« Maître, comment va votre santé ? »
« V-Vous êtes venu… »
Je souris au maître Bumdalf. Avant que j'atteigne le 8e Cercle, ce charlatan sans vergogne n'avait aucun scrupule à inventer n'importe quelle absurdité pour me voler ma chambre, dans mon propre manoir. Mais maintenant, je ne pouvais le voir qu'en me rendant à la tour de magie construite juste à côté, et son expression était l'incarnation même de l'amertume.
« Merci pour votre dur labeur. Si vous ne m'aviez pas envoyé sur le Continent Kallian, comment aurais-je pu devenir un Tueur de Démons ? Tout cela, c'est grâce à vous, Maître. Bon, j'ai failli y passer plusieurs fois pour en arriver là, mais je ne suis pas un homme mesquin qui vous en voudrait pour une broutille pareille. »
Le visage du maître Bumdalf se figea à mes paroles. Il savait aussi bien que moi qu'après avoir avalé le manaheart du démon, je l'avais surpassé.
« Ha-Haha. J'ai toujours regretté ça. Le cristal magique a explosé, je n'ai pas pu faire autrement. Pourtant, vous avez de la chance. Vous êtes maintenant un empereur grâce à la méthode de culture du mana que je vous ai donnée. »
Le Maître rit nerveusement en cherchant des excuses.
« C'est vrai. Puisque je suis assis sur le trône grâce à cette méthode de culture du mana non prouvée, je devrais vraiment vous remercier encore et encore. »
J'insistai particulièrement sur le « non prouvée ». Maintenant, je ne craignais plus personne, pas même le Maître. Quel que soit son acharnement, rien ne garantissait qu'il parviendrait un jour à décrocher le gros lot par pure coïncidence et sauter au 9e Cercle comme moi.
Entre mages, il existait une loi non écrite. Il n'y avait pas de ancienneté entre mages. Votre rang était décidé purement par le fait que vos cercles étaient inférieurs ou supérieurs à ceux de l'autre.
« Huhu. Je suis juste indulgent parce que vous êtes mon maître. »
Même entre maître et disciple, au moment où les cercles s'inversaient, le maître devait baisser la tête face au mage possédant le cercle supérieur. Les illuminations concernant les cercles rendues possibles par le mana que les mages vénéraient étaient sacro-saintes. Même le Maître ne pouvait y déroger.
Un sourire maladroit était figé sur le visage du Maître tandis qu'il cherchait quelque vague compliment. Je pouffai intérieurement en songeant à combien ses entrailles devaient bouillir pour traiter un gamin inexpérimenté comme moi de la sorte.
« Vous avez une belle chambre ici. On voit qu'il ne vous manque rien. »
« C-Ces gamins de mages ont dû vider leurs tours de magie et tout déverser ici. Je n'ai pas vraiment besoin de tout ça, mais ils disaient que c'était nécessaire pour Nerman ou quelque chose du genre… »
Après que chaque Maître de Tour eut fait un voyage aller simple pour l'enfer, les mages de chacune des tours de magie du Continent perdirent leurs indices vers la magie de haut cercle. Selon Derval, ils fermaient tous leurs tours de magie et affluaient vers Nerman. Les seuls mages du 7e Cercle restants sur le Continent Kallian étaient les Maîtres de Tour de la Famille Impériale Bajran et de quelques royaumes. Aucun n'avait une renommée et une réputation approchant de près ou de loin mon maître du 8e Cercle et moi du 9e Cercle, si bien que les mages se ruaient sur le territoire.
« Allons-nous devenir l'unique tour de magie du Continent ? »
Ça pourrait changer à l'avenir, mais pour l'instant, il était impossible de tenir en échec la Tour de Magie de Nerman. Elle devint instantanément le foyer des plusieurs milliers de mages du Continent.
« Comme on s'y attend de votre part, Maître. Vous avez gagné le respect des mages en si peu de temps. »
« Pas comme si j'avais fait grand-chose… »
Le Maître se montra inhabituellement modeste même face aux louanges. Il me lança des regards inquiets. La confiance je-suis-au-dessus-de-tout qu'il s'était enroulée autour des épaules comme une cape flamboyante à son arrivée avait été entièrement soufflée.
« Travaillez bien pour moi un moment. Huhuhu. »
Seul le Maître pouvait prendre ma place pour diriger les mages. Cercles mis à part, le Maître avait cent ans d'avance sur moi en notoriété. Il était indispensable pour exploiter la ressource de luxe que représentent les mages. Je comptais les mettre au travail sur les nécessaires projets de génie civil de l'Empire Laviter une fois l'ouvrage achevé à Nerman.
« Travaillez bien, Maître. Malheureusement, je crois que je vais devenir un peu occupé. Je vais bientôt partir en voyage pour aller apprendre la magie du 9e Cercle. »
« La magie… du 9e Cercle ! »
J'étais plutôt impressionné par son calme, mais sa façade se fissura à l'évocation de la magie du 9e Cercle.
« Huhu. Partie finie. »
Le Maître ne le savait pas, mais j'avais ma propre petite méthode de pêche que j'avais polie et perfectionnée sur le Continent Kallian. Je savais que le Maître avait mordu à l'hameçon, corps et biens. Pour un mage, la connaissance magique de niveau supérieur était un fruit défendu de tentation sans pareil.
« Eh bien, je suis occupé, alors je vous laisse à ça… »
J'inclinai la tête pour marquer mon respect à mon maître. Il m'avait peut-être berné pour tout ça, mais le maître Bumdalf restait le grand archimage qui avait fait de moi l'homme que j'étais maintenant. Une toute petite partie de mon cœur le respectait.
Moi, l'Empereur de l'Empire de Nerman, Kyre, n'étais absolument pas un homme mesquin.
* * *
Swooooooooooooooooooosh. Flap flap flap flap flap flap. Guoooooooooooooooo!
Avant que je m'en rende compte, c'était la mi-septembre. Des champs dorés de blé d'automne mûrissaient sur les vastes plaines qui composaient mon territoire. Je savourais la sensation de voler au-dessus de ces étendues sans fin. Le 9e Cercle que j'avais atteint après m'être battu contre Altakas et le démon et avoir dormi dix jours d'affilée me permettait de me téléporter instantanément n'importe où à Nerman, mais j'aimais la sensation des vigoureux battements d'ailes de Bebeto sous moi tandis que le vent nous fouettait. C'était aussi rafraîchissant qu'un baiser de la femme que j'aime.
« Le temps a vraiment filé… »
Trois ans s'étaient déjà écoulés depuis mon arrivée sur le Continent Kallian. Un gamin qui ne savait rien était sur le point de devenir un empereur capable de faire bouger le Continent. Si j'avais été en Corée, je serais soit en train de préparer l'examen national d'entrée à l'université, soit d'envoyer des candidatures, menant une vie ordinaire, sans relief. Mais pendant le temps où j'aurais dû apprendre des mots d'anglais et résoudre des formules de maths, je suis devenu empereur. Les gens sur Terre me traiteraient de fou, mais à Kallian, mon nom était une légende.
« Les elfes ont été d'une grande aide cette fois-ci… »
La contribution des autres citoyens de Nerman, les nains et les elfes, était incontestable. Si les nains ne nous avaient pas forgé d'armes, Nerman serait tombé depuis longtemps, et si les elfes n'avaient pas rejoint la bataille finale, nos pertes auraient été bien plus lourdes.
« Le monde est un lieu où l'on s'entraide. Même le plus grand arbre ne peut faire une forêt. »
À quoi bon la magie du 9e Cercle si je devais vivre coincé sur une île déserte ? À cet égard, j'étais un être béni. J'avais le soutien de chevaliers loyaux et bienveillants, d'elfes et de nains qui ne pouvaient travailler avec aucun autre royaume du Continent. Comme le dit le vieil adage, « Qui se ressemble s'assemble », j'étais un type vraiment bien, sans aucun doute.
Guoooooooooooooooo!
« Nous y sommes déjà. »
J'avais perdu la notion du temps à regarder mon territoire se développer jour après jour, et avant que je m'en rende compte, nous atteignîmes la ville commune des nains et des elfes. Elle était bien plus petite que le Château de Nerman, mais assez grande pour les deux races.
Flap flap.
En m'apercevant, une harpie s'envola et s'approcha rapidement, l'aigle géant si familier que Bebeto lui adressa même un barrissement de salut. Sur son dos se trouvait l'elfe pure, Narmias.
« Rien qu'à y penser, mon cœur se réchauffe. »
Mes lèvres s'étirèrent en un sourire involontaire. Comme l'étreinte chaleureuse d'une mère, l'elfe Narmias m'accueillait toujours de tout son cœur. Nos races pouvaient être différentes, cela ne signifiait rien.
Swooooooosh.
La harpie vola rapidement à mes côtés.
« Seigneur Kyre ! »
Narmias retira son casque et appela mon nom avec un large sourire.
« Narmias, tu m'as manqué ! »
« Oui, vous m'avez manqué aussi. »
Des mots d'aveu voltigèrent entre nous tandis que nous volions côte à côte, nous souriant l'un à l'autre.
« Volons aujourd'hui. Jusqu'au bout de ce ciel ! »
« Oui ! Si c'est avec vous, je suis heureuse où que nous allions ! »
Les elfes ne demandaient pas grand-chose. Tout ce qu'ils voulaient, c'était un cœur sincère qui se souciait d'eux. Cela seul suffisait à combler leur ventre. J'en pris de la graine et laissai mon ventre se remplir de cet instant, de ce vol, et de l'amour infini de cette femme.
* * *
« Bois ! Aujourd'hui, on boit jusqu'à en crever ! »
« Qu-Quoi ? Oui, monsieur… »
Après un vol exaltant avec Narmias, nous rentrâmes à la ville des nains et des elfes et nous retrouvâmes au milieu d'une beuverie. Le Patriarche Cassiars, un nain capable d'inventer un prétexte pour boire à chaque tournant, vint tituber vers nous avec une énorme chope en étain débordant de bière.
« Ce sont vraiment des gens décontractés. »
Contrairement aux nains qui vidaient leurs coupes, les elfes étaient assis sur les remparts à pincer des harpes ou plongés dans une méditation silencieuse. Les deux groupes ne pouvaient pas être plus différents, mais étrangement, ils se complétaient à merveille.
Sizzzzzle.
« Merde. Le stock de porcs du territoire va y passer à ce rythme. »
Les cacahuètes ou autres grignotines légères allaient bien avec la bière, mais les nains étaient totalement convertis à mes goûts et faisaient griller de la poitrine de porc directement sur des dalles de pierre. Et ce n'était pas un cas isolé, mais un acte répété par des centaines de nains. Ils cuisinaient joyeusement un tas de grillades, levant leurs verres tout du long.
« I-Ils ont même du kimchi ! »
Quand la viande fut presque prête, les nains sortirent du kimchi d'un contenant en bois et le firent griller avec la viande.
« C'est le kim-chi qu'on a mangé à votre château. Le manger avec de la viande crée une sacrée dépendance, alors on a essayé d'en faire. Qu'en pensez-vous ? Ça a un goût similaire, non ? »
J'avais ordonné de fournir aux nains tout ce dont ils avaient besoin ou envie, alors ils avaient un accès abondant aux ingrédients et créèrent ce kimchi. Comme on s'y attend d'une race au savoir-faire exceptionnel, le produit n'était pas très différent de ce que je faisais. Ils ont probablement eu la méthode de la mère de Lucia.
NR/PAIX À L'ÂME DE LA MÈRE DE LUCIA QUI N'A TOUJOURS PAS DE VRAI NOM.
« Attendez… Et si le kimchi devenait vraiment une mode sur le Continent ? »
Le kimchi, aliment représentatif de la Corée. Il n'y avait pas de remède une fois qu'on y était accro, mais c'était trop tard pour eux, les nains avaient franchi un pont qu'ils n'auraient pas dû franchir.
« Mm… ça sent divinement bon. »
Le kimchi cuisait dans le gras savoureux de la poitrine de porc, et sur des dalles de pierre, en plus. C'était rien de moins qu'un art. Ma bouche se remplit de salive.
« S'il vous plaît, donnez-m'en un verre aussi. »
« Hein ? »
« Ohhh ! Je vois qu'on a une elfe courageuse ici ! »
Narmias, qui refusait de quitter mon côté, tendait une chope pour demander de la bière.
« N-Narmias… »
« C'est bon. J'ai toujours voulu essayer de boire au moins une fois. J'étais curieuse de savoir pourquoi vous aimiez ça tant. »
Narmias sourit en fixant la bière que le Patriarche Cassiars lui versait, les portes s'ouvrant sur le chemin de sa corruption.
« Allez ! Trinquons alors ! Félicitations à l'Empereur Kyre pour son accession ! Santé ! »
« Santé !!! »
Alors que le Patriarche levait sa chope haut, les nains poussèrent un vigoureux hourra et vidèrent leurs chopes.
« Kyaaa— ! »
« Ahhhh ! »
De nus cris de délice retentirent.
« Ah… ! »
Narmias n'y coupa pas. L'elfe corrompue avala d'un trait la bière qui débordait de sa chope.
« Ahh~ »
Moi aussi, d'ailleurs. La bière réfrigérée par magie descendit en une explosion de pétillance et de fraîcheur, et une vague de bonheur balaya toute la fatigue accumulée.
« C'est délicieux ! »
Narmias reconnut la saveur de l'alcool dès le début. Je commençai à m'inquiéter qu'elle ne se rue sur la poitrine de porc grillée ensuite.
« Hahaha, tu me plais. Narmias, c'était ça ? Je te donne le droit de participer à nos festivals dorénavant. »
Le Patriarche Cassiars laissa éclater un bon rire franc, visiblement séduit par Narmias, la première elfe à boire de l'alcool.
« Les affaires sur le Continent se réglent… c'est le moment de faire un tour sur Terre. »
Je ne voyais plus aucun problème qui pourrait devenir embêtant sur le Continent Kallian. Maintenant, je pouvais aller sur Terre tout seul sans même le Maître. Le bracelet encore à mon poignet contenait les coordonnées dimensionnelles pour me téléporter sur Terre.
« Avant ça, je devrais voir Ryker. »
Je n'avais pas encore officiellement repris l'Empire Laviter, et je devais aller voir Ryker, qui occupait toujours effrontément la Cité Impériale. Une fois l'inauguration terminée, je ne pouvais pas tolérer qu'un « étranger » traîne sur ma terre, qui serait gardée par les Chevaliers du Ciel de Nerman. Je comptais juste laisser Ryker gérer la protection de l'Empire pour le moment.
« Narmias, tu fais quoi ? »
« Hrm ? »
Une voix familière brisa mes pensées vagabondes.
« E-Elder ! »
Narmias bondit sur ses pieds, serrant la chope qu'elle buvait joyeusement.
« Hé, pas la peine de faire peur à une fille qui s'amuse », se plaignit Cassiars.
Je ne m'attendais pas à voir l'Aîné Parciano des elfes ici. On disait que les aînés quittaient rarement le Village Elfe, mais l'Aîné Doyen qui apparut silencieusement et sans annonce caressait sa barbe blanche en regardant Narmias.
« N-Narmias… » appela l'Aîné Parciano, d'une voix calme et posée.
« Oui… Elder. »
Narmias baissa la tête en pleurant, les joues rougies par une seule chope de bière.
« Mince. »
Les elfes étaient de stricts adeptes de la vie d'abstinence. C'était déjà incroyable qu'ils s'entendent avec les humains et les nains, mais ils n'avaient pas le droit de boire encore.
« C'est si bon que ça ? »
« Pardon ? »
« Je demande, la bière est si bonne que ça ? »
« B-Ben… C'est délicieux. Une explosion de saveur intense, bien différente de la rosée qu'on boit le matin, qui dégage un parfum sucré dans la bouche. Et… la sensation de ça qui descend dans la gorge et réchauffe l'estomac est très nouvelle. »
L'explication sincère et détaillée de Narmias allait très bien à sa race ; les elfes étaient honnêtes et vrais en toutes choses.
« Alors donne-m'en une coupe aussi. »
« P-Pardon ? »
« Putain ! Bien joué, Parciano. »
Un elfe — un aîné elfe ! — qui demandait de la bière.
« Ohhhhhhhhhh ! Joyeux jour, joyeux jour ! Penser que des aînés elfes daigneraient boire de la bière avec notre peuple ! Hahahahaha ! Allez, prenez votre verre. Je retire par la présente ce que j'ai dit sur vous étant des bâtons sans émotion ! »
Cassiars prenait un malin plaisir à se faire de nouveaux compagnons de beuverie. Il remplit sa chope vide et la tendit à l'Aîné Parciano.
« Allez ! Faisons un autre toast. Santé aux elfes, qui ont gagné le droit de devenir amis avec notre peuple, et santé à notre empereur éternel, Kyre ! »
« Santé ! »
Un chœur de voix naines éclata tout autour de nous.
Portant ma chope à mes lèvres, je savourai l'instant harmonieux dans le paradis dont j'avais rêvé.
Une à une, les choses se mettaient en place.
* * *
« Aide-moi encore un peu. »
« Soupir, t'en fais trop. Penser que tu as avalé un si vaste territoire en un clin d'œil ! Tes prouesses dépassent mon imagination, mon seigneur. »
« Non, je ne m'attendais pas à ce que ton statut soit ce qu'il est. »
J'étais dans la Cité Impériale de Laviter, un lieu que j'avais visité dans des circonstances bien différentes auparavant. Il ne restait que quelques jours avant le couronnement, mais je pris quand même le temps de venir, voulant féliciter Ryker, qui avait gardé l'Empire très proprement en mon absence.
« C'est pas juste. Tu n'étais qu'un comte il n'y a pas longtemps, et tout d'un coup te voilà empereur d'un empire. Tant que mon vif Père Impérial est en vie, je serai encore coincé à te parler avec respect. »
Ce gars qui parlait sans filtre avait nettoyé la Cité Impériale qu'Altakas avait mise sens dessus dessous. Il fit venir des mages et des invocateurs de l'Empire Opern pour retourner complètement la Cité Impériale et déloger les ennemis restants. Et puis, il m'attendit à l'intérieur du château intérieur de la capitale où un million de personnes avaient péri.
« Tu as déjà entendu ce dicton ? »
« Quel dicton ? »
Même s'il était le prince héritier d'un empire, Ryker possédait un esprit libre, affranchi de son statut.
« Une fois seigneur, toujours seigneur. »
« Tch. Qui a dit cette connerie ? C'est pas comme si tu mourrais pour moi… »
Comme prévu, Ryker réagit avec indifférence à mes mots.
« Mais pourquoi t'es pas venu aider ? Dans mon cœur, je t'attendais. »
« Ben… Je pensais pas pouvoir être d'une grande aide même si j'y allais, et je me suis dit qu'il valait mieux nettoyer la base d'Altakas pendant qu'il était absent, alors je suis venu ici à la place. Et pour être honnête, une toute petite partie de moi se demandait s'il pourrait y avoir un quelconque butin dans le trésor d'un empire célèbre sur tout le Continent. Mais c'était un four total. L'endroit est aussi vide que l'écuelle d'un mendiant. »
« Bien sûr. Comme si le mage du 8e Cercle Altakas aurait été assez naïf pour laisser ses trésors sans protection. Huhuhu. »
Cependant, je pouvais le sentir. À l'intérieur du château se trouvait une pièce dissimulée par la magie que seul un mage du 8e Cercle et plus pouvait détecter. Ce devait être le trésor inimaginable qu'Altakas avait gentiment accumulé pendant des décennies de règne pour mon usage.
« Quel dommage. J'allais te concéder au moins ça. »
« Sérieux. J'allais vider cet endroit avant que tu arrives… »
Ryker m'avait « abandonné » en pleine crise et avait disparu, mais je ne lui en voulais pas. Je voyais qu'il avait voulu m'aider à sa manière.
« Ceci dit, quand comptes-tu la reprendre ? »
« Reprendre qui ? »
« Si tu ne viens pas la chercher pendant mon couronnement, je la nommerai duchesse de l'Empire de Nerman. Et puis, je la présenterai à un homme très séduisant. »
« Tu me blesses par tes mots, mon seigneur ! Bien sûr que je serai présent à ton couronnement. Je lui demanderai sa main, alors prépare les frais de personnel qui lui sont dus et une somme digne d'un titre ducal pour sa dot. »
« Oui, bien sûr. En échange, occupe-toi de ma terre pour moi jusqu'à ce que l'Armée Impériale de Nerman prenne ses marques ici. »
« Ne t'inquiète pas. Je protégerai cet endroit parfaitement. »
« Merci. »
« Pas besoin de remerciements pour une chose pareille entre nous. Ceci dit, l'environnement ici n'est guère propice à de longues retrouvailles… »
Les yeux de Ryker brillèrent soudain.
« Non ! » Je le fixai.
« Allez, pourquoi un homme au sang chaud comme toi se retient ? Faisons marcher la magie de téléportation et allons direct à la Cité Impériale d'Araktch. J'ai utilisé les services de renseignement de la Famille Impériale pour avoir les infos sur un endroit qui déborde de délices sans fin pour les yeux. Huhuhu. »
« Putain… c'est vraiment un prince héritier ? »
Comme toujours, Ryker profitait de la vie avec beaucoup d'humour, comme moi.
Bzzt.
Nos regards se croisèrent en l'air, et un sourire apparut sur mes lèvres.
Aucun mot n'était nécessaire dans cette amitié tacite entre puissances absolues qui devraient s'entendre désormais.
Un seul sourire venu du fond de nos cœurs suffisait.
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