'Un avion ?'
Dès que j'ai ouvert les yeux, j'ai vu un décor inconnu. Dans un endroit qui ressemblait exactement à l'intérieur d'un avion, mon corps était allongé dans un siège moelleux. Abruti par le ronronnement discret des moteurs et par les légères turbulences du vol, j'ai repris connaissance sur-le-champ.
« Monsieur Hyuk, avez-vous bien dormi ? »
« Aïe ! Q... Qui êtes-vous ? »
J'étais installé sur un siège spacieux, presque un lit, d'un moelleux immense. Sans même me laisser le temps de reprendre mes esprits, une blonde d'une beauté frappante, aux longs cheveux raides, m'a salué aimablement, en uniforme d'hôtesse de l'air.
« Je m'appelle Marisol. »
Son sourire éclatant rappelait celui de l'actrice Jeon Ji-hyun. Malgré ma surprise, la vue de ses jambes fines m'est entrée droit dans les yeux.
J'ai rougi.
« Nous devons arriver à l'aéroport international d'Incheon dans une heure. »
« Quoi ? À... À l'aéroport international d'Incheon ? »
Au milieu des amabilités de cette femme, les mots « aéroport international d'Incheon » ont fusé jusqu'à mes oreilles.
« Hoho, vous avez dormi quinze heures entières. »
« Quinze heures ? »
'Quoi ? Mais que s'est-il passé, bon sang ? Pourquoi est-ce que je suis allongé ici ?'
Jusqu'à mon dernier instant de conscience, j'étais assis au milieu de l'immense cercle magique que le maître avait tracé. Et puis d'innombrables lumières scintillantes m'avaient traversé l'esprit. Je me rappelais seulement qu'un mélange de choses non identifiées s'était enfoui dans ma tête. Je n'avais pas réussi à comprendre ce que c'était.
'Attendez, je suis en train de parler français, là ?'
J'arrivais à me débrouiller un peu en anglais, mais j'étais encore très loin de parler français. Or la femme qui s'appelait Marisol parlait bel et bien en français. Et je lui répondais habilement en français, comme si de rien n'était. C'était d'un naturel incroyable, comme si j'avais appris le français à la naissance.
« J'ai ici quelque chose que je dois remettre à monsieur Hyuk. »
Pendant que j'étais abasourdi par la succession de choses invraisemblables qui m'arrivaient, une enveloppe blanche m'a été poussée entre les mains. Scellée à la feuille d'or, l'enveloppe était légère.
'Une lettre ?'
J'ai brisé le sceau et ouvert l'enveloppe. Une lettre est apparue, comme je m'y attendais, mais il y avait aussi une carte de platine.
'Des runes ?'
Contre toute attente, la lettre était écrite en runes, une langue que seuls les mages savent lire.
'Comment est-ce que j'arrive à lire ça ?' En apprenant la magie du deuxième Cercle, j'avais acquis environ trois cents runes. Dans cette langue, un simple point change le sens, et chaque rune a une signification propre, comme les caractères chinois. D'après ce que le maître m'avait dit, aux Cercles supérieurs, il fallait en apprendre jusqu'à dix mille.
Bien que doté d'une intelligence remarquable, je n'en connaissais moi-même que trois cents. Or, à présent, je déchiffrais sans effort des runes que j'ignorais auparavant.
'Je me serais cogné la tête, ou quoi ?'
C'était peut-être comme dans les films : un étrange coup du sort ? Si je n'avais pas la tête abîmée par un choc, comment pourrais-je comprendre le français et lire des runes ? J'ai essayé d'imaginer une explication, mais tout cela était bien trop invraisemblable.
J'ai tourné la tête et lu la lettre que le maître avait écrite.
À mon disciple bien-aimé, Hyuk.
'Beurk !' J'ai senti d'un coup une bouffée de nausée devant cette première phrase incroyable.
J'éprouve tant de regret à l'idée que les trois mois passés avec toi soient déjà finis. Alors même qu'il te renvoie, ton maître se languit déjà de toi, celui avec qui il a partagé ce bref moment.
'Il est fou, ce vieux ?' Les lignes suintaient l'amour et tenaient presque de la demande en mariage. L'envie de déchirer la lettre en morceaux faisait rage dans ma poitrine.
T'avoir rencontré par la grâce de la Déesse du Destin, Pallan, a rendu ton maître véritablement heureux. Quand tu élèveras toi-même un disciple, tu comprendras à ton tour ce plaisir délicieux que je n'avais jamais connu en deux cents ans d'existence.
'Ce... vieux dégénéré !'
Même sans le voir, j'imaginais très bien le visage démoniaque du maître Bumdalf. Penser au maître, un homme que ni les lois ni la force n'atteignent, m'échauffait au point qu'il m'aurait fallu croquer quelques glaçons pour me reposer tranquillement.
Mon cher Hyuk. Malheureusement, Dieu ne permettra pas notre amour éternel. Je voulais faire de toi un Mage puissant en dix ou vingt ans, mais la roue du destin a décrété que toi et moi serions séparés ainsi.
Mes mains tremblaient.
'Parler d'amour éternel à moi, une âme pure et vierge ! Grrraaah ! Cette anémone de mer perverse, ce Mage Bumdalf cousin des orcs ! GAAAAAH !'
Je ne pouvais pas crier, parce que Marisol rayonnait d'un sourire frais à quelque distance. Mais si je m'étais mis à hurler, cet avion aurait explosé. Mon hostilité envers le maître dépassait celle que j'avais éprouvée, enfant, quand le bâtard du voisin m'avait mordu, ce qui en avait fait mon ennemi juré.
Séparé de toi par la volonté de Dieu, j'écris cette lettre en endurant la douleur.
Hyuk, mon disciple bien-aimé. Tout en supportant la cruelle inconstance du destin, ton maître t'a laissé quelques présents. La carte que tu tiens en ce moment dans ta main est la seule de son espèce au monde : une carte de retrait illimité. Dans n'importe quelle banque, si tu présentes cette carte, tu pourras retirer autant d'argent que tu le voudras.
'Hein ? Un... Un retrait illimité ?'
Une carte de retrait illimité, dont je n'avais fait qu'entendre parler ! Et par-dessus le marché, une carte délirante, utilisable dans n'importe quelle banque du monde.
'Maître, mais qu'est-ce que vous êtes, à la fin ?'
Je savais qu'il était riche, mais j'ignorais qu'il était bourré à ce point.
Et l'avion personnel dans lequel tu voles en ce moment est le présent que je t'avais promis. Sers-t'en comme tu l'entends ; si tu veux aller quelque part, prends-le à tout moment.
'M... Même cet avion ? Ouah !'
C'était un cadeau immense de la part de mon maître, un homme qui dépassait toute imagination. Soudain, une brise tiède a soufflé sur mes sentiments de haine et de dégoût envers lui, dignes de la toundra sibérienne.
'C'est vrai, le maître n'est pas quelqu'un de si mauvais. Comme il a dû être seul, en deux cents ans, pour enlever et forcer quelqu'un comme moi à devenir son apprenti. Ce n'étaient que trois malheureux mois, après tout.'
La devise de notre famille, « Honnêteté », était écrite sur un panneau de bois, et cent vingt-huit règles précises étaient inscrites au dos de ce panneau, de manière que seuls les membres de la famille puissent les voir. C'étaient des règles d'« Honnêteté » qu'on ne pouvait découvrir qu'une fois adulte.
Peu de temps auparavant, alors que mes parents étaient absents, je dépoussiérais notre fière devise familiale et je les avais découvertes.
L'une des règles m'est revenue en tête.
'Celui qui refuse ce qui est gratuit est un hypocrite qui trahit ses vrais sentiments. Celui qui regarde l'objet gratuit et éprouve au fond de son cœur de l'amour pour celui qui le donne, au lieu de le refuser, celui-là possède des sentiments vrais et honnêtes : il est un descendant de la famille Kang.'
Il y avait aussi : « Regarde les femmes comme si elles étaient de l'or », « Convoite les biens de ton prochain autant que possible », « La flatterie est nécessaire à la réussite : emploie-la honnêtement », et d'autres encore.
Ces bribes de sagesse qu'il faut apprendre en vivant étaient toutes gravées derrière ce seul mot : « Honnêteté ».
Et j'étais un homme honnête.
Ce cœur généreux qui était le mien, et qui pardonnait au maître ayant commis un péché irréparable. Même un ange se serait agenouillé à ma vue pour me demander un enseignement.
Une dernière chose. Quoi qu'il arrive à l'avenir, ne blâme pas ton maître et ne lui en veux pas.
Tout ce qui arrive n'est que l'amour profond de ton maître pour toi.
« Oui, monsieur ! »
Si le maître avait été à mes côtés, j'aurais même pu oublier les malentendus accumulés jusque-là et le serrer chaleureusement dans mes bras.
L'être humain qu'est Kang Hyuk n'est pas un Coréen aussi mesquin que cela.
'La prochaine fois que je le verrai, il faudra que je lui demande l'inventaire de son héritage. C'est une coutume respectable, chez les Mages, que le disciple unique prenne en charge les trésors laissés par le maître !'
« Kouhouhouhou... »
J'ai essayé de me retenir, mais le rire a filé entre mes lèvres et s'est répandu.
Personne d'autre au monde ne possédait un avion personnel à mon âge, ainsi qu'une carte de retrait illimité.
'Alors mon rêve devient enfin réalité ! Mon désir éternel : le paradis !'
L'utopie paradisiaque qui apparaît dans les mythes était mon rêve depuis tout petit. Le Shangri-La gavé et moelleux, où je vivrais avec ceux que j'aime.
Par les temps qui courent, avec de l'argent, rien n'est impossible.
À cet instant, j'ai fortement senti que la déesse de l'autre monde, la Déesse du Destin, Pallan, était de mon côté.
'Il faudra que je lève un verre en son nom, un de ces jours. Koukou.'
Je me suis allongé confortablement dans mon siège en gravant au plus profond de mon âme les derniers mots d'amour du maître.
« Mademoiselle Marisol. »
« Oui, monsieur Hyuk. »
À mon appel, la beauté aux cheveux d'or s'est approchée, un sourire éclos sur les lèvres comme un souci en fleur. J'ai dégluti malgré moi devant elle.
« Haha ! Il se trouve que cet avion est à moi. Mais quelles sont ses caractéristiques ? Vu sa taille, il a l'air d'en valoir la peine. »
Il n'était pas seulement au niveau de « valoir la peine ». J'ignorais de quel cuir ils étaient faits, mais les sièges bruns de l'appareil étaient d'une douceur immense. Je voyais aussi que l'avion était rempli d'équipements de pointe et décoré avec luxe. Plus loin, j'apercevais même d'énormes canapés et un bar où l'on pouvait boire de l'alcool : l'appareil n'avait rien de petit.
« C'est un A380 spécialement fabriqué par Airbus. »
Marisol a énoncé le nom de l'avion d'un ton détaché, avec un large sourire.
« Keuf ! Keuf, keuf ! » Le jus glacé que Marisol m'avait tendu m'est resté en travers de la gorge, tout simplement.
'Un... Un A380 ! Ce terrifiant gros-porteur qui peut asseoir jusqu'à huit cents personnes ?'
Un moyen de transport unique créé par l'homme, dont un seul exemplaire coûtait quatre cents millions de dollars.
La mâchoire m'en est tombée et j'ai pensé au maître, l'esprit vide.
'M... Maître !'
L'amour de ce beau salaud a déferlé au plus profond de mon cœur. J'avais l'impression, va savoir comment, d'en être venu à aimer vraiment le maître.
« Un A380 qui se pose à l'improviste ? Il ne s'est jamais posé officiellement dans notre aéroport, alors c'est quelle compagnie ? »
« Je ne sais pas, on m'a dit que ce n'était pas une compagnie, mais un avion personnel. »
« Q... Quoi ? Un A380 en avion personnel ? »
Dans la tour de contrôle de l'aéroport international d'Incheon, en Corée du Sud, le personnel s'est retrouvé en pleine agitation à cause de l'A380 qui venait de surgir.
Peu de temps auparavant, l'appareil de nouvelle génération d'Airbus s'était posé une fois à Incheon pour un vol d'essai. Capable de transporter jusqu'à huit cents passagers et de faire le tour du monde sans escale, cet avion qu'on appelait un hôtel cinq étoiles volant se posait à présent hors de tout horaire.
Mais on les avait informés que l'appareil était à usage personnel.
Le passage VIP de l'aéroport, réservé aux hauts dignitaires publics tels que les présidents, les généraux étrangers ou les présidents de la Cour constitutionnelle, avait été réservé à l'avance.
« Le voilà ! »
Vrrrooooom.
Les dix femmes de l'équipe de protocole de l'aéroport, chargée du salon VIP, étaient raides de tension et regardaient l'énorme avion descendre la piste 9. Elles étaient vraiment curieuses de savoir qui arrivait dans un avion personnel à quatre cents millions de dollars avec un traitement VIP.
Toc, toc.
L'avion s'est immobilisé, et le bruit des pas d'un inconnu s'est lentement rapproché. À mesure que ce bruit grandissait, les femmes pomponnées de l'équipe de protocole ont pu poser leurs yeux curieux sur l'homme qui apparaissait lentement.
« Ah ! »
« Ça alors ! »
Elles savaient bien que c'était une bévue, mais de petits cris leur ont échappé.
« Haha ! Bonjour à toutes ! »
Elles avaient imaginé un membre d'une famille royale arabe croupissant sur des montagnes d'argent, ou au moins une célébrité étrangère : l'équipe de protocole s'est sentie se figer à l'instant où elle a vu ce jeune homme robuste qui parlait coréen. Ou plutôt cet élève qui avait encore des traits d'enfant.
Un lycéen dont elles distinguaient maintenant nettement le visage descendait du gigantesque appareil, cet A380 que même le plus riche des Coréens ne pouvait pas s'offrir en avion personnel.
« B... Bienvenue. »
Le visage figé dans un masque professionnel, l'équipe de protocole a légèrement incliné la tête devant l'élève qui levait la main et souriait largement, comme si quelque chose de très heureux venait de lui arriver.
La voix embarrassée du lycéen a résonné au-dessus de leurs têtes. « E... Excusez-moi, on va où pour le contrôle des douanes ? »
Comme s'il ne savait même pas se servir du salon VIP, le lycéen maladroit se grattait la tête.
Les visages du personnel incliné se sont légèrement raidis de stupeur.
Tchac-tchac-tchac-tchac-tchac.
'C... C'était vrai !'
En me faisant gentiment refaire un passeport, le maître Bumdalf avait fait en sorte que je puisse rentrer sans encombre en Corée. J'étais sorti du salon VIP, tape-à-l'œil et élégant, que je voyais pour la première fois de ma vie ; mais je n'avais pas de voiture personnelle. Aussi, entouré de l'équipe de protocole qui me suivait même hors du salon, je suis allé à un distributeur.
Et puis, le retrait.
'Ce zéro, c'était LE zéro ?'
Le code de la carte était 1111, un chiffre digne de mon maître simplet, et dès que j'ai inséré la carte, j'ai vu le nombre illimité : zéro. Au début, j'ai cru que c'était une fausse carte sans un sou dessus. Mais une fois le retrait lancé, une centaine de billets de dix dollars sont sortis en crachotant, sans le moindre accroc.
La mâchoire m'en est tombée devant cette somme, un montant que je n'avais jamais tenu de ma vie.
'OUIIIIIII ! Kouhahaha !'
À la réalisation du rêve que j'avais imaginé, mon cœur battait si fort que j'ai cru qu'il allait éclater.
Vêtu du jean de marque et de la chemise blanche que Marisol avait préparés pour moi, j'étais aussi équipé de lunettes de soleil assorties et de plusieurs accessoires. Je goûtais directement à cette vie de luxe dont je n'avais fait qu'entendre parler.
'En route ! À la maison !'
Sans que je m'en aperçoive, les saisons avaient changé : c'était la fin de l'été. Sous la brise fraîche de la climatisation, je suis sorti de l'aéroport avec panache.
Et puis, la lumière aveuglante du soleil d'août.
Les rayons de l'espoir, qui annonçaient la fin des souffrances et le début du bonheur, brillaient sur moi avec énergie.
'Ils n'ont tout de même pas vendu mon livret de famille sous prétexte que j'étais mort, si ?'
Je suis arrivé chez moi en taxi de grande remise. J'étais curieux de savoir comment mes parents, qui avaient élevé leur fils comme dans un jeu de simulation de survie en safari, s'étaient débrouillés en mon absence. J'étais vraiment curieux de savoir s'ils s'étaient envolés en larmes jusqu'en République tchèque parce que leur fils unique avait disparu, ou s'ils vivaient tranquillement leur quotidien en se disant que j'étais vivant et que je reviendrais.
'Hmm...'
Grâce à mon père et à ma mère, plutôt aisés, nous vivions dans un appartement assez agréable du quartier huppé de Gangnam.
Appartement 707.
On était samedi, dix-sept heures. À cette heure-là, mes parents devaient être à la maison.
Dring, dong. J'ai pris une grande inspiration et appuyé sur la sonnette, mais je n'ai entendu aucune réponse.
'Ils sont sortis ?'
Ce n'étaient pas des parents à jeter leur vie par la fenêtre parce que leur fils avait disparu.
'Et je n'ai même pas de clé.' La porte était verrouillée deux fois, par une serrure électronique et par une clé.
« Qui est-ce ? »
À cet instant, j'ai entendu de l'intérieur la voix de ma mère ; c'était un son familier, mais il n'y avait plus aucune énergie dedans.
'Maman...'
D'un coup, quelque chose s'est serré dans ma poitrine. Leur fils avait bien grandi, en mangeant, dormant et pissant comme il faut. À sa voix, j'ai compris à quel point cette période avait été dure pour eux, à cause de moi, ce fils qu'ils avaient perdu pendant un voyage scolaire.
« Qui c'est ? » Après ma mère, j'ai entendu la voix grave de mon père.
'Ils voient tout par la caméra de la porte, alors qu'est-ce qu'ils fabriquent ?'
« Hyuk ! »
Et peu après, m'ayant vu par la caméra comme je m'y attendais, j'ai entendu la surprise agitée de ma mère dans l'interphone.
« Je suis rentré ! »
D'une voix aussi énergique que jamais, j'ai annoncé mon retour ; c'était ce que je disais chaque fois que je revenais de l'école.
La porte s'est ouverte avec un déclic.
« Haha ! Papa ! Maman ! Votre fils est de retour ! »
En me disant que mes parents s'étaient peut-être inquiétés, je suis entré comme si de rien n'était.
« ... »
Mes parents se tenaient debout dans l'entrée, hébétés. Ils me fixaient d'un air vide, le visage incrédule.
'Tss, pourquoi est-ce qu'ils ont tellement vieilli ?'
Les quelques rides qui s'étaient creusées autour des yeux de ma mère en quelques mois, et les cheveux blancs et grisonnants de mon père, sautaient aux yeux. Mon cœur s'est serré tandis que quelque chose de chaud me montait aux paupières.
« Fiston, tu es en retard ? Hoho ! Il était bien, ce voyage scolaire ? »
« Hein ? Oui ! C'était un voyage très, très instructif. »
Ma mère m'a appelé « fiston » comme d'habitude en me saluant.
D'un geste brusque, elle m'a ébouriffé les cheveux, qui avaient poussé plus longs que les siens. « Tu as beaucoup grandi pendant ton absence, hein ? Qu'est-ce que tu fabriquais, pour ne même pas pouvoir nous appeler ? »
Bien qu'ils sachent que j'avais disparu pendant le voyage scolaire, ils me traitaient comme si j'étais simplement parti m'amuser quelque part au loin.
« Héhé, j'ai fait une fugue, pour une fois. Sans le voyage scolaire, quand est-ce que j'aurais pu essayer de voyager en Europe ? »
« U... Une fugue ? »
Je ne pouvais pas leur dire la vérité, à savoir que j'avais appris la magie sous la férule de ce cinglé d'Archimage, le maître Bumdalf. Si je leur avais dit la vérité, ils m'auraient peut-être fait interner.
« Je plaisante. J'ai bu quelque chose qu'un vieux bonhomme bizarre m'a donné dans la Ruelle Dorée. Et quand j'ai ouvert les yeux, j'étais dans un village de la campagne européenne. J'ai aidé ce vieux kidnappeur de mauvais caractère à faire quelques travaux là-bas, et puis je suis rentré. »
« Ah, voilà donc ce qui s'est passé. Ton père a bien fait de t'élever à la dure, en fin de compte. » Mon père a hoché la tête en s'en attribuant le mérite.
« Eh bien... c'est vrai. »
Mon père n'avait pas tort. Sans un parent qui appliquait cent une règles secrètes pour rendre son fils solide, je me serais peut-être suicidé depuis longtemps sous la tyrannie du maître Bumdalf.
« Fiston, merci. D'être revenu. »
Ma mère m'a serré légèrement contre elle. Elle en a même versé des larmes dans mes bras.
'Ah, sérieusement.'
Le pincement dans mon cœur était assez fort pour me faire presque verser des larmes de douleur. Sans ce que ma mère m'a soufflé ensuite à l'oreille, dans ses bras, j'aurais certainement fondu en larmes en l'étreignant.
« Tu n'as tout de même pas oublié d'acheter un cadeau à ta mère, hein ? »
« ... »
Au beau milieu de nos retrouvailles familiales, inattendues, touchantes et pleines d'émotion, une bourrasque plus froide que la climatisation m'a soudain balayé le cœur.
« Oh ! Elles sont belles, ces lunettes de soleil. C'est du Ferragamo ? »
« Ça alors, c'en est vraiment ? Notre fils, tout craché. Si occupé soit-il, il n'oublie jamais nos cadeaux. Hoho ! »
« Haha ! C'est bien parce que nous avons élevé notre enfant avec rigueur, n'est-ce pas ? »
C'est ainsi que ma brève relation avec les affaires que Marisol m'avait données a pris fin. Tout le paquet de cadeaux qu'elle m'avait remis s'est réparti sans traîner entre les mains de mon père et de ma mère.
'Vraiment...'
C'est ainsi que j'ai pu rentrer chez moi pour la première fois en trois mois.
J'étais devenu à la fois le plus grand millionnaire du monde et un mage.
« Lala, lalala... »
Jamais je n'aurais rêvé qu'aller à l'école me rendrait si heureux. Grâce au maître Bumdalf, les choses que je chérissais en ce monde étaient devenues bien nombreuses.
« Bonne journée, jeune maître. »
« Chauffeur Kim, venez me chercher pour que je ne sois pas en retard aux cours du soir. »
Le lycée Daehan, l'établissement privé le plus prestigieux de Corée du Sud. Devant l'immense portail inspiré de la porte de Dongnimmun, les enfants de bonne famille s'affairaient à descendre de voiture, comme toujours.
'Ces gamins, à se déplacer en voiture personnelle, ils ne savent pas quel merveilleux exercice c'est, la marche.'
Puisque je possédais le plus grand véhicule personnel du monde, je n'éprouvais plus rien de ma jalousie d'autrefois à propos des voitures qui déposaient les élèves.
'Oh ! Je suis enfin de retour ! L'école ! Moi, Kang Hyuk, je suis venu !'
J'ai levé les bras comme un général triomphant et j'ai franchi le portail. Comme je n'étais pas du matin, l'école avait été, à une époque, un terrain d'épreuve pour mon endurance.
« Oh ! Ce type, ce n'est pas lui ? »
« Si. C'est le première année qui est passé dans le journal du lycée. »
« Pendant le cours, madame Wang racontait ça. Tu sais, qu'un de ses élèves se faisait peut-être traîner par un gitan fou et mendiait dans les rues d'Europe... »
« Ça alors ! »
Mes oreilles, devenues plus fines avec l'accumulation de mana, ont capté les bavardages des filles. Mon corps s'est raidi, les bras encore levés.
'B... Bon sang ! Un gitan ? Mendier ?'
Le lendemain de mon retour et de retrouvailles familiales aussi chaleureuses que glaciales, j'étais allé au lycée avec mes parents. Là, j'avais raconté au proviseur, qui s'était empressé d'entendre mes explications, ainsi qu'à madame Wang, ce que j'avais raconté à mes parents. La triste et tragique histoire de la boisson gratuite offerte par un vieil homme, et de la façon dont on m'avait traîné un peu partout.
Mais pour je ne sais quelle raison, le récit de la terrible épreuve de ma vie avait dégénéré en mendicité.
'Pourquoi diable une chose aussi vulgaire que la mendicité ! Argh !'
Ma méprisable professeure principale, qui m'avait remercié d'être revenu en pleurant sur le moment. Mon cœur s'était serré à l'idée qu'il restait de la bonté dans ce monde sans pitié.
Mais ce qui m'était revenu, c'était la trahison.
'Madame Wang, dire que vous avez osé me planter une dague dans le cœur.'
Madame Wang était une célibataire de trente-cinq ans qui enseignait l'anglais. Comme c'était une professeure qui se lamentait sans arrêt d'être une vieille fille incapable de se marier, on l'appelait la Terrible Blanche-Neige. Avec cette bouche terrible qui faisait grincer des dents des millions de gens, elle avait fait de moi un petit mendiant pitoyable et miteux.
'Je ne laisserai pas passer ça. Un jour, j'aurai ma vengeance...'
J'ai juré vengeance, le cœur en feu. Pour le péché d'avoir ouvert la bouche à la légère, et aussi pour avoir répandu de fausses informations, je lui ferais cracher du sang en lui faisant sentir la rage volcanique de Kang Hyuk, le génie de la magie.
'Eh, mais pourquoi la recette du réactif magique qui fait cracher du sang vient-elle de me sauter à l'esprit ?'
Depuis que j'étais libéré de l'oppression du maître Bumdalf et rentré chez moi, je m'entraînais chaque nuit comme un fou dans mes rêves. Des runes et des formules magiques que je n'avais même pas apprises, ainsi qu'd'innombrables théories magiques de base, de l'alchimie, des sorts des Cercles supérieurs, et ainsi de suite. Si je pensais à une chose, les sorts ou les magies associés me revenaient aussitôt.
'C'est parce que mon corps n'a pas d'énergie. Je devrais me faire bouillir et manger du ginseng sauvage centenaire.'
Les usages de mon argent débordant étaient sans fin.
« Kang Hyuk ? »
Pendant que je jurais vengeance en marchant vers la salle de classe, j'ai entendu une voix douce et suave. J'ai tourné la tête vers celle qui avait prononcé mon nom sans façon.
'Seo, Seo Ye-rin !'
Ce lys portait une jupe d'uniforme à carreaux bleu marine. Un petit ruban bleu en guise de cravate était fixé à son chemisier blanc. Sa belle peau, qui paraissait plus blanche que son chemisier, s'épanouissait radieusement sous le soleil du matin.
« Tu... tu es vivant ? » Comme si elle voyait un fantôme malgré ce que lui montraient ses propres yeux, Seo Ye-rin a demandé confirmation.
« Bien sûr que je le suis. Je suis juste parti en vacances en Europe, comme ça. » Sans me démonter, j'ai froidement menti devant Ye-rin en parlant de vacances.
« Me voilà rassurée... » Seo Ye-rin a hoché la tête avec des yeux heureux.
'Quoi ? Elle s'inquiète pour moi, là ?'
Je n'avais même jamais vu mes parents me regarder avec des yeux aussi affectueux. L'ange Seo Ye-rin venait de m'offrir un cadeau précieux, et de si bon matin. Si l'on m'avait seulement posé des ailes, j'aurais pu m'envoler droit dans le ciel.
« Rentrons. Joong Hyun t'attend vraiment, Hyuk. »
« Hein ? Oui, d'accord. Rentrons. Ce garnement, dire qu'il se languissait si tendrement de son grand frère. Hé, c'est bien pour ça qu'il faut traiter les gens correctement de leur vivant. »
J'ai remonté le couloir vers la salle de classe avec Ye-rin, qui souriait.
« Euh, Hyuk... » À cet instant, l'ange a prononcé mon nom avec précaution.
'Hmm, elle a dû s'inquiéter énormément.'
« Oui ? »
J'ai contemplé chaleureusement les lèvres rouges de Ye-rin tandis que ses yeux brillaient. J'étais rempli d'une attente sans bornes devant le bonheur que ces lèvres sensuelles et charmantes allaient m'apporter cette fois.
« C'était... bien, la mendicité ? »
« Hein ? »
Le coup de grâce de Ye-rin !
Un gémissement intense a retenti sans pitié dans ma gorge.
'Ma... Madame Wang ! Je ne vous pardonnerai pas !'
Ainsi, comme dans Jack et le Haricot magique, la graine de la vengeance a poussé à toute vitesse vers le ciel.
« H... Hyuk ! »
Quand je suis entré dans la salle de classe, Joong Hyun a bondi et prononcé mon nom avec énergie, comme un mari appelant sa femme. Au même moment, tous les élèves de la classe se sont tournés vers moi.
« Hi, everyone ! »
Une rumeur virulente selon laquelle j'avais mendié en Europe avait circulé, mais j'étais irréprochable.
'Ces garnements, pourquoi sont-ils surpris ?'
Parce que j'avais vécu à ma façon sans me démonter, j'ai pu sourire largement même devant leurs airs surpris et perplexes.
« Kéké, il y avait une rumeur comme quoi tu mendiais en te faisant traîner par un gitan, mais on dirait que tu as réussi à revenir vivant. »
'Tiens donc ? Voyez-vous ça.'
Il y avait là un salaud assis de travers sur sa chaise, qui m'aboyait un accueil enthousiaste. C'était Hwang Sung-taek, le méga-morveux qui vivait sur la fortune de son grand-père.
« Haha ! Les rumeurs ne sont que des rumeurs. Celui qui croit une fausse rumeur aussi ridicule n'est-il pas simplement un idiot ? »
J'ai ri d'un rire raide en cherchant l'approbation des autres. Mais pas une seule personne n'a hoché la tête à mes mots. Même Joong Hyun a évité mon regard. Alors qu'il était le sang de mon sang et un ami assez proche pour que je partage avec lui un petit pain aux haricots noirs.
'Vous avez vu ces types ? Est-ce que je devrais leur faire goûter à ma Boule de Feu ?'
Ce malentendu pouvait être dissipé d'un seul sort. Mais pour une raison ou une autre, je n'en avais pas envie. Contrairement à avant, mes poches étaient garnies. Avec l'élargissement de mon portefeuille, ma générosité était devenue aussi vaste que la Terre.
« Espèce de crétin, comment tu comptes payer pour nous avoir fait enfermer à l'hôtel jusqu'au dernier jour ? Si tu es idiot, tu aurais dû dormir gentiment dans le car. Pourquoi diable un fauché comme toi est-il même allé faire du tourisme, hein ? »
Fwoooosh ! Hwang Sung-taek a lâché une attaque en deux temps qui m'a embrasé les entrailles.
Un sourire brûlant est apparu sur mes lèvres tremblantes. « Je suis effectivement désolé sur ce point. Mais il y a une seule personne pour qui je ne suis pas désolé du tout. »
J'étais effectivement désolé d'avoir sans doute gâché leur voyage scolaire. Ce n'était pas intentionnel, mais le résultat est que cela avait certainement porté préjudice à tout le monde. En revanche, pour un seul salaud, non, pour les deux bâtards fidèles à ses côtés aussi, je n'éprouvais pas le moindre remords.
« Hwang Sung-taek, méfie-toi du ciel. Ne te fais pas frapper par un coup de tonnerre dans un ciel serein en te promenant. »
« Un coup de tonnerre dans un ciel serein ? Pouahaha ! La menace que tu trouves, c'est la foudre ? Espèce de petite merde immature. »
Contrairement à moi, Hwang Sung-taek n'avait jamais sérieusement réfléchi aux coups de foudre imprévus.
'Tu es mort ! Sale gueule de vipère.'
Dès que j'ai pensé au coup de tonnerre dans un ciel serein, la formule d'Éclair, la magie d'attaque suprême du troisième Cercle, m'est venue naturellement à l'esprit. J'ai fermement décidé de lui offrir un éclair en guise de cadeau sincère de voyage scolaire.
« Hoho ! Hyuk, tu saluais les élèves ? »
Le rire embarrassé d'une femme a retenti dans la salle de classe, devenue silencieuse à cause de ma conversation sauvage avec Hwang Sung-taek.
'Madame Wang Sun-nyeo !'
Déguisée sous son maquillage, madame Wang la vieille fille est entrée par la porte ouverte de la classe. Après m'avoir ravalé au rang de simple mendiant, madame Wang arborait un sourire prétentieux en me faisant signe comme si nous étions amis.
« J'ai fini de dire bonjour. Je vais aller m'asseoir à ma place. »
Il n'y avait vraiment pas besoin d'en dire davantage.
'Hmm ? Je vois. Si je dose bien la puissance et que j'emploie la magie de Poison, elle devrait pouvoir cracher du sang.'
En marchant vers ma place, vingt et une manières différentes de la faire cracher du sang me sont venues à l'esprit. J'ignorais pourquoi cela était rangé dans ma tête, mais c'était assurément un savoir très utile.