« Derval, à partir d'aujourd'hui, surveille chaque tour de magie et chaque groupe de marchands. Tiens un registre précis de la fréquence des fraudes fiscales et du commerce d'objets interdits. »
« Comme vous l'ordonnez ! »
« De plus, nous interdisons l'activité de la Guilde de l'Information et des guildes obscures. Si des membres de guilde qui n'ont pas formellement reçu ma permission sont découverts, ils seront arrêtés et enfermés immédiatement, puis réduits en esclavage, et tout ce qu'ils possèdent sera confisqué. Cela prend effet immédiatement, sans délai. »
« Comme vous l'ordonnez ! »
« L'intérieur de sa maison doit être maintenu en ordre. Même un grand barrage peut s'effondrer à cause d'une petite brèche. Les ennemis à l'intérieur sont plus effrayants que ceux à l'extérieur. »
Tels étaient les enseignements que j'avais tirés des innombrables biographies que j'avais lues étant gamin. J'avais pris les « Annales des Trois Royaumes » que j'avais particulièrement aimées comme référence.
« Les ennemis ne tarderont pas à fondre sur nous. Une meute de coyotes affamés prêts à me déchiqueter, moi et Nerman... »
Je savais sans l'ombre d'un doute que j'avais plus d'un ou deux ennemis. Les tours de magie, l'Empire, les groupes de marchands, et même les temples, toutes ces institutions qui s'étaient accommodées du monde pourri d'avant, étaient toutes mes ennemies.
Pourtant, je n'avais pas peur.
Avec mes chevaliers loyaux, les gens qui croyaient en moi et comptaient sur moi, et mes capacités personnelles, cela valait le coup de tenter le coup.
« Comment avance l'entraînement des Chevaliers du Ciel ? »
« Actuellement, nous avons un total de 47 wyvernes et 43 Chevaliers du Ciel. »
« Nous en avons déjà près de 50. »
Les 22 wyvernes que nous avions récemment récupérées auprès des types de l'Empire Laviter avaient joué un rôle énorme dans cette augmentation.
« Les rumeurs ont dû leur parvenir désormais. »
J'avais fait atterrir des Wyvernes Dorées symbolisant l'Empire Laviter au Couvert en plein vu, donc il n'y avait aucun moyen que l'Empire, qui récoltait l'information rapidement, ne soit pas encore au courant. Le résultat de cela apparaîtrait bientôt.
« Comme vous le savez tous, les ennemis vont bientôt montrer les crocs à Nerman. Et ce sont des ennemis difficiles à affronter. »
Tout le monde en était bien conscient, même sans que je le dise.
« Ceux qui sont prêts à mourir vivront, et ceux qui veulent vivre mourront. J'espère que tout le monde est prêt à se battre chaque jour et que vous vous consacrerez corps et âme à vos missions. C'est tout, la réunion d'aujourd'hui est terminée. »
[NT : « Ceux qui sont prêts à mourir vivront, et ceux qui veulent vivre mourront » est la devise la plus célèbre de l'amiral Yi Sun-sin.]
« Oui, monsieur ! »
La discipline militaire était bel et bien présente. J'étais satisfait de voir que même le farceur Ryker faisait un salut militaire énergique.
« Monsieur Derval, restez un instant. »
« Excusez-nous. »
« Faites de votre mieux là-bas. »
Ils étaient peut-être encore fatigués de la bataille d'hier, mais mes Chevaliers du Ciel devaient partir en patrouille tôt le matin. Maintenant, pour assurer la sécurité du territoire, leur travail acharné était encore plus nécessaire qu'auparavant.
« Derval.... »
« Parlez, mon seigneur. »
« Je m'en sors bien, non ? »
« Bien sûr. Mon seigneur ! Vous marquez l'histoire continentale d'une empreinte sans précédent. »
Toujours mon fan enthousiaste, Derval, me planta dans l'histoire continentale, tout surpris.
« Haha, merci. En fait, je voulais entendre ça. »
« C'est vraiment vrai que l'étude est la chose la plus facile à faire. »
Tout comme l'avaient dit les aînés, il n'y avait rien d'aussi facile que d'étudier. Plus on étudiait, meilleures étaient les notes. L'effort déterminait le résultat. Mais moi, un adolescent qui n'était même pas encore adulte et qui manquait encore de beaucoup de choses, j'essayais d'être un seigneur. Et j'étais un seigneur avec un pouvoir absolu de vie et de mort sur une population de 500 000 habitants, qui plus est.
« Mis à part ça, si le Royaume de Havis utilise l'incident d'hier comme prétexte pour faire la guerre ou fermer la frontière, à quel point cela porterait-il préjudice au territoire ? »
« En fait, j'y ai pensé toute la journée d'hier. Comme vous le dites, mon seigneur, ce n'est pas exagéré de dire que la vie ou la mort de Nerman dépend actuellement du Royaume de Havis. Des provisions, pour lesquelles nous n'avons pas encore atteint l'autosuffisance, aux vêtements, au sel, et même aux pointes de flèches, en passant par les articles de première nécessité et l'équipement militaire, nous sommes actuellement incapables de produire correctement de tels biens au sein du territoire. Si la frontière du Royaume de Havis est fermée, alors.... »
Même le malin Derval ne put continuer. Il prévoyait la même chose que moi.
« Si c'était le XXIe siècle, j'aurais pu juste faire une route à travers les montagnes.... Merde. »
Devant nous l'océan, de chaque côté de profondes montagnes, et derrière nous une relation délicate. Si j'avais pu, j'aurais percé les montagnes et tracé une nouvelle route.
« Ils ne pourront pas fermer la frontière tout de suite. En tout cas, la puissance militaire du Royaume de Havis est au niveau d'un duché, et ils n'ont pas la force de tenir tête au grand groupe de marchands qui fait affaire avec Nerman. Cependant, les petits marchands, les mercenaires et les divers immigrants venant à Nerman verront leurs mouvements restreints. Bien sûr, l'acquisition de biens militaires, comme les chevaux de guerre, sera également restreinte. »
« On est encore bien désavantagés, hein. »
Même avec les connaissances d'un archimage et l'expérience du XXIe siècle, je ne pouvais pas changer Nerman à moi tout seul. Nous avions couru sans nous reposer jusqu'ici, mais le résultat n'était pas aussi satisfaisant que je l'espérais.
« On ne peut pas se laisser attacher par quelque chose comme le Royaume de Havis. Je dois faire en sorte que ce soit les autres, pas moi, qui soient désavantagés. »
Ce n'était pas de l'orgueil, mais une volonté de fer qui me poussait. Quelqu'un a dit un jour qu'il valait mieux que les autres galèrent, après tout.
« Si Nerman peut devenir un producteur de sel, que pensez-vous qu'il se passera ? Qu'arrivera-t-il si le sel produit est moins cher et de meilleure qualité que le sel gemme et les autres sortes ? »
« Du sel ? »
« Ouais. Du sel. »
« Si cela peut être réalisé, alors nous n'aurons plus à nous soucier de quelque chose comme le Royaume de Havis. Déjà maintenant, le taux de consommation est supérieur au rendement, donc le sel est l'un des biens de réserve stratégique dans chaque royaume. Mais si nous pouvions produire du sel moins cher et de bonne qualité et le distribuer, des gens comme le Royaume de Havis seront incapables d'arrêter Nerman. »
Une fois de plus, les pensées de Derval s'alignaient sur les miennes.
« Il faut que je fasse des salines, et de belles, de grandes en plus. » Au XXIe siècle sur Terre, faire une saline pourrait être une affaire simple, mais ce n'était pas si simple sur Kallian. Car il n'y avait pas d'équipement ici capable de pomper l'eau de mer et de la faire sécher. « Je poserai le sol en ciment et je recouvrirai ça de pierres noires. Ensuite.... »
Contrairement au ciment du XXIe siècle, qui était fait avec toutes sortes de déchets, le ciment de Kallian était fait avec des minéraux purs. Même s'ils contenaient des traces de toxicité, ce n'était pas de quoi s'inquiéter.
« Ah oui, combien de charrettes de mon design avons-nous réussi à nous procurer ? »
« C'est.... Ce n'est pas une affaire aisée. Pour fabriquer une charrette avec les performances que vous désirez, mon seigneur, une grande quantité de bois de cortan séché est nécessaire, mais le territoire manque actuellement de bois d'œuvre. Je pense que ce ne sera possible que si nous allons dans les Monts Rual. Donc pour l'instant, aussi regrettable que ce soit, nous fabriquons les charrettes avec du bois ordinaire. »
« Procurez le bois d'œuvre même s'il faut mobiliser les soldats pour le faire. C'est quelque chose d'absolument nécessaire pour le développement du territoire, alors procurez-en le plus possible. »
« Compris, mon seigneur. »
« L'aide des elfes et des nains est inconditionnellement nécessaire, aussi. »
Pour l'instant du moins, Nerman n'avait pas à trop craindre les ennemis de toutes parts. Mais si les choses se passaient comme prévu, cela changerait activement aussi.
« Aussi.... »
Toc toc.
« Mon seigneur, je crois que votre présence est nécessaire à l'extérieur. »
J'allais donner un autre ordre à Derval quand la voix d'un chevalier vint de l'extérieur.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Des résidents sont venus vous voir, mon seigneur. »
« Des résidents ? » demandai-je, confus.
« Ont-ils quelque chose d'important à dire ? »
J'essayais de donner aux résidents le meilleur traitement que je pouvais gérer. Sur ce continent, les autres nobles traitaient les roturiers presque comme du bétail, mais je ne pouvais pas faire ça. La conviction profonde dans mon cœur que nous étions tous égaux ne me permettait pas de tuer les gens à la légère ou de les regarder comme du bétail. En tant que tel, je donnais aux résidents d'ici un traitement qui était exceptionnel comparé aux autres royaumes ou territoires.
De tels résidents étaient là pour me voir.
« Mon seigneur, j'irai jeter un œil. »
« Non, ils sont venus voir le seigneur, donc c'est moi qui dois sortir. »
Même ainsi, je ne leur accordais pas des droits infinis comme aux citoyens libres du XXIe siècle. Les roues de la pensée, de la culture et de l'histoire devaient tourner comme elles l'avaient fait sur Terre pour qu'un tel jour vienne pour les gens de Kallian aussi. Je ne voulais pas éclairer les gens du continent et leur expliquer la démocratie tout seul. Ce serait comme forcer un bébé qui vient d'apprendre à marcher à courir un marathon.
* * *
« Nous saluons humblement le Seigneur ! »
« Qu-Qu'est-ce que c'est que tout ça ? »
Dès que je quittai le bâtiment du quartier général qui me servait de bureau, je fus accueilli par la vue de centaines de personnes à genoux me saluant dès que j'apparus. Devant la foule se trouvaient des dizaines de charrettes. Entassées dans les charrettes se trouvaient de délicieux maïs fraîchement cueillis, des fruits comme de la pastèque, et des pommes de terre de la taille d'un poing d'adulte.
« Qu'est-ce que tout ça ? »
D'après l'allure, il y avait plus de quelques villages rassemblés ici. On aurait dit que des gens d'au moins dix villages étaient venus me voir.
« Ceci est une mince marque de nos sentiments envers le Seigneur de Nerman, qui nous a été envoyé par la Déesse de la Miséricorde. La sollicitude du Seigneur nous a permis de connaître la première récolte abondante de nos vies ! Cela peut être embarrassant à offrir au Seigneur, mais poussés par notre gratitude écrasante envers le Seigneur, nous avons apporté la première récolte de grains et de fruits de chaque village. S'il vous plaît, daignez les accepter sans réserve. »
« Daignez les accepter ! »
Le doyen des chefs de village présents supplia ardemment que j'accepte les récoltes.
« Est-ce déjà l'époque des moissons.... ? »
Le temps avait passé si frénétiquement. Les souvenirs des derniers mois défilèrent dans ma tête comme une pellicule de film.
« Je les mangerai avec gratitude. »
J'aurais aimé baisser la tête pour montrer ma gratitude, mais ma position était leur seigneur et maître. Je ne pouvais pas m'abaisser à la légère.
« Merci beaucoup ! Merci beaucoup ! Votre Seigneurie ! »
« Hng hng, qui aurait cru qu'un tel moment arriverait dans nos vies.... »
La plupart des roturiers sur le continent vivaient misérablement. Il y avait de lourdes taxes, et les nobles ne les traitaient pas comme des humains égaux. Et les Plaines de Nerman était un endroit plus dur à vivre que la plupart. Les attaques incessantes de monstres étaient comparables à une exploitation impitoyable.
Tout comme le disaient les résidents en pleurs, ces gens n'avaient probablement jamais osé penser qu'ils pourraient un jour cultiver en paix.
« Attendez encore un peu. Je ferai de Nerman le meilleur territoire où vivre, meilleur que n'importe quel autre endroit sur le continent. »
La sincérité entière que je pouvais accorder à ces gens étaient les bases de la survie humaine : nourriture, vêtements et abri.
« Mais qui sont ces types ? »
Depuis l'incident d'enlèvement d'Aramis, la sécurité autour du Couvert s'était renforcée. Je pouvais sentir la sensation familière de mana provenant de parmi les gens qui regardaient depuis l'extérieur.
« Derval, amenez ces gens en robe au bureau. »
« Comme vous l'ordonnez ! »
Derval avait dû remarquer les gens suspects aussi, car il répondit immédiatement et donna discrètement un ordre au chevalier à côté de lui.
« Aussi, faites une vérification approfondie quand les résidents repartent pour voir s'ils ont besoin de quelque chose, et s'ils en ont besoin, alors ne lésinez sur rien pour les aider. »
« Compris, mon seigneur. »
Le grain et les fruits ne vaudraient pas grand-chose en pièces, mais c'était de la nourriture remplie des sentiments des résidents envers moi, pour laquelle j'étais reconnaissant. Je ne pouvais pas les manger gratis.
« Prennez le meilleur de la récolte et offrez-le au Temple de Neran. »
Je ne pouvais pas être aussi impoli que de manger cette nourriture appétissante en premier alors que le temple était juste devant moi. Comme les anciens dieux des montagnes qui protégeaient la Corée, il y avait des grand-mères et des grand-pères de temple qui prenaient soin de ce continent aussi.
Il était tout à fait normal de les traiter avec respect.
C'était juste les bases pour quiconque né avec une once de respect d'une famille convenable.
* * *
« Des mages ? Hooh, ils ont enfin pointé le bout de leur nez, hein. »
Il y avait eu des mages parmi les mercenaires, mais personne n'avait vraiment postulé pour rejoindre. Pour une raison quelconque, les quelques mages qui avaient postulé avaient soudainement disparu, et personne ne venait postuler comme soldat non plus. Et ça, même avec les conditions d'embauche exceptionnelles que j'offrais.
Qui sait quel vent avait soufflé ces types ici, mais sept mages apparurent dans mon bureau. Avec leurs robes d'aventuriers et leurs épées, ils ressemblaient à des mercenaires de troisième zone, mais ils ne pouvaient pas cacher la sensation de mana émanant de leurs corps.
« Vous avez l'air d'être des mages. Avez-vous quelque chose à me dire ? »
Les mages tressaillirent, choqués que je découvre immédiatement leurs identités.
« Donc le Seigneur est vraiment quelqu'un qui suit la voie du magicien-épéiste, comme le disent les rumeurs. »
« C'est lui le chef ? »
Il semblait être au 4e Cercle au mieux. Il était déjà dans la quarantaine, et ça n'avait pas l'air d'être quelqu'un de compétence extraordinaire. Les autres étaient au 3e Cercle, le stade où ils pouvaient à peine être appelés mages, et ils avaient entre trente et quarante ans.
« Permettez-moi de reposer la question. Avez-vous quelque chose à me dire ? »
Pour un mage si puissant, vu la façon dont ce type parlait, il ne semblait pas avoir avalé sa fierté.
« Nous sommes venus parce que nous voulions savoir si la promesse que vous avez faite est toujours valable. »
« Promesse ? »
« Oui. Nous voulons savoir si vous pouvez nous donner les grimoires des cercles supérieurs que nous voulons si nous nous mettons sous vos ordres. »
« Regardez-moi ce type ? »
Comme ce serait bien si ces types étaient venus plus tôt, pendant que je demandais gentiment ? Je m'étais tué à la tâche ces derniers mois pour couvrir un territoire de la taille d'un duché en tant que seul mage. J'avais offert des conditions extraordinaires, y compris des grimoires de magie, mais ces mages m'avaient ignoré et n'étaient venus qu'à présent.
Ils avaient probablement été incapables de croire mes paroles jusqu'à maintenant. C'était une coutume chez les mages que, sauf si vous étiez un mage d'une tour de magie, la connaissance magique était transmise presque exclusivement de maître à disciple. Même dans une tour de magie, seuls ceux reconnus comme ayant des compétences exceptionnelles avaient le droit de regarder les grimoires des cercles supérieurs.
Donc ce n'était pas surprenant que des mages (qui étaient méfiants de base) ne croient pas qu'un baronnet, et quelqu'un qui était connu pour utiliser une épée qui plus est, distribuerait des grimoires de magie.
Après tout, les prétentieux étaient plus froids, et les donneurs de leçons étaient perdus par leurs propres doutes.
« Pourquoi demandez-vous ? » demandai-je, piquant la fierté des mages avec un léger rictus. N'importe qui d'autre aurait probablement saisi l'indice et se serait dépêché de les accueillir à bras ouverts, mais pas moi.
« Vous osez lever la tête si haut et si fièrement devant moi ! »
« Vous demandez alors que vous savez exactement pourquoi, vous nous regardez de haut ? C'est assez désagréable. »
« Désagréable ? HAHAHAHAHAHAHA ! » Après un moment d'incrédulité, un grand éclat de rire retentit dans la pièce. « Vous venez de dire désagréable ? »
« ..... »
Les mages mordirent leurs lèvres à ma question, se sentant probablement bien humiliés par mes actions et mes paroles.
« Il semble que nous nous soyons trompés. Je suppose que la rumeur selon laquelle le Seigneur est différent des autres nobles était fausse ; je réalise à nouveau le fait qu'il faut vraiment rencontrer quelqu'un en personne pour voir sa vraie nature, » dit le mage meneur dans la quarantaine d'une voix glaciale. Des traces de barbe rasée tôt le matin couraient le long de sa mâchoire acérée, comme pour dire qu'il était encore un mage de nom.
« Pitoyables imbéciles. »
« VOUS !!!! »
« Arghh. »
En tant que mage, on serait accueilli n'importe où. En particulier, si vous étiez un mage officiel du 3e Cercle, vous seriez traité avec respect dans n'importe quel territoire rural d'un royaume. Mais j'appelais de tels mages « pitoyables imbéciles », ce qui fit rougir les pauvres types de fureur.
« Fermez-la ! Vous pouvez être le Seigneur de Nerman, mais vous n'avez pas le droit de nous dire de telles choses !!!!! »
Le mage hurla de rage face à mes remarques cinglantes. Quand je mis du sel sur sa douloureuse réalité, le fil de raison qu'il avait lutté pour maintenir se rompit.
Et il osa perdre son sang-froid face à moi.
Bam !
« Gugh ! »
Thud !
Ma main bourdonna de recul suite à un impact lourd. Le mage qui avait si bien clapet devant moi poussa un court gémissement avant de serrer son ventre et de s'effondrer au sol.
« Ngh.... »
« ..... »
Face à cette violence soudaine, les mages pâlirent.
« Vous vouliez faire les mignons devant moi, ou vous pensiez pouvoir m'intimider avec les sorts que vous exhibiez devant les pauvres roturiers impuissants qui gardent les moutons dehors ? En dehors de cette bouche hautaine, j'entends. Kukuku. »
Je riais comme un méchant vicieux en dévisageant les mages. N'osant pas croiser mon regard acéré, ils baissaient soit la tête, soit regardaient ailleurs.
« Comment osez-vous agir si fièrement devant moi quand vous ne connaissez même pas votre place. Vous, gens sans pouvoir et sans lieu où aller, devriez baisser la tête devant les forts, mais vous misez sur cette force inférieure et vous amusez. Alors que vous ne seriez même pas capables de bloquer une seule Boule de Feu de la mienne. »
Whiiiiiiiiirrrr.
Dès que j'eus fini, j'activai mes cercles, et la sensation de mana épaisse et intense remplit instantanément le bureau.
« Eurgh.... »
« !!! »
« C-Comment est-ce possible ?! »
N'a-t-on pas dit que les armes à feu étaient reines devant les voyous, et que le rang était imbattable dans l'armée ? Quand je montrai mon mana, les mages tremblant de peur regardèrent autour d'eux avec respect, enivrés par la sensation du mana dense tourbillonnant autour d'eux.
« Vous, les gars, comment osez-vous vous foutre de ma gueule. »
S'ils étaient venus me dire « Votre Seigneurie, je m'appelle bla bla bla, je travaillerai plus dur que quiconque à l'avenir, alors daigneriez-vous m'accorder le don des cieux, les grimoires de magie ? Je vous jure allégeance avec ma vie », les choses n'auraient pas dégénéré comme ça.
Mais ces types avaient perdu tout sens de la peur et voulaient m'évaluer. Ils n'avaient même aucune compétence, juste une fierté démesurée.
« Voyez-vous maintenant à quel point vos compétences sont pitoyables ? Vous atteindrez à peine le 4e Cercle et passerez votre vie à chasser l'orc avec des mercenaires avant de crever dans une rue sans nom, comment osez-vous entrer ici la tête haute juste parce que vous êtes mages ? En tant que gens qui ont été chassés des tours de magie ou jetés par vos instructeurs, vous devriez vivre un peu plus humblement. Tsk tsk, c'est simplement honteux que je sois un mage comme vous. »
« Arrêtez s'il vous plaît ! »
« Fermez-la ! Q-Qu'est-ce que vous croyez savoir pour nous dire de telles choses !! »
« ARGH ! Impardonnable !!! »
« Ohh ! Un homme doit avoir au moins cet cran. »
Ces types savaient aussi que même s'ils faisaient les forts ici, ils se feraient soit taper par moi, soit enfermer en prison par mes chevaliers. Cependant, les mages montrèrent les dents et grognèrent face à mes mots moqueurs.
Maintenant, j'étais intéressé.
« Vous voulez vous battre ? C'est évident qu'en dehors de ce dingue, le reste d'entre vous êtes des mages du 3e Cercle, alors vous comptiez lancer une Flèche de Feu ou quelque chose sur moi ? Ou de la Foudre ? Puhahahaha ! »
On pouvait être désigné mage à partir du 3e Cercle, mais à ce niveau, ils étaient encore loin des mages craints par les roturiers. La magie offensive la plus forte dans leur arsenal était la Foudre, au mieux. Habituellement, quand les mercenaires engageaient des mages du 3e Cercle, c'était pour lancer des sorts de renforcement, de la magie de statut comme Paralysie, ou de la magie de soin. Les chevaliers capables d'utiliser la Lame d'Aura ou les mercenaires compétents n'avaient aucune raison de craindre un mage du 3e Cercle.
« Sortez de ma vue ! » Alors que mes mots froids résonnaient dans le bureau, les mages fermèrent leurs bouches et me dévisagèrent. « Vous auriez pu venir quand j'étais gentil, mais qu'est-ce qui vous fait penser que vous pouvez tirer un coup arrogant comme ça quand vous avez à peine de la vraie magie ? Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui est assez libre pour s'occuper de déchets comme vous ? Est-ce que moi, qui tiens la vie de centaines de milliers de résidents de Nerman, j'ai l'air de quelqu'un qui peut se permettre de jouer avec vous ?!?!?! »
Ces mages n'étaient pas apparus quand j'avais besoin d'eux, et les mages disponibles s'étaient tous enfuis un jour. Mais maintenant, ces types se pointaient comme chez eux et exigeaient des grimoires de magie.
« Dégagez. Je n'élève pas des perdants. »
Même si je ne prenais pas ces types, j'avais les hommes-bêtes, et ils étaient des mages qui sauteraient dans les flammes sur mon ordre.
« N-Nous voulions aussi venir.... Mais les tours de magie ont donné à chaque mage l'édit que quiconque se soumettrait à vous serait immédiatement rayé du Registre des Mages. Peu importe à quel point nous sommes pathétiques en tant que mages.... Nous sommes encore des mages. Pour nous, quelque chose comme le Registre des Mages, la dernière trace de notre existence en tant que mages qui servent le mana et vivront et mourront pour le mana, est.... Argh. »
Le mage qui avait mangé mon poing et s'était effondré au sol leva soudain la tête et pleura en me disant pourquoi ils n'avaient pas pu venir.
« Tours de magie.... Vous, bites d'orc.... »
Quand on devenait mage du 3e Cercle, il était obligatoire d'enregistrer son nom dans le Registre des Mages. J'en avais entendu parler, aussi. On ne pouvait agir sur le continent en tant que mage que si on était enregistré dans l'annuaire des mages appelé le Registre des Mages.
Si votre nom était rayé du Registre des Mages, un mage n'avait plus nulle part où aller.
« Huhu, donc vous voulez utiliser ça comme excuse ? Quelques lignes dans ce Registre stupide qui n'aident en rien à la croissance dans les voies de la magie sont-elles si importantes que vous gâcheriez la dernière opportunité de votre vie ? »
« On ne pouvait pas vous croire ! Tant de nobles nous ont menés en bateau, disant qu'ils nous donneraient des grimoires de magie ou nous présenteraient à une tour de magie ! Pas un seul n'a tenu sa promesse envers nous, mages sans affiliation ni maître ! Au mieux, ils nous jetaient quelques pièces, et c'était tout ! Nous aussi, on veut apprendre ! Nous voulons devenir des familiers du mana plus que quiconque ! Nous voulons vivre et mourir fièrement sur ce monde en tant qu'enfants du mana, pas en tant que mages honteux que nous sommes ! » hurla le mage.
Je compris.
Sur la Terre du XXIe siècle aussi, peu importe à quel point vous pourriez être compétent, sans connexions, parenté et liens du sang, s'élever dans la classe supérieure n'était qu'un rêve inaccessible.
Et en tant qu'endroit où vivaient les mêmes humains, Kallian n'était pas différent. Même parmi les mages, l'élite de l'élite, ils formaient des clans et ostracisaient les pousses malchanceuses.
« Je m'excuse d'être venu si tard. Mais s'il vous plaît, comprenez pourquoi nous n'avons pu venir que comme ça. Il a fallu tout ce temps pour décider que vous n'étiez pas quelqu'un qui profiterait simplement de nous comme les autres nobles. Si.... Si vous êtes prêt à nous donner une chance.... Je mettrai ma vie en jeu pour confier mon mana au Seigneur. Je le jure, au nom du mana ! »
« Je consacrerai toute ma vie à vous, Votre Seigneurie ! Je vous en supplie.... Daignez nous permettre de vivre et mourir en tant qu'enfants du mana ! »
« S'il vous plaît !!!!! »
« Argh.... »
Thud, thud.
Dans un renversement soudain d'attitude, les mages qui étaient dits n'être rien sans leur fierté tombèrent tous à genoux, de chaudes larmes coulant de leurs yeux.
« Soupir.... »
Je pouvais comprendre leurs sentiments.
On disait qu'une fois qu'on foulait la route d'un mage, on ne pouvait plus marcher sur un autre chemin. Ce sentiment d'être au sommet du monde au moment où on lance un sort, cet espoir d'expérimenter un pouvoir de mana plus fort avec un peu plus d'effort, je les comprenais aussi. On voudrait se rapprocher de la voie du mana même s'il fallait vendre sa femme et ses gosses.
Cette passion qui pourrait vous rendre fou, vous ne pourrez jamais la comprendre si vous n'êtes pas mage.
C'est pour ça que les mages se mariaient à peine et brûlaient leur jeunesse dans des salles de recherche et d'entraînement malodorantes.
Pour être honnête, j'avais besoin de mages. Ce n'était pas exagéré de dire que les hommes-bêtes cloîtrés dans la salle d'entraînement étaient spécialisés dans la magie de combat. La raison pour laquelle mon Maître au mauvais tempérament les avait rejetés était probablement parce que leurs natures étaient si spécialisées pour la magie de combat. La connaissance dans ma tête me disait que tout comme les enfants avaient besoin de manger des aliments des cinq groupes alimentaires pour grandir, les mages avaient besoin d'être versés non seulement dans les sorts de combat, mais aussi dans la théorie, l'expérience pratique, l'ésotérisme et l'alchimie.
« Si je peux juste bien les élever.... »
De plus, les mages étaient absolument nécessaires pour le développement actuel du territoire.
« Partez. »
« ...Argh. »
« Tuez-nous plutôt.... »
Les mages me regardaient comme s'ils préféraient commettre seppuku ici et maintenant.
« Demandez à n'importe qui dehors et il vous dira où se trouve le bâtiment que nous utilisons temporairement comme tour de magie. »
« !! »
« A-Alors, vous allez— ! »
« Laissez-moi voir comment vous vivez et mourez sans honte en tant que vrais enfants du mana. »
« Mon seigneur !!!! »
Comprenant mon implication, morve et larmes coulèrent sur les visages des mages.
« Sachez juste que vous êtes tous finis ! »
Seulement
Je les acceptais, mais je n'avais aucune intention de les guider facilement vers le doux monde du mana.
Ce qui me traversa soudain l'esprit était une certaine méthode d'entraînement magique misérable et les sorts que j'avais appris avec ma vie en jeu sous Maître Bumdalf.
« Est-ce que vous savez quel goût a le sanglier trempé dans les larmes ? »
Il n'y avait aucun moyen que ces mages sanglotant d'émotion le sachent. Que le Faucheur aux Yeux Dorés, Aidal, dont le nom seul faisait trembler le continent de peur il y a 100 ans, était un diable portant un masque humain, un homme qui allait au-delà de l'effronterie et dans le territoire démoniaque, pire que tous les Chevaliers Noirs réunis.
J'avais l'intention de donner à ces types un avant-goût de cette méchanceté et de les faire souhaiter ne jamais être nés en tant qu'enfants du mana, une expérience qu'ils n'oublieraient jamais même dans la mort....