je ne l'ait jamais quitté…»

Puis il avait dit :

[Black] – « À partir de maintenant, fais simplement ce qui te convient, Votre Altesse. »

[Rienne] « Je suppose que je n'étais pas prête… J'avais peur de ce qu'il pourrait faire une fois au courant, mais j'ai décidé de me contraindre à accepter ce qui arriverait…»

Mais il avait répondu que ce n'était pas le cas, et lui avait ordonné de pleurer. Ensuite, il avait ajouté qu'elle n'avait pas l'air de quelqu'une ayant déjà pleuré convenablement, si bien qu'il l'avait encouragée à verser plus de larmes afin de mieux dormir.

Et désormais, de nouvelles larmes embuaient ses grands yeux.

[Black] – « L'important, c'est que tu touches ma blessure, Votre Altesse. Et je ne ressens plus la douleur. »

À présent, elle comprenait le sens de ces paroles.

[Mme Henton] « Je ne comprends pas. Dois-je appeler quelqu'un ? »

[Rienne] « ………Non. »

Les yeux humides de larmes, Rienne sourit largement.

[Rienne] « Merci, Madame. Et pardon. »

[Mme Henton] « Pourquoi tout d'un coup ? »

Mais avant qu'elle ne puisse poser une autre question, Rienne ouvrit les bras et serra étroitement la femme contre elle. Celle-ci était si déconcertée qu'elle en oubliait presque respirer.

[Rienne] « Il savait déjà tout. Pourtant, il m'a quand même retenue. Je suis vraiment désolée, mais je suis aussi infiniment reconnaissante. »

[Mme Henton] « Je ne vois pas très bien…»

Mais il n'y avait pas le temps d'expliquer les choses à cette femme perplexe.

Rienne se retourna, fit face à Klimah, puis l'enlaça aussi serrément et farouchement qu'elle l'avait fait avec sa mère.

[Rienne] « Merci, monsieur. Et pardon. Je suis tellement désolée……Merci. »

[Klimah] « P, Princesse… Pric…»

Et jusqu'au moment où Rienne le relâcha, le visage de Klimah rougit d'un rouge bise tandis que sa voix sortait sous forme de bredouillement feutré.

[Rienne] « Vous devriez y réfléchir tous les deux. Ce que vous voulez faire dorénavant et comment vous souhaitez vivre. »

Dès qu'elle eut terminé, Rienne se détourna rapidement et partit.

Relevant sa jupe entre ses mains, elle descendit l'escalier en courant, laissant apparaître ses chevilles telle une gamine espiègle.

Pour l'instant, elle avait envie de pleurer.

[Black] – « Si tu as envie de pleurer à l'avenir, viens me trouver. »

Alors elle devait le retrouver.

Pendant ce temps, Black faisait route retour après avoir visité le manoir désert du côté sud de la rivière.

L'évaluation de Phermos était juste. S'ils pouvaient élever des murs appropriés, le manoir rendrait de bons services. L'emplacement, la vue, le relief… tout était idéal pour une forteresse.

[Phermos] « Alors, dès que les réparations des escaliers du Temple seront achevées, nous entamerons les travaux ici. Allons-nous fournir les fonds pour cela aussi ? »

[Black] « Bien sûr. »

[Phermos] « Hmm… Si tu veux faire les choses proprement, cela risque de coûter assez cher. »

[Black] « Il est grand temps que le duché d'Alto envoie l'or qui nous est dû. »

[Phermos] « Oh, ça fait déjà si longtemps ? »

À proximité du duché d'Alto se trouvait une mine d'or dont Black avait repris la propriété en guise de compensation pour la guerre. Les Tiwakan avaient prêté les droits miniers au duché ; en échange, celui-ci devait leur reverser la moitié des recettes chaque année.

Phermos était probablement la seule personne à connaître l'étendue réelle de la fortune des Tiwakan, disséminée à travers le continent.

Grâce à leurs faits d'armes, ils possédaient des biens répartis partout, acquérant de nombreux actifs qui ne se conservent pas comme la terre ou les mines. Outre cette mine d'or, ils détenaient également plusieurs gisements de fer et de sel.

Les seuls bénéfices de la mine de sel rapportaient aux Tiwakan une somme équivalente au budget annuel de n'importe quel petit royaume.

Lors des conflits, les vainqueurs comme les vaincus subissaient d'énormes pertes financières. Mais les mercenaires ? Ils ne faisaient que gagner de l'argent.

Avec la force brute de Black et l'intelligence de Phermos, les Tiwakan avaient balayé le continent, accumulant aveuglément des richesses issues de toutes les terres au cours de ces dix dernières années.

[Black] « Il est impossible que tu n'aies pas su ça. »

Black jeta un coup d'œil en arrière vers Phermos, qui haussa simplement les épaules.

[Phermos] « Comme prévu, je ne peux pas te duper, mon Seigneur. Je comptais te dire que construire une forteresse ici ne serait que le début. Comme tu le sais probablement à présent, Nauk ressemble à du poison. C'est un gouffre sans fond. »

[Black] « Je le sais. »

[Phermos] « Et pourtant, tu comptes toujours y injecter des richesses ? »

[Black] « L'argent peut toujours se gagner. Et j'en ai déjà plus que suffisamment. »

[Phermos] « Eh bien, oui, je suppose… Ta fortune est si colossale que l'équilibre actuel pourrait aisément se maintenir, mon Seigneur. Et je sais que même si cela ne suffisait pas, t'en procurer davantage ne te poserait aucun problème, mais…»

[Black] « Les effets de la sécheresse ne dureront pas éternellement. Ils prendront fin un jour ou l'autre. »

[Phermos] « Pardon ? »

Black avait parlé avec une telle certitude que Phermos le fixa avec une expression étrange.

[Phermos] « Que veux-tu dire ? »

[Black] « Une sécheresse qui dure vingt ans n'a aucun sens. Sauf si le climat de Nauk a changé radicalement, il est insensé de penser qu'il touchera uniquement cette zone — et nulle part ailleurs. »

[Phermos] « Oh, c'est vrai. »

[Black] « Nous avons besoin de gens qui ont étudié le climat, et je prévois d'inviter des érudits ici en temps voulu. Si nous pouvons comprendre la source du problème, cela nous avancera d'un pas vers la solution. »

[Phermos] « Ah, c'est bien ce que tu entendais. »

Il le savait. Son Seigneur aurait inévitablement une vision aussi large des choses. Tandis que Phermos s'inquiétait des conséquences d'injecter des richesses dans ce royaume affamé, son Maître pensait déjà aux projets les plus lointains.

[Phermos] « Tu es vraiment décidé à t'installer ici, mon Seigneur. Quoique cela me rappelle : avant notre arrivée, ne m'avais-tu pas dit que tu projettais de rester seulement un certain temps ? Qu'est-ce qui a changé ta décision ? »

Black reporta son regard sur Phermos.

Reculant légèrement, Phermos baissa les yeux vers le sol. Pour une raison obscure, le regard implacable de son maître et ses yeux plissés donnaient l'impression qu'il le traitait silencieusement d'idiot.

[Phermos] « Pourquoi me regardes-tu comme ça ? »

[Black] « C'était ainsi à l'époque. »

D'après la manière dont il parlait, sa voix était douce, semblable à un murmure intime. Phermos songea un instant que la voix de son maître paraissait alors très humaine.

Lorsque Black répondit, son ton signifiait clairement qu'il n'avait pas envie de donner suite, mais ses lèvres bougèrent quand même.

[Black] « À ce moment-là, je pensais partir dès que je l'aurais conquise pour moi. »

[Phermos] « Comme les mines, tu veux dire. »

Tel un autre bien mobilier, une fois Nauk devenu sien, il l'aurait confié à autrui afin de lui assurer une survie pérenne même en son absence. Globalement, il ne nourrissait aucune insatisfaction particulière quant à sa vie de mercenaire, et projetait donc de continuer à vivre de la sorte, principalement inchangée, même après son mariage.

[Phermos] « Mais la Princesse est ici, à Nauk, et elle est finalement devenue quelqu'un à qui tu tiens… voilà pourquoi nous sommes là. »

Phermos marmonna pour lui-même hors de portée de voix, hochant la tête. Tirant sur les rênes de son cheval, il se tourna soudainement vers Black.

[Phermos] « Je ne pense pas que ce soit quelque chose de si mal. »

[Black] « De quoi parles-tu ? »

[Phermos] « T'installer ici, j'entends. Tu ferais un excellent roi. »

Mais à peine avait-il prononcé ces mots que Black répondit si vite qu'on eût dit qu'il n'y avait même pas réfléchi.

[Black] « Je n'ai aucune intention de devenir roi. Nauk possède déjà une souveraine parfaite. »

[Phermos] « Eh bien, c'est…» Bien sûr, je ne nierai pas que la Princesse pourrait devenir une reine adorée, mais la situation politique de Nauk n'est-elle pas trop délicate pour qu'elle puisse la gérer ? »

[Black] « C'est précisément ce qui la rend extraordinaire. Elle a réussi à garder les rênes malgré tout. »

[Phermos] « En vendant des propriétés royales, tu veux dire. »

[Black] « C'était pour protéger sa souveraineté. À cause de ce qu'elle a fait, Nauk n'acceptera aucun autre souverain que la princesse Rienne. »

Voilà pourquoi les Kleinfelder ne purent prendre le pouvoir par la force. Soulever une révolte aurait été un jeu d'enfant pour eux, mais au final, ils n'y arrivèrent jamais.

La raison pour laquelle Rienne restait appelée Princesse tenait au fait qu'elle n'avait pas encore été officiellement couronnée en raison de l'opposition des six grandes familles. Cependant, le peuple de Nauk l'adorait, lui permettant ainsi de conserver sa place.

Les richesses qu'elle redistribua en vendant ses biens constituèrent ce socle de soutien populaire.

[Phermos] « Bon… Prendre soin du peuple est certes un élément qui fait un monarque idéal. Mais le problème, c'est qu'il existe des limites à cela. La Princesse épuisera bientôt sa fortune, et qu'adviendra-t-il alors ? Le peuple continuera-t-il de la soutenir ? »

[Black] « Cela n'arrivera pas, donc la question est sans objet. »

Les lèvres de Phermos se tendirent.

[Phermos] « Donc tu essaies de dire que tu combleras ce déficit, mon Seigneur. »

[Black] « Je suis capable de cela. C'est mon rôle. »

[Phermos] « ……Je vois. »

Phermos remit ses épaules de niveau, puis redressa la tête vers l'avant.

Black ou Rienne. De son point de vue, il n'y avait pas grande différence. L'acte de vidanger toutes leurs ressources au nom de la nation était strictement identique, et c'était précisément ce qu'aurait dû faire n'importe qui prétendant au trône.

Ou peut-être que leurs intentions divergeaient légèrement ?

La Princesse souhaitait le faire pour Nauk, tandis que son Maître le faisait pour elle.

En observant cela, il réalisa qu'ils s'entendaient mieux que prévu. La perfection dans toute relation est quasi impossible, mais celle-ci restait la plus idéale qu'il eût jamais vue.

Mais en tout cas, si Black avait défini son rôle, cela signifiait également que le rôle de Phermos était lui aussi arrêté.

Cela risquait de s'avérer amusant pour lui.

Travailler dur pour transformer un royaume ruiné en une terre de prospérité et de richesse, le tout dirigé par deux chefs impeccables. Phermos hoche la tête, faisant avancer la discussion.

[Phermos] « Alors, tout ce qu'il nous reste à faire, c'est réussir à franchir la réunion du conseil. Les Kleinfelder seront définitivement éliminés, il ne restera donc plus qu'à tenir fermement en laisse les autres et à les contenir. »

[Black] « J'ai hâte. »

Pour cette réunion, Black avait mis en place un piège particulier. Comprenant sa signification, Phermos afficha un sourire déterminé.

[Phermos] « Moi aussi, mon Seigneur. »

À mesure qu'ils conversaient, le château de Nauk se dressait non loin. Après avoir franchi le pont-levis, Black s'orienta vers les écuries.

Et c'est alors qu'il aperçut quelqu'un qui l'attendait.

[Rienne] « Seigneur Tiwakan ! »

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