« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Mon cerveau s'arrêta un instant à cause de la comtesse Irène, mais « ordre de l'Empereur » me ramena brutalement à la réalité.
Pourquoi devais-je obéir ou recevoir une chose pareille ?
Quelle que soit la façon dont je retournais le problème, tout ce que l'Empire m'avait donné étaient quelques repas et un lieu pour dormir après mon entrée à l'académie des chevaliers.
On pourrait peut-être dire qu'ils m'avaient donné Bebeto, mais c'était dans une certaine mesure me refiler quelque chose de jetable qu'ils jugeaient bon pour la poubelle, et je me demandais pourquoi ils me donneraient des ordres maintenant après m'avoir « gentiment » expédié à Nerman, cette terre morne et hostile.
« Écoutons d'abord de quoi il retourne. »
N'empêche, c'était un mandat impérial.
Je possédais toujours le titre de baronnet de l'Empire Bajran, alors je décidai de baisser la tête cette fois. Si c'était des conneries, il me suffirait de les laisser entrer par une oreille et ressortir par l'autre.
« Avez-vous l'intention de désobéir au mandat impérial ?! »
« Putain, ce type est d'une impatience... »
Le chevalier m'engueula après m'avoir vu hésiter un instant. C'était un grand maigre au visage chafouin et décharné.
« Kyre, qu'est-ce que tu fous ? Dépêche-toi de recevoir le mandat », dit un homme hilare planté à côté d'Irène.
« Baron Rothello. »
C'était Rothello, le chevalier du Ciel d'1,85 m dont les blonds cheveux luisants allaient bien avec son air cynique. Il m'adressait son sourire caractéristique.
Zing !
« Hein ? »
Je décidai de m'agenouiller pour recevoir le mandat quand je ressentis soudain une puissante soif de sang venir de ma droite.
« Ils vont foutre le bordel. »
Les hommes-bêtes montraient ouvertement leur soif de sang envers le chevalier qui m'avait hurlé dessus.
« Moi, le baronnet Kyre de Nerman, j'attends le mandat impérial. »
Posant le genou droit à terre, je baissai la tête.
« Le loyal chevalier de l'Empire, le baronnet Kyre de Nerman, est par la présente invité au banquet célébrant l'anniversaire de Sa Majesté Impériale. »
« …..? »
« Quoi, c'est tout ? »
Le mandat impérial absurde ne faisait qu'une seule ligne ? Je relevai la tête et fixai le chevalier qui lisait le mandat.
« Qu'est-ce que vous faites, au lieu de vous soumettre immédiatement au mandat impérial ?! »
« Putain, au moins vous auriez pu dire que j'avais bien bossé, pourquoi s'emmerder avec ce genre de politesses ? »
J'étais occupé à assurer la paix de Nerman avec mon propre fric précieux, mais l'ordre de l'empereur était de m'inviter à sa putain de fête d'anniversaire.
« Moi, le baronnet Kyre de Nerman, je reçois le mandat impérial ! »
Je mis encore plus de force dans ma voix vu comme c'était cheap et nul.
« Merde, tu te crois tout permis parce que t'es l'empereur, inviter un mec occupé », pensai-je en engueulant l'empereur dans ma tête.
« Monsieur Derval, de précieux invités sont arrivés. Préparez un festin. »
« Comme vous l'ordonnez ! »
Me relevant, je donnai un ordre à Derval.
KUAAAAAA !
« Uwaaaah ! U, une wyverne devient folle ! »
Juste à ce moment, l'une des wyvernes dorées mâles qui avait encore du mordant battit des ailes avec mécontentement en poussant un rugissement tonitruant.
« Bebeto, marche sur lui ! »
Mon fidèle bourreau de travail n'avait pas besoin qu'on l'encourage.
KUAAA !
Crac crac craaaac.
KWAAAAAAAAAA !!!
Bebeto s'envola par de puissants coups d'ailes et colla un high kick en plein visage à la wyverne indisciplinée avec ses griffes acérées. La wyverne dorée hurla à la mort, du sang rouge giclant de son nez.
Flop.
Son corps tacheté plaqué au sol par l'énorme patte de Bebeto, la wyverne s'effondra groggy.
GUOOOOOOOOOO !
Bebeto rugit sa victoire vers le ciel comme s'il était un loup. À mes yeux, il n'était pas différent d'une brute de quartier apportant la « paix » au village.
« Y'a toujours des types qui font les malins sans connaître leur place. Sérieux, on ne sait pas si c'est de la merde ou de la soupe tant qu'on n'a pas goûté. Tss tss. »
Claquant de la langue, je fixai le chevalier qui m'avait vertement engueulé au nom du mandat impérial.
Le chevalier maigrichon tressaillit sous mon regard.
Même les wyvernes noires baissèrent la tête face à la folie de Bebeto.
Le chevalier détourna aussi le regard, reprenant enfin ses esprits. Les chevaliers de Nerman l'entouraient, et il a dû percevoir la menace sur sa vie venant de ces hommes-bêtes au regard insolite qui continuaient de diriger leur soif de sang vers lui.
« Ils n'écoutent jamais qu'après une raclée. »
Ce chevalier osa faire l'impertinent devant le maître du grand Nerman, moi. Ce ne fut qu'après avoir assisté à la violence de Bebeto qu'il rentra ses griffes et prit une mine soumise.
« Haha, mon logis est modeste, mais je vous en prie, entrons. »
Riant de bon cœur, je m'engouffrai dans le bureau.
Même un chien tient la tête haute chez lui. Mais j'étais le maître de Nerman, et cette terre m'appartenait à 100 %.
* * *
Glou glou glou.
« Mon dieu... »
La situation était devenue compliquée, on ne sait trop comment.
Refusant de se séparer de moi, les hommes-bêtes prirent place à table à côté de moi, avec Aramis, tandis que la comtesse Irène, Rothello et le chevalier du Ciel impérial (dont le nom était Betress) étaient assis en face.
Mais il y avait un problème.
« Ce sont des chiens ou quoi... ? Ils mangent drôlement bien. »
Ils ont dû vivre trop longtemps loin de la société, parce que dès que la soupe arriva, les hommes-bêtes l'avalèrent d'un trait. Les plats qui suivirent furent mangés sans fourchettes ni couteaux, juste avec leurs deux mains.
J'étais sidéré.
C'était un peu léger, mais c'était quand même nominalement un festin de nobles. Tout le monde fixait bêtement les hommes-bêtes engloutir plat sur plat tout en portant une robe de mage comme un tee-shirt moulant et de précieuses airplates.
« Mangez lentement, vous allez faire une indigestion », dit l'ange Aramis avec un sourire bienveillant en leur donnant sa part de pain et de viande.
« Merci. »
Ils étaient vraiment sans-gêne. Hasifor ne dit même pas « merci », mais un « merci » sec.
« Dites-moi si vous en voulez encore. »
Ils avaient actuellement forme humaine, mais peut-être par caractéristique des hommes-bêtes, ils ressemblaient un peu à des chats bodybuildés. Aramis n'était pas effrayée le moins du monde par ce spectacle et les traitait avec sincérité. C'était vraiment une femme au cœur magnifique.
« Monsieur Kyre, d'où viennent les wyvernes dorées dehors ? »
C'était pile l'heure du dîner, donc la nourriture était déjà prête. Même si on appelait ça un festin, c'était juste du pain et de la soupe, du porc fumé, du miel et quelques biscuits — une pitance simple.
Après avoir fini son repas avec un seul morceau de pain, la comtesse Irène caressa ses cheveux argentés d'une main en me regardant avec des yeux brillants. Comme on s'y attendait d'une chevalière du Ciel, elle s'intéressait aux wyvernes dorées de l'Empire Laviter, l'ennemi n°1 de l'Empire Bajran.
« Je les ai empruntées. »
« Empruntées ? Des wyvernes dorées qui symbolisent la Famille Impériale de Laviter ? Et pas une ou deux, mais plus d'une dizaine ? » Rothello questionna mes paroles avec un air ahuri.
« Je leur ai parlé des circonstances difficiles des Plaines de Nerman et ils me les ont prêtées. Beaucoup plus aimables qu'un certain endroit qui ne nous a pas envoyé le moindre bout de soutien. »
Je mentis comme un arracheur de dents sans broncher. De toute façon, si je disais la vérité, ce serait encore plus le bordel. Ça m'obligerait aussi à révéler l'existence des hommes-bêtes, alors je décidai d'y aller franco sur les mensonges tant qu'à faire.
« Ces paroles que vous venez de prononcer, avez-vous l'intention de céder Nerman, territoire de l'Empire Bajran et de Sa Majesté Impériale, à l'Empire Laviter ?! »
Le vicomte Betress, qui avait l'air si mécontent qu'il restait là à froncer les sourcils sans toucher à la nourriture, hurla tout net.
« Hein ? Territoire de Bajran et de Sa Majesté Impériale ? »
Betress parlait exactement comme si quelqu'un d'autre avait sauvé un chien jeté à la rue parce qu'il était malade, mais qu'il réclamait quand même le chien comme sien. C'était vraiment agaçant aux oreilles.
« J'ai dit que je les avais empruntées, vous avez une compréhension bien pauvre. »
J'arrachai brutalement une bouchée du pain dans ma main.
« V-Vousuuu !! »
Betress, qui portait un titre de vicomte, devint écarlate face à mon insolence, moi qui n'étais qu'un baronnet.
« Et depuis quand l'Empire porte-t-il tant d'intérêt à Nerman ? Ce serait mieux pour notre santé mentale si chacun s'occupait de ses oignons, non, Monsieur Betress ? »
Puisque j'avais décidé de me lancer dans la joute verbale, j'en rajoutai une couche avec un léger sourire en coin.
« P-Peux-tu nier que tes paroles sont séditieuses ?! Comment un chevalier de l'Empire, qui vit grâce à la grâce de Sa Majesté Impériale, peut-il dire de telles choses séditieuses ?! Comtesse Irène, je crois que nous ne pouvons pas laisser le baronnet Kyre passer l'éponge comme ça. Agissez immédiatement. »
Betress me condamna comme traître, rabâchant l'Empire, l'Empire, et putain de chevalier. Il entraîna même sournoisement Irène, qui ne disait rien, dans l'histoire.
« Il a dit qu'il les avait empruntées, non ? »
« Hein ? V-Vous croyez vraiment ce mensonge ridicule ? »
Stupéfié par les paroles inattendues d'Irène, le vicomte idiot la fixa.
« Alors pourquoi ne pas aller vérifier vous-même comment ces wyvernes dorées sont arrivées ici, Monsieur Betress ? Trouvez la preuve que Monsieur Kyre ne les a pas empruntées, mais qu'il prépare une trahison avec le soutien de l'Empire Laviter. »
La voix agréable d'Irène résonna dans toute la salle à manger.
« ….. »
« De plus, nous sommes actuellement ici en tant que messagers pour transmettre l'ordre de Sa Majesté Impériale à Monsieur Kyre, pas en tant qu'inspecteurs chargés d'interférer ou d'enquêter sur les affaires du territoire ou la trahison. Comme vous le savez, Monsieur Betress, Nerman a été à moitié abandonné par l'Empire, et nous devrions être reconnaissants que Monsieur Kyre s'en occupe au nom de l'Empire. Si vous avez des plaintes, je vous recommanderais de venir soutenir cet endroit personnellement. »
Dans le temps où je ne l'avais pas vue, l'aura féminine de la comtesse Irène était devenue encore plus prononcée. Elle a dû se résoudre, parce qu'elle fit fermer son clapet au vicomte Betress illico.
« Oh ! Quelle excellente idée, comtesse Irène. Il se trouve que les Temir descendent vers le sud avec des douzaines de wyvernes en ce moment et que les pirates envahissent aussi en masse. Si Monsieur Betress se joignait à nous, je l'enverrais direct sur la ligne de front et je lui donnerais l'opportunité de prouver sa loyauté envers l'Empire Bajran et Sa Majesté Impériale. »
« Espèce d'idiot. Huhuhu. »
Je ne m'attendais pas à ce qu'Irène m'aide aussi activement. Il était donc important de profiter de l'instant et de passer à l'attaque en tenaille.
« C-Cela est... »
Le visage de Betress blêmit et il bredouilla dans le silence.
Il doit aussi savoir. Que le comte Yaix a perdu sa wyverne et la majeure partie de sa fortune après avoir été envoyé à Nerman.
« Huhu. Comme on s'y attendait de Monsieur Kyre. On vous a assigné une wyverne comme cadet et vous êtes devenu chevalier du Ciel, et maintenant vous avez même réussi à emprunter et utiliser des wyvernes dorées comme seigneur provisoire ! Vous avez mon admiration, Monsieur Kyre ! »
« Haha, ce n'est rien. »
Contrairement à Betress, qui s'était transformé en statue de sel, Rothello n'hésita pas à dire du bien de moi. Il me fit un clin d'œil.
« Puisque de si précieux invités sont venus aujourd'hui, finissons le repas et faisons connaissance pour de bon. Je n'ai malheureusement pas pu offrir un festin digne de ce nom à cause de l'état instable du territoire, mais toutes vos pensées chagriées seront balayées par le goût de la bière que je recommande. »
« De la bière ! Ça tombe bien, je pensais à la bière parce qu'il fait étouffant aujourd'hui. »
« Qu'en pensez-vous, comtesse Irène ? »
Avec l'exubérance de monsieur Rothello, la comtesse Irène grinça à ma question.
« Putain... »
Je me souvins soudain d'un certain événement.
Cette fois où j'avais accidentellement attrapé cette partie d'Irène pendant l'entraînement au vol sur la wyverne d'Irène...
Mon visage rougit lentement tandis que je regardais son sourire insondable.
* * *
« Kyaa, c'est mortel ! Ce genre de goût, on en trouve même pas dans l'Empire ! »
Des beuveries éclataient un peu partout sur mon ordre de « festival ».
Le vicomte Betress quitta impuissant la salle à manger et rejoignit le logement assigné avec une grimace.
Quant à moi, Irène, Aramis, Derval et Rothello, on fit la fête dans l'une des tours de guet, profitant de la vue imprenable sur Denfors en buvant de la bière rafraîchie par la magie.
« Dans ce monde aussi, l'argent c'est le pouvoir. »
On utilisait un dispositif de stockage magique qu'il est difficile pour les gens ordinaires d'acheter même après une vie d'épargne. Les réfrigérateurs modernes et d'autres produits incroyables servaient au confort des nobles. Quand j'avais pêché du thon pour les Marchands Rubis, ils avaient utilisé un réfrigérateur magique pour le garder frais. La bière était aussi stockée dans un tel dispositif pour garder sa fraîcheur.
Pour être précis, c'était la bière fabriquée selon la méthode secrète du Maître. Faite avec un mélange de miel et de diverses épices, la bière était si délicieuse qu'elle pourrait faire pleurer ces nains fous de bière. En plus, on avait du jerky fait avec du bœuf et d'autres viandes (de peu inférieur aux chips de crevettes), les meilleurs accompagnements de bière qu'on puisse rêver dans ce monde.
« Aramis-nim, puis-je demander quel Dieu vous servez ? »
La comtesse Irène, qui n'avait pas beaucoup parlé jusqu'ici, montra un intérêt pour Aramis, qui sirotait un verre de bière.
« Je sers la Déesse de la Miséricorde, Neran-nim », répondit Aramis, le visage rougi après quelques gorgées à peine. Mon cœur se réchauffa à cette vue mignonne, si différente d'habitude.
GLUG GLUG.
« Elles me rendent dingue. »
La tour de guet étant petite, les hommes-bêtes s'étaient installés sur l'escalier. Tous serraient de petits contenants de bière et en avalaient le contenu.
« Ça va me coûter un bras de les nourrir. »
Je ne savais pas que les légendaires hommes-bêtes étaient ce genre de race. C'était vrai qu'ils avaient vécu à part du monde humain, mais c'était quand même trop. Ils m'appelaient maître, mais me suivaient comme si j'étais leur mère cane.
En particulier, les femmes-hommes-bêtes ressemblant à des chattes avec leurs corps 10/10 me mettaient encore plus mal à l'aise. J'étais avec Irène et Aramis, mais elles se frottaient à moi sans réserve dès qu'elles en avaient l'occasion, comme des servantes cherchant l'affection passionnée(?) de leur maître.
« Donc vous étiez une belle prêtresse de Neran-nim... »
C'était quelque chose que je pensais toujours, mais les yeux de la comtesse Irène étaient vraiment difficiles à lire. Ses yeux bleus étaient calmes et tranquilles. Comme un immense lac qui ne peut être ébranlé par de petits vents, leurs profondeurs étaient indéchiffrables.
« Quelle beauté... Je ne suis qu'une servante indigne. Si ce n'était pas pour Kyre-nim, j'aurais vécu éternellement en criminelle stupide sans connaître l'intention de Dieu même en le servant. »
En parlant, Aramis posa sur moi un regard chaleureux.
« ….. »
La bière y était pour quelque chose, mais son regard me fit rougir.
« Monsieur Kyre est... une bonne personne. »
« Ara ? Qu'est-ce qui prend à Irène ? »
Comme Aramis, Irène me regardait avec un regard brûlant.
J'eus soudain soif de bière à en crever. J'étais l'incarnation de la gouaille, mais les regards doux de ces femmes me rendaient le cœur tout mou. En plus, la beauté de ces deux femmes niveau ange était plus qu'assez pour allumer un feu de joie dans le cœur d'un jeunot dans la fleur de l'âge.
« Kyre, Nerman était plus cool que prévu. Les vastes plaines qu'on ne voit pas dans l'Empire, ainsi que cette mer bleue sans fin... Si je le pouvais, j'aimerais même y vivre », dit Rothello avec excitation, se levant de son siège en tenant un verre à bière en cristal.
« Vous êtes le bienvenu à tout moment. Nous accorderons un traitement spécial à un talent comme vous, Monsieur Rothello. »
« Hahaha. C'est vrai. C'est pas facile de croiser un talent comme moi. Hein, comtesse ? »
« Monsieur Kyre, vous me peinez. »
« …..? »
Je penchai la tête face aux paroles soudaines d'Irène.
« Si vous accordez un traitement spécial à un demi-chevalier du Ciel comme Rothello, comment me traiterez-je ? Notre relation n'est-elle que de ce niveau ? Avez-vous déjà oublié la relation passionnée entre nous d'autrefois ? »
« Pardon ? »
Dans ma plus totale confusion, la comtesse Irène évoqua sérieusement un passé « passionné ».
« Hohoho. Il y a donc des moments où Kyre-nim est décontenancé, lui aussi. »
Aramis éclata de rire face à mon air choqué.
« Q-Quand est-ce qu'on a été chauds ensemble ?? »
Irène me regardait droit dans les yeux sans la once d'une gêne. Mon visage brûlait.
« Ohhh ! Ne me dites pas que la déesse de tous les chevaliers du Ciel s'intéresse au novice Monsieur Kyre ?? Mon dieu ! Mon dieu !! »
Rothello fit un scandale, insistant sur « novice ».
Mais Irène ne contredit pas ses mots.
« C-C'était pas une blague ? »
« Vous m'achevez » était la phrase parfaite pour un moment comme celui-là. Je pensais que c'était définitivement une blague, mais au lieu de contredire Rothello, Irène continua de me fixer avec un drôle de sourire.
Glou glou.
Dans un moment comme ça, le verre de bière sert à cacher son trouble. Je descendis la bière d'un trait pour calmer ma poitrine en feu.
« Mais Kyre, as-tu préparé un cadeau d'anniversaire pour Sa Majesté l'Empereur ? C'est la coutume chez les nobles que ceux invités par mandat impérial doivent offrir la chose la plus précieuse qu'ils possèdent en cadeau. »
« Un cadeau ? »
« Oh non, tu ne le savais pas. Ne t'inquiète pas trop. Tout le monde connaît la situation de Nerman, alors tu n'as pas à le prendre trop au sérieux. »
« T'as déjà vu un mec aussi putain de cupide ? »
Je serais pas content de cette situation même s'ils me payaient, mais là en plus je dois faire un cadeau. Des jurons jaillissaient dans mon cœur. Fallait être à quel point sans cœur pour viser mes affaires alors que j'étais si pauvre et qu'il n'y avait rien à me voler ?
« Mais je vous le dis, y'a un truc qui cloche. Pourquoi il m'appelle ? »
Quel que soit l'angle sous lequel je retournais le problème, il n'y avait aucune raison pour que l'empereur m'invite à sa fête d'anniversaire par mandat impérial. Je n'étais même pas un noble officiel, mais un type avec un titre de baronnet pourri. En plus, j'étais le pauvre bougre qui assumait la seigneurie provisoire de Nerman, un endroit qui ne donnerait que de la terre si on le secouait à l'envers.
Mais l'empereur m'appelait quand même. Pourquoi ?
« Aramis-nim, j'ai quelque chose de privé à dire à Monsieur Kyre, pourriez-vous partir un instant ? »
« Faites donc. J'étais fatiguée de toute façon et je pensais aller me reposer. »
« Merci. »
« Hein ? Un truc à me dire ? »
La comtesse Irène apparut comme un fantôme et me surprit plusieurs fois aujourd'hui. Elle proposa avec assurance que tout le monde parte.
« Puisque j'ai bu ma bière, je vais faire un vol de nuit au-dessus de la mer. »
Après avoir vidé son verre, Rothello partit en marmonnant quelque chose sur un vol de nuit.
« Mon seigneur, moi aussi j'ai quelque chose à faire maintenant donc... »
Derval, qui écoutait en silence, s'inclina et partit à son tour.
« ….. »
Et en quelques instants, les gens partirent les uns après les autres.
Seuls les hommes-bêtes sans-gêne serraient leurs contenants de bière en dormant sur l'escalier. Ils étaient probablement saouls après avoir bu de la bière pour la première fois de leur vie.
« Je me suis beaucoup inquiétée, mais maintenant je peux être tranquille. »
La terre était lumineuse sous la bénédiction de la lune et des étoiles. Les feux de bois brûlant sur les remparts de Denfors vacillaient comme des chandelles.
« Irène... »
Après un moment de silence à regarder au loin, Irène dit enfin qu'elle pouvait être tranquille.
Sa voix avait changé, devenant un vent doux agréable à l'oreille.
« Kyre... »
Ses cheveux argentés voltigèrent tandis qu'elle se tournait vers moi.
« Oui... »
Je répondis calmement. L'ambiance l'appelait.
J'étais curieux de savoir pourquoi elle avait chassé les autres.
« Tu es plus un coureur de jupons qu'on ne le croirait. »
« …..? »
Irène pouvait être appelée une génie pour faire passer les gens pour des cons.
Elle grinça vers moi en me traitant de coureur, de toutes les choses.
« C'est ridicule ! J'ai même pas de copine, alors comment je peux être un coureur ?! »
C'était trop injuste.
La place à côté de moi était formellement vide, mais j'étais accusé d'être un Casanova.
« Prends ça. »
« …..? »
Son sourire insondable habituel aux lèvres, Irène me tendit quelque chose qui ressemblait à une lettre.
« C'est la lettre d'une dame qui languit ardemment après un certain Kyre. »
« Ardemment ? »
J'étais perplexe, mais je pris la lettre.
« Il semble que tu aies été occupé ici. Après avoir offensé le Prince Héritier, tu as kidnappé les wyvernes de nobles et même suscité une rancœur irréversible avec les tours de magie et un grand groupe marchand... J'ai longtemps hésité à déterminer si tes actions sont courageuses ou stupides. Mais le moment où j'ai vu les wyvernes dorées aujourd'hui, j'ai abandonné l'idée de te donner des conseils. J'ai su qu'il n'y avait pas besoin de quelque chose comme mes conseils quand tu as affirmé avoir emprunté les wyvernes dorées de l'Empire Laviter, la nation qu'on peut dire avoir la force la plus puissante du continent. Tu n'as pas hésité à m'inviter, une comtesse de l'Empire, à un repas de roturiers ou à faire un truc aussi insensé que me choisir comme instructrice de vol, et maintenant je sais que ces actions n'étaient ni de la bravoure ni du courage. »
Irène déversa ses pensées comme si elle avait longuement réfléchi à ce qu'elle voulait dire.
Elle avait l'air heureuse.
Ses dents bien alignées brillaient vers moi dans un sourire tandis qu'elle me regardait comme si elle admirait une chose fascinante apparue soudain dans sa vie ennuyeuse. La lueur de la lune scintillait sur ses cheveux argentés, la faisant ressembler à une fée espiègle.
« Les actions imprudentes de quelqu'un qui ne se soucie pas de demain... Plutôt que de s'inquiéter pour l'avenir à venir, tu es quelqu'un qui s'obstine à faire de son mieux pour régler les affaires d'aujourd'hui. C'est le jugement que j'ai porté après mûre réflexion. Comment est-ce, j'ai raison, non ? »
Elle n'avait pas tort. Les gens anxieux s'inquiéteraient que la terre finisse le lendemain ou que le ciel s'effondre et leur tombe dessus.
Cependant, j'étais différent.
Si j'avais faim, je mangeais, et si je voulais jouer, je jouais à cœur joie ; j'étais quelqu'un qui aimait le présent.
C'est comme ça que je voulais vivre, et c'est comme ça que je vivais maintenant.
Quelque chose comme « demain » n'était qu'une impureté de l'imagination, plus futile et sans valeur que mes rêves nocturnes.
« Nous partirons à l'aube demain. Réfléchis longuement et prends ta décision. »
Un sage n'a besoin que de quelques mots pour faire son point.
Irène me dit de prendre une décision avant demain matin, impliquant que je devrais la suivre si j'avais besoin du pouvoir du nom de l'Empire Bajran.
« Je comprends. »
Je lui fis un léger hochement de tête, acceptant avec gratitude la bienveillance qu'Irène me montrait.
« Je pense que cet endroit deviendra un lieu vraiment charmant à vivre. Avec un seigneur comme toi, Kyre, tu feras un territoire qu'on ne trouvera nulle part ailleurs sur le continent. Un endroit où les vents libres pourront se reposer un instant avant de reprendre leur route... »
Le ciel et les vents que les vrais chevaliers du Ciel aimaient...
Irène parla comme une prophétesse.
Un lieu qui pourrait enivrer les vents du ciel, quelque chose de plus fugace et capricieux que les cœurs des gens, ne serait-ce que brièvement... Il semblait qu'Irène puisse ressentir le rêve auquel j'aspirais aussi.
Shaaaaaa.
Seul
Le frais vent du soir souffla dans la tour de guet depuis la mer, soulevant les cheveux argentés d'Irène dans une danse silencieuse.
Et avec le vent vint son parfum unique.
Je remplis mes poumons et fermai les yeux.
À cet instant, ici, j'étais simplement heureux.
[NT : Adaron était un nom de courtoisie accordé à Kyre car il n'avait pas de nom de famille. Maintenant qu'il est le seigneur provisoire de Nerman, son nom de famille est Nerman.]
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