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29-sai Dokushin wa Isekai de Jiyuu ni Ikita......katta.

Chapitre 86

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Chapitre 86

Chapitre 86

Chapitre 86/12072%~19 min de lecture3 771 mots

On sent la chaleur d'un corps contre soi et on ouvre les yeux.

La pièce a un air connu. Ah, c'est la chambre de l'Auberge de l'Enclume Ardente. L'endroit où Marl et moi avons passé du temps tous les deux. Je tourne la tête sur le côté et Marl dort là, paisiblement. Soudain, des larmes me montent aux yeux. Pourquoi est-elle si chère à mon cœur, au point de me faire mal à la poitrine ?

Sans trop comprendre, j'approche mon visage de Marl endormie et je la touche délicatement. Elle s'éveille alors, me lance un regard un peu hébété, puis se jette soudain dans mes bras.

Je lui rends son étreinte tandis qu'elle pleure en silence contre ma poitrine, lui caressant doucement le dos. Elle finit par relever la tête et me fixer. Sans un mot, je l'embrasse, et des larmes débordent de ses yeux. Les miens en font autant, sans que je m'en rende compte. Ah, pourquoi est-ce à la fois si tendre et si douloureux ?

« Hé hé, arrêtez de vous tripoter là. C'est mauvais pour les yeux ! Et puis moi aussi, mélangez-moi à tout ça, bon sang ! »

D'une voix miellée, quelqu'un s'abat sur nous, enlacés.

« Ferme-la, fausse déesse ! Fiche le camp, crève ! »

« Quelles paroles horribles pour la bienveillante qui a arrangé vos retrouvailles en rêve !? Tu pourrais être un peu plus gentil, non ? »

« Taishi-san, Taishi-san, Taishi-saaaaan… »

La fausse déesse, que j'ai repoussée et qui roule par terre, proteste, tandis que Marl, toujours accrochée à ma poitrine, appelle mon nom en m'étreignant d'une force incroyable. Attends Marl-san, je vais tout recracher.

« Bon, calme-toi Marl, je suis là… et toi, fausse déesse, c'est bien la vraie Marl, hein ? Pas un fantôme créé dans le rêve, dis-moi que non »

« Authentique à cent pour cent. Je relie les consciences via la Bibliothèque. Tch »

La fausse déesse, assise par terre, fait la moue en détournant la tête. Elle sort des termes incompréhensibles, mais on n'a pas le temps de causer longtemps, faisons court.

« Marl, écoute. J'ai combattu Vautour et les dieux, j'ai perdu mais je suis pas mort. Je me suis réfugiés dans la Grande Forêt du Nord, et la mère de Melkina m'a recueilli et soigné. Seulement, j'ai perdu mes pouvoirs lors de la défaite, je ne peux plus utiliser la magie correctement, donc je ne peux pas rentrer tout de suite. »

Je pose mes mains sur ses joues, lui relève le visage pour qu'elle m'écoute. Les larmes et le nez qui coule lui gâchent son joli minois. Mais même comme ça, elle est adorable. Je la serre à nouveau contre moi, lui caresse la tête et continue.

« Je ne pourrai rentrer qu'après avoir récupéré mes forces et réglé mon compte aux dieux. Clover doit être sous surveillance, si j'y retourne maintenant, je me ferai attaquer à nouveau. Cette fois, je doute de pouvoir gagner, et si je perds, je mourrai surement. Alors pour l'instant, je ne peux pas rentrer. Mais quoi qu'il en coûte, je rentrerai, alors attends-moi. »

Marl, le visage enfoui contre ma poitrine, hoche la tête par petits coups.

« Peut-être que vous êtes surveillés aussi. Alors ne venez pas me chercher. Je vais voir si je peux faire passer un message depuis ici. Vous aussi, essayez de voir si vous pouvez envoyer des nouvelles par quelqu'un d'intermédiaire, plutôt que de venir directement. »

« Wakarimashita… »

Elle se frotte le visage contre ma poitrine avec insistance, puis relève la tête pour dire ça. Tu viens de t'essuyer le nez sur mon torse, non ? Bon, tant pis.

« Oui, voilà »

Pendant qu'on se regarde, la fausse déesse s'intercale entre nous et nous sépare. Je serre le poing, prêt à lui remettre un coup de poing, quand une chaleur parcourt mon poignet gauche.

« Chaud ! »

« Kya ! »

« C'est la preuve que ce n'est pas qu'un rêve, la bienveillante que je suis a mis une marque sur ton poignet gauche. Allez, arrêtez de vous tripoter »

« Tu laisses échapper tes vrais sentiments »

« Heu, Taishi-san. Cette personne ? »

« Je suis une déesse. Celle qui a amené Taishi-kun dans ce monde. Vous devriez me remercier. »

« Oui ! Merci beaucoup, déesse-sama ! »

« Franche !? Un peu, cette enfant est trop franche, non ? »

« C'est normal, c'est Marl. »

Qu'est-ce qu'elle raconte, celle-là.

« Ah… bon. Pour une raison ou une autre, je suis fusionnée avec ton Taishi-kun en ce moment, on vit collés-serrés tous les jours, mais ne sois pas jalouse, d'accord ? »

« C'est vrai ? Mais Taishi-san, il va rentrer, non ? »

« Évidemment. Mon lieu de retour, c'est uniquement chez vous. »

« Alors c'est bon. »

« …Hein ? »

La fausse déesse a l'air perplexe. Peut-être que Marl a un effet spécial sur elle.

« Ah, ça. Bon, si on reste connectés trop longtemps, on risque de se faire repérer, alors je coupe là, ok ? »

« Oui ! Merci de m'avoir fait rencontrer Taishi-san ! »

« Ah, oui. Bah, à plus. »

Un bruit parasite traverse l'espace, et je reviens dans ce lieu tout blanc d'autrefois.

« …Cette gamine, elle me donne des sueurs froides. »

Pas étonnant, Marl-san. Elle arrive à faire naturellement ce que je ne peux pas.

☆★☆

Je sens quelque chose de doux et de chaud au coin des yeux, et j'ouvre les paupières.

« Ça va ? On dirait que tu pleurais. »

Harpy-san me regarde, inquiète, en penchant la tête au-dessus de mon visage. Je me redresse et jette un œil à mon poignet gauche : une marque rouge en forme de croix y est gravée. Ce n'était donc pas un simple rêve.

« C'est sûr. »

C'est ça. Merci.

« Entendre un remerciement si franc, ça me déstabilise. »

La fausse déesse dit ça et se tait. C'est peut-être ça qui marche sur elle, la franchise. Bon, dorénavant, j'essaierai d'écouter ses paroles un peu plus honnêtement. Je lui dois bien ça.

« Une marque ? Ça fait mal ? »

Harpy-san, qui a remarqué ma marque, caresse doucement mon poignet avec ses plumes duveteuses. Je touche du bout des doigts l'extrémité de ses plumes, puis l'attire contre moi.

« Ça va. Merci de me consoler. »

« Non, c'est moi. Désolée, je n'ai pas su te consoler mieux. »

« Pas du tout. C'est parce que tu m'as consolé que j'ai pu pleurer. Il y a peu de gens devant qui je montre mes larmes. Garde-le pour toi, hein ? »

« Mmh. »

Harpy-san sourit doucement, puis m'enveloppe à nouveau dans ses plumes chaudes.

« Tu as une mine bien reposée. »

En sortant de ma couchette pour aller au point d'eau, c'est par ces mots qu'on m'accueille. Rifana-san, l'auteure de la réplique, me fixe d'un regard capable de geler l'eau de source.

Houm, ce n'est déjà plus le matin. C'est parce que je me suis levé à une heure indécente que j'ai droit à ça ?

« C'est grâce à vous. La gentillesse, la chaleur et la capacité d'accueil de Harpy-san m'ont profondément apaisé. »

«  ! C-c'est vrai. Tant mieux alors. »

Je réponds calmement, et Rifana repart en vitesse du point d'eau comme si elle avait été effrayée. Étrange ? Je m'attendais à ce qu'elle soit plus piquante, mais bon.

Pendant que je me lave le visage en penchant la tête, Broda arrive. Il tient une outre, sans doute venue recharger en eau pour le voyage.

« Yo, bonjour. »

« Ah, bonjour. Hmm ? »

Broda scrute mon visage.

« L'aspect dur a disparu de ton expression. C'était si bon que ça ? »

« Hah ? Ah, ouais, disons. Ouais. Harpy-san a été gentille avec moi. Si j'avais pas de femme, j'aurais peut-être fini mes jours ici. »

« Je vois. »

Broda hoche la tête et se met à utiliser le point d'eau. Rester à ne rien faire ne sert à rien, je me dirige vers la place du village des Harpy pour rejoindre Elmina-san. Elle est là, avec la cheffe des Harpy, une magnifique représentante de l'espèce. Elles me font signe de la main en me voyant.

« Bonjour. »

« Bonjour. Mmh, tu as meilleure mine. »

« C'est vrai. »

« Vraiment ? »

Je ne me trouve pas différent d'hier, me dis-je en me caressant la joue. Mais bon, avoir revu Marl en rêve et pouvoir lui parler a allégé mes soucis, c'est déjà ça. J'ai l'impression d'avoir retrouvé une certaine sérénité.

« Elmina-san, on repassera par ici au retour ? »

« Oui, c'est prévu mais… »

Elmina-san sourit en coin. Y a un malentendu, là.

« Non. Enfin, j'ai été très apaisé, mais ce n'est pas le sujet principal. »

Je pose cette prémisse et raconte à toutes les deux l'histoire de Piruru que j'ai confiée à Harpy-san.

« Voilà. C'est pour ça que je veux connaître le résultat. »

« C'est la raison, hein. De toute façon, on doit passer livrer du sel au retour, donc on s'arrêtera. »

« Moi aussi, je préviendrai tout le monde. »

« Merci. Si on peut les faire rentrer chez eux, c'est ce qu'il y a de mieux. »

Même si c'est impossible, je veux au moins les revoir une fois, ou au minimum leur transmettre qu'ils vont bien. Tant que c'est à ma portée, même en marge de mes obligations, mon envie d'aider les gens face à l'injustice ne change pas. Même sans pouvoir, je veux garder cette ligne de conduite.

☆★☆

On court à nouveau à travers la forêt.

Mon corps semble étrangement léger. La magie de vent qui assiste mon déplacement fonctionne à merveille. C'est net, ou plutôt j'ai la sensation de la contrôler avec délicatesse. Broda et Rifana, qui courent à mes côtés, ont l'air de s'en rendre compte, ils jettent parfois des regards de mon côté.

Je visualise juste la magie différemment. L'image, c'est les plumes enveloppantes de Harpy-san. Jusqu'hier, c'était un avion à réaction.

Une fois que ça marche, c'est facile. Comme le vélo. Si je veux aller très vite, l'ancienne image reste meilleure, mais pour courir à cette allure, la nouvelle méthode est bien plus élégante.

Après quelques heures de course, la forêt s'ouvre et apparaissent des structures en matériau blanc.

« On est arrivées. Ce soir, on campe ici. »

L'endroit où Elmina-san s'arrête est une cuvette herbeuse au milieu d'un groupe de bâtiments blancs. Apparemment, c'est un accumulateur de puissance magique ; la magie ambiante brille d'une lumière bleu pâle, comme des lucioles qui virevoltent.

« C'est des ruines, non ? »

« Les humains appellent ça comme ça. Nous, on appelle ça zone interdite. »

« Zone interdite ? »

« Oui. Un endroit où il ne faut jamais mettre les pieds. Ici, l'accès est autorisé seulement jusqu'à cette cuvette. Au-delà, passé cette porte blanche, personne n'a le droit d'entrer. »

Du doigt, Elmina-san désigne ce qui ressemble à un portique de sécurité, et derrière, un grand dôme blanc. Le dôme émet par moments une lumière irrégulière ; on voit d'un coup d'œil que l'installation est « vivante ».

« Ça t'intéresse ? Oublie. Quelques vies que tu aies, ça ne suffira pas. Il y a plein de monstres puissants contre qui les attaques ne marchent pas. »

« Les attaques ne marchent pas ? »

« Oui. Ce sont des monstres faits du même matériau blanc que le bâtiment. Ils tirent des balles de puissance magique dès qu'ils repèrent un intrus. Flèches, lames, magie, rien ne passe. »

Elmina-san soupire en haussant les épaules.

« On dirait que vous y êtes déjà entré. »

« Bien sûr. Ça m'intriguait. J'ai fui à quatre pattes. »

« Je vois. »

Effectivement, Elmina-san a l'air du genre à ignorer les interdits et à fourrer son nez partout.

« C'est ici, le Pseudo-Dieu. Je sens sa vague. »

Déjà un coup ? Bon début.

« Mouais, pas tant que ça. La sécurité a l'air trop solide. Impossible de faire un aller-retour rapide. Mieux vaut chercher un endroit plus facile, ou attendre le bon moment. »

De toute façon, je ne peux pas agir seul maintenant. Je transporte non seulement les affaires du village elfe, mais aussi celles d'autres villages.

« J'ai mis un marqueur, je pourrai te guider ici quand tu voudras. Mieux vaut revenir plus tard. »

« Hé, ne dis pas que tu veux y aller ? Taishi-kun a la charge de plein de matériel, rappelons-le ? »

« Oui, je sais. Aujourd'hui, on renonce. »

« Aujourd'hui, hein. »

Je hoche les épaules face à Elmina-san qui ricane, puis je sors le matériel de campement du Treasure Box. Encensoirs anti-insectes, tentes, nattes, combustible pour le feu, nourriture, barriques d'eau, etc.

« Pas besoin de répulsif à monstres ? »

« Inutile. Les monstres n'approchent pas d'ici. »

Hmm ? Cet accumulateur de magie a un lien, peut-être ?

« C'est un cratère de canon divin, ici. Les monstres n'aiment pas s'en approcher, je pense. »

Je ne pige pas tout, mais nous, on est ok ?

« Une nuit, c'est bon. Disons que c'est un accumulateur de magie à la longueur d'onde que les monstres détestent. »

C'est une aubaine. Le « une nuit » m'inquiète un peu, mais bon.

Apparemment, les trois elfes comptent finir leur repas avec juste de la viande séchée et des fruits. C'est un peu trop frugal, non ? Mais eux ne le pensent pas.

« Faites au moins une soupe… »

« Une soirée de repas simple, ça ne tue pas. »

« Si tu tiens tant à la soupe, fais-la toi-même. »

Elmina-san et Rifana sont sur ce ton, et Broda, lui, est assis et croque silencieusement des fruits séchés.

« OK, je la fais. Je peux piocher dans les provisions ? »

« Vas-y. Mais n'en abuse pas ? Et faites nos parts aussi. »

« Ouais ouais. »

Je fais un fourneau sommaire avec de la magie de terre, j'y pose une marmite et je me lance dans une soupe. Autant en faire pour le petit-déj de demain, ça évitera le gaspillage.

Je verse de l'eau créée par magie d'eau dans une marmite de taille correcte, je chauffe au feu magique. Pendant que ça bout, je sors un bloc de viande de Béhémoth salé, je tranche finement les parties grasses et je les plonge dans l'eau qui commence à frémir. Je laisse mijoter, j'écume, puis j'émiette des légumes et champignons séchés et je les jette dedans. Je laisse encore mijoter, j'ajuste au sel.

Ensuite, je laisse mijoter doucement jusqu'à ce que le bouillon de champignons et légumes soit bien sorti. Le secret pour les champignons, c'est de ne pas trop faire bouillir. Les trois elfes tiennent leur tasse en faisant la tête « c'est pas prêt ? », c'est légèrement agaçant.

Je goûte, réajuste une dernière fois, et c'est prêt.

Je sers d'abord la tasse tendue par Elmina-san, puis Rifana, puis Broda. La mienne en dernier.

« Mmh, bon goût. »

« Pas mal. »

« C'est bon. »

« Tant mieux. »

Pour éviter que des insectes ne tombent dans la soupe, je fais un couvercle en pierre par magie de terre, j'y applique solidement la purification, et je le pose sur la marmite.

Dormir tous ensemble serait imprudent, on fait deux tours de garde. D'abord Broda et Elmina-san dorment, ensuite moi et Rifana. Honnêtement, le second tour est le plus dur, mais je me laisse faire.

Une fois le repas fini, elles deux se couchent dans la tente, donc Rifana et moi faisons le guet au coin du feu. Les monstres ne viennent pas paraît-il, donc c'est d'un ennui mortel. Je ne peux pas m'entraîner à la magie ou à l'épée sans réveiller les deux qui dorment. Je ne peux pas parler fort non plus. Inévitablement, on en arrive là.

« Pourquoi tu t'assois à côté ? »

« Bah, on peut pas parler fort, c'est obligé. »

« Y a rien à dire. »

« Dis pas ça. C'est mortel, l'ennui. »

J'ignore le regard noir de Rifana et bâille. Si je ne cause pas, je m'endors c'est sûr. J'ai dormi jusqu'à midi aujourd'hui, mais mon temps de sommeil n'est pas si long. À cause du rêve avec Marl, j'ai l'impression de pas avoir dormi.

« Incroyable. Après avoir roupillé autant, tu as encore sommeil ? »

« J'ai pas tant dormi que ça. »

« Sale. »

« Je me suis bien purifié, je suis propre. »

« C'est pas ça le sujet. »

« Je sais. »

« Je te tape. »

Cet échange me rappelle Melkina avant qu'elle ne déraille. Celle-ci aussi, si elle déraille, va devenir aussi sucrée que Melkina ?

Rifana est, comme toutes les elfes, une grande beauté. Mais contrairement à Melkina et Elmina-san qui sont très pâles, sa peau est brune, hâlée. Une beauté type dark elf, mais sa poitrine est menue. J'ai l'image des dark elfes avec de gros seins, moi. Les cheveux argentés magnifiques, ça correspond par contre.

Comme je l'observe, elle me fuse du regard. Je lance un sujet au hasard.

« Tu connais Melkina ? »

« …Amie d'enfance. »

« Ah oui. L'âge est proche, ça se tient… enfin, les elfes, on sait pas l'âge à l'apparence. »

« C'est les humains qui vivent trop court. »

« La durée de vie, on n'y peut rien. En échange, la fertilité est supérieure, paraît-il. Je connais mal les elfes, mais on ne peut faire des enfants qu'en période de rut, c'est ça ? »

« Toi… t'as pas un meilleur sujet ? Devant une demoiselle non mariée, tu parles de ça ? »

Rifana montre les dents, colère. Je hausse les épaules.

« C'est juste une blague grivoise. Bon, alors parle-moi de la zone interdite. »

« Elmina-san te l'a déjà dit. »

« Y en a d'autres, non ? Où elles sont, comment c'est, dis-le-moi. Ça m'intéresse. »

« Hé… tu connais le sens de "zone interdite" ? C'est un endroit où l'entrée est prohibée. Ce n'est pas seulement "dangereux si tu entres". »

« C'est-à-dire ? »

« Il y a des choses qu'il ne faut pas toucher. C'est aussi une terre de tabou. Rien qu'en parler est inconvenant. Comprends un peu. »

Rifana dit ça et se détourne avec un « hmph ». Aucune prise. Bon, je demanderai à Elmina-san, Broda, Mars-kun ou Delphida-san.

« Hé, Melkina va bien ? »

« Hm ? Ouais, elle va bien. Après avoir quitté la forêt, elle a vadrouillé un moment en mode gourmande. Depuis qu'on s'est rencontrés, bah, au début elle avait la même attitude que toi, mais maintenant elle est folle de moi. Tellement choyée que c'en est gênant. »

« Mmh… d'après ce que tu dis, c'est bien Melkina. »

Rifana esquisse un faible sourire à la lueur du feu.

« Melkina s'ennuyait dans le village. Tous les jours la même chose, elle en avait marre, c'était son refrain. Elle avait le sang chaud, et comme elle a du sang humain, on la critiquait dans son dos. »

« Les humains sont pas mal détestés, hein. »

« Mes parents et grands-parents ont été opprimés par les humains. Moi, je n'ai rien subi directement, mais j'ai grandi en entendant leurs histoires. »

Les yeux de Rifana tremblent en fixant les flammes.

« Tu sais ce que les humains ont fait aux elfes ? Ils les invitaient à des festins pour les droguer, appelaient tous les adultes pour attaquer le village laissé aux enfants, ils faisaient n'importe quoi. Plus de cent clans ont été presque tous anéantis, il n'en reste que cinq dans la Grande Forêt. »

« Melkina a dit qu'elle avait frôlé la mort plus d'une fois. »

Je repasse en tête les histoires de Melkina frôlant la mort.

« C'est pour ça que je ne peux pas aimer les humains. Toi y compris. »

« Mmh, moi non plus, à ta place, je ferais pas confiance facile. Mais pour ce qui me concerne, t'inquiète pas, je suis pas un humain de ce monde. »

Rifana me dévisage, dubitative.

« Un murmure anodin a été capté par un mauvais dieu et m'a envoyé ici, ça se croit pas, hein ? »

« Une histoire pareille, y a pas moyen d'y croire. »

« C'est ça. De toute façon, crois-le ou pas, ça m'est égal, y a pas de preuves. Mais je trouve dommage de haïr quelqu'un juste parce qu'il est humain. Ça ne te différencie pas tant de ceux qui ont fait du mal aux elfes sans raison. »

« Qu'est-ce que tu… ! »

« Chut, silence. »

J'arrive à calmer Rifana qui allait hurler.

« Mes mots étaient maladroits, mais ce que je veux dire, c'est qu'il est pas bien de juger et décider seulement par l'espèce "humain". Les humains, y en a de toutes sortes. Des méchants irrécupérables, et des gens assez bons pour se sacrifier pour les autres. »

« Tu veux dire que t'es un bon ? »

« Je me considère plutôt comme un méchant. J'aide les gens, c'est vrai, mais c'est juste un résultat, au fond je ne bouge que pour moi-même. »

Là-dessus, je ne transige pas. Travailler à s'user pour les autres, très peu pour moi. Je n'utilise ma force que pour moi, je ne travaille pas pour moi, et encore moins pour les autres. Absolument pas.

Rifana plante son regard dans le mien, puis le détourne.

« Dis, fixer les gens dans les yeux, c'est une mode chez les elfes ? »

« Pas du tout. »

« Alors c'est quoi ? »

« Urusai, c'est rien. »

Son attitude devient familière. Est-ce que ça veut dire qu'on s'est rapprochés, ou pas ? Bah, si on n'a plus besoin de se ménager, c'est qu'on s'est rapprochés, non ?

Après, on tue le temps en causant de tout et de rien, et quand le moment est venu, je réveille Elmina-san et Broda pour relayer la garde.

« Si tu fais un truc bizarre, je le jure sur mon arc, tu le regretteras. »

« Je ferais rien. »

« Si tu passes cette flèche, je te tue. »

« J'ai compris. Dors déjà, moi je dors. »

Au final, Rifana a fait du bruit à côté de moi jusqu'à ce que je m'endorme. J'ai sommeil, laissez-moi dormir.

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